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    <subtitle type="html"><![CDATA[Le Sillon Fictionnel, un espace dédié à la passion de la lecture au sein d’un club un peu atypique. Critiques - livre, art et culture.]]></subtitle>
    
    
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    <updated>2026-04-10T19:26:42+02:00</updated>
    <rights>© 2024-2025 Le Sillon Fictionnel - contenu sous licence creativecommons.org CC BY 4.0. Le Sillon Fictionnel est mis à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International.</rights>
    
    
    
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            <title type="html"><![CDATA[Resurrection Man]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2026-04-09T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2026-04-09T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Une douleur vous déchire. Vous hurlez. Personne ne donne cher de votre peau. Cette opération, vous êtes le premier à la subir. Vous serez aussi le dernier.</p>
<p>Car pour revenir à la vie, après la mort, il vous faut souffrir. Énormément souffrir.</p>
<p>Depuis ce jour-là, vous ne mourrez plus. Ou plutôt si : vous mourrez, mais vous revenez sans cesse à la vie.</p>
<p>Brûlé, vous renaissez avec le pouvoir des flammes.</p>
<p>Électrocuté, vous voilà capable de générer des éclairs d’une puissance inouïe.</p>
<p>À chaque décès, un pouvoir.</p>
<p><img src="/images/resurrection-man.jpeg" alt="Couverture de « Resurrection Man », par Ram V et Anand RK, Éditions Urban Comics"></p>
<p>Mais la mort use. Vous avez tant de fois tenté de sauver le monde que vous n’en pouvez plus. Vous êtes lassé par la bêtise humaine, les guerres, la violence, et maints conflits.</p>
<p>Alors vous aimez. Des enfants, vous élevez. Et de vieillesse, vous mourrez. En espérant ainsi recommencer ce cycle jusqu’à la fin du monde. La guerre qui oblitérera toute vie humaine.</p>
<p>Mais voilà que se manifeste un autre vous-même à votre énième résurrection. Il a traversé le temps et l’espace pour vous retrouver. Et il vous raconte une histoire, votre histoire. Et cela va tout changer…</p>
<p>Resurrection Man, une relecture <em>Black Label</em> réussie par Ram V et Anand RK.</p>
<p>—
<a href="https://www.urban-comics.com/resurrection-man/">Resurrection Man</a>. Ram V, Anand RK. Éditions Urban Comics. 20,50€.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Influence - Salle 717A]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2026-04-04T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2026-04-04T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Le réveil sonna comme une dague entre les omoplates. Un son perçant qui vous sort de la torpeur de la nuit.
Un son sec, brutal, programmé pour arracher les vivants au sommeil plutôt que les en tirer doucement.</p>
<p>Scott écrasa le bouton d’un geste lourd, la tête encore engluée dans un brouillard épais. Quatre heures du matin. Une heure indécente, même pour lui.</p>
<p>Mais ce dimanche-là n’était pas un dimanche comme les autres. C’était la fenêtre parfaite. Celle où les systèmes dormaient, où les utilisateurs étaient absents, où les erreurs pouvaient être corrigées sans témoins. Les migrations critiques se faisaient toujours à l’aube, quand le monde croyait encore dormir. Peu de gens en avaient conscience, mais l’infrastructure numérique mondiale tenait sur des fondations fragiles, rafistolées couche après couche depuis des décennies. Des cathédrales de code bâties sur des ruines, maintenues debout par une poignée de techniciens fatigués, compétents, et souvent invisibles.</p>
<p>Scott faisait partie de ceux qui maintenaient l’illusion. L’hallucination collective d’un monde virtuel propre et maîtrisé, masquant le merdier permanent où pataugeaient techniciens et ingénieurs informatiques. Trente ans dans la sécurité informatique. Trente ans à colmater des brèches, à anticiper des catastrophes, à lutter contre des menaces que le grand public ne soupçonnait même pas. Il détestait d’ailleurs ce terme, sécurité informatique. Trop rassurant. Trop mensonger. Pour lui, il ne s’agissait jamais de sécurité, seulement de délais gagnés.</p>
<p>La douche chaude acheva de chasser les derniers fragments de sommeil. L’eau ruisselait comme une vague sur les sillons de sa peau. Quand il sortit enfin, l’esprit clair et le corps en alerte, il savait qu’il était prêt.
La journée ne faisait que commencer, et quelque chose, sans qu’il puisse encore le nommer, lui disait qu’elle ne ressemblerait à aucune autre.</p>
<p>Il prit sa voiture en direction du siège souverain<sup id="fnref:1"><a href="#fn:1" class="footnote-ref" role="doc-noteref">1</a></sup> européen d’Atem Corporation.  Une entreprise née sous le mythe naïf de la connexion des individus, avant de devenir une machine tentaculaire ayant contribué à démanteler les fondements mêmes d’Internet.  Elle s’était peu à peu transformée en un gigantesque bourbier publicitaire, dissimulé derrière un vernis d’innovation et de progrès.</p>
<p>Le trajet ne durait que 50 minutes jusqu’au siège où travaillait Scott.</p>
<p>Sa voiture autonome, équipée du système Atem, diffusait en continu un flux ininterrompu de contenus sponsorisés. Des influenceurs et influenceuses défilaient à l’écran, souriants, interchangeables, récitant leurs slogans sur des plateaux aux couleurs saturées.  Le véhicule lui avait coûté trois fois moins cher grâce à ce modèle économique. La publicité payait le reste. La publicité paie vos vies comme se disait Scott. Il ne supportait plus ce vacarme sonore et visuel permanent. Il enfila son casque pour tenter de s’en isoler, mais les images continuaient de s’imposer à son champ de vision. Impossible d’éteindre l’écran. Ne plus être exposé à la publicité était devenu le véritable luxe de cette société. La voiture se gara automatiquement sur l’emplacement réservé au personnel. C&rsquo;était, à vrai dire, la seule véritable avancée de ces véhicules.</p>
<p>Scott se dirigea ensuite vers la zone, qui regroupait le DTF (Digital Technical Facility), autrement dit son bureau, ainsi que les six data centers baptisés DCLU. Le campus s’étendait à cheval sur le Grand-Duché du Luxembourg et la Belgique. Tout ça pour de vagues combines fiscales, profitables à l’entreprise une année sur deux, au prix d’un cynisme parfaitement assumé. Il était déjà en retard pour cette migration critique : 5h05 du matin. Il passa par son bureau pour y jeter son sac à dos et attraper un terminal portatif au cas où la migration tournerait mal.</p>
<p>Le campus était vaste, composé de bureaux mais surtout d’une infrastructure enchevêtrée, répartie sur plusieurs bâtiments reliés par des tunnels, des ascenseurs et des portes accessibles uniquement par badge.  Scott y travaillait depuis quinze ans. Il en connaissait chaque recoin, chaque évolution, chaque erreur d’architecture, et même les numéros des salles par cœur. Tel un chat agile, il traversa deux couloirs, emprunta deux ascenseurs et franchit un sas, le terminal calé sous le bras, avant d’atteindre le local technique DCLU-24-717 pour Data Center LUxembourg 24, salle 717.</p>
<p>Lorsqu’il ouvrit la porte, il vit que son collègue Pierre était déjà sur place, occupé à finaliser la préparation des serveurs pour la migration. Pierre était un grand type à la silhouette effilée, affublé d’une coupe en brosse tout droit sortie des années 80.  Scott avait une chance folle : dans son équipe de six personnes, tout le monde était compétent, bosseur et doté d’un solide sens de l’humour.</p>
<p>Pierre s’arrêta et se tourna vers Scott en lançant : &ldquo;Alors, tu faisais du curling dans les couloirs ?&rdquo; C’était sa façon à lui de lui signaler son retard, fidèle à sa passion étrange pour utiliser les chaises de bureau comme pierres de curling dans les longs couloirs du bâtiment.
Scott lui répondit du tac au tac : &ldquo;Oui, je m’entraîne pour essayer d’atteindre ton niveau d’excellence française.&rdquo; Scott adorait lui rappeler ses origines françaises, surtout pour le taquiner.</p>
<p>Scott et Pierre savaient exactement ce qu’ils avaient à faire. Ils étaient coordonnés comme deux danseurs, anticipant chacun les gestes de l’autre. Ils savaient quels câbles patcher pour mettre en production les nouveaux serveurs proxy chargés d’analyser le trafic de plusieurs services utilisés par Atem pour sa télémétrie.</p>
<p>La salle 717 était principalement occupée par des racks dédiés à l’équipe de Scott : des composants de sécurité censés protéger des infrastructures développées à la hâte par d’autres équipes, souvent peu soucieuses des bonnes pratiques de sécurité. En réalité, ces serveurs ne faisaient que limiter la casse lors d’intrusions ou lorsqu’une vulnérabilité critique était découverte trop tard.</p>
<p>Comme toujours en sécurité informatique, on collait du ruban adhésif sur des problèmes structurels.</p>
<p>Tout se déroula dans les règles de l’art, à une exception près : l’un des serveurs reverse proxy refusait obstinément de démarrer. Scott sortit son terminal portatif pour consulter les messages de démarrage. Le serveur mettait un temps anormalement long à répondre, et les logs<sup id="fnref:2"><a href="#fn:2" class="footnote-ref" role="doc-noteref">2</a></sup> affichaient des erreurs d&rsquo;entrée/sortie sur l’un des disques SSD. Alors qu’il fixait l’écran, son regard fut attiré vers le fond de la salle. Là, derrière les rangées de baies, se trouvait une porte menant à une petite pièce annexe. Ce genre d’aménagement était courant dans les salles techniques : des espaces cloisonnés destinés à isoler physiquement certains équipements sensibles. Mais il ne se souvenait pas de cette nouvelle salle, ni de cette porte. Il le signala à Pierre, son collègue, qui lui répondait, avec un léger malaise: &ldquo;Ah, je croyais que tu étais au courant&rdquo;.</p>
<p>Scott gérait pourtant l’ensemble de l’infrastructure sécurité. C’est pourquoi ce détail le troubla immédiatement. Sur la porte figurait le numéro de la salle 717, suivi de la lettre A. Une désignation banale en apparence : on ajoutait une lettre lorsqu’une salle technique était subdivisée ou réaménagée.  Mais cette fois, quelque chose clochait. Une telle modification n’aurait jamais dû lui échapper. Il aurait dû être informé. Et pourtant, il ne l’était pas.</p>
<p>Scott et Pierre réglèrent les problèmes du serveur et retournèrent au bureau vers 8h30.
Tout s’était déroulé comme prévu, ce qu’on pouvait attendre après des années de travail en commun.</p>
<p>Intrigué par cette fameuse salle 717A, Scott consulta le logiciel d&rsquo;inventaire NetBox afin de savoir qui en avait fait la demande et quelle en était la description. Rien n’était renseigné : ni dans les logs d’audit, ni dans les commentaires. Aucune trace, aucune référence. Scott en fit la remarque à Pierre, qui éclata de rire et lâcha à la cantonade dans l’open space : &ldquo;Who&rsquo;s the bastard who forgot to register a bloody room in NetBox?&rdquo;<sup id="fnref:3"><a href="#fn:3" class="footnote-ref" role="doc-noteref">3</a></sup></p>
<p>Le métier de Scott, c’était la sécurité informatique, et il savait qu’un détail qui cloche n’est jamais anodin. Comme ces fameux soixante-quinze cents dans le livre de Clifford Stoll<sup id="fnref:4"><a href="#fn:4" class="footnote-ref" role="doc-noteref">4</a></sup>, qui avaient permis de révéler une intrusion majeure dans un système informatique. La plupart des incidents qu’il avait traités avaient commencé ainsi : un détail insignifiant en apparence. Trop de trafic sur une fibre, une application monopolisant toute la mémoire, des crashs répétés sans cause évidente. Cette histoire de salle apparue de nulle part, sans la moindre trace administrative, lui paraissait profondément suspecte. Et son instinct, jusqu’ici, ne l’avait que rarement trompé.</p>
<p>À cette heure-là, Scott échappait encore au vortex des réunions et de la bureaucratie, même s’il avait appris, avec le temps, à en contenir la pression. Il décida donc de se rendre au département logistique, responsable de toute la partie physique des bâtiments. Une des équipes de la logistique qui gérait les cloisons des salles techniques, mais aussi l’infrastructure électrique et matérielle : goulottes, fibres optiques, câblage réseau.</p>
<p>Quand le responsable du département logistique vit Scott arriver, il lança à ses collègues : &ldquo;Si Scott débarque si tôt, c’est qu’on a encore connecté un service sur Internet sans protection.&rdquo; Scott connaissait tout le monde, mais il était aussi perçu comme le casse-pieds de service. Le rôle ingrat de la sécurité : rappeler sans cesse que la moindre surface exposée devient une surface d’attaque. Scott le savait et plaisanta : &ldquo;Pour une fois, je viens pour autre chose&hellip; mais je suis sûr qu’on n’a pas encore tout regardé, vu le foutoir chez nous.&rdquo; Il accompagna sa remarque d’un large sourire, puis dit à Gerhard, le responsable du planning des installations : &ldquo;Tu sais d’où vient la demande pour la salle 717A ?&rdquo; Gerhard parut réellement surpris. &ldquo;Bien sûr, c’est toi qui en as fait la demande.&rdquo; Scott resta de marbre. Il était responsable de beaucoup de choses, certes, mais oublier une demande de création de salle technique ? Ça, c’était hautement improbable. Il lui demanda alors de lui montrer la requête. Gerhard se tourna vers son poste de travail, entouré d’autocollants de bières allemandes. Mais impossible de remettre la main sur le ticket ni sur la moindre référence dans l&rsquo;inventaire. &ldquo;C’est bizarre&hellip; j’avais même imprimé la demande, parce qu’il y avait une requête spéciale pour une alimentation basse tension, et vous ne demandez jamais ça, d’habitude.&rdquo; Il lâcha un juron en allemand, puis fouilla dans sa boîte à outils posée à côté de son bureau. Après quelques secondes, il en sortit enfin la feuille imprimée.</p>
<p>La feuille contenait l’impression d’un ticket mentionnant son département, associé au compte générique utilisé pour les installations physiques. Il y était question de la création d’une salle technique dans la zone 717, adossée au fond de la pièce, avec une porte dédiée et des guides de fibres courant le long des murs.
Une note attirait particulièrement l’attention : la salle devait accueillir du matériel certifié EAL-4+<sup id="fnref:5"><a href="#fn:5" class="footnote-ref" role="doc-noteref">5</a></sup>, et l’espace situé sous le faux plancher devait être entièrement sécurisé, la pièce étant classifiée. Il était également précisé que la serrure serait installée par un prestataire externe de la société Cytrox.</p>
<p>Cela correspondait bien à ce que Scott avait vu plus tôt dans la salle : il y avait bel et bien une serrure.
Il avait l’habitude des salles classifiées depuis qu’Atem collaborait avec l’armée pour fournir du renseignement en temps réel sur les utilisateurs des réseaux sociaux. L’époque des interceptions massives à l’ancienne était révolue : désormais, la véritable mine d’or, c’était la donnée produite volontairement par les utilisateurs eux-mêmes.</p>
<p>Pourtant, quelque chose clochait.</p>
<p>Une demande de ce type aurait dû suivre une procédure stricte, formelle, documentée de bout en bout. Or rien de tout cela n’apparaissait. Pire encore, il était inconcevable qu’un membre de son équipe ait lancé une telle opération sans l’en informer. Il repassa par les couloirs pour rejoindre son bureau et traversa l’étage du marketing. Les plus beaux espaces du campus : de la lumière, de l’air, de larges bureaux ouverts. Rien à voir avec les zones techniques. On aurait dit un plateau d’influenceurs. Et au fond, c’était assez logique : le marketing, ce n’était rien d’autre que de l’influence. Mais son regard fut attiré par un attroupement inhabituel.</p>
<p>Un groupe de personnes en costume se tenait un peu à l’écart. Il reconnut le directeur européen d’Atem, mais aussi un ministre, déjà aperçu dans une émission de propagande animée par un influenceur zélé. Et puis il y avait le PDG de Tyrell Dynamics Corporation. Impossible de le manquer : on le reconnaissait à cent mètres, avec son air perpétuellement exalté, ce genre de type qui ressemble à un ami ayant un peu trop forcé sur la cocaïne et qui, en fin de soirée, affiche toujours la même expression figée.</p>
<p>De retour au bureau, il montra le ticket imprimé à ses collègues. Personne ne comprenait vraiment ce qui s’était passé, mais une chose était sûre : une fois l’équipe sécurité mobilisée, l’analyse allait vite. Les logs Nginx ne montraient aucun accès suspect aux systèmes de ticketing ni à NetBox. Aucune trace d’intrusion, aucun accès anormal.</p>
<p>Alors d’où venait ce ticket ?</p>
<p>Et soudain, l’évidence frappa tout le monde.  &ldquo;Putain&hellip; un simple message électronique usurpé et envoyé à l’équipe logistique.&rdquo; Les attaquants prennent toujours le chemin le plus simple. Ici, il leur avait suffi d’une bonne connaissance des procédures internes. Scott ne tergiversa pas. Une infrastructure inconnue avait été installée sur son réseau, derrière ses murs, et c’était sous sa responsabilité. Il se tourna vers l’équipe et trancha : &ldquo;On force la serrure&rdquo;.</p>
<p>Pas de débat. Pas d’attente. Il demanda immédiatement à l’équipe logistique d’intervenir. Si quelqu’un avait installé du matériel sans autorisation, il fallait savoir quoi, et maintenant. Il était 11h15, Scott avait déjà repoussé deux réunions, et se tenait maintenant devant la porte de la salle 717A, entouré de deux collègues, dont Pierre, et de l’équipe logistique. La perceuse était prête, tenue fermement à hauteur de serrure. Un court silence s’installa, lourd, presque solennel. Personne ne parlait. Ils savaient tous qu’une fois la porte forcée, il n’y aurait plus de retour en arrière. La porte céda plus facilement que prévu, et toute l’équipe entra. Mais la révélation fut décevante. La pièce n’avait rien d’impressionnant : juste un rack solitaire contre le mur, équipé de quelques machines sans signe distinctif. Scott s’en approcha immédiatement. Les équipements étaient sous tension, plusieurs voyants clignotaient dans la pénombre, dessinant des reflets verts et bleutés sur les parois métalliques.</p>
<p>L’équipe logistique quitta les lieux, elle avait fait sa part du travail. Ils se retrouvèrent à trois dans la salle, hésitants. Éteindre les équipements ? Le risque était d’éveiller des soupçons. Ou observer encore, comprendre ce qui se cachait réellement derrière cette installation ?  Scott penchait clairement pour la seconde option. Et à en juger par les regards de ses collègues, leur curiosité l’emportait elle aussi. Ils passèrent l’après-midi à examiner minutieusement l’équipement, à suivre les fibres entrantes et sortantes du bâtiment. Ils finirent par comprendre que ces fibres étaient une copie directe du canal de publication global des applications d’Atem. Le flux central par lequel transitaient tous les événements issus des réseaux sociaux. Autrement dit, quiconque avait accès à ce système pouvait observer, en temps réel, les données de plusieurs milliards d’utilisateurs. Ils découvrirent également que la demande de raccordement et de fibres avait été faite selon le même procédé que pour la salle technique : un habile contournement des procédures, passé inaperçu de tous.</p>
<p>Il était 17h45. Scott et son équipe éprouvaient un étrange mélange de fatigue et de soulagement : ils venaient enfin de comprendre ce qui se tramait réellement derrière les apparences. Restait une question bien plus délicate : qui était à l’origine de cette intrusion physique ? En sécurité informatique, l’attribution est toujours un exercice périlleux. Était-ce une action externe ? Une compromission interne ? Ou quelque chose de plus subtil encore ? Scott commença à préparer un dossier pour déclencher une cellule d’évaluation avec l’audit interne et le bureau du CEO. Car il n’y avait plus de doute : il s’agissait d’une compromission majeure de la sécurité d’Atem.</p>
<p>Il s’apprêtait à envoyer les documents et l’analyse technique à l’audit ainsi qu’au bureau du CEO lorsque son téléphone sonna. L’appel provenait du numéro général des ressources humaines. Après 17 heures, c’était inhabituel. Il décrocha. C’était Delphine, une collègue plutôt appréciée, une denrée rare au sein du département RH. Elle lui demanda de la rejoindre immédiatement dans la salle de réunion Schengen. Une fois arrivé, il eut un présentiment. À l’intérieur se tenaient Delphine et un agent de sécurité qu’il croisait parfois à l’entrée du site. Il entra et s’assit. Le visage de Delphine n’avait plus rien de son expression habituelle. Fini le sourire professionnel : elle paraissait tendue, presque mécanique. &ldquo;Bonjour Scott. Je suis désolée, mais je dois t’annoncer la rupture unilatérale de ton contrat de travail, avec compensation de deux années de salaire, conformément aux clauses prévues lors de ton embauche, il y a quinze ans.
Scott resta muet. Les mots mirent quelques secondes à faire sens et Scott lacha: &ldquo;Mais&hellip; l’équipe ?&rdquo; &ldquo;La rupture concerne l’ensemble de l’équipe sécurité&rdquo; répondit-elle sans détour.  Le garde s’avança d’un pas. &ldquo;Je vais vous raccompagner. Vos accès ont déjà été désactivés.&rdquo; Le monde de Scott venait de s’effondrer en silence.</p>
<p>Il quitta la salle de réunion escorté par le garde.  Tout lui paraissait irréel. Puis il se ravisa : son sac à dos, avec ses clés, était resté à son bureau. Il demanda l’autorisation de le récupérer.  Le bureau était vide. Étrangement vide. Scott sentit un pincement au cœur en réalisant que son équipe avait déjà disparu, comme effacée. Il attrapa son sac et sa veste posée sur le dossier de la chaise. C’est alors qu’il aperçut la clé USB contenant toute l’analyse de l’après-midi. Le garde ne semblait pas particulièrement attentif. Scott laissa glisser sa veste pour faire tomber discrètement la clé au sol, puis la ramassa en même temps que son sac, la dissimulant dans sa main. Le garde vérifia rapidement qu’il n’emportait ni ordinateur ni matériel appartenant à l’entreprise. Sa voiture de fonction lui avait déjà été retirée. Le garde le déposa à la gare. Scott ne le remercia pas.</p>
<p>Scott ouvrit la porte de chez lui et se laissa tomber sur le canapé, sans même allumer la lumière. Son esprit refusait encore de réagir. Face aux chocs trop violents, il avait toujours fonctionné ainsi : une forme de calme artificiel, presque mécanique, où il laissait les choses glisser sans les affronter.</p>
<p>Puis le téléphone sonna. Pas son mobile, mais le vieux téléphone fixe, celui qu’il n’utilisait plus depuis des années. Scott sursauta. Il était encore sous le choc, incapable de réaliser qu’après quinze ans passés au service de l’entreprise, tout s’était arrêté en quelques minutes à peine. Le son du combiné résonnait dans le silence, brutal, irréel. Scott décrocha machinalement, sans même regarder l’écran, certain qu’il s’agissait d’un appel inutile de plus. Un silence, d’abord. Puis la voix de Pierre, basse, presque étouffée. &ldquo;J&rsquo;arrive chez toi dans dix minutes. Sors. Sans objet connecté. Sans rien de technologique. N’ouvre à personne.&rdquo; La ligne se coupa avant qu&rsquo;il n&rsquo;ait le temps de répondre. Scott attendait dehors, dans la nuit froide et humide. Aucune voiture à l’horizon. Il frissonna, glissa machinalement la main dans sa poche pour vérifier qu’il avait toujours sa clé. Il l’avait. Et pourtant, quelque chose lui disait que cette nuit ne faisait que commencer. Soudain, il entendit le bruit d’un moteur thermique, une rareté, désormais. Une vieille Renault Scénic s’arrêta devant lui. Pierre était au volant. Il baissa la vitre et lança, sans préambule : &ldquo;Monte derrière.&rdquo; Scott s’exécuta. À côté de lui, sur la banquette arrière, se trouvait un passager encapuchonné, le visage noyé dans l’ombre. Quelque chose, pourtant, lui semblait familier. Ce visage&hellip; il avait l’étrange impression de l’avoir déjà vu quelque part. La voiture démarra aussitôt dans un crissement de pneus. &ldquo;On va se poser dans un endroit calme&rdquo; dit Pierre en appuyant sur l’accélérateur. Scott n’avait plus l’habitude de ce genre de voiture au confort aléatoire. Pierre conduisait comme un sagouin sur les petites routes de campagne belge. Après une bonne demi-heure dans un silence pesant, la voiture quitta enfin la route principale pour s’engager sur un chemin étroit et mal entretenu. Les phares découpaient des pans de brouillard et révélaient une ferme isolée, plantée là comme une relique d’un autre temps.</p>
<p>Tout le monde descendit du véhicule dans la cour. Une odeur de terre humide et de métal froid flottait dans l’air. Tout semblait figé, comme si le lieu avait cessé d’exister pour le reste du monde. Scott sentit instinctivement que ce n’était pas un endroit où l’on venait par hasard. Scott reconnut alors le passager : c’était une passagère. Delphine, des ressources humaines. Il n’y comprenait plus rien. Sans vraiment réfléchir, il les suivit à l’intérieur du bâtiment principal. La pièce était dans un bordel indescriptible, couverte de poussière et d’objets entassés sans logique apparente. Pierre poussa la porte menant à la cave, d’où s’échappait une faible lueur jaunâtre. Scott fut surpris de voir un large espace avec une dizaine de bureau, une infrastructure digne de Atem, plusieurs tableaux blancs avec des diagrammes réseaux mais aussi des plans physique du campus d&rsquo;Atem. Delphine se tourna vers Scott. &ldquo;Bienvenue&rdquo;. Le mot sonnait étrangement faux dans sa bouche. Ce n’était plus la cadre lisse, calibrée, toujours en représentation devant les comités et les tableaux de bord. Son visage était détendu, presque humain. Trop humain. Elle avait laissé tomber la posture, le ton neutre, la mécanique bien huilée du discours RH. &ldquo;Je sais que tu as beaucoup de questions.&rdquo; dit-elle enfin. &ldquo;Et tu as raison. Mais ici&hellip; je vais essayer de t&rsquo;expliquer ce qui se passe vraiment&rdquo;.</p>
<p>Delphine poursuivit en montrant une frise retraçant vingt ans d’évolution d’Atem. D’une simple plateforme sociale, l’entreprise était devenue un géant tentaculaire : omniprésence publicitaire, collecte massive de données, puis bascule vers le renseignement comme nouveau moteur de croissance. Scott connaissait déjà cette trajectoire. Il en avait été l’un des rouages pendant quinze ans. Une mécanique qu’il avait toujours trouvée aussi fascinante que dérangeante. Selon Delphine, le modèle touchait désormais à ses limites. La publicité perdait de son efficacité : les utilisateurs devenaient méfiants, critiques, moins manipulables. Ce qui avait longtemps fait la force d’Atem devenait son point faible. C’est alors que le PDG avait lancé un projet secret avec Tyrell Dynamics Corporation. Initialement spécialisée dans la robotique militaire, l’entreprise s’était étendue à tous les secteurs, jusqu’à infiltrer le quotidien des individus. Quelques employés triés sur le volet avaient été recrutés pour piloter ce programme. Delphine en faisait partie.</p>
<p>En creusant, elle avait compris la véritable ambition du projet : contourner la défiance croissante en fusionnant robotique et communication. Créer des humanoïdes capables de diffuser des messages de manière imperceptible, intégrés à la vie quotidienne.  Une influence incarnée. Silencieuse. Redoutablement efficace. Et plus elle avançait, plus elle comprenait à quel point cette idée était dangereuse.</p>
<p>Scott comprenait mieux désormais. En observant l’évolution récente de la robotique et surtout des humanoïdes, devenus de plus en plus difficiles à distinguer des humains. Tout cela prenait sens. Interagir avec eux devenait naturel, presque banal.  Mais les utiliser pour influencer, orienter, manipuler&hellip; Là résidait le véritable danger. Delphine travaillait toujours pour Atem, sous couverture. Le PDG n’avait pas encore compris l’ampleur de ce qu’elle avait découvert.</p>
<p>C’était l’équipe de Scott qui avait mis au jour, en une seule journée, la connexion secrète entre Atem et Tyrell Dynamics Corporation. Cette découverte avait déclenché, en moins de vingt-quatre heures, une réaction en chaîne au plus haut niveau. Pour les responsables du projet secret, il fallait agir vite. Et la solution la plus simple avait été de neutraliser la source du problème : faire disparaître l’équipe de sécurité en bloc, avant qu’elle ne puisse aller plus loin.</p>
<p>Delphine savait que le temps jouait contre eux. Le projet Atem–Tyrell était en train de devenir une menace bien réelle, non seulement pour l’entreprise, mais pour bien plus que cela. Dans l’ombre, elle avait donc constitué une petite équipe, discrète et déterminée, réunie dans cette vieille ferme isolée. Leur objectif était clair : comprendre l’ampleur du projet&hellip; et trouver un moyen de le faire tomber avant qu’il ne soit trop tard.</p>
<p>Pierre avait rejoint l’équipe récemment, et il n’avait pas hésité une seconde. Mais pour lui, Scott était le seul capable de mener l’opération à bien. Il l’avait dit clairement à Delphine. Sans Scott, le projet n’avait aucune chance de tenir. Et Scott le savait.  Ce n’était pas une décision prise sous le coup de l’émotion, ni un élan de colère après son éviction. C’était un constat rationnel. Il connaissait les systèmes, les architectures, les angles morts. Il comprenait la logique derrière chaque couche, chaque compromis, chaque dérive.
