L'affaire de la rue Transnonain
livre critique chronique roman paris
Un livre de Jérôme Chantreau
Dans un Paris « cimetière d’asphalte où dansent les fantômes » (p. 349), elle est amoureuse d’un jeune homme abattu par l’armée un jour d’émeute contre la monarchie en 1834, avec tous les habitants innocents d’un immeuble de la rue Transnonain (aujourd’hui rue Beaubourg). Il est un rude agent de police qui doute de l’histoire officielle qu’on veut qu’il raconte.
C’est l’histoire d’une femme – Annette – et d’un homme – Lutz – pris dans le maelstrom de l’histoire. C’est notre histoire, celle dont les motifs se répètent de siècle en siècle.
On y croise l’immonde Thiers en discussion avec le non moins puant général Bugeaud : « Monsieur le ministre, dans ce genre d’affrontement, c’est le gouvernement contre le peuple. Et à la fin, c’est encore devant le peuple que vous rendrez des comptes. Donnez-lui l’impression que vous l’avez défendu… contre lui-même […]. Tuez-en trois, vous êtes un assassin. Tuez-en mille vous êtes un sauveur » (p. 181).
On y croise des femmes qui écrivent, dans La Tribune des femmes : « L’État craint le peuple comme le mari craint sa femme. Tous deux recourent à la même violence. C’est toujours le faible qui asservit le fort » (p. 333).
On y pleure, on y apprend, on y vit la vie des personnages, on y sent la misère et la vie dure, on y rit, aussi :
« — Oui. Mais tu n’as pas grand-chose à craindre de lui.
— Qu’est-ce qu’il t’a dit ?
— Des bobards de flique.
— Et tu lui as répondu quoi ?
— Des bobards de femme » (p. 341).
L’affaire de la rue Transnonain Ce livre aurait pu n’être qu’un bon roman historique dans la matrice de notre époque qu’est le XIXe siècle. Mais c’est surtout de la très bonne littérature. Prenons un court paragraphe, que je trouve caractéristique de l’écriture de Chantreau :
« Lutz plisse les rides de son front et d’un coup, se lève de sa chaise. Il écrase son cigare contre le rebord de la fenêtre, ajuste son haut-de-forme et saisit sa canne en quittant la pièce.
La Seine exhale son odeur de marée basse jusqu’au quai des Orfèvres » (p. 290).