Personne d’autre ne disposait à la fois de cette vision d’ensemble et de cette lucidité froide. Il n’avait plus rien à perdre, certes, mais surtout, il avait enfin quelque chose à faire. Car il ne s’agissait plus de travailler pour Atem, ni même contre elle. Il s’agissait d’empêcher que ce qui était en train de naître ne devienne incontrôlable. Un projet qui dépassait l’entreprise, les intérêts financiers, et même les règles tacites du jeu industriel. Scott le comprit alors avec une clarté presque apaisante : s’il fallait utiliser les armes du système pour en révéler les failles, alors il le ferait. Non par vengeance. Mais par nécessité.</p>
<p>Le plan était simple dans son principe, terrifiant dans ses implications : analyser en profondeur un humanoïde, comprendre ses mécanismes cognitifs, ses failles logicielles, la manière dont il ingérait et interprétait les flux d’information issus des réseaux sociaux. Une fois les vulnérabilités identifiées, il suffirait d’injecter un payload<sup id="fnref:6"><a href="#fn:6" class="footnote-ref" role="doc-noteref">6</a></sup> discret, non pas pour détruire, mais pour révéler. En utilisant la même infrastructure clandestine découverte chez Atem, la même fibre détournée, le même canal de diffusion invisible, le message se propagerait à l’ensemble du parc d’humanoïdes. Non pas pour manipuler davantage, mais pour briser le mensonge. Pour forcer ces machines à dire la vérité. Et, à travers elles, à la révéler au monde entier.</p>
<p>Scott inspira profondément, observa une dernière fois la vieille ferme plongée dans le silence, puis se mit au travail.</p>
<h1 id="distribution">
  Distribution
  <a href="#distribution"><svg xmlns="http://www.w3.org/2000/svg" width="24" height="24" viewBox="0 0 24 24"><path fill="currentColor" d="M10.9 8a4 4 0 0 1 1.352.135a2.511 2.511 0 0 1-.7 4.863a.5.5 0 0 0 0 1a3.508 3.508 0 0 0 2.944-5.2A3.56 3.56 0 0 0 11.434 7H5.59a3.5 3.5 0 0 0-.19 7c.724.041 1.458 0 2.183 0a.5.5 0 0 0 0-1c-1.323 0-2.915.262-3.891-.843A2.522 2.522 0 0 1 5.59 8Z"/><path fill="currentColor" d="M18.41 17a3.5 3.5 0 0 0 .192-6.994c-.724-.041-1.458 0-2.183 0a.5.5 0 0 0 0 1c1.323 0 2.915-.262 3.891.843A2.522 2.522 0 0 1 18.41 16H13.1a4 4 0 0 1-1.352-.135a2.511 2.511 0 0 1 .7-4.863a.5.5 0 0 0 0-1a3.508 3.508 0 0 0-2.944 5.2A3.56 3.56 0 0 0 12.566 17Z"/></svg></a>
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<div class="footnotes" role="doc-endnotes">
<hr>
<ol>
<li id="fn:1">
<p>Suite aux pressions exercées par l’Union européenne pour mieux encadrer les conglomérats technologiques, la Commission avait exigé que l’ensemble de leurs opérations soient effectivement localisées sur le territoire européen. La réalité était, bien entendu, toute autre. Sur le papier, les entreprises se déclaraient conformes; dans les faits, leurs montages internes racontaient une toute autre histoire. Ces structures cherchaient avant tout à maximiser la captation de données et n&rsquo;avaient rien à foutre des contraintes réglementaires. Ironiquement, cette situation arrangeait quelque peu Scott : le siège européen et les centres de données se trouvaient à moins d’une heure de chez lui.&#160;<a href="#fnref:1" class="footnote-backref" role="doc-backlink">&#x21a9;&#xfe0e;</a></p>
</li>
<li id="fn:2">
<p>Les logs sont les enregistrements et les traces numériques générés lors de l’exécution des logiciels.&#160;<a href="#fnref:2" class="footnote-backref" role="doc-backlink">&#x21a9;&#xfe0e;</a></p>
</li>
<li id="fn:3">
<p>Qui est l&rsquo;enfoiré qui a oublié d’enregistrer une fichue salle dans NetBox ?&#160;<a href="#fnref:3" class="footnote-backref" role="doc-backlink">&#x21a9;&#xfe0e;</a></p>
</li>
<li id="fn:4">
<p>À la poursuite du hacker rusé - Un astronome devenu enquêteur traque un intrus allemand sur nos réseaux militaires, qui a exploité des failles des systèmes d’exploitation pour parcourir des bases de données sensibles. Était-ce de l&rsquo;espionnage ? <a href="http://pdf.textfiles.com/academics/wilyhacker.pdf">http://pdf.textfiles.com/academics/wilyhacker.pdf</a>&#160;<a href="#fnref:4" class="footnote-backref" role="doc-backlink">&#x21a9;&#xfe0e;</a></p>
</li>
<li id="fn:5">
<p>EAL4+ niveau de certification de sécurité défini par la norme Common Criteria. Il indique qu’un produit informatique a été évalué selon des méthodes rigoureuses, incluant l’analyse de sa conception, de son code et de ses mécanismes de sécurité.&#160;<a href="#fnref:5" class="footnote-backref" role="doc-backlink">&#x21a9;&#xfe0e;</a></p>
</li>
<li id="fn:6">
<p>Une charge logicielle silencieuse.&#160;<a href="#fnref:6" class="footnote-backref" role="doc-backlink">&#x21a9;&#xfe0e;</a></p>
</li>
</ol>
</div>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[GHB]]></title>
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            <author>
                        <name>Mouvement Rectiligne</name>
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            <published>2026-03-20T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2026-03-20T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Tout était gris. La rue, les murs, les bâtiments, jusqu’à la devanture du café « Chez Micheline ».</p>
<p>Une faible lueur filtrait à travers les rideaux jaunis, trahissant une certaine activité à l’intérieur.</p>
<p>Mont-sur-Marchienne n’était pas vraiment la partie la plus glamour de la Belgique. Mais le café demeurait ouvert, envers et contre tout, malgré la décrépitude ambiante, l’absence d’avenir et la réalité économique étouffante. Les gens marchaient lentement vers cette lumière vacillante, comme des mouches attirées par un cadavre encore tiède.</p>
<p>Micheline était une institution, le seul lieu de rendez-vous des gens sans vie, sans culture, racistes et étroits d’esprit. Il y avait plusieurs cafés dans le quartier, et celui-ci rassemblait la lie de la société locale. Mais la patronne était aussi une ancienne de Agir, cette liste politique de fachos qui donnait l’impression que le Front national français était un parti de gauche. Si on allait chez elle, c’était pour cracher sur la politique, la diversité, le « wokisme » et la tolérance en général. Il y avait d’autres cafés, mais celui-ci était l’antre des conservateurs, avec son odeur de bière rance et son sol qui collait, à l’image de leurs vieilles idées rétrogrades.</p>
<p>Georges-Henri Bouchard, qu’on appelait simplement GHB, vivait à deux cents mètres du café. Il habitait avec sa mère âgée dans une petite maison décrépite et se passionnait pour le karting. Mais sa vraie famille, c’était Micheline : une sorte de mère spirituelle qui voyait en lui le fils qu’elle n’avait jamais eu.
Il passait ses journées et les longues soirées d’hiver au café, affalé sur sa chaise, à feuilleter ses magazines automobiles, à déblatérer politique et à parler de gonzesses pendant des heures, comme si le temps n’avait plus aucune prise sur lui.</p>
<p>Mais depuis peu, les choses avaient changé pour GHB. Il avait vu l’affiche d’un homme politique placardée sur un mur de Mont-sur-Marchienne. Depuis ce jour-là, il voulait devenir homme politique, avoir sa tête sur une affiche, avec ses cheveux coupés au carré. Il s’imaginait déjà que c’était mieux qu’une bagnole pour attirer les minettes : une belle gueule sur du papier glacé, et ce serait la ruée vers l’or pour Georges-Henri.</p>
<p>Il est vrai qu’il y avait quand même un détail qui jurait avec le paysage local : ce prénom composé. Une longue histoire familiale, née dans les faubourgs de Charleroi. Sa mère avait eu cette illumination, ou plutôt cette &ldquo;leurre&rdquo; d’esprit comme elle disait, après un bon casier de Jupiler en fin de soirée. Elle savait que sa propre vie pitoyable n’avait été qu’une succession de drames à cause de son prénom : Kimberly. Alors, après avoir conçu son fils dans une nuit grise et alcoolisée du Borinage, elle avait décrété :
« Mouais… si j’ai un fils, il s’appellera Georges-Henri. Pas Kevin, pas Donavann. Un truc qui en jette, un nom qui claque, un nom de la mort qui tue. »</p>
<p>GHB avait deux passions : les bagnoles et les filles. Son fanatisme pour les moteurs restait, au fond, une passion presque innocente, avec pour seul véritable impact un peu plus de CO₂ dans l’atmosphère. En revanche, son obsession pour les filles trouvait sans doute ses racines dans un environnement peu propice à l’épanouissement personnel. Il ne collectionnait pas seulement les pièces de vingt francs : il comptait aussi ses conquêtes, comme d’autres alignent des trophées en plastique sur une étagère bancale. Et il était particulièrement fier de son acronyme. À chaque entrée dans le café, il ressortait inlassablement la même blague, persuadé d’être un génie :
— « Eh ouais, pas besoin de GHB pour pécho ! »</p>
<p>Micheline ne riait même plus. Les autres non plus. Mais lui, il se trouvait brillant.</p>
<p>L’ascension de GHB relevait d’un quiproquo à la belge, aussi absurde qu&rsquo;résistible<sup id="fnref:1"><a href="#fn:1" class="footnote-ref" role="doc-noteref">1</a></sup>.</p>
<p>Il s’engagea en politique. Peu importait le parti, au fond : ce qu’il voulait, c’était renverser la table, exister, se donner une importance nouvelle. Le parti n’était qu’un véhicule, un moyen parmi d’autres pour parvenir à ses fins.
Son choix fut guidé par sa connaissance approximative, pour ne pas dire inexistante, de la vie politique.</p>
<p>Une ancienne speakerine de RTL, reconvertie en politicienne par pur opportunisme, avait retenu son attention. Il l’avait vue placardée sur des affiches électorales, souriante, bien coiffée, photoshopée jusqu’à l’oubli de toute humanité.</p>
<p>Et dans toute sa splendeur intellectuelle, il avait lancé à Micheline :</p>
<p>— « Le MRd, c’est parfait. Elles sont super bonnes sur les affiches. »</p>
<p>Il commença bien par faire du porte-à-porte, mais l’expérience tourna court. Le travail n’avait jamais été sa vocation. Il méprisait les ouvriers qui fréquentaient le café de Micheline : trop de sueur, trop de fatigue, trop de gauche. À force de se voir trimballer des tracts, il avait l’impression de devenir lui-même un travailleur et cette idée lui donnait la nausée. Travailler, c’était déjà faire un pas vers le socialisme, et ça, pour GHB, c’était impossible.</p>
<p>Il se retrouva sur les listes, pas vraiment en tête. De toute façon, personne au MRd ne misait sur lui. Il faisait un peu office de troubillon : le chef de région se disait qu’il avait ce côté vulgaire, sûr de lui, capable d’énerver les électeurs. Mais comme il était toujours difficile de trouver des candidats, on prenait ce qu’on avait sous la main. Il fallait être fou pour se jeter en politique : soit un sacerdoce familial, soit une folie voisine de la psychiatrie.</p>
<p>Il avait installé son QG de campagne chez Micheline, comme une évidence. Le dimanche soir, soirée des résultats, GHB était sur son trente-et-un, une Jupiler à la main, persuadé d’entrer dans l’Histoire locale. Il y avait du monde, plus que d’habitude : une garde rapprochée s’était constituée au fil des élections, des collages d’affiches nocturnes et des promesses jamais formulées mais parfaitement comprises. Quelques bras, quelques voix, quelques loyautés louées à coups de bières tièdes. Ici, la politique ne se faisait pas à coups d’idées, mais à coups de tournées générales.</p>
<p>Dans la fumée bleutée, les odeurs de bière et le sol collant, la vieille télévision crachait les images de la chaîne nationale, avec ses résultats partiels qui n’en finissaient pas. Il ronchonnait, trouvait ça interminable. Puis il éructa :
— « Mais putain, pourquoi on est toujours en train de compter des putains de bulletins ? On est en 2025, bordel de merde. On devrait avoir les résultats sur son putain de téléphone. »</p>
<p>Il était passé minuit quand il reçut les résultats par SMS de la permanence du MRd. Quelques voix, rien de mirobolant. Pas de mandat, pas de costume de député. Au mieux, un suppléant potentiel, un strapontin politique. Frustré comme un gamin privé de glace, il fulminait dans le bar qui se vidait lentement. Les mains sur la tête, affalé sur le zinc, il ruminait.</p>
<p>Micheline, occupée à laver — un bien grand mot pour désigner le rinçage ridicule — les verres de bière, se pencha vers lui.</p>
<p>— « Mon petit GHB, c’est pas grave, il faut bien commencer quelque part. »</p>
<p>Mais ce n’était pas la réponse qu’il attendait. Il voulait qu’elle entre dans son jeu, qu’elle dise que tout le monde était con, que le système était truqué, et que lui, au fond, était simplement trop intelligent pour être compris.</p>
<p>Son cerveau tournait à deux cents à l’heure. Il ne voulait pas lâcher l’affaire. GHB avait une idée.</p>
<p>Lors des différentes réunions, un détail lui revint en mémoire. Il se souvenait d’avoir vu le bourgmestre MRd de Charleroi, Étienne de Meurcy. Ce soir-là, il l’avait aperçu repartir avec une jeune fille, la main fermement posée sur ses fesses.</p>
<p>GHB sourit intérieurement. Excellent.</p>
<p>Il passa son coup de fil. Ce n’était pas de la trahison, ni même du cynisme à ses yeux : juste un ascenseur social. Le reste ne comptait pas. Seule importait sa marche vers le pouvoir.</p>
<p>Sa stratégie était d’une simplicité obscène. Il fit comprendre au bourgmestre que, sans une cooptation au Sénat, sa charmante épouse recevrait bientôt des nouvelles.
Il ne savait pas si ça marcherait, mais il n’avait plus rien à perdre. Les partis, de toute façon, cherchaient toujours des candidats.</p>
<p>Son modèle, c’était Donald Trump. Il avait vu comment un parti entier avait plié l’échine, comment le Parti républicain s’était effacé derrière un ego, troquant la politique contre la loyauté aveugle. Pour GHB, c’était limpide : pas besoin d’idées quand on a le culot, le bruit et l’impunité.</p>
<p>Quelques jours plus tard, il reçut la visite du président du parti MRd. Au début, il douta de la raison de cette venue. GHB eut une demi-seconde de remords — une faiblesse passagère — sur sa méthode.</p>
<p>Le président, Jean Miguel, s’assit en face de lui. Il avait la stature d’un homme politique, mais une stature fatiguée, vieillissante, comme un corps usé par trop de compromis. Il semblait à bout de souffle. GHB se dit aussitôt qu’il y avait là une brèche.</p>
<p>Jean Miguel alla droit au but :</p>
<p>— « Je connais ta stratégie. Tu es un requin. Mais la politique, au fond, c’est uniquement ça. »</p>
<p>Il marqua une pause, puis reprit :
— « Tu seras coopté comme sénateur. En échange, tu soutiens sans réserve l’allégeance au parti MRd. »</p>
<p>Tout alla très vite.</p>
<p>Il devint sénateur comme on attrape une maladie honteuse : par opportunisme, par contact, par absence totale de scrupules. En quelques semaines, Georges-Henri Bouchard était passé du tabouret poisseux de Chez Micheline aux plateaux de télévision, aux studios de radio, aux selfies avec militants et aux sourires carnassiers devant les caméras. Il avait compris l’essentiel : il ne fallait pas être intelligent, il fallait être visible. Montrer sa tronche, partout, tout le temps, jusqu’à saturation.</p>
<p>Il s’appliqua donc avec un sérieux presque professionnel à envahir l’espace public. Il se fit inviter dans des débats où il n’avait rien à dire, donna son avis sur tout avec cette assurance spectaculaire des imbéciles, et finit même par accepter des apparitions dans des émissions de téléréalité, au nom de la proximité avec « les vrais gens ». On le vit goûter des sauces piquantes, visiter des fermes, commenter des histoires de couple de candidats sous néons, sourire comme un vendeur de cuisines en promo. Il s’en foutait. Chaque plan caméra était une victoire. Chaque minute d’antenne, un mètre de plus gravé dans sa marche vers le pouvoir.</p>
<p>Très vite, il prit goût à cette nouvelle existence. Non pas le goût du travail, qu’il aurait fallu exagérément chercher pour le trouver chez lui, mais celui, plus simple et plus pur, de l’exposition. Il aimait voir son visage sur les écrans, entendre son nom prononcé avec gravité par des journalistes épuisés, sentir qu’il occupait l’air comme une mauvaise odeur. Il était devenu quelqu’un. Ou plutôt : il était devenu visible, ce qui, à son époque, revenait exactement au même.</p>
<p>Le pouvoir, chez lui, n’avait produit ni hauteur de vue, ni responsabilité, ni la moindre forme de dignité. Il l’avait simplement accéléré. GHB n’avait plus de frein. Il se mit à collectionner les dossiers sur tout le monde avec la minutie d’un rat de cave. Un adultère ici, une note de frais là, un marché public douteux, un virement discret, une photo compromettante, un message envoyé à la mauvaise personne après minuit. Il gardait tout. Il classait tout. Et quand il avait besoin d’un vote, d’un silence ou d’une faveur, il ouvrait le tiroir approprié avec le calme d’un comptable du chantage.</p>
<p>Dans son propre parti, il terrorisait plus qu’il ne convainquait. Il ne parlait pas : il tenait en laisse. Les uns lui devaient une carrière, les autres lui craignaient une fuite. Il avançait ainsi, non pas porté par une idéologie, mais par un mélange sale de peur, de vacarme et de petites lâchetés accumulées. Il avait parfaitement compris son époque : ce n’était plus le fond qui dominait, mais la capacité à salir plus vite que les autres.</p>
<p>Alors il salissait.</p>
<p>Il chiait sur ses concurrents avec une régularité de métronome. Il les traitait de traîtres, de vendus, d’incapables, de parasites, parfois tout cela dans la même phrase, avec cette jubilation épaisse qu’ont les hommes persuadés que l’insulte est une preuve de force. En interview, il ne répondait jamais vraiment aux questions. Il coupait la parole, haussait le ton, cognait du plat de la main sur la table, roulait des yeux comme s’il assistait à l’effondrement moral du pays à chaque relance d’un journaliste. Et surtout, il criait plus fort que tout le monde. C’était sa seule doctrine, sa seule cohérence, sa seule ligne politique : couvrir le vide par le volume.</p>
<p>Et cela fonctionnait.</p>
<p>Nous étions à l’époque des reels, des extraits de vingt secondes, des indignations prêtes à consommer, de ce déversoir continu de merde où plus personne ne cherchait à comprendre quoi que ce soit, mais seulement à réagir, de préférence avec la bouche ouverte et le cerveau fermé. GHB y était parfaitement à sa place. Il n’était pas un accident du système : il en était le produit le plus pur. Un homme sans pensée, mais avec du timing. Sans profondeur, mais avec du débit. Une synthèse idéale pour un monde où l’on confondait désormais présence et importance.</p>
<p>Chaque séquence où il vociférait devenait virale. Chaque outrance lui rapportait des vues, des partages, des soutiens, des hochements de tête chez les poivrots de comptoir et les stratèges numériques du parti. On ne lui demandait plus d’être crédible ; on lui demandait d’occuper le terrain, comme le bitume d&rsquo;un parking. Il prospérait dans ce fumier médiatique avec l’aisance naturelle des rats.</p>
<p>Chez Micheline, on suivait son ascension avec une fierté de famille mafieuse. La patronne disait à qui voulait l’entendre qu’elle l’avait toujours su exceptionnel, ce qui était faux, mais l’Histoire a besoin de mensonges simples. GHB, lui, revenait encore parfois au café, entouré de deux ou trois porte-flingues en veste trop serrée, pour boire une Jupiler tiède et jouer au seigneur local. Il entrait comme un prince de carnaval dans son ancien royaume de lino collant, distribuant des tapes dans le dos et des maximes de bistrot sur la nation, les assistés et la décadence.</p>
<p>Il était enfin devenu ce qu’il avait toujours confusément rêvé d’être : une grosse tête sur une affiche, un costume mal taillé sur un corps vulgaire, une autorité de pacotille dans un pays fatigué.</p>
<p>Et le pire, c’est que ça ne faisait que commencer.</p>
<p>Il était devenu président de parti, président de commission au Parlement, ministre, et il allait bientôt devenir Premier ministre à la faveur d’un concours de circonstances si immonde qu’il en paraissait presque naturel. Dans un pays usé jusqu’à la corde, il suffisait parfois de quelques démissions, de deux scandales mal synchronisés, d’une coalition pourrie de l’intérieur et de trois lâchetés bien placées pour hisser un type comme lui au sommet. La démocratie, à ce stade, ne ressemblait plus à un idéal, mais à une canalisation bouchée qui refoulait toute sa merde à la surface.</p>
<p>GHB était devenu un monstre. Pas un monstre spectaculaire, pas un tyran de cinéma, ni une créature d’exception surgie d’un cauchemar singulier. Non. Il était pire que cela : un monstre banal, parfaitement soluble dans son époque, un produit de synthèse fabriqué par la médiocrité ambiante, le ressentiment social, l’effondrement du langage et la lâcheté collective. Il n’était pas une anomalie du système. Il en était l’enfant légitime. Sa vulgarité venait de quelque part. Son cynisme aussi. Son vide surtout.</p>
<p>Il avait longtemps fait rire, puis il avait inquiété, puis il avait saturé l’espace au point qu’il n’était plus possible de penser sans tomber sur lui. À force d’être partout, il avait fini par donner l’illusion d’être indispensable. C’est ainsi que naissent les fléaux modernes : non par grandeur, mais par répétition. À force de voir la même gueule, d’entendre les mêmes slogans mâchés, les mêmes colères frelatées, les mêmes promesses de kermesse haineuse, les gens avaient fini par appeler cela une ligne politique.</p>
<p>Les citoyens, eux, croyaient encore à une victoire. Chacun la sienne, bien entendu. Les uns imaginaient qu’il allait remettre de l’ordre. Les autres espéraient qu’il ferait enfin exploser un système qu’ils détestaient sans jamais vraiment l’avoir compris. D’autres encore ne l’aimaient pas, mais trouvaient qu’il « disait tout haut ce que tout le monde pense tout bas », cette phrase de paresseux mental qui sert depuis toujours d’excuse publique aux pulsions les plus moisies. Ils ne voyaient pas qu’à chaque bulletin glissé en sa faveur, ce n’était pas un homme qu’ils élisaient, mais un renoncement supplémentaire.</p>
<p>Et puis, très vite, il avait été trop tard.</p>
<p>Car même les citoyens ne pouvaient plus reculer face à leur propre choix honteux. Reconnaître leur erreur aurait demandé une dignité dont ils ne disposaient plus. Alors ils s’enfonçaient avec lui. Plus il mentait, plus ils l’excusaient. Plus il insultait, plus ils applaudissaient. Plus il abîmait les institutions, plus ils prétendaient que c’était nécessaire. Le bourbier politique ne cessait de s’élargir, et chacun, au lieu d’en sortir, préférait tirer l’autre par la cheville vers le fond. C’était devenu une logique de marécage : on ne cherchait plus la vérité, ni même la cohérence, seulement la confirmation que l’adversaire était encore plus ignoble que soi.</p>
<p>GHB prospérait dans cette vase avec l’élégance d’un porc dans une mare.</p>
<p>Il prenait toute la place. Il parlait sur tout, décidait de tout, commentait tout, écrasait tout. Les autres partis semblaient morts face à ce blob politique, cette masse informe et gluante qui absorbait tout ce qu’elle touchait : les thèmes, les mots, les peurs, les colères, les indignations, jusqu’aux cadavres idéologiques de ses adversaires. Il ne débattait pas avec eux ; il les digérait. La droite copiait ses intonations, le centre reprenait ses obsessions en les parfumant de modération frelatée, et la gauche, hagarde, passait son temps à dénoncer ses outrances avec l’énergie vaine d’un professeur de latin tentant d’éteindre un incendie avec un dictionnaire.</p>
<p>Partout, GHB imposait son tempo. Le débat public n’était plus qu’une longue réaction à ses saillies, à ses vulgarités, à ses mises en scène calculées. Il transformait chaque semaine politique en épisode de série minable, chaque crise en occasion de se montrer, chaque drame en décor de communication. Il avait compris avant tout le monde que dans un pays épuisé, la cohérence importait moins que l’omniprésence. Il ne fallait pas gouverner correctement. Il fallait occuper l’écran, coloniser les cerveaux disponibles, remplacer le réel par sa propre agitation.</p>
<p>Il y parvenait admirablement.</p>
<p>Il avait désormais cette façon insupportable de parler du pays comme s’il en était l’incarnation physique, comme si ses pulsions personnelles étaient devenues l’âme nationale. Lorsqu’il disait « le peuple », il parlait en réalité de son reflet. Lorsqu’il invoquait « la majorité silencieuse », il désignait surtout la masse docile de ceux qui avaient renoncé à penser autrement que par réflexe, à coups de reels, de slogans et de commentaires sous vidéos.</p>
<p>Tout ce qu’il touchait se dégradait, mais tout semblait lui profiter. Les scandales glissaient sur lui comme la pluie sur une bâche plastique dans une ferme crasseuse. Ses contradictions n’étaient plus des fautes, mais des preuves de sa liberté. Son ignorance passait pour de la franchise. Sa brutalité pour du courage. Son inculture pour de l’authenticité. Il réalisait le rêve ultime de la médiocrité contemporaine : ne plus devoir s’excuser d’être ce qu’elle est, mais exiger au contraire qu’on l’admire pour cela.</p>
<p>Et au milieu de ce désastre, il continuait d’avancer.</p>
<p>Bientôt Premier ministre.</p>
<p>L’idée même aurait autrefois paru grotesque, bonne tout au plus à faire rire dans un bistrot collant de Mont-sur-Marchienne. Désormais, elle circulait dans les rédactions, dans les cabinets, dans les couloirs feutrés du pouvoir avec cette gravité résignée qu’on accorde aux catastrophes devenues plausibles. On n’en discutait même plus vraiment la légitimité. On calculait. On spéculait. On s’habituait.</p>
<p>C’était cela, peut-être, le plus sinistre.</p>
<p>Pas qu’un homme comme GHB ait pu émerger. Cela, après tout, arrive. Mais qu’un pays entier ait fini par réorganiser son imagination autour de lui. Qu’il soit devenu l’horizon. La borne ultime du pensable. La grosse masse visqueuse contre laquelle tout le reste semblait désormais trop faible, trop lent, trop poli, trop vieux.</p>
<p>Le monstre n’avait pas dévoré le pays. Le pays l’avait patiemment engraissé.</p>
<p>Sa nomination devait se faire au palais royal. GHB était fébrile comme un adolescent avant son premier rendez-vous, sauf qu’en l’occurrence il s’agissait de gravir une marche de plus vers la tête d’un pays qu’il avait déjà largement contribué à abîmer. Il avait mal dormi, s’était regardé vingt fois dans le miroir, avait essayé trois cravates sans jamais parvenir à ressembler à autre chose qu’à ce qu’il était fondamentalement : un type de bistrot déguisé en homme d’État.</p>
<p>Mais ce qui le travaillait surtout, c’était la présence de la nouvelle reine.</p>
<p>Depuis que Maude avait succédé à son père Philippe, il ne parlait plus que d’elle avec la subtilité graisseuse qui lui tenait lieu de sensualité. À Micheline, devant une bière éventée et un cendrier débordant, il répétait inlassablement la même formule, le regard bovin et l’imagination en roue libre :</p>
<p>— « Putain, la bonne royale. »</p>
<p>Chez lui, le fantasme tenait lieu d’analyse institutionnelle. Il ne comprenait rien à la monarchie parlementaire, aux équilibres belges, aux symboles usés qu’il fallait encore manipuler avec précaution dans ce royaume rafistolé de partout. Mais il avait bien saisi une chose : dans cet étrange décor national, cette reine neuve, lisse, photogénique, incarnait sans doute la dernière belle image d’un pays en décrépitude.</p>
<p>La Belgique s’effritait de tous les côtés, comme un plafond humide dans une maison qu’on n’a plus les moyens d’entretenir. Les institutions grinçaient, les partis se haïssaient à huis clos avant de feindre le compromis devant les caméras, les citoyens ruminaient leur fatigue dans les files, les cafés, les embouteillages, les commentaires en ligne. Tout semblait vieux, fissuré, mal recousu. Et au milieu de ce bric-à-brac politique, la reine Maude apparaissait comme une image de brochure : une silhouette droite, un sourire mesuré, une élégance presque irréelle, comme si le pays avait mis toute son énergie résiduelle dans le maintien d’une seule façade encore présentable.</p>
<p>GHB, lui, ne voyait pas une façade symbolique. Il voyait une femme, et dans son esprit ravagé par des années de vulgarité satisfaite, cela suffisait à transformer un moment constitutionnel en concours de fantasmes. Il se demandait déjà quelle odeur avait le palais, si elle lui serrerait la main longtemps, si elle sourirait franchement ou par devoir, si elle l’avait déjà vu à la télévision. L’idée qu’elle puisse simplement le mépriser ne l’effleurait même pas. Les hommes comme lui confondent toujours exposition et désir. À force de voir leur propre visage partout, ils finissent par croire que le monde entier les regarde avec envie.</p>
<p>Le matin de la cérémonie, il bomba le torse devant son miroir avec la solennité d’un dindon entrant à l’abattoir sans le savoir. Il ajusta sa veste, rentra son ventre, releva le menton. Il s’entraîna même à prendre un air grave, une expression qu’il pensait ministérielle, mais qui lui donnait surtout l’air d’un garagiste contrarié par une facture d’électricité.</p>
<p>En arrivant au palais, il fut brièvement saisi par le décorum. Les dorures, les tapis épais, les huissiers silencieux, les visages fermés des conseillers, tout cela produisait encore cet effet ancien que les lieux de pouvoir conservent, même lorsqu’ils ne sont plus que des théâtres bien entretenus. Pendant une seconde, GHB sentit qu’il pénétrait dans quelque chose de plus grand que lui. Une seconde seulement. Puis il se rappela qu’il allait être reçu par Maude, et son cerveau retourna aussitôt à sa porcherie habituelle.</p>
<p>Il s’avança avec cette raideur mal apprise des hommes qui ont passé leur vie à cracher sur les élites avant de rêver de leur ressembler. Il aurait voulu paraître digne, historique, presque inévitable. Mais sous le costume et la posture, on devinait encore le fond du personnage : la bière tiède, le sol collant de Chez Micheline, les blagues usées, la suffisance sans culture, le désir confondu avec la domination.</p>
<p>La reine, elle, tenait sa place avec cette discipline glacée qu’exige la fonction. Elle était impeccable, presque trop impeccable pour ce pays de compromis sales et de plafonds qui fuient. En la voyant, GHB eut la sensation absurde qu’elle résumait à elle seule tout ce que la Belgique s’efforçait encore de sauver : une apparence, un maintien, une image exportable. Quelque chose qu’on pouvait montrer au monde pour éviter d’avoir à expliquer le reste.</p>
<p>Et c’est peut-être cela qui le troubla le plus.</p>
<p>Car face à elle, pour la première fois depuis longtemps, il comprit obscurément qu’il venait d’un autre univers. Celui des arrière-salles, des combines, des colères épaisses, des fidélités achetées à la tournée générale. Il entrait par effraction dans un décor qui n’avait pas été conçu pour lui. Non pas parce qu’il en était indigne moralement — cette question-là ne l’intéressait pas — mais parce qu’il portait encore sur lui l’odeur du monde d’en bas, du monde brut, vulgaire, collant, celui qu’aucune cravate ne parvient tout à fait à recouvrir.</p>
<p>Cela ne l’empêcha pas de sourire.</p>
<p>Au contraire.</p>
<p>Il y trouva même une excitation nouvelle : celle du profanateur. Il n’était plus seulement en train de grimper. Il entrait désormais dans les salons mêmes du royaume, dans les images officielles, dans les rites de la continuité belge. Le gamin médiocre de Mont-sur-Marchienne, nourri à la Jupiler, aux fantasmes de comptoir et aux affiches électorales, venait poser sa lourde carcasse au centre du cérémonial national.</p>
<p>Et le plus obscène, c’est que tout cela se faisait selon les règles.</p>
<p>Il se retrouva seul avec la reine dans un salon attenant, une pièce trop calme, trop propre, trop chargée d’histoire pour un homme comme lui. Les rideaux étouffaient la lumière du jour, les boiseries absorbaient les bruits, et dans ce silence feutré, GHB sentit monter en lui cette vieille confusion entre le pouvoir, le désir et le droit de tout prendre.</p>
<p>Maude le regardait avec une froideur impeccable. Il n’y avait ni chaleur, ni curiosité, ni même cette hypocrisie aimable que les puissants se réservent parfois entre eux. Dans ses yeux, on lisait autre chose : une répulsion nette, presque physique, et, plus profondément encore, la conscience exacte de ce qu’il était. Elle ne pouvait pas le piffer. Elle avait une sainte horreur de sa présence, de son odeur politique, de sa vulgarité montée jusqu’au sommet de l’État comme une remontée d’égout dans les salons du royaume.</p>
<p>GHB, lui, ne lisait pas les regards : il les déformait. Il avait toujours pris le mépris pour une forme d’attention, la gêne pour une invitation, l’existence même des femmes pour une disponibilité potentielle. Face à la reine, il redevint instantanément le porc qu’il avait toujours été. Le costume, le titre, les ors du palais, tout cela se dissipa d’un coup. Il ne resta plus que la mécanique sale de son esprit, cette manière de voir dans chaque femme non pas une personne, mais un territoire à envahir.</p>
<p>Pendant une seconde, le palais royal cessa d’exister pour lui. Il n’était plus dans un salon de la monarchie belge, au cœur de l’appareil d’État, face à une femme rompue à la discipline, au protocole et à la maîtrise de soi. Non. Dans sa tête ravagée, il se retrouvait dans l’un de ces décors poisseux qu’il connaissait par cœur : une fin de soirée trouble à Charleroi, une fille isolée, un abus qu’il s’imaginait encore pouvoir maquiller en audace.</p>
<p>Alors il fit un pas de trop.</p>
<p>Et tout bascula.</p>
<p>La reine bougea avec une précision si nette qu’elle en parut presque mécanique. Plus tard, certains parleraient d’un réflexe, d’autres d’un sang-froid exceptionnel. Ceux qui connaissaient son passé militaire chez les paracommandos n’y virent, au fond, rien de surprenant. Elle pivota, déséquilibra son assaillant, attrapa le bras avec une maîtrise glaciale et le plia jusqu’au point de rupture. Un craquement sec fendit le silence de la pièce.</p>
<p>GHB hurla.</p>
<p>En moins de deux secondes, il n’était plus le futur Premier ministre, ni le chef de parti, ni la grande gueule qui écrasait les plateaux télé sous son vacarme. Il n’était plus qu’un corps au sol, tordu de douleur, humilié, réduit à sa vérité première : un lâche pris en flagrant délit de sa propre ordure.</p>
<p>La reine le maintint bloqué sans trembler. Puis elle cria, d’une voix brève, autoritaire, sans panique. La police militaire déboula presque aussitôt. Les hommes entrèrent, évaluèrent la scène, comprirent immédiatement. Le protocole venait d’exploser en vol, mais les faits avaient cette brutalité simple qui coupe court aux ambiguïtés.</p>
<p>Tout s’enchaîna très vite.</p>
<p>On apprit dans l’heure que le salon était couvert par la vidéosurveillance du palais. Toute la scène avait été enregistrée. Chaque seconde. Chaque geste. Chaque illusion de puissance ramenée à sa vérité misérable. GHB, qui avait passé des années à salir, menacer, manipuler, à faire de la politique comme on tient un racket de province, se retrouvait cette fois prisonnier d’une chose qu’il n’avait pas prévue : la preuve.</p>
<p>Maude comprit immédiatement ce qu’il fallait faire. Elle saisit que l’affaire dépassait sa personne. Il ne s’agissait pas seulement d’une agression. Il s’agissait de l’aboutissement logique d’une époque entière : celle où l’impunité des brutes s’était déguisée en franchise, où la vulgarité avait été prise pour du courage, où l’on avait confondu la domination avec la force politique.</p>
<p>Elle demanda que les images soient rendues publiques le soir même.</p>
<p>La diffusion provoqua un choc d’une violence rare. Pour une fois, le pays vit sans filtre ce qu’il avait produit, encouragé, applaudi par lassitude, par cynisme ou par bêtise. Il ne s’agissait plus d’une polémique, ni d’une petite phrase, ni d’un montage hostile dénoncé sur les réseaux par ses partisans hystériques. Il y avait les faits. Nets. Bruts. Irréfutables. Un homme au sommet de l’État, persuadé que tout lui était dû, se jetant sur une femme, et se faisant briser en quelques secondes par plus lucide, plus solide et plus digne que lui.</p>
<p>Le scandale fut total.</p>
<p>Son parti l’abandonna avec cette lâcheté fluide des appareils qui ne croient en rien, sinon à leur propre survie. Ses soutiens médiatiques parlèrent d’abord de contexte, de fatigue, de pression, puis, devant l’évidence, se turent ou retournèrent leur veste avec la souplesse des invertébrés. Les militants les plus fanatiques tentèrent bien de crier au complot, à la manipulation, au piège. Mais même eux avaient du mal à nier ce qu’ils avaient vu de leurs propres yeux : leur champion n’était pas un chef mal compris, mais un prédateur grotesque, une brute de comptoir arrivée trop haut.</p>
<p>GHB devint un paria en une nuit.</p>
<p>Et peut-être fallait-il cette chute-là, obscène et publique, pour rappeler à tout le monde ce qu’une démocratie cesse d’être quand elle renonce à la décence la plus élémentaire. On parla soudain de retour au réel, de politique raisonnée, factuelle, respectueuse. Comme toujours, les grands mots revinrent après la catastrophe, quand le bâtiment fumait déjà. Mais au moins, cette fois, ils revenaient sur les décombres encore chauds d’une vérité impossible à contourner.</p>
<p>Le procès fut rapide. La condamnation aussi.</p>
<p>Il alla purger sa peine à Haren. Le contraste avait quelque chose de presque comique : après les salons royaux, les couloirs gris ; après les micros, les barreaux ; après les costumes, la promiscuité. Il partagea sa cellule avec quatre dealers de drogue qui ne pouvaient pas le piffer non plus. Même là, dans cet ultime déclassement, il n’inspirait ni respect, ni crainte, ni fascination. Seulement du dégoût. Ce qui, au fond, était peut-être la première réaction sincère qu’il avait jamais suscitée.</p>
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  Fiction
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<p>Cette œuvre n&rsquo;est point ancrée dans la réalité commune. Les noms, les lieux et les événements qui s&rsquo;y dévoilent ne sont que les mirages d&rsquo;un imaginaire troublé, ou peut-être les reflets indéchiffrables d&rsquo;autres vérités, tapies aux confins de notre compréhension. Considérez tout comme fiction&hellip; à moins que les ombres n&rsquo;en décident autrement.</p>
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  Distribution
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<p>GHB est également disponible aux formats <a href="/images/ghb.pdf">PDF</a> et <a href="/images/ghb.epub">EPUB</a>.</p>
<p>Ce livre est placé sous licence <strong>Creative Commons Attribution 4.0 International (CC BY 4.0)</strong> :
<a href="https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/deed.fr">https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/deed.fr</a></p>
<p>Cela signifie que vous êtes libre de <strong>partager</strong> (copier, distribuer et communiquer le contenu par tout moyen et sous tout format) et d’adapter (remixer, transformer et créer à partir du contenu) pour tout usage, y compris commercial, à condition de créditer l’auteur, &ldquo;le Mouvement Rectiligne&rdquo;.</p>
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<li id="fn:1">
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/La_R%C3%A9sistible_Ascension_d%27Arturo_Ui">La Résistible Ascension d&rsquo;Arturo Ui</a> — <em>Der aufhaltsame Aufstieg des Arturo Ui</em>. Comme disait Brecht : <em>« Vous, apprenez à voir, plutôt que de rester les yeux ronds… Le ventre est encore fécond, d’où a surgi la bête immonde. »</em> Mais rassurons-nous : aujourd’hui, on sait parfaitement reconnaître les mêmes mécanismes quand ils reviennent, simplement affublés d’un meilleur service communication et de costumes un peu plus chers.&#160;<a href="#fnref:1" class="footnote-backref" role="doc-backlink">&#x21a9;&#xfe0e;</a></p>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2026-03-14T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2026-03-14T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Souvent, les récits apocalyptiques ou les BD de dystopie nous emmènent dans des capitales spectaculaires ou des pays au potentiel visuel très cinématographique. Et puis là, je tombe sur une couverture de BD où l’on voit&hellip; Flagey en pleine crise. Oui, Flagey. Comme quoi on peut être sentimental devant un bâtiment familier.</p>
<p><a href="https://www.danielmaghen-editions.com/catalogue/off/">Off</a>, dessiné par Patrice Réglat-Vizzavona et scénarisé par Romain Renard et Olivier Tollet, nous plonge dans les affres d’une tempête solaire qui a fait disparaître le courant électrique à l’échelle mondiale.</p>
<p>340 pages. Oui, vous avez bien lu : une histoire complète dans un seul volume. Rien de plus plaisant qu’une BD qui raconte une histoire du début à la fin, plutôt que des bribes qu’il faudra attendre dans un prochain tome hypothétique&hellip; ou qui ne sortira jamais parce que l’éditeur aura fait faillite entre-temps. Désolé pour ce ronchonnement virtuel. Mais il n’y a rien de tel que de tenir entre ses mains une œuvre complète. Fuck les épisodes à rallonge, et welcome aux histoires qui vont jusqu’au bout.</p>
<p>L’histoire tient bien la route et la dynamique graphique assure une belle cohésion, même si certains personnages tombent parfois dans le stéréotype. Rien de dramatique : on se laisse prendre au jeu et l’ensemble fonctionne. Les références belges sont clairement un atout pour tout lecteur amateur de belgitude.</p>
<p>Au final, une belle réalisation : 340 pages pour 32 balles. Et puis, soyons honnêtes, cette lecture aura au moins le mérite de nous changer les idées de notre dystopie bien réelle laquelle pourrait s’avérer bien pire que celle de cette BD.</p>
<p><img src="/images/off.jpeg" alt="Couverture de Off"></p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[L'affaire de la rue Transnonain]]></title>
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            <author>
                        <name>H. Galois</name>
                    </author>
            <published>2026-01-16T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2026-01-16T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p><em>Un livre de Jérôme Chantreau</em></p>
<p>Dans un Paris « cimetière d’asphalte où dansent les fantômes » (p. 349), elle est amoureuse d’un jeune homme abattu par l’armée un jour d’émeute contre la monarchie en 1834, avec tous les habitants innocents d’un immeuble de la rue Transnonain (aujourd’hui rue Beaubourg). Il est un rude agent de police qui doute de l’histoire officielle qu’on veut qu’il raconte.<br>
C’est l’histoire d’une femme – Annette – et d’un homme – Lutz – pris dans le maelstrom de l’histoire. C’est notre histoire, celle dont les motifs se répètent de siècle en siècle.<br>
On y croise l’immonde Thiers en discussion avec le non moins puant général Bugeaud : « Monsieur le ministre, dans ce genre d’affrontement, c’est le gouvernement contre le peuple. Et à la fin, c’est encore devant le peuple que vous rendrez des comptes. Donnez-lui l’impression que vous l’avez défendu… contre lui-même […]. Tuez-en trois, vous êtes un assassin. Tuez-en mille vous êtes un sauveur » (p. 181).<br>
On y croise des femmes qui écrivent, dans La Tribune des femmes : « L’État craint le peuple comme le mari craint sa femme. Tous deux recourent à la même violence. C’est toujours le faible qui asservit le fort » (p. 333).<br>
On y pleure, on y apprend, on y vit la vie des personnages, on y sent la misère et la vie dure, on y rit, aussi :<br>
« — Oui. Mais tu n’as pas grand-chose à craindre de lui.<br>
— Qu’est-ce qu’il t’a dit ?<br>
— Des bobards de flique.<br>
— Et tu lui as répondu quoi ?<br>
— Des bobards de femme » (p. 341).<br>
L&rsquo;affaire de la rue Transnonain Ce livre aurait pu n’être qu’un bon roman historique dans la matrice de notre époque qu’est le XIXe siècle. Mais c’est surtout de la très bonne littérature. Prenons un court paragraphe, que je trouve caractéristique de l’écriture de Chantreau :<br>
« Lutz plisse les rides de son front et d’un coup, se lève de sa chaise. Il écrase son cigare contre le rebord de la fenêtre, ajuste son haut-de-forme et saisit sa canne en quittant la pièce.<br>
La Seine exhale son odeur de marée basse jusqu’au quai des Orfèvres » (p. 290).</p>
<p><img src="/images/Laffairedelaruetransnonain.jpeg" alt=""></p>
<p>D’abord, Lutz. L’homme à l’air préoccupé, agacé, peut-être est-il inquiet et il semble pressé. Mais ce sont des impressions, une ambiance. Je l’interprète de ce qui se passe. Une page moins inspirée aurait explicité que Lutz est « fébrile », que « quelque chose le tracasse », qu’il est « agacé ». Son auteur paresseux aurait essayé d’imposer ses pensées plutôt que de ne proposer au lecteur que des circonstances. Les images que ce dernier s’en forgera seul n’en seront que plus intenses. Elles deviennent intimes, je fais mien l’état d’esprit de Lutz bien davantage que si l’auteur me l’avait servi avec des mots abstraits. Ernest Hemingway et Norman Mailer avaient raison(*).<br>
Ensuite, on perçoit nettement comment, par le personnage, l’histoire se met en mouvement. La page précédente on était avec le flic dans ses bureaux, à tourner en rond et ressasser, et soudain l’histoire repart en suivant les pas de Lutz. L’histoire repart et le lecteur dont les pensées pouvaient divaguer est saisi par l’inflexion de la voix du conteur qui change de ton, de rythme.<br>
Une fois Lutz parti l’auteur change de point de vue. C’est peut-être ça, la littérature : nous donner mille yeux, mille points de vue, mille vies. Nous étions en intérieur avec un homme qui mène une enquête et brusquement nous voyons tout Paris. Alors on essaie de se souvenir des bords de mer, de retrouver l’odeur des estrans et on l’emmène à la ville sans océan. Et ça marche. Une odeur de vase, des effluves poisseux, des algues et des relents de mollusques en décomposition enveloppent le fleuve. Et ainsi, de l’image de quelque chose qui n’existe pas naît une sensation bien réelle.<br>
La littérature s’accroche aussi au monde, au réel, au local. Elle le fait ici par la Seine et par l’évocation du quai des Orfèvres. Pour un lecteur lointain, ce sera un endroit comme un autre, comme la vieille capitale française en compte des milliers. Mais pour beaucoup de francophones ou de connaisseurs de Paris, le quai des Orfèvres c’est la police. La lectrice ou le lecteur qui arrive à cette page 290 sait que Lutz est policier, le rapprochement vient facilement. Mais si on ignore ce qu’est le quai des Orfèvres, ça marche tout de même. C’est là une autre caractéristique, je pense, de la bonne littérature : quand elle s’offre en multiples niveaux de lecture.<br>
Enfin, on retrouve à l’œuvre la magie des associations, plus abstraite cette fois. L’odeur désagréable qui nous est restée en tête vient se mêler à celle, repoussante, du cigare écrasé. Ces exhalaisons empestent la maison police qui veut couvrir le massacre de la rue Transnonain. Mais Lutz se rebiffe.<br>
Voilà pourquoi et comment ce court passage, et l’histoire toute entière, m’a tellement plu et fait les livres que j’aime et admire.</p>
<hr>
<p>L’affaire de la rue Transnonain<br>
Jérôme Chantreau<br>
Éditions La Tribu, 460 p.<br>
2025</p>
<hr>
<p>(*) <em>« Hemingway avait raison. L’adjectif n’est que l’opinion de l’auteur sur ce qui se passe et rien de plus. Si j’écris : “Un homme très fort entra dans la pièce”, cela signifie seulement qu’il est fort par rapport à moi. À moins de m’être déjà bien fait connaître du lecteur, je risque bien d’être le seul client du bar que la carrure du nouvel arrivant impressionne. Mieux vaut écrire : “Un homme entra. Il portait une canne et, pour je ne sais quelle raison, la brisa brusquement en deux comme une brindille”. Certes, cela est plus long à raconter. Et donc les adjectifs permettent une écriture rapide du genre je vais vous apprendre à vivre, moi. La publicité prospère là-dessus »</em>.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Librairies dans le monde]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2026-01-04T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2026-01-04T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>On peut dire que les membres du Sillon sont des addicts, des camés, des dépendants… non pas tant aux paradis chimiques qu’aux librairies. Cette passion est dévorante : on dévie, on détruit des vies en empilant des livres dans nos maisons ; nos relations sont mises en danger par cette addiction. Nous risquons des chutes à cause d’une lecture traînant dans un couloir, ou encore d’acheter plusieurs fois le même livre.</p>
<p>Pour assouvir notre addiction, il faut bien aller chez le dealer. Et nos dealers, ce sont les librairies. Quoi de plus beau — ou de plus jouissif — pour une bande de drogués que de disposer d’adresses et de photos de leurs dealers favoris dans le superbe ouvrage <em>Librairies dans le monde</em>, publié aux éditions Citadelles &amp; Mazenod et compilé par deux accrocs notoires, Jean-Yves Mollier et Patricia Sorel.</p>
<p>Quelle magnifique collection. Ce livre peut bien entendu devenir un substitut temporaire à notre addiction : de superbes photographies, des textes précis, le tout dans un ouvrage de 304 pages. Et oui, quand ça s’arrête, on reste accro… et on finit toujours par y retourner.</p>
<p>Ce livre est un peu notre méthadone (oui, c’est lourd), mais il aide à compenser — ou pire, à entretenir — nos piles de livres. Un ouvrage à avoir chez soi, ne serait-ce que pour aider d’autres lecteurs à satisfaire leur dépendance.</p>
<p><img src="/images/librairies.jpeg" alt="Couverture de librairies dans le monde"></p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Paris Toits Chats]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2025-12-31T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-12-31T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>La beauté n’est pas toujours évidente.</p>
<p>Il est difficile de dire qu’une toiture est une invitation à la rêverie.
Et pourtant, je suis toujours émerveillé par une vue sur les toits de Paris depuis une chambre d’hôtel. Pourquoi ? Peut-être à cause de ces formes géométriques qui courent à travers l’espace et donnent envie de devenir un chat, de se glisser dans l’exploration des toits. Un nouveau monde s’ouvre alors à nous. Un peu comme lorsqu’on ouvre les yeux sous l’eau : une autre vision.
On <a href="https://www.flickr.com/photos/adulau/54159748933/">essaie parfois de la capturer avec un appareil photographique</a>. On peut aussi la dessiner. Et Emmanuel Lemaire dans “Paris Toits Chats” y parvient avec beaucoup de doigté, en y ajoutant des chats et quelques autres surprises.</p>
<p>C’est un livre d’illustrations. Simplement beau. Juste beau.</p>
<p>Ce livre était exposé dans la vitrine de la <a href="/les-librairies">librairie L’Éternel Retour</a>. Publié chez Alain Beaulet, éditeur, c’est un petit ouvrage au format 170 × 210 mm, de 48 pages, à la couverture cartonnée. Pour les amateurs de chats, de toits ou tout simplement de Paris.</p>
<p><img src="/images/paris-toits.jpeg" alt="Couverture de Paris Toits Chats"></p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Devenir Écrivain]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2025-12-24T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-12-24T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Choisir un livre, c’est toujours un art subtil. Et celui-ci fut un savant mélange : je rate mon train,
mais je vais faire un tour chez <a href="/les-librairies/">Tropismes</a>, à Bruxelles. Rater un train en Belgique, ce n’est jamais
vraiment un train raté, mais plutôt une belle alchimie de retards et d’arrivées à l’heure possibles.
Finalement, ce fut une bonne idée.</p>
<p>Les tables de la librairie regorgeaient de piles de livres, de titres obscurs, de couvertures chatoyantes,
d’images de photographes utilisées pour des couvertures, de bandeaux rouges annonçant des prix que
personne ne connaît. Mais mon regard fut happé par une couverture ornée d’une photographie en noir
et blanc. Un homme seul, assis à une table, dans un jardin, en train d’écrire ou de dessiner.</p>
<p>Le titre, au centre de cette couverture, était la combinaison ultime : Devenir écrivain,
<a href="https://allary-editions.fr/products/alexandre-lacroix-devenir-ecrivain">aux éditions Allary</a>, d’Alexandre Lacroix.</p>
<p>Je ne savais pas quoi penser. Le livre était d’une taille respectable, avec une belle police en Plantin
(ce qui n’est pas un mauvais choix pour un éditeur français voulant se fondre en Belgique) et un papier mat.
C’était suffisant pour que j’achète ce livre, sans lecture d’un extrait.</p>
<p>Devenir écrivain est une sorte de porte aux mille feux, un peu la caverne d’Ali Baba pour un lecteur régulier
qui tente d’écrire des critiques. On se dit que c’est peut-être le seul Graal, l’ultime livre de développement
personnel pour les lecteurs invétérés comme ceux du Sillon. À la lecture, on plonge dans une vie qui semble
être un savant mélange de biographie, tout en étant sûrement un tantinet fictionnelle. Le livre pose les étapes
de la première publication, de son premier roman.</p>
<p>On est vite plongé dans sa vie. L’écriture est précise, rapide, sans hyperbole
(et l’on sait pourquoi dans ce livre). Je n’en dis pas trop pour laisser la surprise de la découverte
et du parcours d’écrivain de l’auteur.</p>
<p>Une belle et saine lecture pour appréhender la complexité du monde, où l’on découvre
que devenir écrivain n’aide pas vraiment à la simplifier, mais reste, au final, un plaisir de vie.</p>
<p><img src="/images/devenir-ecrivain.jpeg" alt="Couverture Devenir écrivain, d’Alexandre Lacroix"></p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Le roman des regards]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2025-11-23T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-11-23T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Comprendre la photographie, et plus encore l’acte photographique, peut paraître obscur. On imagine volontiers les photographes en voyeurs, silhouettes en embuscade, prêts à voler ce qui ne leur appartient pas. Pourtant, en tant que photographe, j’ai été profondément touché par Le roman des regards de Daniel Pennac et <a href="https://www.laurent-mallet.fr/index.php?/category/363">Laurent Mallet</a>.</p>
<p>Je ne divulgâcherai rien, rassurez-vous. Disons seulement qu’il s’agit d’un livre à mi-chemin entre la monographie discrète et la biographie légère, où se mêlent textes sensibles et images habitées. De belles photographies de visiteurs et de spectateurs de musées, saisis dans cet instant fragile où le regard se perd, s’attarde, rêve.</p>
<p>La construction du livre, tout en douceur, nous invite non seulement à comprendre, mais aussi à nous attacher aux deux protagonistes, presque malgré nous. Une œuvre simple en apparence, mais subtile, patiente, humaine. Une tranche de vie humaine offerte devant nos yeux.</p>
<p>Si vous aimez lire, flâner dans les musées, cultiver la curiosité et chercher la beauté dans nos existences ordinaires, alors ce livre pourrait bien devenir un compagnon de route pour les fêtes.</p>
<p><img src="/images/le_roman_des_regards.jpg" alt="La couvertue du &ldquo;Le roman des regards&rdquo;"></p>
<hr>
<p><em>Le roman des regards</em>, Daniel Pennac, Laurent Mallet, ed. Philippe Rey</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Wolven]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2025-11-23T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-11-23T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Un samedi d’automne. Maussade et gris. De quoi faire naître la mélancolie dans les cœurs les plus vaillants.</p>
<p>Plutôt que passer mon temps à zoner, je décide de sortir de la chambre et de ma torpeur. <em>Fast forward</em>. Me voilà qui déambule dans le centre de cette ville de taille moyenne que j’affectionne. Je n’y suis qu’un touriste intermittent depuis plus d’un quart de siècle. Ce qui me laisse penser qu’on peut habiter un lieu sans y vivre, à force d’en arpenter les rues.</p>
<p>J’y ai développé des habitudes dans ce cœur de ville. Je n’ai besoin d’aucune application de navigation pour m’y orienter. Je pose mon regard sur des pierres, de l’art urbain, des devantures, des pavés, des toits qui sont toujours là. Malgré le temps qui passe, malgré les changements, nombreux.</p>
<p>Je suis impressionné par notre faculté à mémoriser des détails, des choses, à percevoir le temps qui s’écoule, le présent devenir passé, sans jamais complètement s’effacer, servant parfois (souvent ? Toujours ?) de socle pour ce futur qui va bientôt occuper sa place dans cette évanescente temporalité. Encore faut-il savoir-regarder.</p>
<p>Et ce savoir-regarder, nous sommes en train de le perdre. J’en suis convaincu. À force écrans, numérique, toujours plus, vite-vite-vite, tels des papillons happés par cette lampe incandescente qui va finir par nous brûler les ailes. Et alors, ne pouvant plus voler, démunis, nous aurons bien du mal à nous extraire du caniveau dans lequel nous plongeons collectivement, malgré nos sourires béats de « dopaminés » satisfaits.</p>
<p>Me voilà arrivé à l’une de mes destinations préférées, la <a href="https://www.librairiemyriagone.fr/librairie/">librairie Myriagone</a>. J’y retrouve cette chaleur si rare, le regard aiguisé qui déborde d’intelligence d’Andréa, au sourire généreux, la musique choisie avec un goût certain, et, bien sûr, les très belles sélections de livres, de bandes dessinées, et de romans graphiques, sans oublier l’espace expositions dans la salle du fond.</p>
<p>J’aime beaucoup discuter avec Andréa. Mais cette fois-ci, je préfère prendre mon temps, laisser mon regard se poser sur les tables, présentoirs et bibliothèques. Ce lieu baigne dans la noblesse esthétique, dans l’amour du beau sans clinquant. C’est une évidence.</p>
<p>Prendre son temps. Un luxe à cette époque de l’hypervitesse. Un besoin vital. J’essaie de transposer un art que j’applique en photographie à ma « déambulation » du moment. Cet art, c’est l’art de se perdre. Pour dire les choses simplement, il s’agit de se laisser aller, de lâcher prise, de ne rien contrôler, de poser son regard sans préjuger de quoi que ce soit. Puis, saisir le bon moment qu’indéfectiblement l’on pressent, un infime tressaillement dans l’âme.</p>
<p>Je laisse mes yeux se poser ici et là, mes mains frôler les tranches des ouvrages, en faire défiler quelques pages. C’est ainsi que j’ai rencontré « Wolven », un roman graphique d’Enzo Smits et Ward Zwart, paru dans sa traduction française aux éditions marseillaises Même pas mal en 2018.</p>
<p>Dès la première page ouverte au hasard, j’ai senti que je tenais là une belle pépite comme il s’en fait peu. Sa lecture, ce jour, conforta ce sentiment. C’est un chef-d’œuvre du 9e art.</p>
<p><img src="/images/wolven.jpeg" alt="Couverture de « Wolven », par Enzo Smits et Ward Zwart, Éditions Même pas mal"></p>
<p>Notez bien que j’ai écrit roman graphique et non bande dessinée. Car je l’ai lu comme tel. Un roman à la croisée de plusieurs arts impressionnistes à souhait, que je ne décrirais pas ici pour ne rien divulgâcher.</p>
<p>« Wolven » réunit trois histoires interdépendantes qui ont pour lieu Hazenberg, une petite ville sinistrée, triste, l’été de l’année 1995 ; un été caniculaire comme on n’en a pas connu depuis longtemps. Les protagonistes sont des adolescents.</p>
<p>Dans la première histoire, on suit Chip, un solitaire qui marche au bord, plutôt qu’avec les autres. Il accompagne à contrecœur son amie Lilly à une fête. Ce genre de fête où tout le monde parle pour ne rien dire.</p>
<p>Dans la seconde, une bande d’amis s’enfonce dans la forêt bordant la ville, comme ils ne l’ont jamais fait, pour y traquer une étrange créature, dont beaucoup parlent, mais que personne n’a vu.</p>
<p>Dans la troisième et dernière, un jeune skateur se blesse à la tête. Des séquences de films de son enfance s’entremêlent avec la réalité et le voilà qui commence à perdre prise.</p>
<p>Au-delà du fait que ces histoires ont fait remonter à la surface de ma mémoire des bouts de mon adolescence, elles m’ont fortement impressionné par leur profondeur. Elles invitent à s’arrêter pour savoir-regarder, pour s’en imprégner, et réfléchir. Le scénario de Smits est brillant, économe en mots, rehaussé par le dessin si unique, si photographique, de feu Zwart, parti trop tôt, en 2020, à l’âge de 35 ans.</p>
<p>À la dernière page, juste avant le quatrième de couverture, se trouve un petit cahier. Dans ce petit cahier, une mini-histoire qui sert de liant pour les trois précédentes. Acte original et délectable.</p>
<p>« Wolven » démontre, encore une fois, à quel point l’art nous est essentiel. Grâce à lui, nous pouvons réapprendre à savoir-regarder, à nous déconnecter, à nous retrouver, avec soi et en soi.</p>
<p>L’art nous sauve.</p>
<p>—
<a href="https://meme-pas-mal.fr/shop/wolven/">Wolven</a>. Enzo Smits, Ward Zwart. Éditions Même pas mal. 26€.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Leroy du chenin]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2025-11-17T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-11-17T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>2011: l’année de parution de ce récit initiatique d’Étienne Davodeau qu’est « Les ignorants ». Auteur de bandes dessinées que je connaissais déjà, à l’époque, il m’a fait découvrir la vigne et le vin, du moins intellectuellement.</p>
<p>Dans « Les ignorants », Davodeau conte sa propre méconnaissance de ces champs fertiles, de l’année d’initiation qu’il passa auprès de Richard Leroy, célèbre et discret vigneron. En échange, Davodeau communique sa passion du 9e art à Leroy. Ainsi, pendant un an, l’un apprend l’art de la vigne, l’autre celui du dessin et de la mise en case.</p>
<p>« Les ignorants » m’avait beaucoup marqué. C’est l’histoire d’une très belle rencontre, la mise en images — serties de mots — d’une intersubjectivité. Il ne me donna pas cependant l’envie d’entreprendre mes pérégrinations viticoles et bien liquides.</p>
<p>Ce n’est que trois ans après que je commence à boire du vin, à l’apprécier. Après avoir exposé mon palais à bien des cépages et des domaines, le divin chenin devint mon plaisir certain.</p>
<p>Comme vous l’aurez deviné, Leroy fait du chenin et rien que du chenin. Alors, je me suis mis en quête de ses dives bouteilles. J’écumais les cavistes à la recherche du rare élixir. D’aucuns me signifiaient que la production de sire Leroy était si faible que fort peu de leurs confrères vendaient ses bouteilles ; autant baisser les bras. D’autres ne savaient même pas de quoi je parlais. « Leroy, vous dites ? Bien bien, cela ne me dit rien. Je vais me renseigner. Revenez plus tard ! ». Comment, moi qui avais à peine quelques années de grappes dans le palais, pouvais-je en savoir plus grâce à une bande dessinée qu’un caviste patenté ?</p>
<p>Je n’ai pas baissé les bras et c’est par pur hasard que j’ai trouvé ma première bouteille de Leroy. Puis, une deuxième. Au fil des années, j’en ai acheté cinq.</p>
<p>Mais c’est un vin, sans chimie ni artifices, qui aime qu’on lui donne du temps pour paraître sous son vrai jour. Cinq ans, au moins. Alors, je pris mon mal en patience et je comptais les années. J’ai pu déguster une première bouteille l’an dernier, pour mes 50 ans, en bonne compagnie. Et ce fut tout simplement une merveille. Mon gosier, habitué au chenin, trouva ce vin divin. Un moment hors du temps, dont je garde, encore à ce jour, un fort bon souvenir.</p>
<p><img src="/images/leroy-du-chenin.jpeg" alt="Noëls de Montbenault, chenin de Richard Leroy, millésime 2019"></p>
<p>Voici quelques jours, un cher ami est venu me rendre visite. Ce fut l’occasion de célébrer de nouveau ce nectar. L’expérience en fût tout autant extraordinaire. Nous étions là, les yeux pétillants de bonheur, à savourer ces gouttes de dieu Leroy, à en parler avec une langue lyrique, bien que nullement éméchés.</p>
<p>Ce week-end, après un long voyage, je suis passé chez mon fournisseur que je n’avais pas vu depuis un peu moins d’un an. Il attendait toujours son tout petit stock de Leroy. Il me promit cependant d’en mettre une de côté. Il m’annonça aussi que cet orfèvre de la vigne allait bientôt prendre sa retraite. Voici une autre raison pour savourer encore plus chaque goutte de son vin.</p>
<p>&ndash;
<a href="https://www.futuropolis.fr/9782754803823/les-ignorants.html">Les ignorants: récit d&rsquo;une initiation croisée</a>. Étienne Davodeau. Futuropolis. 26€.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Monsieur Chouette]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2025-11-02T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-11-02T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>C’est le cœur battant que j’entre dans un de mes temples favoris. Ne vous méprenez pas, je n’ai pas tourné casaque l’âge avançant, pour me transformer en grenouille du bénitier. Vous êtes après tout sur Le Sillon, et de temples, il n’y a que ceux consacrés à l’art salvateur ici.</p>
<p>C’est donc haletant que je franchis le pas de porte d’une de mes chères librairies. Nous sommes en septembre 2025 et « Monsieur Chouette » de David B. vient de paraître chez L’association, cette maison d’édition que ce génial sire a cofondée.</p>
<p>David B. est, sans aucun doute, un des meilleurs auteurs de bandes dessinées que je connaisse. Depuis que je l’ai découvert un peu sur le tard à travers le magistral « L’ascension du haut mal », je me rue sur tous les plats d’encre et de bulles qu’il concocte pour mon plus grand plaisir.</p>
<p>Je me targue d’être habile aux mots, d’avoir la verve facile et lyrique. Mais face à l’œuvre d’un tel géant, je sèche, tellement je voudrais en dire du bien, et patatras ! Je doute, je ne veux pas me prendre les pieds dans le tapis et desservir, plutôt que d’appuyer et de soutenir. Peut-être faudrait-il se contenter ici de l’essentiel : « Monsieur Chouette » est un chef-d’œuvre. « Monsieur Chouette » est un immense coup de cœur du Sillon.</p>
<p>Vous pourrez arrêter votre lecture de cette chronique ici, chausser vos souliers et d’un pas leste et preste, aller rendre visite à votre très sympathique libraire indépendant pour vous saisir d’un exemplaire de « Monsieur Chouette » et aller le savourer sous une belle lumière tamisée, avec un bon disque de jazz. Tenez, par exemple « Abstraction Is Delivrance » de James Brandon Lewis Quartet. Ah, l’abstraction salvatrice ! Cela résume bien « Monsieur Chouette » pour celles et ceux qui savent voir au-delà de l’évidence.</p>
<p>David B. a encore une fois réveillé l’enfant en moi. Avec « Monsieur Chouette », il m’a happé, pendant des heures. Il m’a fait oublier le monde tel qu’il est pour me plonger dans l’univers onirique et métaphysique imaginé par sa plume affûtée ; une plume qui sait s’affranchir de la réalité pour, finalement, mieux la cerner.</p>
<p>Le soir tombé, une femme se dépêche de rentrer chez elle, rasant les murs, prisonnière de ses peurs. Elle semble craindre, par-dessus tout, son ombre. C’est là qu’elle croise Monsieur Chouette, un être mystérieux qui se dit psychopompe, un être mythologique dont la fonction consiste à conduire les âmes des défunts vers l’au-delà.</p>
<p>Monsieur Chouette voit bien que la femme souffre de névrose et autres psychoses. Il se propose alors de l’en guérir, mais, pour cela, elle doit l’accompagner dans l’au-delà. Après moult hésitations, elle prend son courage à deux mains et accepte l’aide de Monsieur Chouette. Leur quête débute et les dangers foisonnent, à commencer par Cerbère, l’intraitable, le terrible gardien du royaume des morts, qui pourchasse tout vivant à qui viendrait l’idée saugrenue de franchir la porte séparant les deux mondes sans y être invité par la Mort elle-même.</p>
<p>Mais cette trame n’est, en fait, qu’un prétexte. La fantasmagorie de David B. est là, à chaque planche. La richesse des dessins laisse pantois. Le découpage graphique est impressionnant. Les références culturelles foisonnent. Et quel bestiaire prodigieux !</p>
<p>« Monsieur Chouette » est un tour de force. Point à la ligne.</p>
<p><img src="/images/monsieur-chouette.jpeg" alt="Couverture de Monsieur Chouette, par David B., L&rsquo;association"></p>
<p>—
<a href="https://www.lassociation.fr/catalogue/monsieur-chouette/">Monsieur Chouette</a>. David B. L&rsquo;association. 35€.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Dakota 1880]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2025-11-01T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-11-01T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<blockquote>
<p>Il faut oublier toutes ces légendes de l’Ouest.</p>
<p>De toute façon, on va mettre les peaux-rouges dans les réserves, qu’ils laissent leurs terres dont ils ne savent rien faire aux vrais entrepreneurs de ce pays.</p>
<p>Vous voyez cette prairie ? Le chemin de fer va y apporter la civilisation, les manufactures, les banques.</p>
</blockquote>
<p>Ainsi s’exprime un personnage peu amène dans « Dakota 1880 », un bel hommage à Lucky Luke par Appollo et Brüno, une bande dessinée parue le 31 octobre 2025 aux éditions Dargaud.</p>
<p>On y retrouve Luke avant qu’il ne devienne la légende que nombre <em>aficionados</em> du 9e art connaissent. Ce Luke qui égaya mon enfance. Par son flegme impressionnant et son incroyable adresse au tir. Sans oublier Jolly Jumper, Rantanplan et, bien sûr, ces sacrés Dalton.</p>
<p>S’inspirant d’une des premières aventures de l’homme qui tire plus vite que son ombre, « Arizona 1880 », « Dakota 1880 » propose une vision très personnelle. Lucky Luke, impavide, observe beaucoup et économise ses mots. On dirait qu’il est atteint d’une certaine lassitude face aux turpitudes d’un Ouest en pleine transformation, après l’abolition de l’esclavage qui n’a, de fait, que créé une nouvelle forme d’asservissement, dont on voit encore les stigmates aujourd&rsquo;hui.</p>
<p>Histoire en huit mouvements, « Dakota 1880 » nous donne à voir un Lucky Luke très différent de celui de Morris et, plus tard, Goscinny, évoluant dans un monde aux teintes crépusculaires dessiné de main de maître par l’excellent Brüno ; j’adore le dépouillement graphique dont il use et la simplicité dont il fait preuve. On pourrait presque entendre une musique mélancolique en arrière-plan. Une musique dont on a du mal à se départir une fois la dernière page savourée.</p>
<p><img src="/images/dakota-1880.jpg" alt="Couverture de Dakota 1880, par Appollo, Brüno et Laurence Croix. Dargaud"></p>
<p>—
<a href="https://www.dargaud.com/bd/un-hommage-lucky-luke-par/un-hommage-lucky-luke-par-dakota-1880-bda5590560">Dakota 1880</a>. Appollo (scénario), Brüno (dessin), Laurence Croix (couleurs). Dargaud (Hors collection Lucky / Lucky Comics). 16€.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Sphinx - Anne F. Garréta]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2025-10-25T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-10-25T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Il y a de ces romans qu’on aime immédiatement. On tombe dans l’histoire comme on se jette dans une histoire d’amour.
Je l’ai choisi par pur opportunisme et minimalisme de sélection livresque.
La <a href="https://www.gallimard.fr/collections/l-imaginaire">collection <strong>L’Imaginaire</strong></a> de Gallimard recèle souvent des chefs-d’œuvre inconnus. Je n’ai même pas regardé la quatrième de couverture de ce livre, <strong>Sphinx</strong> d’Anne F. Garréta.</p>
<p>Ma confiance en cette collection fut ma seule décision rationnelle de la journée.</p>
<p>Et putain de merde, quelle œuvre.</p>
<p>On est happé(e) par les soirées parisiennes, on se retrouve plongé(e) dans une sorte d’histoire amoureuse. On fréquente les clubs de l’époque. Et le personnage principal est aussi en pleine ascension, comme disquaire (on dirait DJ aujourd’hui), avec des explications comme celle-ci :</p>
<blockquote>
<p><em>Qu’en matière d’animation musicale d’une boite, la loi de la majorité est inopérante, que ni la démocratie ni l’aristocracie, non plus que l’oligarchie ne sont les régimes possibles d’une programmation conséquente. Je raffinais l’argumentation jusqu’à soutenir qu’un bon disquaire est celui qui, au-delà des voeux limités et répétifs consciement formulés, élémentaires - tel disque, telle chanson -, parvient à combler sans qu’il s’y attende un désir qui s’ignorait, en créant une unité de dimension supérieure à la simple additions des disques, des demandes. Combler n’est pas satisfaire.</em></p>
</blockquote>
<p>J’ai découvert que le livre fut publié dans les années quatre-vingt. Que l’on ne connaît pas le genre des personnages, leurs prénoms étant indifférenciés. Que le livre est une façon de révolutionner le genre dans la littérature. Mais au fond, est-ce vraiment important ? Une seule chose compte : ce livre qui vous colle aux tripes, ce labyrinthe si proche de nos propres vies. Une lecture qui frappe en plein cœur. J’écris cette chronique comme on colle un post-it, juste pour vous dire : &ldquo;Cette étiquette est là pour vous dire : lisez-le. Rien de plus.&rdquo;</p>
<p><img src="/images/sphinx.jpg" alt="La couvertue de Sphinx, Anne F. Garréta"></p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Chlore - Thibault Lang-Willar]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2025-10-04T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-10-04T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Je me baladais à Ostende et je tombe sur <a href="https://boekhandelcorman.be/">la librairie Corman</a>, une vieille institution Ostendaise. Bien sûr, la langue de Vondel dominait partout, mais il y avait quand même quelques bouquins en français ou en anglais qui traînaient dans les rayons. Et puis, je tombe sur un étal de livres à petit prix, et là, un truc à un euro qui s’appelle Chlore.</p>
<p>L’odeur du chlore, c’est un peu ma madeleine de Proust à moi. Quand j’étais gamin, au bord de la piscine, je regardais tout ce qui se passait. C’était mon terrain d’apprentissage, mais aussi celui de mes premières passions. L’odeur du chlore, c’était comme le premier parfum de mes premiers amours. Rien qu’en lisant le titre, je voyais déjà les gouttelettes d’eau sur mon bras et je ressentais les frissons du courant d’air à la sortie du bassin.</p>
<p>Alors un livre avec ce titre, pour un euro… Peut-on encore espérer, de nos jours, un moment de pur plaisir pour un pauvre euro ? Je n’ai ni lu la quatrième de couverture, ni vérifié quoi que ce soit sur l’auteur. J’ai juste jeté ma belle pièce étoilée à la libraire, au corps de nageuse.</p>
<p>En regardant ses beaux yeux bleus piscine, je suis retombé d’un coup dans la dure réalité : juste derrière moi, il y avait cette vieille acariâtre qui attendait aussi à la caisse. J’ai rougi, planqué mon livre dans mon totebag Actes Sud et filé vers le square Léopold Ier.</p>
<p>Bien entendu, j’avais oublié ce livre, perdu quelque part dans une de mes nombreuses piles. Mais en revoyant le titre, l’effet a été le même que dans la librairie. Alors je l’ai ouvert et j’ai commencé la lecture.</p>
<p>Que dire ? En fait, ce livre n’est pas mal. Il casse les genres : le personnage est un technicien de piscine, il y a des scènes de cul plutôt sympas et franchement de qualité, surtout pour un euro. L’ambiance piscine est bien rendue (oui, c’est mon seul vrai domaine d’expertise, au final). La distance entre riches et pauvres est bien traitée aussi.</p>
<p>Maintenant, le délire paranoïaque du personnage principal est à moitié politique, à moitié confus. Difficile de dire ce que c’est vraiment. Une lecture hors norme, un découpage bizarre… mais je crois que j’ai trop sniffé de chlore pour bien tout comprendre.</p>
<p><img src="/images/chlore.jpg" alt="Chlore - Thibault Lang-Willar"></p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Le Carnet]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2025-09-25T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-09-25T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>La monotonie d’un train en fin de soirée, un lundi. Ce bruit régulier qui berce et vous plonge dans une somnolence après une longue journée de travail. Je reprenais souvent le train tard, revenant du Luxembourg vers la Belgique. Ces instants de rêverie ou de lecture comptaient beaucoup, comme une parenthèse qui apaise après le tumulte.</p>
<p>Ce soir-là, la nuit était sombre et brumeuse. On ne distinguait presque rien dehors, sinon son propre reflet flou dans la vitre du wagon. Le tac-tac répétitif des rails semblait déjà préparer au sommeil. Le contrôleur passa sans un mot, valida machinalement mon abonnement, puis disparut dans la voiture suivante.</p>
<p>Brusquement, le train freina. Mon sac chuta au sol et je manquai d’être projeté de mon siège.</p>
<p>Cette portion de voie avait la réputation de faire passer les feux au rouge sans prévenir. Je jetai un œil à l’extérieur : seul persistait ce halo carmin, luisant dans la brume. En me baissant pour ramasser mon sac à dos orange, je sentis une masse effleurer mon pied. Sans doute quelque chose tombé de mes affaires. Je me penchai davantage.</p>
<p>Sous le siège, un carnet en cuir. Usé, sombre, fermé par une lanière rouge flamboyante. Beau de cette beauté que seules les choses patinées par le temps possèdent. En main, il se révélait lourd, volumineux. À vue d’œil, un format A5 — la moitié d’une feuille A4.</p>
<p>Je balayai le wagon du regard pour retrouver son propriétaire. Personne. Le couloir lui-même s’étirait vers d’autres voitures presque désertes. Par curiosité, je retournai l’objet. Le dos de la couverture portait un embossage : un paysage naturel, une rivière, un cerf penché pour boire. Les bords jaunis laissaient dépasser des feuillets et quelques photographies. Tout formait un paquet compact, cohérent, presque intime. Aucun nom, aucune marque. Rien qui puisse indiquer à qui il appartenait.</p>
<p>J’osai tirer une photographie qui dépassait.</p>
<p>Elle représentait un pont en bois enjambant une petite rivière. Une féerie s’en dégageait, une sérénité étrange. Le contraste profond du noir et blanc donnait envie d’emprunter ce fragile passage vers la forêt qui l’attendait, comme si l’image elle-même appelait à entrer dans son mystère.</p>
<p><a href="https://www.flickr.com/photos/adulau/53930188662/"><img src="/images/pont.jpg" alt="endless bridge"></a></p>
<p>J’avais l’impression de comprendre le photographe, mais aussi de connaître ce lieu. La photo ressemblait à un pont éphémère sur la Semois. On aurait dit que le photographe cherchait à montrer une possibilité de retour à la nature, une invitation à franchir ce passage fragile. Je glissai la photographie dans le carnet avec précaution, mal à l’aise de mon indiscrétion. Demain, pensais-je, j’irais le déposer aux objets trouvés de la gare de Luxembourg.</p>
<p>Le train s’arrêta. La soirée était déjà bien avancée. Je descendis et marchai d’un pas vif vers la maison. Elle n’était pas loin de la gare. Vivre dans un gros village doté d’un arrêt m’avait toujours semblé être la position idéale : à l’écart du tumulte urbain, mais bien relié à la ville sans se soucier des aléas pratiques. Vivant seul, mes choix de vie demeuraient personnels, sans compromis, sinon avec la société elle-même. Ma vie était simple, confortable, adoucie par un bon salaire luxembourgeois, sans contrainte familiale.</p>
<p>Arrivé devant la maison — une construction art déco bricolée dans les années 30 par un architecte local — j’ouvris la porte sur un long couloir encombré de bibliothèques. J’ai toujours aimé les livres. Peu à peu, ma maison était devenue une bibliothèque sans fin. Chaque pièce avait sa spécialité : un salon dédié aux livres d’art, de culture et de photographie ; une cuisine saturée d’ouvrages culinaires et de textes sur les cultures, avec une nette préférence pour le bassin méditerranéen et le Japon. Je jetai mon sac contre une étagère. C’est alors que je remarquai : j’avais toujours le carnet à la main. Trop fatigué pour l’examiner, je le posai sur une étagère Billy<sup id="fnref:1"><a href="#fn:1" class="footnote-ref" role="doc-noteref">1</a></sup>.</p>
<p>Je me contentai de quelques tranches de pain et d’un gros morceau de fromage avant d’aller me coucher. La nuit fut étrange. Peuplée de rêves moites, de réveils en sueur. Des images embrumées de forêts, d’arbres et de rivières obscures, infinies. Plus les heures passaient, plus ces visions se précisaient. Des animaux apparurent, me fixant. Ils semblaient heureux de ma présence, pas surpris. Ils s’approchaient doucement, comme si j’étais des leurs. Tout était paisible. Tout, sauf cette noirceur au fond des images : une ombre indicible, une profondeur putride impossible à décrire. Mon réveil me sortit de cette torpeur.</p>
<p>Après une douche brûlante, mon esprit se clarifia, prêt pour une longue journée. Voyant l’heure approcher dangereusement des sept heures, je pris mon sac, fermai la porte et courus jusqu’à la gare.</p>
<p>La semaine de travail fut épuisante, un flot continu de « priorités plus prioritaires que les autres ». Depuis plusieurs années déjà, mon emploi me paraissait répétitif, étouffé sous des couches de bureaucratie empêchant toute innovation véritable.</p>
<p>Le vendredi venu, je comptais lire le dernier livre de Claro, <em>Des milliers de ronds dans l’eau</em><sup id="fnref:2"><a href="#fn:2" class="footnote-ref" role="doc-noteref">2</a></sup>. Comme tout lecteur compulsif, j’achetais bien plus d’ouvrages que je ne pouvais en lire. Pour ordonner ce <em>tsundoku</em> continu, j’avais réservé trois bibliothèques aux lectures à venir.</p>
<p>Je fouillai la dernière, me souvenant avoir acheté ce livre lors d’une escapade à Paris (la seule ville, à mes yeux, offrant encore une vraie diversité de librairies indépendantes). Effectivement, il était bien là, en première rangée. Fier d’avoir trouvé si vite et m’autofélicitant de mon classement imparable, mon regard glissa vers le dessus de la bibliothèque. Le carnet. Je l’avais totalement oublié.</p>
<p>Je pris à la fois Claro et le carnet, puis gagnai mon bureau bordélique. Autrefois spacieux, il avait sombré dans le chaos sous l’accumulation de livres, carnets et matériel informatique. D’une main, je repoussai l’ordinateur portable et quelques papiers, puis posai le carnet au centre, sous la lumière crue de ma lampe LED.</p>
<p>Sous cet éclairage, il paraissait encore plus beau. La couverture en cuir luisait d’un noir profond, traversée par l’éclat rouge intrigant de la lanière.</p>
<p>Le nœud céda facilement. Les pages étaient jaunes, couvertes d’une écriture noire, dense, au style suranné. Aucun auteur, pas de numérotation. Le texte commençait ainsi :</p>
<blockquote>
<p>“Il y a cette chose incroyable avec la nature : sa capacité à devenir le miroir de notre humanité. Regarder ce qui nous entoure, le respecter, donne un sens à nos existences. Une matière pour mieux se comprendre et vivre en plénitude. Marcher à travers les arbres, voir la lumière transfigurer la mousse, entendre ces mille petits bruits qui révèlent la vie à chaque instant.”</p>
</blockquote>
<p>On aurait dit le journal d’un naturaliste, soigneusement rédigé, rempli d’observations patientes. Certaines pages évoquaient presque le travail d’un entomologiste.</p>
<blockquote>
<p>“La <em>Dolichovespula saxonica</em> se chauffait au soleil, en lisière de forêt, tout en grattant le bois mort pour bâtir son nid. Les guêpes fascinent : leur communion sociale, leur capacité à repérer leurs proies. Leur rôle de prédatrices des larves en fait d’excellents agents de régulation, notamment contre les <em>Ixodida</em>. Notre incapacité humaine à comprendre cela, et cette bêtise de tout vouloir détruire par peur, sont autant de preuves de notre aveuglement face à leur intelligence.”</p>
</blockquote>
<p>La lecture me troubla. Quelque chose de familier s’imposait, sans que je puisse dire pourquoi. Il est vrai que la nature m’a toujours attiré, et que mes nombreuses balades m’avaient convaincu que ce rapport intime n’est pas donné à tout le monde. Peut-être était-ce cela qui me rapprochait des convictions de l’auteur.</p>
<p>Mais plus j’avançais, plus le texte devenait une forêt en soi. Dense, sombre, aspirante. On aurait dit un trou noir, mais si beau qu’on voulait continuer d’y entrer. Le temps s’effaça. Minutes ou heures ? Je ne savais plus. Les descriptions se faisaient de plus en plus ténébreuses.</p>
<blockquote>
<p>“Il est tôt. La pénombre recouvre les sapins. Au loin, des aboiements : la chasse a commencé. Et je ne peux contenir ma joie de participer enfin à une chasse. Pas n’importe laquelle, mais celle qui rééquilibrera l’écosystème. Celle qui inversera la situation, contiendra nos méfaits et libérera la nature.”</p>
</blockquote>
<p>À partir de là, les pages jaunies se piquaient de petites gouttelettes rouge sombre. Du sang ? Non… sans doute mon imagination. Cette rupture de ton me déconcerta. Le naturaliste s’effaçait, remplacé par une figure inquiétante de chasseur.</p>
<p>Je refermai le carnet, déçu et troublé. Le temps avait filé : déjà la fin de matinée du samedi. J’avais englouti plus de la moitié du manuscrit.</p>
<p>Mon samedi s’étira dans une certaine monotonie. Je rangeai un peu la maison, fis quelques courses au village, et passai une partie de l’après-midi à feuilleter distraitement mes livres. Rien de notable, rien qui puisse occuper véritablement l’esprit. Pourtant, le carnet revenait par éclats. Son cuir sombre posé sur le bureau semblait attirer le regard, comme si sa seule présence emplissait la maison d’un souffle étranger.</p>
<p>Le soir venu, je m’accordai un repas simple accompagné d’un verre de vin blanc du Domaine L&amp;R Kox, un vignoble ancré dans la nature, réputé pour ses belles bouteilles en grès. Puis, épuisé par une semaine trop lourde et une journée confuse, je m’allongeai tôt, convaincu de trouver enfin le repos. Mais la nuit fut tout sauf paisible. Les rêves s’enchaînèrent, continus, sans véritable fin ni début. Toujours la forêt. D’abord lumineuse, verte, vivante, presque accueillante. Puis les ombres s’y insinuaient, allongeant les troncs, épaississant les feuillages, transformant chaque bruissement en menace.</p>
<p>Je marchais sans cesse, incapable de m’arrêter, comme guidé vers un but invisible. Les sentiers se pliaient, se tordaient, revenaient sur eux-mêmes, et pourtant je savais m’approcher de quelque chose. Entre deux clairières embrumées, une silhouette commença à se former : une maison, massive, enfouie sous les arbres.</p>
<p>Elle semblait respirer avec la forêt, ses murs de bois se mêlant aux troncs, comme si elle avait toujours été là, tapie dans le paysage. Par instants, la brume l’effaçait presque entièrement ; à d’autres, elle paraissait s’approcher doucement, comme pour m’accueillir. Aucune lumière aux fenêtres, mais une impression persistante de chaleur, de présence. Comme si l’intérieur m’attendait depuis longtemps. Peut-être était-ce une vieille maison familiale, un lieu oublié que je retrouvais enfin, sans savoir pourquoi.</p>
<p>Je m’éveillai plusieurs fois, trempé de sueur, le souffle court, persuadé d’avoir entendu les craquements du parquet de ma propre maison. Chaque fois que je me rendormais, le rêve reprenait exactement où il s’était arrêté : moi, avançant dans cette forêt sans fin, la maison se dessinant, plus précise, plus lourde, plus inévitable.</p>
<p>Ce dimanche matin fut confus, sans véritable heure de réveil. Mon esprit errait encore dans la nuit et ne retrouva un semblant de clarté qu’avec un thé noir Assam, fort et amer, pour tenter de remettre de l’ordre dans mes pensées. La nature a toujours été pour moi un refuge, un moyen calme et paisible de retrouver une certaine sérénité. Mais cette lecture, ce carnet, avait fissuré ma stabilité, comme une faille qui s’élargissait.</p>
<p>Ce sentiment, je le connaissais déjà. Comme ce jour où je marchais dans la forêt de Chiny, soudain bouleversé par l’apparition d’un cerf blessé, traqué par des chasseurs. Je revois encore cette scène avec une netteté douloureuse. Le souffle court de l’animal, ses yeux larges emplis de peur, et derrière lui les hommes, pressants, jouissant de sa fuite.</p>
<p>Une partie sombre de mon esprit s’était éveillée ce jour-là — une colère viscérale, presque reptilienne. Quelles bêtes étaient réellement à l’œuvre ? Celles qui fuyaient pour survivre, ou celles qui poursuivaient par pur plaisir ? La chasse pouvait avoir un sens, pensais-je, si elle servait à nourrir. Mais là, il n’y avait qu’un plaisir abscons : inutile, cruel, violent. Ce jour-là, la rage s’était ancrée en moi, indélébile.</p>
<p>Ce carnet avait réveillé quelque chose. Une chose enfouie que je ne pouvais plus fuir. De nature calme, mais parfois impulsif lorsqu’il s’agissait de résoudre un problème, je me disais qu’il était temps de faire face, de comprendre qui était — ou où était — cette maison qui me semblait si familière.</p>
<p>Je me ruai vers l’armoire, sous l’étagère où reposaient mes livres de naturaliste. Là étaient rangées mes cartes de randonnée, mes cartes IGN de la région. L’image de la maison persistait dans mon esprit, même longtemps après le réveil. Il fallait que je découvre comment y aller. Je ne savais pas exactement pourquoi, mais j’étais convaincu qu’une réponse m’y attendait.</p>
<p>Je déployai toutes les cartes, éliminant méthodiquement certaines zones boisées. Dans mes rêves, j’avais reconnu des revers de pins sylvestres, détails trop précis pour être anodins. Plusieurs endroits pouvaient correspondre. Je fus systématique. Ma connaissance de la botanique de terrain me guidait : elle me disait où trouver des forêts semblables à celles de mes visions.</p>
<p>Au milieu des piles de cartes, armé de l’excellent <em>Les Bases de la Botanique de Terrain</em>, je distinguais de mieux en mieux les espèces. Les rêves n’étaient pas de simples images oniriques : ils semblaient composés d’associations végétales précises, comme un relevé de terrain reconstitué dans mon esprit endormi. Chaque arbre, chaque plante y tenait sa place, comme si l’ensemble formait une clé de lecture.</p>
<p>Je commençai à les interpréter comme un botaniste le ferait d’un herbier : non pas des visions arbitraires, mais un assemblage cohérent, une succession d’indicateurs écologiques pointant vers un lieu. C’était une trace botanique, une carte cryptée où la flore servait de balises.</p>
<p>Et plus j’y réfléchissais, plus cela me paraissait parfaitement rationnel — bien que profondément irrationnel à la fois. Comme si la nature elle-même avait construit un protocole scientifique détourné, un itinéraire secret, pour me guider jusqu’à cette maison.</p>
<p>Une carte s’imposait plus que les autres dans ce parcours biologique : une région entre la Gaume et l’Ardenne, marquée par ses anciennes ardoisières et ses forêts mixtes, difficiles d’accès à cause des crêtes abruptes entourant la Semois.</p>
<p>Il était onze heures ce dimanche. Je préparai mon sac à dos : la carte soigneusement pliée, une grande bouteille d’eau, quelques Cracottes bio à l’olive et aux graines de sésame, et mon vieux Leica M6 que je trimballe depuis des années, compagnon de toutes mes photographies et le carnet.</p>
<p>Je me dirigeai vers ma voiture — véritable prolongement du brol ou du capharnaüm qu’était ma maison. On y trouvait encore des livres entamés, abandonnés sur le siège ou coincés entre deux portières. Je ne pris aucun GPS. Je savais exactement où je devais aller.</p>
<p>La route avait des allures de road movie, un peu comme dans les premiers films de Bouli Lanners. Le ruban d’asphalte, les arbres alignés de part et d’autre, et dans mes oreilles la musique de Max Richter — tout se transformait en chemin initiatique.</p>
<p>Il ne faisait ni vraiment beau, ni franchement mauvais : un temps à la belge. Un compromis bancal entre les nuages, la pluie et un soleil timide, comme s’il hésitait à s’impliquer.</p>
<p>Après quarante minutes de conduite sur ces routes calmes, ponctuées de quelques virages serrés, je m’arrêtai net devant un ancien séchoir à tabac, envahi par la végétation. La nature y avait repris ses droits, transformant le bâtiment en une carcasse muette.</p>
<p>Cette image, je l’avais déjà vue dans ma nuit tourmentée. Le choc fut si fort que j’écrasai les freins brutalement : la moitié du contenu de la voiture vola à terre. Sans réfléchir, je saisis mon sac à dos et sortis précipitamment, déterminé à retrouver le chemin perçu dans mes rêves.</p>
<p><a href="https://www.flickr.com/photos/adulau/53931137826/"><img src="/images/tabac.jpg" alt="smoky smoky"></a></p>
<p>Le parcours débuta parmi les reines-des-prés qui bordaient le chemin longeant la Semois. Elles étaient déjà en pleine floraison, accompagnées des grandes balsamines de l’Himalaya qui tapissaient les berges. J’ai toujours aimé ces plantes dites « invasives » — une étiquette absurde, née de l’illusion que la nature serait figée, immobile. Alors qu’en réalité, elle se déplace, se transforme, évolue sans cesse.</p>
<p>Après une vingtaine de minutes de marche, je tombai sur une vision familière : cette photo que j’avais vue dans le carnet. Un pont en bois, semblant flotter au-dessus de la Semois, fragile et irréel.</p>
<p>Je compris alors que le carnet n’était pas seulement un objet trouvé : c’était un guide, un passage vers une histoire inéluctable. Une réponse à bien des choses, mais surtout, une porte entrouverte sur cette nature sauvage qui m’appelait depuis le début.</p>
<p>En traversant le pont, une brise légère et rafraîchissante m’enveloppa. Quelques odonates virevoltaient au-dessus de l’eau, chassant les insectes à la surface. Leur vol toujours un peu erratique donnait une impression d’équilibre fragile, d’harmonie imparfaite, comme si la nature elle-même dessinait ses propres arabesques dans l’air.</p>
<p>À la sortie du pont, l’atmosphère changea brusquement : plus sombre, plus noire. La densité des arbres dissimulait presque entièrement le chemin. Pourtant, on devinait qu’il était souvent emprunté : le tracé se lisait entre les mousses et la base des sapins.</p>
<p>Je marchais sans vraiment regarder où je posais les pieds. Le chemin se matérialisait comme dans mes rêves, familier, évident, comme si je l’avais parcouru mille fois.</p>
<p>Puis je m’arrêtai net. Tout cela avait-il un sens ? Devais-je continuer, ou plutôt revenir sur mes pas, rejoindre la Semois et me laisser bercer par le bruit de l’eau et la douceur des berges ?</p>
<p>Mais mon regard fut attiré par quelque chose au sol : une sorte de petit mausolée de pierres, surmonté d’une statuette de la Vierge. Un objet dérisoire, presque ridicule, qui ne faisait que souligner la petitesse de la religion face à l’immensité de la nature environnante.</p>
<p><a href="https://www.flickr.com/photos/adulau/53930160327"><img src="/images/marie.jpg" alt="perpetual hope"></a></p>
<p>Je ne savais trop quoi en penser, mais quelque chose me frappa. En observant plus attentivement, je distinguai des pierres plates, soigneusement disposées près de la statuette. Leur agencement formait une sorte de direction, une flèche rudimentaire pointant vers la forêt. Une invitation ?</p>
<p>Je bus une gorgée d’eau, puis décidai de poursuivre ce chemin qui n’en était pas vraiment un. La forêt restait dense, mais le sol se couvrait d’une épaisseur de mousse démesurée. Elle absorbait mes pas, rendant ma progression presque spectrale.</p>
<p>Par moments, on entendait les cimes des arbres frotter entre elles dans le vent, plainte sourde et lointaine. Mais rien de plus. En cette saison, les oiseaux se faisaient rares. Seuls les geais des chênes, éclaireurs bruyants, lançaient leurs cris d’alarme pour prévenir leurs congénères de l’intrusion d’un visiteur.</p>
<p>La marche dura dix minutes, ou peut-être une heure — difficile à dire. Mon esprit s’embrumait, en parfaite symbiose avec la brume naissante qui enveloppait la forêt d’un voile léger.</p>
<p>Puis, peu à peu, la densité des arbres se dissipa. La forêt s’éclaircissait, le brouillard se levait… et alors, je la vis. La maison. Celle du rêve.</p>
<p>Une bâtisse en pierre de schiste, avec deux fenêtres donnant sur une petite terrasse de bois. Devant la porte, un billot encore taché d’écorce et quelques bûches fraîchement fendues. Rien d’anormal, en apparence. Et pourtant, une inquiétude sourde me saisit.</p>
<p>Personne ne savait que j’avais pénétré cette forêt. Personne ne connaissait mon projet insensé : suivre mes rêves — ou mes cauchemars. Et me voilà désormais, seul, devant cette demeure surgie de mes songes.</p>
<p>Mon côté rationnel reprit soudain le dessus, comme un réflexe de survie. Après tout, rien de surnaturel ici. Je me dis : <em>Bon, en fait, je vais simplement voir qui habite cette maison, rendre ce carnet à son propriétaire, et rentrer chez moi finir un bon livre.</em></p>
<p>Je me raccrochais à cette idée simple, presque banale, comme on s’agrippe à une corde au-dessus du vide. Un geste de politesse, une démarche normale, rationnelle. Rien de plus.</p>
<p>Et pourtant, au fond de moi, une petite voix me soufflait que ce n’était pas si simple. Que j’avais suivi ce chemin, guidé par mes rêves, pour une raison qui m’échappait encore. Mais je préférai taire ce doute et me convaincre : je n’étais venu que pour rendre un objet trouvé. Rien de plus.</p>
<p>J’arrivai devant la porte. Pas un bruit. Seule une légère odeur de bois brûlé flottait dans l’air, comme un reste de feu de cheminée. Je frappai doucement, sans insister.</p>
<p>Quelques secondes passèrent… mais justement, rien ne se passa. Devais-je frapper plus fort ? Ce n’était pas dans mes habitudes d’importuner les gens. Cogner davantage m’aurait semblé une impolitesse, et je n’avais aucune envie d’énerver qui que ce soit — surtout pas un Ardennais habitué à manier la hache.</p>
<p>Je me dis alors que tout cela était ridicule. J’aurais dû rendre ce carnet aux objets trouvés de la gare et ne jamais m’aventurer ici. Je me retournai, décidé à reprendre le chemin.</p>
<p>C’est à ce moment, arrivé près du tas de bois, que j’entendis le grincement d’une porte qui s’ouvrait. Une voix rauque, posée :<br>
— <em>Je vous attendais.</em></p>
<p>Un frisson me parcourut. J’avais une étrange appréhension à me retourner. Qui était là, réellement ? Mais ma curiosité l’emporta, renforcée par cette politesse instinctive dont je savais qu’elle finirait peut-être par me perdre.</p>
<p>Je me retournai enfin. La porte était entrouverte, et une main burinée se crispait sur le chambranle. Dans l’ombre, un visage ridé apparut : vieux, marqué par le temps. Mais ses yeux… ses yeux étaient d’un vert vif, presque luisants, comme ceux d’un jeune homme pris sur le fait d’une bêtise.</p>
<p>Je sentis mon sourire se figer, crispé, et balbutiai :<br>
— <em>Bonjour monsieur, je ne voulais pas vous déranger…</em></p>
<p>Il se retira de l’embrasure. La porte s’ouvrit en grand, grinçant légèrement sur ses gonds. Du fond de la maison, une voix résonna, plus lointaine mais ferme :<br>
— <em>Entrez… et fermez la porte derrière vous.</em></p>
<p>Je ne savais pas quoi faire. Mais je me répétai que la peur était une mauvaise conseillère. Alors je m’engouffrai dans la maison, prenant soin de refermer la porte derrière moi.</p>
<p>Je remarquai aussitôt qu’il n’y avait ni serrure, ni loquet. Cette pensée me rassura : <em>au pire, je pourrais toujours sortir… si les choses tournaient vraiment mal.</em></p>
<p>En me retournant, je découvris un espace étrangement familier. Des rayonnages de livres tapissaient les murs. Une grande table croulait sous les notes, les cahiers et d’autres volumes ouverts. Des cartes et des feuilles s’y entassaient, mêlées à quelques noisettes abandonnées. Plus loin, une cuisine simple : une planche de bois, une pile de légumes fraîchement cueillis. Rien de vraiment effrayant.</p>
<p>L’homme se tenait au milieu de la pièce, immobile, et me fixait. Mais son regard n’était pas celui d’un étranger : il me scrutait comme on dévisage un visage connu depuis longtemps. Je le fixai à mon tour, troublé, jusqu’à percevoir une étrange familiarité — comme si je retrouvais un membre de ma famille perdu de vue depuis l’adolescence.</p>
<p>Tout semblait normal. Trop normal. J’avais dû me monter un film, sans doute alimenté par mes lectures de Howard P. Lovecraft et ma passion pour les films de John Carpenter.</p>
<p>Il brisa le silence en m’invitant à m’asseoir sur un canapé en cuir usé, placé devant le feu ouvert. Les flammes crépitaient doucement, diffusant une chaleur agréable, sans excès.</p>
<p>Lui-même prit place dans un vieux rocking-chair, juste à côté, et ajouta avec un sourire discret :<br>
— <em>Je n’ai pas beaucoup de visites… désolé pour la poussière et le brol dans la maison.</em></p>
<p>En effet, l’endroit portait une fine pellicule de poussière, mais demeurait suffisamment ordonné pour qu’on puisse y vivre sereinement. Un lieu simple, imparfait, mais qui respirait malgré tout une forme de bonheur tranquille.</p>
<p>Je lui expliquai alors que j’avais trouvé un carnet de naturaliste et que j’essayais d’en retrouver le propriétaire. Il me demanda à le voir. Je fouillai dans le fond de mon sac à dos, en sortis le carnet et le lui tendis.</p>
<p>Il le contempla un instant, puis déclara simplement :</p>
<p>— <em>C’est bien mon carnet.</em></p>
<p>Il se tourna ensuite vers la bibliothèque. Une étagère entière y était consacrée à des carnets identiques, en cuir sombre, chacun fermé par une lanière rouge semblable à celle que je connaissais déjà.</p>
<p>Il m’expliqua, d’une voix calme, qu’il en avait écrit beaucoup au fil des ans, un peu dans l’esprit de Jean-Henri Fabre et de ses <em>Souvenirs entomologiques</em>.</p>
<p>Cette référence me toucha particulièrement : elle m’était familière. J’avais retrouvé autrefois, chez un bouquiniste de Redu, <em>Les Guêpes chasseresses, le génie de l’instinct</em>. Je lui confiai ma passion pour J.-H. Fabre, et nos paroles s’enchaînèrent rapidement.</p>
<p>Très vite, nous dérivâmes vers une discussion animée sur les livres, la nature et surtout les auteurs comme Jacques Tassin ou Hans Bellmann. Nous parlions guêpes, bourdons, colonies d’insectes et leurs sociétés complexes.</p>
<p>Il me proposa alors une infusion de plantes des bois, récoltées par ses soins. J’en bus, non sans avoir vérifié au préalable qu’il se servait la même — ce qui était bien le cas. Mon inquiétude se dissipa peu à peu.</p>
<p>Néanmoins, je conservais une légère perception malsaine de la situation. Comme une ombre qui flottait au bord de ma conscience. Mais au fil de la conversation, cette impression s’effaça. Je découvrais devant moi un être humain aussi curieux que moi, et sans doute encore plus passionné par la nature.</p>
<p>Je n’avais plus la notion du temps, mais je voyais le ciel s’assombrir. Il devait être le début de soirée. Il me montrait des livres anciens, et je réalisai qu’il n’était pas vraiment un ermite : cette maison ressemblait plutôt à une résidence secondaire. Je ne voulais pas trop entrer dans son intimité, mais il semblait avoir eu une vie bien remplie. Pourtant, ici, c’était sa maison, son refuge. Son lieu de secours, pour se reposer ou réfléchir. Je trouvais cela beau.</p>
<p>Il se tenait debout devant sa bibliothèque lorsque j’entendis un bruit horrible. Un cri strident, que je reconnus aussitôt : celui d’une chouette effraie.<br>
— <em>Oui,</em> dit-il calmement, <em>il y a une effraie qui vit tout près. Elle vient me saluer chaque soir. Je l’ai appelée Barney.</em></p>
<p>Nous sortîmes pour essayer de l’apercevoir. Et en effet, à une quarantaine de mètres, perchée dans les sapins, une magnifique chouette presque blanche nous fixait de ses yeux sombres. Superbe. Elle avait l’habitude de chasser les rongeurs autour de la maison, participant à sa façon à la vie du lieu.</p>
<p>Je la regardai longuement : elle était d’une beauté saisissante… puis, sans un bruit, elle s’envola dans la nuit.</p>
<p>Je me retournai pour dire à mon hôte ma passion pour les rapaces. Mais il n’y avait plus personne. Je pensai d’abord qu’il était simplement rentré, l’air s’étant rafraîchi.</p>
<p>Je regagnai la maison : personne. Le feu crépitait toujours, et de nouvelles bûches y brûlaient, comme si quelqu’un venait tout juste de les y déposer. Mais il n’y avait plus âme qui vive.</p>
<p>En regardant autour de moi, je remarquai un détail troublant : la bibliothèque des carnets semblait avoir été déplacée, décalée du mur, comme si elle dissimulait une ouverture. Je m’avançai prudemment et découvris, derrière, l’entrée d’une galerie taillée dans le schiste. Des lampes fixées à la paroi éclairaient faiblement le passage.</p>
<p>Au début, je me rassurai : après tout, c’était logique. La région regorge d’anciennes ardoisières, certaines maisons sont même construites sur leurs vestiges. Peut-être n’était-ce qu’une cave aménagée. Je ne savais pas trop quoi faire, mais je me doutais que mon hôte avait dû descendre là, pour aller chercher quelque chose.</p>
<p>Deux choses allaient sans doute me perdre : ma curiosité malsaine ou ma politesse excessive.</p>
<p>Je m’engageai dans l’escalier et fus surpris par sa longueur. Les marches s’enchaînaient sans fin, comme si je descendais vers un ventre souterrain. L’air se fit plus chaud, chargé d’humidité, glissant sur ma peau comme une sueur étrangère.</p>
<p>Un courant d’air remontait du fond, et avec lui, une odeur. Elle s’imposait peu à peu, âcre, lourde, animale. Une senteur d’étable abandonnée, de paille pourrie et de bêtes enfermées. Plus je descendais, plus cette odeur s’épaississait, emplissant ma gorge, s’accrochant à mes poumons, jusqu’à donner la sensation que je respirais directement dans l’antre d’une ferme oubliée.</p>
<p>Je commençai à percevoir des sons. Des grognements sourds, d’abord lointains, puis de plus en plus distincts. Mon inquiétude grandissait, même si quelque chose dans ce bruit me paraissait étrangement familier.</p>
<p>J’avançais désormais plus lentement, chaque pas pesant davantage. L’idée de faire demi-tour me traversait l’esprit, prête à s’imposer si la situation devenait trop dangereuse. Et pourtant, une pensée absurde me fit presque sourire : cette interminable rangée de marches devait au moins entretenir la forme physique de mon hôte.</p>
<p>Les marches s’arrêtèrent enfin. Devant moi, quelques caisses en bois s’entassaient, remplies de matériel. Principalement de trekking : lampes torches, vestes de camouflage… mais aussi du matériel de chasse. Incongru, presque choquant, pour un homme qui se présentait comme un naturaliste.</p>
<p>Face à moi, une porte en bois. C’est de là que provenaient les bruits, ces grognements sourds qui résonnaient désormais plus distinctement. Mon cœur battait plus vite.</p>
<p>Je décidai de pousser la porte — non sans une pointe de peur. Mais, comme toujours, ma curiosité l’emporta sur ma prudence.</p>
<p>Je poussai la porte et découvris un vaste espace de stabulation, occupé par des cochons… mais pas des cochons ordinaires. Un mélange de cochons sauvages, entre sangliers et porcs domestiques. Ils étaient bien une trentaine, certains encore petits, d’autres massifs.</p>
<p>L’installation n’avait rien d’industriel ni de ces élevages douteux de sangliers destinés aux chasses. Ici, les bêtes semblaient en bonne santé, bien nourries. L’aménagement était soigneux : une large zone de boue, beaucoup d’espace, et même une ouverture donnant sur l’extérieur, vers le bas de la vallée de la Semois. On devinait qu’ils pouvaient rejoindre les rives et la lisière de la forêt. Une véritable réserve, presque idyllique.</p>
<p>Je ne comprenais pas cette configuration. Tout cela paraissait à la fois soigné et incongru. J’entrai dans la stabulation et caressai un truie qui s’approcha, curieuse de ma présence. Elle semblait presque approuver ma venue.</p>
<p>Au fond, une autre porte s’enfonçait dans la paroi d’ardoise. Peut-être mon hôte était-il allé nourrir ses pensionnaires… ou poursuivre quelque activité dont j’ignorais encore la nature.</p>
<p>Ma curiosité me poussa jusqu’à cette porte, bien différente des autres : récente, en métal massif, renforcée, équipée d’une serrure moderne comme on en voit sur les portes blindées. La clé était déjà engagée.</p>
<p>Je la tournai et ouvris la porte avec effort. Elle s’ouvrit lourdement sur une sorte de sas qui rappelait un abattoir. À l’entrée, une rangée de bottes blanches alignées, un robinet mural, et une table en inox d’une propreté presque clinique. Sur la gauche, il y avait une autre porte fermée.</p>
<p>Sur la droite, de grandes lanières de plastique translucide, comme celles que l’on trouve dans les salles de découpe, dissimulaient une autre pièce. Je décidai de les franchir.</p>
<p>De l’autre côté, l’air était plus froid. La salle semblait réfrigérée. Derrière le rideau de plastique, des carcasses animales pendaient, suspendues à des crochets. Le carrelage blanc reflétait une lueur crue, marquée ici et là par quelques gouttes de sang sombre qui s’étalaient sur le sol.</p>
<p>Je ne savais pas pourquoi, mais quelque chose clochait affreusement. Pourquoi avoir besoin d’une salle pareille ? Les cochons sauvages n’étaient pas destinés à l’abattage, j’en étais certain. Et puis, les formes suspendues… elles n’avaient rien des carcasses animales. Trop longues. Trop humaines.</p>
<p>Je m’approchai malgré moi. Ma main tremblante repoussa l’une des silhouettes pendues. Le crochet grinça, un grincement métallique insupportable, amplifié par le froissement du plastique collé à la chair. Une odeur lourde s’échappa, mélange de froid métallique et de sang coagulé.</p>
<p>Mes yeux étaient à la hauteur du crochet, des chaussures de marche. Usées, couvertes de boue séchée. Mon souffle se coupa net.</p>
<p>Le froid ne venait plus seulement de la salle réfrigérée. Il rampait le long de mon dos, s’enfonçait dans mes entrailles, pétrifiait mes muscles. Je compris. Ce n’étaient pas des bêtes. Ce n’étaient pas des cochons. C’étaient des randonneurs. Des corps humains, pendus par les pieds comme de vulgaires quartiers de viande, oscillant doucement dans la pénombre.</p>
<p>L’air empestait désormais la chair rance, le sang séché, cette odeur animale qui n’était plus celle d’animaux. Ma gorge se noua, mon estomac se retourna. Je faillis vomir. Je voulais fuir, hurler, disparaître. Mais mes jambes restaient figées. Puis, alors que je décidai enfin de courir, l’autre porte s’ouvrit dans mon dos, laissant entrer un courant d’air… et un pas.</p>
<p>Je me retournai et vis mon hôte. Il portait désormais un tablier d’abattoir, épais, sale, maculé de sang encore frais qui perlait par endroits. Dans sa main, une sorte de pistolet d’abattage, lourd et menaçant, qu’il tenait avec l’aisance d’un geste quotidien.</p>
<p>Je restai pétrifié. Mon regard balayait la pièce à la recherche d’un objet, d’une arme, d’une échappatoire. Mais il n’y avait rien. Rien d’autre que ces corps pendus, balançant légèrement, et ce froid qui s’infiltrait dans mes os, jusqu’au cœur.</p>
<p>Il ne me restait sans doute que quelques secondes. Quelques secondes avant d’être abattu, victime de ma propre curiosité malsaine. Ma tête était vide. On dit souvent que, dans ces instants, votre vie défile devant vos yeux. Des conneries. La mienne, en tout cas, refusait de repasser le film. Il n’y avait que ce vide, ce sang, et ce silence oppressant.</p>
<p>Il me dit, d’une voix posée, presque douce :<br>
— <em>Tu as peur ?</em></p>
<p>Son regard était calme, déconcertant. Comment avais-je pu me tromper à ce point sur lui ? Comment était-ce possible ? Cet homme parlait avec passion de nature, citait des auteurs que j’admirais, partageait des idées qui me touchaient. Et pourtant… il massacrait des randonneurs, les suspendait comme de vulgaires bêtes.</p>
<p>En réalité, j’étais furieux contre moi-même. Et cette rage, au lieu de la peur, me poussa à répondre :</p>
<p>— <em>Putain, tu déconnes ? Tu tues des randonneurs et tu les fous dans une putain de chambre froide… pour nourrir tes foutus cochons ?!</em></p>
<p>Il me répondit en posant calmement son arme sur le sol.<br>
— <em>En fait, tu as raison… sur une seule chose. Oui, je les découpe, et je les donne à manger aux sanglochons. Rien de plus.</em></p>
<p>Je répliquai aussitôt, la voix tendue :<br>
— <em>Rien de plus ? Tu es un tueur. Un tueur en série, vu les corps qui pendent devant moi.</em></p>
<p>Il me répondit, tout aussi calmement :<br>
— <em>Ce ne sont pas des randonneurs. Juste des chasseurs. Je ne tue personne d’autre.</em></p>
<p>Tout venait de prendre une autre tournure. Et surtout, je comprenais enfin.</p>
<p>Le carnet… il ne parlait pas seulement de nature. Il parlait de la chasse des chasseurs. De ce naturaliste qui prenait plaisir à les abattre, comme eux-mêmes pratiquaient leur passe-temps sanglant. Chaque ligne, chaque description, prenait désormais un autre sens.</p>
<p>C’était sa réponse à lui, brutale, mais naturelle. Les chasseurs devaient participer à l’équilibre. Pas le faux équilibre qu’ils exhibent à la télévision. Pas cette hiérarchie grotesque inventée pour justifier leur passion morbide. Non : ici, il s’agissait d’un retour des choses. D’une symétrie.</p>
<p>Tout le texte du carnet, en réalité, expliquait cela.</p>
<p>Sous le choc, transi de froid, épuisé, gagné par la peur, je m’effondrai sur le carrelage glacé… et perdis connaissance.</p>
<p>Une douce chaleur effleurait mon visage. J’ouvris lentement les paupières et découvris que j’étais allongé sur le canapé, devant le feu crépitant. Mon hôte se tenait dans son rocking-chair, le visage marqué d’une inquiétude silencieuse. Entre ses mains, il serrait une liasse de papiers.</p>
<p>J’eus un moment d’hésitation, me persuadant que tout cela n’avait été qu’un mauvais cauchemar. Mais la porte, toujours entrouverte près de la bibliothèque, laissait voir l’entrée sombre de l’ancienne ardoisière.</p>
<p>Je compris alors que j’étais bien dans cette réalité. Que je me trouvais assis à quelques mètres d’un tueur en série. Certes, il ne s’en prenait qu’aux chasseurs — et je dois avouer que, sur le moment, c’était sans doute le cadet de mes soucis. Mais cela restait des meurtres. Des meurtres froids, systématiques.</p>
<p>Il s’approcha de moi et déclara :<br>
— <em>Je suis désolé de t’avoir attiré avec ce carnet… mais c’était la seule solution. Je vais devoir tirer ma révérence : l’hôpital m’attend pour une maladie grave. Je ne voulais pas laisser mon travail inachevé. Il porte ses fruits : les chasseurs ont peur. Il y a des disparitions. Ils n’arrivent plus à vendre leurs journées de chasse.</em></p>
<p>Il marqua une pause, puis poursuivit, la voix plus basse :<br>
— <em>Oui, je dois encore nourrir mes amis, les sanglochons. Mais la chasse diminue. Ils sont entraînés maintenant… et ils adorent le goût des chasseurs. Ils les ramènent ici, droit à l’entrée. Et là, il suffit de tirer.</em></p>
<p>Je devais assimiler cette somme d’informations. Ma curiosité, d’une certaine manière, était comblée… mais une inquiétude sourde demeurait quant à la suite des événements.</p>
<p>C’est alors qu’il me tendit la liasse de papiers qu’il tenait. Elle ressemblait à des documents notariés. Mon regard se figea en lisant mon nom et mon adresse, inscrits à côté du mot <em>« acquéreur »</em>.</p>
<p>Il me dit calmement :</p>
<p>— <em>Voilà. Si tu signes, tu deviens propriétaire de la forêt. Neuf cents hectares, avec tout ce qu’elle contient. Pour moi, tout est terminé. Mais je voulais que ce qu’il me reste soit transmis à quelqu’un qui comprenne… et surtout qui aime la nature comme je l’aime.</em></p>
<p>J’étais perdu, inquiet. Je me demandais si, connaissant désormais ses secrets, j’allais finir par y laisser ma vie. Surtout si je refusais. Mais en le regardant, je ne vis plus qu’un très vieil homme. Je ne risquais sans doute plus grand-chose : il aurait pu me tuer des dizaines de fois déjà.</p>
<p>Au fond de moi, pourtant, une étrange béatitude montait, un état que je n’avais jamais atteint. Tout me semblait soudain terriblement réel.</p>
<p>Il planta son regard dans le mien, ses yeux brillants d’une intensité troublante. Puis il dit simplement :<br>
— <em>Je vais partir.</em></p>
<p>Et, se retournant une dernière fois vers moi, il ajouta :<br>
— <em>N’oublie pas de nourrir les sanglochons.</em></p>
<p>Je le vis sortir de la maison, s’éloigner, sa silhouette vacillante se fondant peu à peu dans l’ombre de la forêt. Puis il disparut, englouti par la nuit et les arbres.</p>
<hr>
<h1 id="post-face">
  Post-face
  <a href="#post-face"><svg xmlns="http://www.w3.org/2000/svg" width="24" height="24" viewBox="0 0 24 24"><path fill="currentColor" d="M10.9 8a4 4 0 0 1 1.352.135a2.511 2.511 0 0 1-.7 4.863a.5.5 0 0 0 0 1a3.508 3.508 0 0 0 2.944-5.2A3.56 3.56 0 0 0 11.434 7H5.59a3.5 3.5 0 0 0-.19 7c.724.041 1.458 0 2.183 0a.5.5 0 0 0 0-1c-1.323 0-2.915.262-3.891-.843A2.522 2.522 0 0 1 5.59 8Z"/><path fill="currentColor" d="M18.41 17a3.5 3.5 0 0 0 .192-6.994c-.724-.041-1.458 0-2.183 0a.5.5 0 0 0 0 1c1.323 0 2.915-.262 3.891.843A2.522 2.522 0 0 1 18.41 16H13.1a4 4 0 0 1-1.352-.135a2.511 2.511 0 0 1 .7-4.863a.5.5 0 0 0 0-1a3.508 3.508 0 0 0-2.944 5.2A3.56 3.56 0 0 0 12.566 17Z"/></svg></a>
</h1>
<p>Après avoir envoyé quelques photographies de la vallée de la Semois à un concours organisé par le Parc national Vallée de la Semois, j’ai reçu une réponse lapidaire : « Malheureusement, vos photographies ne font pas partie de celles sélectionnées pour cette édition. » Rien de surprenant : elles étaient sans doute trop sombres, pas assez clinquantes pour la communication visuelle moderne. Mais je dois avouer que ce refus m’a immédiatement réjoui : « Parfait, je vais pouvoir garder ces clichés pour une histoire sombre. » Alors merci au Parc national Vallée de la Semois : sans votre tri impitoyable, cette histoire n’aurait jamais vu le jour.</p>
<h1 id="fiction">
  Fiction
  <a href="#fiction"><svg xmlns="http://www.w3.org/2000/svg" width="24" height="24" viewBox="0 0 24 24"><path fill="currentColor" d="M10.9 8a4 4 0 0 1 1.352.135a2.511 2.511 0 0 1-.7 4.863a.5.5 0 0 0 0 1a3.508 3.508 0 0 0 2.944-5.2A3.56 3.56 0 0 0 11.434 7H5.59a3.5 3.5 0 0 0-.19 7c.724.041 1.458 0 2.183 0a.5.5 0 0 0 0-1c-1.323 0-2.915.262-3.891-.843A2.522 2.522 0 0 1 5.59 8Z"/><path fill="currentColor" d="M18.41 17a3.5 3.5 0 0 0 .192-6.994c-.724-.041-1.458 0-2.183 0a.5.5 0 0 0 0 1c1.323 0 2.915-.262 3.891.843A2.522 2.522 0 0 1 18.41 16H13.1a4 4 0 0 1-1.352-.135a2.511 2.511 0 0 1 .7-4.863a.5.5 0 0 0 0-1a3.508 3.508 0 0 0-2.944 5.2A3.56 3.56 0 0 0 12.566 17Z"/></svg></a>
</h1>
<p>Cette œuvre n&rsquo;est point ancrée dans la réalité commune.  Les noms, les lieux et les événements qui s&rsquo;y dévoilent ne sont que les mirages d&rsquo;un imaginaire troublé, ou peut-être les reflets indéchiffrables d&rsquo;autres vérités, tapies aux confins de notre compréhension. Considérez tout comme fiction&hellip; à moins que les ombres n&rsquo;en décident autrement.</p>
<h1 id="distribution">
  Distribution
  <a href="#distribution"><svg xmlns="http://www.w3.org/2000/svg" width="24" height="24" viewBox="0 0 24 24"><path fill="currentColor" d="M10.9 8a4 4 0 0 1 1.352.135a2.511 2.511 0 0 1-.7 4.863a.5.5 0 0 0 0 1a3.508 3.508 0 0 0 2.944-5.2A3.56 3.56 0 0 0 11.434 7H5.59a3.5 3.5 0 0 0-.19 7c.724.041 1.458 0 2.183 0a.5.5 0 0 0 0-1c-1.323 0-2.915.262-3.891-.843A2.522 2.522 0 0 1 5.59 8Z"/><path fill="currentColor" d="M18.41 17a3.5 3.5 0 0 0 .192-6.994c-.724-.041-1.458 0-2.183 0a.5.5 0 0 0 0 1c1.323 0 2.915-.262 3.891.843A2.522 2.522 0 0 1 18.41 16H13.1a4 4 0 0 1-1.352-.135a2.511 2.511 0 0 1 .7-4.863a.5.5 0 0 0 0-1a3.508 3.508 0 0 0-2.944 5.2A3.56 3.56 0 0 0 12.566 17Z"/></svg></a>
</h1>
<p>Le carnet est également disponible aux formats <a href="/images/le-carnet.pdf">PDF</a> et <a href="/images/le-carnet.epub">EPUB</a>.</p>
<p>Ce livre est placé sous licence <strong>Creative Commons Attribution 4.0 International (CC BY 4.0)</strong> :
<a href="https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/deed.fr">https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/deed.fr</a></p>
<p>Cela signifie que vous êtes libre de <strong>partager</strong> (copier, distribuer et communiquer le contenu par tout moyen et sous tout format) et d’adapter (remixer, transformer et créer à partir du contenu) pour tout usage, y compris commercial, à condition de créditer l’auteur.</p>
<p>La seule obligation consiste à mentionner l’auteur (texte et photographies): <strong><a href="https://foo.be/">Alexandre Dulaunoy</a></strong>.</p>
<div class="footnotes" role="doc-endnotes">
<hr>
<ol>
<li id="fn:1">
<p>La qualité des étagères Billy, du fabricant Suédois bien connu, ne sont plus au rendez-vous. On peut même dire que ce sont des merdes presque sans-nom.&#160;<a href="#fnref:1" class="footnote-backref" role="doc-backlink">&#x21a9;&#xfe0e;</a></p>
</li>
<li id="fn:2">
<p>Claro, “des milliers de ronds dans l’eau” - L’auteur nous raconte ses souvenirs mais aussi son processus d’écriture. Il digresse souvent, mais nous donne de la matière à réflexion. Certains livres offrent plus de matière après la lecture que pendant celle-ci. J’ai un peu l’impression que c’est le cas ici.&#160;<a href="#fnref:2" class="footnote-backref" role="doc-backlink">&#x21a9;&#xfe0e;</a></p>
</li>
</ol>
</div>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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        </entry>
    
        
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            <title type="html"><![CDATA[Burinés]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2025-09-14T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-09-14T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Burinés par le soleil, le vent, et les autres éléments. Expressions qui disent le tout sans mot, aucun. Visages parchemin.</p>
<p>Un photographe de légende parcourt 20 états pour saisir, en tout, 110 portraits, afin de montrer cette Amérique de l’ombre, l’Amérique des masses, loin du bling et du clinquant.</p>
<p>L’Amérique qui se fait exploiter pour que le tout tourne et que peu en profitent.</p>
<p>Des bêtes de somme. Mais aussi des marginaux, des laissés pour compte, un scientifique, une publicitaire, et un irradié. Le tout tavelé par des têtes sanguinolentes de moutons et de bœufs, résidus d’abattoirs, pour bien faire passer le message.</p>
<p>Le message, le voici : &ldquo;My subjects here are people nobody looks at. But they make the world move. They do the work&rdquo; (« Mes sujets sont ces êtres que personne ne regarde. Mais ce sont pourtant eux qui font marcher le monde. Ils font le travail »). Il est de Richard Avedon, et il date de… 1985.</p>
<p>Pour « In The American West », Richard Avedon parcourt les États-Unis avec son équipe, à la recherche des mille visages de cette Amérique qu’on voit à peine quand on a la croise dans la rue, si l’on ne change pas de trottoir pour l’éviter, de peur d’être infectés par sa pauvreté, sa marginalité, ou sa prétendue stupidité, tandis que l’on sirote son matcha latte au lait d’avoine (ou son équivalent dans les années 80), marchant d’un pas preste et leste afin de se carrer le derrière dans un confortable fauteuil de bureau des heures durant. Et oui, gars, pendant que toi tu marches (un peu), d’autres crèvent (beaucoup).</p>
<p><em>1979</em>. L’année où Richard Avedon prit la route à la rencontre de cette Amérique-là. L’année du second choc pétrolier. L’année où l’ombre du premier choc pouvait encore se faire ressentir avant qu’une seconde baffe ne vienne vous frapper de plein fouet, alors que vous vous remettez à peine de la première.</p>
<p><em>1979</em>. Deux ans avant que Reagan ne prenne les rênes du pouvoir et que le libéralisme pur et dur ne vive son heure de gloire. Une heure qui dura longtemps, trop longtemps, et qui, sous une forme nouvelle, dure toujours. Un règne et un courant que Richard saisit dans des yeux, des postures, sur des peaux, avant d’achever sa quête, en 1984.</p>
<p>« In The American West » est une exposition-choc dont vous ne ressortirez pas indemne. En délaissant la couleur au profit du noir et blanc, en recourant à la lumière naturelle, celle de l’Ouest, plutôt qu’aux artifices du studio, Richard Avedon vous permet de vous concentrer sur l’essentiel. L’humain. En d’autres termes, c’est vous, mais dans une version inférieure à celle que vous pensez être, selon la propagande dominante et le dogme de l’auto-perfectionnement, afin que l’extractivisme continue de plus belle.</p>
<p>Regardez bien ces 110 portraits, réunis pour la première fois dans le Vieux Continent, à la Fondation Henri-Cartier Bresson, à Paris<sup id="fnref:1"><a href="#fn:1" class="footnote-ref" role="doc-noteref">1</a></sup>. Prenez votre temps, avancez, et défaites-vous de vos préjugés, de vos idées préconçues, puis laissez vous imprégner par les expressions du passé à la détonante actualité. Sentez cette colère monter en vous. Cette tristesse couler à travers vos veines. À moins que prédateur, vous vous en foutiez.</p>
<p>Revenez sur vos pas puis sur vos vies dans cette galerie située dans la si bien nommée rue des Archives. Et peut-être que ce passé éclairera enfin notre avenir<sup id="fnref:2"><a href="#fn:2" class="footnote-ref" role="doc-noteref">2</a></sup>.</p>
<p>La révolution ne sera pas photographiée, la révolution ne sera pas photographiée&hellip;<sup id="fnref:3"><a href="#fn:3" class="footnote-ref" role="doc-noteref">3</a></sup>.</p>
<p><img src="/images/burines.jpeg" alt="Photo prise par Miles Davos, sillonneur culturel, photographe à ses heures perdues, lors de sa visite de l&rsquo;exposition dont ce billet est l&rsquo;objet"></p>
<p>&ndash;</p>
<div class="footnotes" role="doc-endnotes">
<hr>
<ol>
<li id="fn:1">
<p>&ldquo;In The American West&rdquo;, Richard Avedon. Du 30 avril au 12 octobre 2025. Fondation Henri-Cartier Bresson, 79, rue des Archives, 75003 Paris. France. 10€ l&rsquo;entrée en plein tarif. Pour plus d&rsquo;informations : <a href="https://www.henricartierbresson.org/expositions/richard-avedon-in-the-american-west/">https://www.henricartierbresson.org/expositions/richard-avedon-in-the-american-west/</a>.&#160;<a href="#fnref:1" class="footnote-backref" role="doc-backlink">&#x21a9;&#xfe0e;</a></p>
</li>
<li id="fn:2">
<p>Ceci est le deuxième billet du Sillon consacré à cette extraordinaire exposition. Le premier fut écrit par ce cher Alexandre. Vous pourrez le lire à l&rsquo;adresse suivante : <a href="https://sillon-fictionnel.club/post/richard-avedon/">https://sillon-fictionnel.club/post/richard-avedon/</a>.&#160;<a href="#fnref:2" class="footnote-backref" role="doc-backlink">&#x21a9;&#xfe0e;</a></p>
</li>
<li id="fn:3">
<p>Référence à &ldquo;The Revolution Will Not Be Televised&rdquo;, poème satirique et chanson pour la libération des Afro-Américains, enregistrée en 1970 par Gill Scott-Heron.&#160;<a href="#fnref:3" class="footnote-backref" role="doc-backlink">&#x21a9;&#xfe0e;</a></p>
</li>
</ol>
</div>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Mimésia]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2025-09-13T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-09-13T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>J’ai découvert Hugues Micol à travers « Agughia »<sup id="fnref:1"><a href="#fn:1" class="footnote-ref" role="doc-noteref">1</a></sup>, une bande dessinée d’anticipation parue chez Dargaud en 2021. Le dessin de Hugues Micol et son scénario m’avaient rendu cette lecture agréable et marquante, illustrant avec un certain talent nos excès et leur impact sur notre société et notre planète.</p>
<p>« Mimésia », son nouvel album, paru cette fois-ci chez Futuropolis, avait tout pour me plaire, du moins sur le papier si j’ose dire : un empire s’étendant sur un bon millier de planètes, une IA qui régit tout, uniformise et gomme les aspérités pour assurer l’efficacité et la productivité. Jusqu’au jour où un droïde prof de sport (pourquoi pas ?) tombe sur un buste d’un temps largement révolu, œuvre interdite par la police culturelle…</p>
<p>Ne tournons pas autour du pot. Cet album est décevant à plus d’un égard, malgré un solide et plaisant dessin, qui rappelle plus des peintures que ce qui nous est généralement donné à voir dans le 9e art.</p>
<p>Hugues Micol semble avoir bâclé à coups de truelle un scénario pourtant bien prometteur. Comme s’il avait fait preuve d’une grande flemmardise, et cela est bien dommage. C’est un peu les Pieds Nickelés dans l’espace, même si le 4e de couverture ne laissait rien présager de tel. Au contraire, l’éditeur m’a donné l’impression d’avoir entre les mains un solide et sérieux ouvrage supposé m’éclairer, grâce aux ressorts de la fiction, sur la nécessité de combattre à tout prix l’uniformisation culturelle et la nourriture pour cochons qu’elle génère.</p>
<p>On en est malheureusement loin. Trop loin. Alors, permettez-moi un conseil : passez votre chemin.</p>
<p><img src="/images/mimesia.jpeg" alt="Couverture de Mimésia, Hugues Micol. Futuropolis"></p>
<p>—
<a href="https://www.futuropolis.fr/9782754846394/mimesia.html">Mimésia</a>. Hugues Micol. Futuropolis. 19€.</p>
<div class="footnotes" role="doc-endnotes">
<hr>
<ol>
<li id="fn:1">
<p><a href="https://www.dargaud.com/bd/agughia-bda5388300">https://www.dargaud.com/bd/agughia-bda5388300</a>&#160;<a href="#fnref:1" class="footnote-backref" role="doc-backlink">&#x21a9;&#xfe0e;</a></p>
</li>
</ol>
</div>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Caballero Bueno]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2025-09-11T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-09-11T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Île de Pâques. 1934.</p>
<p>Gouvernés d&rsquo;une main de fer par les Chiliens, entourés de quelques Anglais représentant pour la plupart et comme souvent leurs intérêts, les Pascuans sont relégués à des rôles subalternes.</p>
<p>N&rsquo;ayant le droit de sortir de leur réserve que pour travailler et servir, leurs âmes sont chauffées à blanc.</p>
<p>Vous l&rsquo;avez compris. C&rsquo;est une poudrière. Et il suffirait d&rsquo;un rien pour briser cette harmonie de façade.</p>
<p>Et ce rien survient avec le meurtre de ce bon et beau Wilcox, éleveur anglais.</p>
<p>Le gouverneur de l&rsquo;île tarde à trouver le meurtrier. C&rsquo;en est trop pour le président chilien qui dépêche l&rsquo;inspecteur Guillermo Valverde, son ami.</p>
<p>Limier hors pair, esthète de haut calibre, Valverde croit pouvoir boucler son enquête en deux coups de cuillère à pot. Mais le voilà qui s&rsquo;enlise et patine…</p>
<p>Pour le scénario haletant et hyper bien ficelé de « Caballero Bueno », Thomas Lavachery s&rsquo;inspire de l&rsquo;histoire vraie de l&rsquo;expédition franco-belge à laquelle a participé son grand-père, Henry. Soutenu par le superbe dessin de Thomas Gilbert, le duo nous livre là une des meilleures bandes dessinées que j&rsquo;ai lues cette année.</p>
<p>Un coup de cœur du Sillon !</p>
<p><img src="/images/caballero-bueno.jpeg" alt="Couverture de Caballero Bueno, Thomas Lavachery et Thomas Gilbert. Éditions Rue de Sèvres"></p>
<p>—
<a href="https://www.editions-ruedesevres.fr/Caballero-Bueno-Une-enquete-de-l-inspecteur-Valverde">Caballero Bueno</a>. Thomas Lavachery, Thomas Gilbert. Éditions Rue de Sèvres. 25€.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[La nuit ravagée, Jean-Baptiste Del Amo]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2025-09-07T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-09-07T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Vous souvenez-vous de votre adolescence ? De ces moments entre deux mondes. Ces instants irréels, hors du temps, ce commencement de vie sans véritable sens. Cette société qui nous exclut ou se moque de nous. La plongée dans les rêves pour éviter ce flot incessant de conneries. Peut-être est-ce un sentiment personnel, ce prisme du passé qui rappelle, dans La nuit ravagée, votre adolescence. On pourrait dire que cette nostalgie est trop facile, trop préconçue, trop prévisible&hellip; C’est possible. Mais quand on a été biberonné aux films d’horreur des années 80, on ne peut qu’être happé par le livre de Jean-Baptiste Del Amo. Il a sûrement aussi trop lu <a href="/tags/hpl/">Howard P. Lovecraft</a>, mais c’est tant mieux. C’est potentiellement une métaphore de l’adolescence. Et que c’est jouissif : la province française, une maison « hantée », une école chiante, des parents à la con&hellip;</p>
<p>Sans parler d’une référence à Lautréamont, d’une pile de films d’horreur et de situations obscures. Oui, je sais, tu fais chier avec cette critique, mais en fait, je vous emmerde : je suis retombé dans mon adolescence durant ces 458 pages et je n’écoute plus personne. Alors si vous avez, vous aussi, l’envie de replonger dans cette époque, courez chez votre <a href="/les-librairies/">libraire</a> favori.</p>
<p><img src="/images/ravagee.jpeg" alt=""></p>
<hr>
<p>Jean-Baptiste Del Amo, <a href="https://www.gallimard.fr/catalogue/la-nuit-ravagee/9782073092373">La nuit ravagée</a>, 464 pages, 140 x 205 mm,  Collection Blanche (NRF), Gallimard</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Meet KLINE, The Brutalist Kitchen With a Brutal Price]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2025-09-01T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-09-01T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Here I am, one evening, looking for a nice restaurant in Brussels to enjoy good food with great folks.</p>
<p>Lately, I&rsquo;ve been using <a href="https://guide.michelin.com/">Guide Michelin</a> to gather some ideas and options before looking deeper.</p>
<p>Let me stop here to correct a popular belief. Michelin’s guide doesn’t contain only pricey restaurants or starred ones, which may cost just as much. Depending on the location, they tend to have good if not excellent restaurants for a fair price. Now back to my story.</p>
<p>This is how I came across <a href="https://kline.brussels/">KLINE</a>, a restaurant that you can easily reach walking from Brussels’ Place Sainte-Catherine.</p>
<p>Reading their website, their ‘punchline’: KLINE, The Brutalist Kitchen, intrigued me. As a big fan of the <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Brutalist_architecture">brutalist movement</a>, I could but be attracted.</p>
<p>The brutalist movement fascinates me on many levels, even before cold-blooded capitalists smelled money in minimalism and captured and repurposed it. See <a href="https://i.ytimg.com/vi/sbqSG6een1o/maxresdefault.jpg">Les Étoiles d&rsquo;Ivry</a> in the outskirts of Paris for an example of brutalist architecture.</p>
<p>Nowadays, you can find hints (if not more) of brutalism in many places where the ‘<a href="https://www.reddit.com/r/PatagoniaClothing/comments/1ar8lxn/patagucci/">Patagucci</a>’ <a href="https://www.merriam-webster.com/dictionary/bobo">bobo</a> clan congregates. This group craves detox juices that cost an arm and a leg, kale (or whatever the fad of the day consists of) and oat milk drinks. Full disclosure: In many ways, probably more than I want to admit, I belong to that clan.</p>
<p>I am veering off. Back to KLINE. I decided to give it a try. And here we go.</p>
<p>My initial impressions proved favourable. Nice, young people from the ‘Patagucci’ clan, highly likely Flemish given their French accent, minded the kitchen and served the customers. Brutalist influenced interiors and decoration. Delicate lighting, &hellip;</p>
<p>A waitress took us to our table, gave us the menus and explained the concept of the restaurant. They purportedly use mostly local and exclusively seasonal ingredients. The plates are for sharing. Each guest should take three plates (without counting dessert), to fill a reasonably empty stomach. The restaurant does not serve bread for free, so one must order it. Note this. I&rsquo;ll come back to it later.</p>
<p>We were enjoying ourselves and engaged in interesting discussions. We trusted our hosts and ordered three plates each, bread and there we went. We didn&rsquo;t look at the prices of the food we were ordering. But when the smiling waitress asked us about drinks, our eyes met the price list. Ten euros for a mocktail. 24 for a bottle of 75cl of kombucha (winking at the bohemian brotherhood and sisterhood out there). And let us not speak about alcohol. Homemade ice tea, please. Yes, for everyone. Thank you.</p>
<p>The food tasted good. The ingredients felt fresh and very tasty. The recipes would have been delicious had they not put so much sauce on almost every plate. And remember that bread is not offered. One has to order it. Which we did. And it was delicious bread, but one would need to order three or four servings to enjoy all the sauce. And good luck with that!</p>
<p>Time for tasting dessert. As a long-time foodie, I came to recognise great restaurants by how mind-blowing their desserts were. Regardless of how subpar some plates were.</p>
<p>Here, KLINE lost quite some points. Their desserts tasted fine, but some at CERT-EU, who kindly shared their homemade desserts with us, can make at least as good desserts as KLINE.</p>
<p>Then, the bill came. We ended up coughing up almost 90€ per person, with one soft drink and no alcohol. That&rsquo;s the price range of many 1-star Michelin restaurants.</p>
<p>So brutal that I wouldn&rsquo;t go to the brutalist kitchen any time soon. It&rsquo;s just a rip-off in broad daylight, even for a &ldquo;pataguccian&rdquo; such as yours truly.</p>
<p><img src="/images/kline-brutal-brutalist.jpg" alt="Picture of KLINE, a restaurant in Brussels"></p>
<p>&ndash;
KLINE, The Brutalist Kitchen. Vlaamseseteenweg 162, 1000 Bruxelles. Belgium.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[La beauté des ruines – Barbara Israël]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy &amp; Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2025-08-23T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-08-23T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Je ne sais pas quoi faire après la lecture de <em>La beauté des ruines</em> de Barbara Israël. Dois-je écrire une critique d’un livre qui est à la fois beau et nombriliste ? Un truc parisien, mais qui se veut en même temps universaliste ? Qui contient de magnifiques phrases, mais aussi des passages pitoyables ? Qui est culturellement évocateur, mais peut aussi sembler pauvre intellectuellement ? Qui évoque son passé avec une lumière singulière, mais paraît parfois détaché de la réalité ? De superbes éclats côtoient des maladresses affligeantes. Mais n’est-ce pas justement là la beauté de ce livre ? Non pas ses ruines, mais le paradoxe de nos vies : tout oscille, sans jamais se stabiliser.</p>
<p>Heureusement, mon vieil ami sillonesque Miles Davos m’a guidé et m’a donné les clés de cette lecture.</p>
<p><em>“Ta chronique, tu décris Paris. C’est ce qui en fait le charme-dégoût. Elle nous happe en nous rejetant.”</em></p>
<p>Pour conclure son analyse limpide et précise, il a balancé <a href="https://www.youtube.com/watch?v=IKs817YA0wc">un lien YouTube</a> pour donner une touche musicale à son commentaire.</p>
<p>À ce stade, autant que je me rhabille, que je renonce aux chroniques et que j’aille traire des chèvres dans le Larzac : au moins là-bas, personne ne viendra m’expliquer comment respirer les particules fines avec élégance.</p>
<p><img src="/images/ruines.jpeg" alt=""></p>
<hr>
<p><a href="https://editions.flammarion.com/la-beaute-des-ruines/9782081471863">Barbara Israël, La beauté des ruines</a>, 318 pages - 136 x 210 mm Broché</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Audrey Tautou – Superfacial]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2025-08-19T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-08-19T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Tout le monde croit connaître Audrey Tautou. On pense la saisir à travers ses rôles d’actrice devenus presque mythiques, comme Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain. Mais c’est bien plus complexe : comme beaucoup d’entre nous, elle n’expose qu’une parcelle d’elle-même, sans jamais livrer totalement son intime conviction ni, surtout, sa véritable capacité créative.</p>
<p>En allant voir <a href="https://quaidelaphoto.fr/evenement/superfacial-par-audrey-tautou/">son exposition Superfacial au Quai de la Photo</a>, ce centre d’art flottant sur la Seine, je nourrissais un a priori : celui du risque d’un certain nombrilisme. Et pourtant, ma surprise fut grande en découvrant un travail photographique intimiste, empreint de persévérance et traversé par une audace réelle.
De prime abord, l’exposition peut dérouter : une série de planches-contact en grand format, posées là comme un travail préparatoire.</p>
<p>Sans explication. Mais en prenant l’escalier (et il faut dire qu’exposer dans une péniche n’est jamais simple), la cohérence du projet se dévoile peu à peu. On perçoit la ténacité de l’artiste, mais surtout son élan créatif. On ressent cette envie de créer, de dialoguer avec le monde, en transformant sa propre vie en matière artistique.</p>
<p>Pour aller plus loin, je me suis plongé dans le livre éponyme, <a href="https://fisheyeeditions.com/superfacial/">Superfacial</a>, publié chez Fisheye. Tout en gardant une part de mystère, l’ouvrage révèle des détails précieux du travail photographique et prolonge l’expérience de l’exposition.
À noter : l’exposition est gratuite au Quai de la Photo, et la petite librairie attenante regorge de beaux livres photographiques. L’équipe, chaleureuse et ouverte à la discussion, ajoute au charme du lieu.</p>
<p>Peut-être, au fond, que le travail d’Audrey Tautou entrouvre une porte pour ces artistes en herbe qui se pensaient perdus, simples autodidactes égarés dans une société dissonante. Elle rappelle que la persévérance n’est pas seulement une qualité : elle devient le fil qui relie l’intime à l’artistique, permettant à une voix fragile de se transformer en œuvre.</p>
<p><img src="/images/superfacial.jpg" alt="Audrey Tautou – Superfacial"></p>
<hr>
<p>Superfacial, 22 x 28 cm, 232 pages, Hardcover, reliure bodonienne Français</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Richard Avedon In the American West]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2025-08-17T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-08-17T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Si vous ne deviez voir qu’une seule exposition photographique cette année, allez voir l’exposition <a href="https://www.henricartierbresson.org/expositions/richard-avedon-in-the-american-west/">Richard Avedon – In the American West</a>, présentée à la Fondation Henri Cartier-Bresson du 30 avril au 12 octobre 2025.</p>
<p>In the American West est un livre iconique (si vous possédez la version originale, gardez-la précieusement : elle a aujourd’hui une certaine valeur). De 1979 à 1984, Richard Avedon a sillonné l’Ouest américain avec un studio mobile, des assistants et une volonté affirmée de capturer l’essence de toute une population. Ses photographies mettent en lumière les hommes et les femmes issus des différentes classes ouvrières de l’époque.</p>
<p>La technique de la chambre photographique, associée à un fond blanc, met en évidence non seulement les personnes, mais aussi leur apparence. L’exposition est d’autant plus remarquable qu’elle réunit, pour la première fois en Europe, les 103 tirages originaux. Oui, cela n’avait jamais été fait depuis la parution, il y a quarante ans, de ce livre iconique.</p>
<p>L’exposition inclut de nombreux éléments sur les coulisses : les polaroids utilisés pour l’index, le cadre juridique, mais aussi les lettres des personnes photographiées. Ces documents, profondément humanistes, offrent une perspective nouvelle et rappellent à quel point cette œuvre est avant tout une œuvre très humaine. La scénographie, sobre, met en évidence cette vision selon laquelle, au-delà de nos différences, nous sommes tous très proches.</p>
<p><img src="/images/richard-avedon.png" alt="Richard Avedon, Sandra Bennett, twelve year old, Rocky Ford, Colorado, August 23, 1980 © The Richard Avedon Foundation - Fair Use for the exhibition at Fondation Henri Cartier-Bresson"></p>
<p>&ndash;
<em><a href="https://www.henricartierbresson.org/pratique/">Fondation Henri Cartier-Bresson</a> 79, rue des Archives 75003 Paris</em> Entrée 10,- Euro.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Claude Garamont]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2025-07-20T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-07-20T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>On peut parfois se croire seul. Ma passion pour la typographie ressemble davantage à une marotte qu’à quelque chose d’utile dans la vie de tous les jours. Surtout, les horreurs typographiques qui nous agressent quotidiennement finissent par altérer notre capacité à discerner ce qui est, ou non, typographiquement beau. J’avais évoqué ces <a href="https://sillon-fictionnel.club/apropos/#errances-typographiques">errements typographiques à propos du site web du Sillon</a> pour aboutir à une conclusion simple : utilise Garamond et tout se passera bien.</p>
<p>Et puis, une lectrice du Sillon, ce qui est sûrement une personne rare et précieuse, à protéger, me dit :
« À propos de <a href="https://www.editionsdescendres.com/product-page/garamont">Claude Garamont, l&rsquo;ouvrage éponyme de Rémi Jimenes, paru aux Éditions des Cendres</a>, est un bijou que je recommande chaudement. »</p>
<p>Alors, j’ai mobilisé l’interweb et ma carte bancaire en plastique pour me procurer Claude Garamont, typographe de l’humanisme, publié par les magnifiques Éditions des Cendres<sup id="fnref:1"><a href="#fn:1" class="footnote-ref" role="doc-noteref">1</a></sup>.</p>
<p>Ce conseil de lecture s’est révélé être l’un des plus beaux livres que j’aie lus sur la typographie Garamond. Un parcours historique précis et détaillé, qui nous plonge dans les origines de cette typographie utilisée depuis des siècles. L’ouvrage n’a rien d’approximatif : c’est un travail rigoureux de chercheur, nourri de nombreuses archives (souvent méconnues). On y découvre l’histoire du livre, de l’humanisme, mais aussi tout le labeur autour du livre à la Renaissance.</p>
<p>Vous pouvez acheter ce livre, imprimé à Vérone par la maison Bortolazzi, sans doute en (Adobe ?) Garamond, les yeux fermés, si, tout comme moi, le simple fait de voir de belles typographies vous rend heureux.</p>
<p><img src="/images/garamont.jpeg" alt="25 Claude Garamont, Rémi Jimenes, Aux Editions des Cendres, 288 pages - isbn 978-2-86742-311-6 - 80 ill. coul. - Broché à rabats - Gaufrage - 39 euros"></p>
<hr>
<p>Claude Garamont, Rémi Jimenes, Aux Editions des Cendres, 288 pages - isbn 978-2-86742-311-6 - 80 ill. coul. - Broché à rabats - Gaufrage - 39 euros</p>
<div class="footnotes" role="doc-endnotes">
<hr>
<ol>
<li id="fn:1">
<p><a href="https://www.editionsdescendres.com/">Les Éditions des Cendres</a>, installées à Ménilmontant, pourraient faire les frais d&rsquo;une chronique Sillonesque.&#160;<a href="#fnref:1" class="footnote-backref" role="doc-backlink">&#x21a9;&#xfe0e;</a></p>
</li>
</ol>
</div>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Se faire avoir]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2025-07-20T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-07-20T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Il arrive qu’on se fasse avoir par des libraires. Ce n’est pas souvent, mais cela arrive…</p>
<p>Je pénètre dans une nouvelle librairie en Belgique et je jette un œil aux tables, à la recherche de nouveautés. Une étiquette avec la note de la libraire proclame : « La nouvelle autrice capable de remplacer Stephen King ». En quatrième de couverture, on peut également lire : « Daisy Johnson est un nouveau monstre sacré de la fiction » et « un petit chef‑d’œuvre de la littérature gothique » (je ne savais pas trop ce que cela voulait dire). Tout excité, je saisis donc le bouquin, heureux à l’idée de me plonger dans un livre qui allait me retourner et me faire peur.</p>
<p>C’est une succession de nouvelles bâties sur la vieille idée de l’hôtel hanté… Mais si la « littérature gothique » se résume à une série de récits sans réelle histoire, je n’en lirai pas davantage. J’attends toujours l’horreur : je n’y trouve qu’une énumération d’événements, sans aucune appétence pour une écriture vraiment littéraire. On dirait un texte déclamé dans une classe de lycée, devant un professeur qui aurait demandé de produire un récit d’horreur à la manière de Stephen King. On découvre à la fin du livre qu’il s’agit de textes conçus pour la radio (on comprend mieux, alors, le rythme), mais la traduction semble avoir été faite à la va‑vite pour les Éditions Stock, avec une dose de marketing maladroitement ficelée en quatrième de couverture. À la rigueur, l’ouvrage pourrait servir à caler votre collection de H. P. Lovecraft, August Derleth, James Herbert ou même Anne Rice.</p>
<p>&ndash;
Daisy Johnson, l&rsquo;hôtel, 192 pages (c&rsquo;est beaucoup), Stock</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[La photo me regardait]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2025-07-09T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-07-09T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Il y a cette sensation, parfois, face à certaines photographies.
On tombe nez à nez avec une image, et il se passe quelque chose.
Pas besoin qu’elle soit l’œuvre d’un grand photographe, ni de tout savoir ou de connaître l’artiste.
Il suffit de la regarder, et aussitôt elle nous plonge dans un souvenir, un vieux rêve ou une sensation intime.</p>
<p>Aux <a href="https://www.editionsmacula.com">éditions Macula</a>, Katja Petrowskaja a publié un recueil de photographies nourri de ses émotions et de ses perceptions.
Dans <a href="https://www.editionsmacula.com/livre/la-photo-me-regardait/">La photo me regardait</a>, on plonge au cœur de son univers, entre fragments de vie et impressions sensibles.</p>
<p>Ce livre se découvre photo après photo, et l’on ressent aussitôt l’envie de s’y replonger.
C’est à la fois beau, subtil et stimulant : chaque image révèle une nouvelle facette.
Une lecture qui donne envie de s’y essayer à son tour mais c’est difficile d’être à la hauteur de Katja Petrowskaja.</p>
<p><img src="/images/macula.jpg" alt="La photo me regardait (couverture)"></p>
<hr>
<p>Mention spéciale du Prix du livre photo-texte des Rencontres d’Arles 2025, 256 pages, 30 illustrations couleur, 38 illustrations noir et blanc, Format : 13 x 19,5 cm</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[La plus secrète mémoire des hommes]]></title>
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            <author>
                        <name>H. Galois</name>
                    </author>
            <published>2025-07-05T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-07-05T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p><em>Un livre de Mohamed Mbougar Sarr</em></p>
<p>C’est l’histoire d’un écrivain sénégalais entre les mains duquel tombe un vieux livre oublié, « Le labyrinthe de l’inhumain », d’un certain T. C. Elimane, auteur d’une seule œuvre dont plus personne ou presque ne sait plus rien. Commence alors la chronique d’une quête, à la recherche de l’ombre d’une étoile filante de la littérature. Le narrateur, dans cette « histoire impossible à raconter », croise un poète convaincu qu’un poète qui a plus de 120 lecteurs est suspect et d’autres auteurs atteints « d’incontinence littéraire »… Ils parlent de littérature jusqu’au bout de la nuit, constatent que le monde n’est pas si perdu puisque cela advient, et nous y entraînent, emmaillotés dans un style envoûtant.
« Les grandes œuvres appauvrissent et doivent toujours appauvrir. Elles ôtent de nous le superflu » (p. 53). Mais parfois il ne reste presque plus rien. Alors c’est un long périple pour maintenir en vie une mémoire. C’est une quête impossible, pourtant intimement intriquée avec la vie, dont il ne surgira qu’une vaste, intense, mais imprécise idée : la littérature comme mystique.
Le livre dit aussi l’émigration, avec par exemple de superbes pages sur l’appel aux parents, que l’auteur voit comme étant caractéristique des émigrés, mais qui est peut-être un universel.
Je me suis demandé si la quête du narrateur n’était pas, paradoxalement et malgré son érudition – longtemps que je n’avais pas lu le mot shiboleth – et sa géniale composition, un processus de libération de la littérature. On y croise Borges, Sábato, Gombrowicz et d’autres pointures, on les y croise et on les y lit, textes cités ou seulement évoqués ; l’auteur joue des emprunts, comme semble avoir fait le mystérieux T. C. Elimane (citons par exemple la référence à l’idée que le hasard, qui n’est qu’un destin qu’on ignore, idée citée plusieurs fois – par exemple p. 336 – et qui est clairement un emprunt à Borges qui en faisait une équivalence).
Le livre, à travers ses multiples voix imbriquées, de récits dans les récits, se demande si le mal n’est pas la seule grande question. Confirmation, si besoin en était, que la littérature se réinvente en se répétant. Et cette grande question en amène donc peut-être une autre : et si le livre essentiel, finalement, ne pouvait s’écrire ?</p>
<p><img src="/images/Laplussecretememoire.jpeg" alt=""></p>
<p>« À ce moment le vide se trancha la gorge, et dans le cri muet qu’ouvrit sa lame dans sa chair, tu crus entendre s’écimer, chue de la tête pantelante, une dernière hypothèse, terrible et terriblement calme : le livre essentiel ne s’écrit pas » (p. 142). L’hypothèse m’a fait penser à mon père, grand écrivain qui n’a jamais rien écrit, mais dont la façon de raconter les histoires relevait assurément de la littérature. Nul hasard, il l’aimait. D’ailleurs, la difficulté à raconter la vie d’Elimane m’évoque la mienne à parler ou écrire sérieusement sur mon père. Mais peu importe, revenons à l’hypothèse. Je pense parfois que je peux avoir reçu en héritage cette faculté de raconter sans écrire, mais que, l’ignorant, je m’escrime à écrire. Peut-être que je sais ce qu’énonce Chérif, à qui le narrateur rend visite : « Je te dis qu’il vaut mieux ne pas écrire si tu n’as pas au moins l’ambition de faire trembler l’âme d’une personne » (p. 445).
Le mal il vient souvent des patries, de la guerre et de l’exil, qui exigent des engagements contre les siens, d’autant plus douloureux quand ils affectent les colonisés. La langue est bien sûr l’autre grande affaire de « La plus secrète mémoire des hommes ». D’abord par ce que Sarr mène une longue démonstration de la puissance du style ; le livre s’avale, d’un féroce appétit, et je suis convaincu que cela tient davantage aux manières du récit qu’à ses péripéties. De Sarr, une jambe en Afrique l’autre en Europe, surgissent des images merveilleuses qu’on n’invente guère chez les vieilles souches de l’hexagone (par exemple : « […] Ellenstein décide de suivre ce qu’il n’est pas convenable de nommer une piste, mais un froissement de fourrés dans une jungle drue » (p. 301).
Mais c’est aussi une exploration belle et subtile de ce que signifie s’exprimer et écrire dans une langue qui n’est pas celle de ses aïeux, qui est celle du colonisateur. Lorsque la littérature devient son « pays réel » (p. 294), peu importe sa langue. Sarr, peu importe ou pas, écrit d’un style magistral, inventif, lumineux, musical.
C’est enfin un roman poétique ; les pages et les chapitres sont structurés de poésie, une poésie qui toujours actionne l’histoire – mais n’est-ce pas l’étymologie de poésie, « faire », « créer » ? –… Prenons la page 389, par exemple : « Mais soit, me disais-je, soit ; j’écrirai donc comme on trahit son pays, c’est-à-dire comme on se choisit pour terre non le pays natal, mais le pays fatal, la patrie à laquelle notre vie profonde nous destine depuis toujours, la patrie de l’intérieur, celle des souvenirs chaleureux et celle des ténèbres glacées, la patrie des rêves premiers la patrie des peurs et des hontes ruisselant en troupeau sur les flancs de l’âme, la patrie de toute la chiennerie errante le long des nuits couleur pétrole, de rues blanches, de villes que même les fantômes auraient désertées, la patrie des visions cristallisées d’amour et d’innocence, mais la patrie aussi de la folie rieuse et des entassements de crânes et de la lucidité impitoyable qui dévore le foie, la patrie de toute la solitude possible et de tout le silence disponible, la seule patrie que je trouvais habitable (et par habitable je veux dire : impossible à perdre ou à haïr, impossible à exposer à une nostalgie sentimentale et superficielle, impossible à prendre comme prétexte ou otage en vue d’accrocher la gratifiante breloque de l’exil à la poitrine et, enfin, la patrie impossible à défendre, puisqu’elle se défend toute seule de ses imprenables contreforts et n’exige de sacrifice que celui de notre paresse et de nos envies de faire l’amour tout le temps). Quelle est donc cette patrie ? Tu la connais : c’est évidemment la patrie des livres : les livres lus et aimés, les livres lus et honnis, les livres qu’on rêve d’écrire, les livres insignifiants qu’on a oubliés et dont on ne sait même plus si on les a ouverts un jour, les livres qu’on prétend avoir lus, les livres qu’on ne lira jamais, mais dont on ne se séparerait pour rien au monde, les livres qui attendent leur heure dans une nuit patiente, avant le crépuscule éblouissant des lectures de l’aube. Oui, disais-je, oui, je serai citoyenne de cette patrie-là, je ferai allégeance à ce royaume, le royaume de ma bibliothèque ».
C’est un grand et beau livre, une cathédrale à la littérature que je n’ai pas pu lâcher. Si un jour je perds la vue, j’aimerais qu’on me dise : « Un homme sans imagination, aveugle ou pas, est toujours malheureux. Mais toi tu n’es pas comme ça. Tu as vu, mais tu sais encore imaginer des choses à voir » (p. 211).</p>
<hr>
<p>La plus secrète mémoire des hommes<br>
Mohamed Mbougar Sarr<br>
Le livre de poche, 566 p.
2021</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Ma cabane sans peine]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2025-06-09T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-06-09T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Trouver une bonne lecture, c’est difficile, mais il ne faut jamais sous-estimer la capacité des amis à savoir quoi lire. J’ai des piles de livres, dont une avec ceux qui m’ont été prêtés. Une amie me demande si j’ai bien <em>Ma cabane sans peine</em> d’Alain Guyard… Bien entendu, le livre n’était pas sur la bonne pile. Suite à cette agréable pression amicale, je me suis dit que l’occasion faisait le larron pour me plonger dans cette lecture.</p>
<p>L’auteur nous plonge dans ses réflexions après l’achat d’un mazet (une cabane en pierre, en gros, perdue dans les bois). Mais il s’attaque surtout à la philosophie du genre <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Naturalit%C3%A9_(environnement)">wilderness</a> et aux apprentis ermites des forêts. Ce n’est pas une critique froide ou rigoriste, mais plutôt une critique humoristique, voire satirique.</p>
<p>Je ne peux m’empêcher d’inclure un extrait du livre qui tacle l’innommable T. (oui, un peu comme l’<a href="/post/innommable-h/">innommable H.</a>, mais en moins redoutable dans le cercle sillonesque).</p>
<blockquote>
<p>surplus de l’armée, avec des fripes de chasseur canadien ou de jardinier beauceron. Quand on entre dans leur masure, en sus des odeurs de feu et de bois, il flotte toujours un parfum de viande séchée et de poisson fumé… Tesson pêche tous les jours en cassant la glace, vide ses poiscaille et les embroche au-dessus du feu de camp. Il en fume autant qu’il en mange. Sa baraque doit sentir la vieille literie viking du XIVᵉ siècle. Antoine Marcel se complaît à décrire son calibre .22 accroché au lambrissage à côté d’une effigie du Bouddha et du bois flotté qu’il ramasse en bord de rivière après les crues. Mais il ne détaille pas ses chasses. Chasse-t-il seulement ? Je crois qu’il cherche à épater, seulement. Il va à la supérette voisine, comme tout le monde.
Que vaut une telle débauche de procédés littéraires qui s’épuisent en des géorgiques forestières toujours recommencées ? Sans doute veulent-ils émouvoir un lectorat citadin touché par le syndrome de Lady Chatterley : la bourgeoise aux mains fines et à la peau douce en pâmoison devant la rugosité trapue, virile et forestière de son jardinier. On dit que les lecteurs sont aux trois quarts des lectrices. Mais sont-ce encore des femmes qui lisent ces histoires d’ermites qui retournent aux bois ?</p>
</blockquote>
<p>Je ne dirais pas que <em>Ma cabane sans peine</em> est un livre construit au sens classique, mais plutôt un joyeux bordel bien écrit, avec un vocabulaire soutenu (vous allez apprendre de nouveaux mots), un humour constant et une culture solide en toile de fond. Même s’il déglingue Emerson et Thoreau, j’ai l’impression qu’il châtie bien — car au fond, il les aime profondément (bon, peut-être pas Tesson).</p>
<p>Le livre est accompagné de jolies gravures illustrant les belles citations d’Alain Guyard. Et le tout est publié chez les élégantes éditions <a href="https://www.ledilettante.com/">Le Dilettante</a>.</p>
<p><img src="/images/cabane.jpg" alt="Couverture de Ma cabane sans peine"></p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Joseph Mitchell - Le Fond du port]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2025-06-01T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-06-01T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Il est rare de trouver un auteur capable de restituer, en littérature, le sentiment que procure la <a href="https://www.foo.be/photoblog/posts/les-murmures-de-la-rue/">photographie de rue</a>. Il capture les rues, les bâtiments, les rencontres comme des archives persistantes qui se dévoilent devant nos yeux. Pourtant, il existe un auteur qui pratique sans doute la photographie de rue sans appareil photo : Joseph Mitchell. Journaliste pour The New Yorker, mais surtout infatigable explorateur de New York et de ses environs.</p>
<p>Une fois de plus, ce sont les <a href="https://editions-du-sous-sol.com/">Éditions du Sous-Sol</a> qui nous donnent accès aux écrits de Joseph Mitchell. On les retrouve également chez les <a href="https://www.trente-trois-morceaux.com/">Éditions Trente-trois Morceaux</a>, avec le bien nommé Street Life, qui rassemble ses derniers textes, écrits durant sa difficile période de silence littéraire.</p>
<p>On pourrait penser qu’il est ennuyeux de lire les pérégrinations d’un écrivain un peu perdu dans les rues de New York, mais il n’en est rien. On a plutôt l’impression de marcher à ses côtés, de partager ses errances, comme si l’on se promenait avec un vieil ami<sup id="fnref:1"><a href="#fn:1" class="footnote-ref" role="doc-noteref">1</a></sup>. On sent presque les odeurs de poisson dans Le Fond du port. On est plongé dans ce monde comme un photographe de rue qui dresserait les portraits de vies oubliées. Joseph Mitchell, c’est un anthropologue de la rue.</p>
<p>Si vous êtes, vous aussi, à la recherche de ces petites choses qui construisent nos vies, lire <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_Mitchell">Joseph Mitchell</a>, c’est confirmer que nous ne sommes rien d’autre que la somme de ces détails et qu’au creux de ces petites choses, se cachent parfois des vérités bien plus grandes.</p>
<p><img src="/images/mitchell.jpeg" alt=""></p>
<div class="footnotes" role="doc-endnotes">
<hr>
<ol>
<li id="fn:1">
<p>Une petite note sillonesque pour marquer mon manque chronique de ces parcours photographiques dans les rues de Bruxelles, en compagnie du vieil ami <a href="https://sillon-fictionnel.club/auteurs/#miles-davos">Miles Davos</a>, qui éclaire l’existence dans un monde aux nuances proches du gris de Charleroi.&#160;<a href="#fnref:1" class="footnote-backref" role="doc-backlink">&#x21a9;&#xfe0e;</a></p>
</li>
</ol>
</div>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Cloé du Trèfle - La Lueur]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2025-05-25T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-05-25T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Par un truchement de recherches obscures sur Internet, je tombe littéralement sur le nouvel album <a href="https://cloedutrefle.bandcamp.com/album/la-lueur"><em>La lueur</em></a> de Cloé du Trèfle, publié le 4 avril 2025. J’écoute <em>Électrons libres</em> en premier, dans le train qui m’emmène au travail, et j’entends cette phrase :</p>
<blockquote>
<p>« Pourquoi ce trou noir, vers lequel nous filons dangereusement à toute allure,
est-il si rayonnant ? »</p>
</blockquote>
<p>Cette phrase ne m’a plus quitté de la journée. Pendant quelques heures, j’ai cru qu’elle venait d’un auteur célèbre. Elle m’a obsédé entre deux réunions, certaines aussi pesantes qu’un effondrement gravitationnel, d’autres lumineuses comme une conversation sincère entre collègues. Cette phrase était là, en boucle dans ma tête, me soufflant : <em>Écoute le reste de l’album, couillon!</em></p>
<p>Ce que j’ai fait, dans le train du retour, traversant ma Belgique profonde et campagnarde.</p>
<p>Je dois plus souvent écouter cette petite voix intérieure.</p>
<p>La claque sur cet album : une base de musique électronique faite de bricolages intelligents, mélangeant des sons très années nonante (comme ceux d’une Roland MC-303 ou de synthés modulaires).  Il y a là quelque chose de la techno minimaliste belge, avec une touche ambiante, presque soundscape, imprégnée de nature.</p>
<p>Et le tout devient humaniste avec les textes.</p>
<p>C’est entre la poésie, la lecture à voix haute et l’écriture automatique.
Mais cela fonctionne, cela touche, cela vit. C’est juste. Et surtout, proche de nous.</p>
<p>Il est possible que je sois particulièrement sensible aux influences de l’artiste et à son environnement.</p>
<p>Mais vous pourriez l’être aussi ?  Alors naviguez sur <a href="https://cloedutrefle.bandcamp.com/">son Bandcamp</a> et peut-être vous perdrez-vous, vous aussi, dans ces textes hypnotiques.</p>
<p><img src="/images/cloe-du-trefle.jpg" alt="Couverture de l&rsquo;album &ldquo;La Lueur&rdquo; de Cloé du Trèfle"></p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Deborah Levy et Francois Avril]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2025-05-18T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-05-18T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Lire plusieurs livres en parallèle donne une dimension plus riche à ses lectures. On entend souvent dire qu’il est impossible d’apprécier pleinement un ouvrage lorsqu’on en lit plusieurs à la fois. J’ai l’intime conviction que c’est une idée reçue. Notre monde n’est pas constitué de vases clos. On discute, on échange, on crée des ponts. On construit son univers à travers ses lectures, mais aussi grâce à la manière dont on les assemble.</p>
<p>Je ne sais pas trop pourquoi, mais je me suis retrouvé à lire deux livres en même temps. L’un est un livre graphique de François Avril, accompagné d’un texte de Jean-Luc Coatalem, l’autre un ouvrage de Deborah Levy. Je ne connaissais aucun de ces auteurs. J’ai simplement acheté les deux livres pour des raisons totalement irrationnelles. La couverture du livre graphique était tout simplement belle. Quant à l’autre, j’ai été attiré par la typographie, et le lodiciquarte portait une belle citation : « De tous les arts, l’art de vivre est sans doute le plus important. »</p>
<p>D’une part, le livre Trait de Côte est un ouvrage graphique rassemblant plus de 80 œuvres réalisées en techniques mixtes (peinture, dessin, encre de Chine, acrylique…). Il représente la mer et le littoral avec une forte influence bretonne. Les paysages, assez minimalistes, invitent à rêver, à se perdre dans ses pensées. En particulier, la série Isolated House met en scène ces maisons isolées sur le rivage, dont une lueur émane, suggérant la présence d’une vie à l’intérieur de ces demeures silencieuses.</p>
<p>Le texte évoque Lesley Blanch, qui parlait de « ce paysage secret auquel nous aspirons ». Et c’est vrai, qui n’a jamais rêvé d’une maison au bord de la mer, pour y travailler, rêvasser ou simplement dormir ? C’est là que je me suis rendu compte que le livre de Deborah Levy, État des lieux, une œuvre autobiographique, parle justement de sa vie, mais surtout de ses lieux d’écriture, et de cette maison fantôme, imaginée, idéalisée dés le début du livre.</p>
<p>Les choses sont parfois étonnamment bien connectées. Les deux éditeurs eux-mêmes semblent participer à cette résonance : Les Éditions du Sous-Sol (dont le nom évoque déjà un lieu) publient Deborah Levy, tandis que François Avril est édité par Locus Solus, une expression latine qui signifie « lieu solitaire ».</p>
<p>Le Sillon ne serait-il pas, lui aussi, un lieu de vie, de travail, d’imaginaire, un espace où l’on se sent bien, où l’on cultive un certain art de vivre ? Il nous reste la lecture pour entretenir cet art qui nous réchauffe, comme cette maison au bord de la mer, éclairée d’une lueur dans une bibliothèque cosy.</p>
<hr>
<ul>
<li>État des lieux, Deborah Levy, Trad. Céline Leroy, Ed. <a href="https://editions-du-sous-sol.com/">Editions du Sous-sol</a></li>
<li>Trait de côte - Images de François Avril, Jean-Luc Coatalem (textes), Ed. <a href="https://www.locus-solus.fr/">Locus Solus</a></li>
</ul>
<p><img src="/images/levy-avril.jpeg" alt="Couvertures de Trait de Côte, Francois Avril et Etat des lieux, Deborah Levy"></p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Martha Cooper]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2025-05-11T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-05-11T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>On dit qu’il ne faut jamais rencontrer ses héros, sous peine d’être déçu. Franchement, je ne sais pas quel imbécile a pondu cette énormité. Je viens d’en avoir la preuve : c’est une belle connerie.</p>
<p>Arrivée à Paris pour visiter une foire de street art au Carreau du Temple, je pousse la porte d’entrée… et là, assise tranquillement à une table, qui est-ce que je vois ? Martha Cooper. Oui, LA Martha Cooper. Quand on possède tous ses livres sur le street art, impossible de ne pas la reconnaître.</p>
<p>Pour ceux qui ne la connaissent pas, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Martha_Cooper">Martha Cooper</a> photographie le graffiti et sa communauté depuis les années 70. Sans elle, il serait impossible de retracer l’histoire du street art.
En 1984, elle co-publie avec Henry Chalfant le livre Subway Art, une compilation emblématique de photographies de graffitis sur les rames du métro new-yorkais.</p>
<p>Grâce à son bagage d’anthropologue, elle réalise un véritable travail d’archivage photographique des communautés de graffeurs, ou writers. Elle s’est intéressée à un mouvement que peu comprenaient à l’époque, et sa persévérance a fait de son œuvre un véritable travail d’historienne de l’art.</p>
<p>Du haut de ses 82 ans, j’avais l’impression de parler à la jeune femme que je voyais dans les livres : une photojournaliste curieuse et brillante, qui avait tout compris de cette communauté en devenir. Oui, on peut rencontrer ses héros et confirmer que la personne et son travail ne font qu’un.</p>
<p>Pour ceux qui veulent découvrir, mais aussi admirer, son œuvre, voici quelques références :</p>
<ul>
<li><a href="https://urban-nation.com/artist/martha-cooper/">Biography, Martha Cooper</a></li>
<li><a href="https://inv.nadeko.net/watch?v=vC3-MGnCGjA">Video: Martha Cooper: Art and Everyday Life</a></li>
<li><a href="https://inv.nadeko.net/watch?v=xz1JqCiDpVo">Video: Martha Cooper Interview Subway Art 1984 Graffiti</a></li>
<li><a href="https://inv.nadeko.net/watch?v=a-RSfH-S3-w">Video: Graffiti Photography Henry Chalfant &amp; Martha Cooper “Subway Art” Documentary</a></li>
</ul>
<p><img src="/images/martha-cooper.jpeg" alt="Signed book - The Outtakes, Martha Cooper"></p>
<hr>
<p>Martha Cooper Limited Edition &ldquo;Spray Nation Box Set&rdquo;, 175.95 EUR.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Fantasy]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2025-05-05T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-05-05T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>On raconte que les vainqueurs, écrasant la voix de ceux qui ont perdu, écrivent l’Histoire, celle avec un grand H. Un H nettement plus grand que celui, rachitique, <a href="https://sillon-fictionnel.club/post/innommable-h/">de l’innommable</a>.</p>
<p>Comment réagiriez-vous si quelqu’un vous proposait de voir les faits, les approximations, les contre-vérités et les fables sous deux perspectives différentes ?</p>
<p>C’est là le tour de force, l’exploit réussi haut la main par Yoann Kavege, l’auteur de “Fantasy”, une des meilleures bandes dessinées que j’ai lues ces dernières années.</p>
<p>Certes, ce n’est pas un essai ni le fruit d’une étude scientifique rigoureuse. « Fantasy » est une pure œuvre de fiction. Mais son propos — aux antipodes de toute fantaisie — devrait nous donner à réfléchir à une époque où les faits alternatifs pullulent, au risque de fracturer encore plus nos sociétés et créer des dissensions profondes dont notre espèce aura beaucoup de mal à se remettre. Si elle y survit.</p>
<p>L’intrigue se déroule, en deux temps, sur une planète similaire à la nôtre.</p>
<p>Ses deux lunes, sa faune et sa flore distinctes ne devraient pas vous déconcerter. Contrairement aux dieux qui sont bien présents, et pas seulement dans nos têtes. Des dieux que les humains vénéraient et couvraient d’offrandes, avant qu’un fossé infranchissable ne se creuse entre admirés et admirateurs.</p>
<p>Dans la première histoire, nous suivons Alma, princesse du royaume de Nuhr-La.</p>
<p>Alma, guerrière redoutable, est chargée par sa mère, la Reine, de s’aventurer dans des terres sacrées interdites aux humains pour laver un ancestral affront commis par les divinités contre l’humanité.</p>
<p>Après avoir traversé plusieurs épreuves, Alma atteint finalement sa destination. Et c’est par un hasard inespéré qu’elle établit le contact avec Yourcenar, une déesse progressiste et sensible. Arriveront-elles à passer outre les profondes dissensions de leurs communautés respectives ?</p>
<p>Dans la seconde histoire, nous emboîtons le pas à Yourcenar. Nous découvrons les dieux, leur société et sa structure, et comprenons au fil des pages comment leurs relations avec les humains se sont développées avant de s’envenimer.</p>
<p>Cette deuxième perspective, subtile et nuancée, nous enseigne l’importance de ne pas se hâter à porter des jugements, de privilégier le dialogue et la mesure dans tous les aspects de la vie.</p>
<p>En cousant un écrin imaginaire magnifiquement dessiné et coloré, Yoann m’a offert un excellent moment de lecture et de réflexion.</p>
<p>Je ne vais pas y aller de main morte : il faudrait que tout le monde lise « Fantasy » et s’y plonge entièrement, en mettant de côté toutes ses autres préoccupations.</p>
<p>À mon avis, cela serait bien plus efficace pour réveiller nos consciences que les articles qui s’enchaînent à longueur de journée dans les médias majeurs ou de frange, au point où on ne sait plus où donner de la tête, multipliant les passes d’armes par réseaux tout sauf sociaux interposés.</p>
<p><em>Make and Appreciate Art. Not War.</em></p>
<p><img src="/images/fantasy.jpeg" alt="Couverture de Fantasy, Yoann Kavege. Bubble éditions"></p>
<p>—
<a href="https://www.bubble-editions.com/fantasy">Fantasy</a>. Yoann Kavege. Bubble éditions. 29,90€.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Dai Dark]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2025-05-01T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-05-01T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Q Hayashida est le pseudonyme d’une mystérieuse autrice de mangas japonaise, qui protège ardemment sa vie privée. D’après la <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Q_Hayashida">page Wikipédia</a> qui lui est consacrée, on sait très peu de choses d’elle. Outre sa date et son lieu de naissance (1977 à Tokyo), on peut y lire qu’elle a étudié à l’Université des arts de Tokyo et que « Sofa-Chan », son premier manga, parut en 1998.</p>
<p>Toutefois, son nom devrait dire quelque chose à tout fan de manga qui se respecte.</p>
<p>« Dorohedoro », une série d’une violence inouïe, où le burlesque tient la dragée haute au grotesque, a connu un grand succès. Publiée au Japon entre 2000 et 2014, elle est venue frapper l’Hexagone à toute berzingue, comme un corps céleste. Un succès tel qu’elle est en cours de réédition sous un format luxueux, dénommé <em>Chaos Edition</em> par Soleil Manga, l’éditeur français de l’autrice. Par ailleurs, une partie de la série a fait l’objet d’une adaptation télévisée sous forme d’<em>anime</em> (diffusée dans nos contrées européennes par Netflix). Une suite est en cours de préparation.</p>
<p>Voici un peu plus de trois ans, Soleil Manga a publié le premier tome d’une nouvelle série de Q Hayashida : « Dai Dark ». On y retrouve pas mal d’ingrédients ayant contribué au succès de « Dorohedoro ». La violence et le gore demeurent toujours présents (âmes sensibles, abstenez-vous !), le trait admirable de l’autrice, que j’affectionne grandement, aussi. L’absurde ? Oui, totalement. Le grotesque ? Certes. Et une bonne dose d’humour aussi. Je n’ai pas pu m’empêcher de sourire, voire de rire aux éclats de nombreuses fois durant la lecture des huit tomes actuellement parus.</p>
<p>De quoi s’agit-il donc ?</p>
<p>Nous suivons les aventures cocasses de Sanko Zaha, un adolescent un peu tête en l’air, à travers l’espace infini. Il se dit que ses os permettent d’exaucer tous les vœux. Vous ne serez alors pas surpris d’apprendre que chacun ou presque dans l’univers « Dai Dark » espère mettre la main sur le pauvre Sanko afin de le dépecer.</p>
<p>Et comme si cela n’était pas suffisant, Lighthead, une organisation maléfique dotée de moyens colossaux, pourchasse sans relâche Sanko, qualifié de fléau. Heureusement, il peut compter sur sa force, ainsi que sur ses amis. Parmi eux, on compte Avakian, son sakadoh des ténèbres (oui, c’est un sac à dos, mais du genre spécial), Death Delamort, une amie d’enfance de Sanko qui semble posséder des pouvoirs illimités, mais qui n’en fait qu’à sa tête, même dans les moments les plus critiques, et Tocard Primus, un être énigmatique qui peut se régénérer à l’article de la mort. Ce dernier peut aussi compter sur l’aide de Cognhard, sa fidèle armure à la résistance exceptionnelle.</p>
<p>Bien qu’ils ne soient pas de fins stratèges, ayant plutôt tendance à foncer tête baissée, même dans les pièges les plus évidents, et à réfléchir après, la bande à Sanko arrive à s’en sortir tant bien que mal, bataille après bataille.</p>
<p>La série alterne le présent, où Sanko a 14 ans, et le passé, où on le retrouve à différents âges de l’enfance, suivant ses pérégrinations, sa progression, et ses rencontres avec des personnages hauts en couleur et souvent peu ragoûtants.</p>
<p>Q Hayashida réussit pour l’instant à maintenir un univers riche et très cohérent (enfin, cohérent dans son absurdité et ses propriétés physiques pour le moins surprenantes). La folie, que je ne qualifierais pas vraiment de douce, et la créativité complètement déjantée qui sous-tendent la série, le soin apporté aux personnages principaux et au mystère qui les entoure, soulevé ici et là délicatement, sans oublier le dessin (je le répète : j’adore !) m’accrochent fort bien, à tel point que je guette, tel l’enfant que je ne suis plus (quoique…), la sortie de chaque nouveau tome.</p>
<p>Si vous aimez le foutraque, la <em>dark fantasy</em>, le gore et l’humour en veux-tu en voilà, embarquez vite avec Sanko, Avakian, Death Delamort, Tocard Primus et Cognhard. Vos zygomatiques vous en remercieront, surtout en ces temps tristes et crispants.</p>
<p><img src="/images/dai-dark-tome8.jpg" alt="Couverture de Dai Dark Tome 8, Q Hayashida. Soleil Manga"></p>
<p>—
<a href="https://www.editions-soleil.fr/series/serie-dai-dark">Dai Dark (série)</a>. Q Hayashida. Soleil Manga (éditions Soleil). 8 tomes parus. 12,99€ le tome.</p>
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            <title type="html"><![CDATA[Hedra]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2025-05-01T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-05-01T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Jesse Lonergan, dessinateur de l’excellent « Arca ou la nouvelle Éden » — objet d’une <a href="https://sillon-fictionnel.club/post/arca-nouvelle_eden/">chronique au Sillon</a> — est l’auteur de « Hedra », second ovni graphique publié en avril 2025 par Les Humanoïdes Associés ; le premier étant <a href="https://sillon-fictionnel.club/post/cometa/">« Cometa » d’Elie Huault</a>.</p>
<p>Tout d’abord publiée sous forme de journal, cette bande dessinée muette est sortie en 2020 chez Image Comics, de l’autre côté de l’Atlantique. Cinq ans plus tard, elle est maintenant disponible dans une édition luxueuse grand format entre nos mains sillonneuses.</p>
<p>La Terre, notre planète, se meurt. Nos ressources viennent à cruellement manquer. Notre agriculture s’effondre. Notre survie dépend d’une spationaute, envoyée aux confins de l’univers, à la recherche de la solution miracle qui nous sauvera toutes et tous.</p>
<p>Dans sa quête, elle croise la route d’une espèce extra-terrestre belliqueuse. Pourchasée, elle arrive à échapper à ses représentants <em>in extremis</em>. Peu de temps après, ces derniers s’en prennent à un être aux capacités très étranges, arrivé par coïncidence quasiment au même moment qu’elle.</p>
<p>La Terrienne n’hésite pas un instant à lui porter secours, malgré le grand danger qu’elle encourt. En retour de cet acte de bravoure, dont nous autres humains sommes parfois capables, elle reçoit un don inestimable.</p>
<p>Avec « Hedra », Jesse Lonergan réussit un joli tour de force. L’absence de paroles ne nuit pas à la compréhension. C’est même tout le contraire. En faisant fi de mots et autres palabres, les remplaçant par un graphisme très réussi et une utilisation sensible de lignes, de courbes, et de morcellements, Jesse nous invite à rêver — chose trop rare de nos jours — et à garder espoir.</p>
<p><img src="/images/hedra.jpeg" alt="Couverture de Hedra, Jesse Lonergan. Les Humanoïdes Associés"></p>
<p>—
<a href="https://www.humano.com/album/38089">Hedra</a>. Jesse Lonergan. Les Humanoïdes Associés. 19,95 €.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Les salamandres]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2025-04-21T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-04-21T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Futur indéterminé qui fleure bon la dystopie. Nous sommes dans le secteur 14. La Société est partout. Elle observe vos faits et vos gestes. Elle vous protège, du moins c’est ce qu’elle prétend. À la moindre incartade, vous êtes susceptibles d’être rappelés à l’ordre.</p>
<p>Graham est boucher. Du moins il le fut. Et la viande, il aime ça. Tellement qu’il en mange, malgré l’interdiction imposée par La Société. Il se croit malin Graham, mais il oublie que La Société voit tout, sait tout.</p>
<p>Le voilà qui se met à espérer devenir conducteur de Speed-V. Il veut faire des économies Graham, pour décrocher l’assentiment de La Société nécessaire pour avoir un enfant avec son épouse.</p>
<p>Mais La Société a une proposition à lui faire. Le genre de propositions qu’on ne peut refuser. Car nul ne dit non à La Société.</p>
<p>« Les salamandres » est une bande dessinée parue chez Drakoo début 2025.</p>
<p>Le dessin est simpliste, mais agréable. La mise en couleur est comme il faut. Le scénario, éculé, n’en reste pas moins assez délectable. On y retrouve un mélange de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/1984_(roman)">1984</a> (la société panoptique), de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/District_9">District 9</a> (un virus transforme une partie de la population en salamandres, en faisant des citoyens de seconde zone vivant dans des ghettos), de critique du capitalisme de divertissement destiné à endormir les consciences (un clin d’œil à <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Amusing_Ourselves_to_Death">Neil Postman</a> ?), et une incitation à la rébellion contre l’ordre antidémocratique établi.</p>
<p>« Les salamandres » a bien des ingrédients pour me plaire. Pourtant, il lui manque un petit quelque chose. Un peu comme si les auteurs avaient oublié de mettre la bonne dose d’épices dans un tajine qu’ils n’avaient pas assez laissé mijoter sur le <em>kanoun</em><sup id="fnref:1"><a href="#fn:1" class="footnote-ref" role="doc-noteref">1</a></sup>.</p>
<p>Ça se mange, mais on a connu meilleur.</p>
<p><img src="/images/les-salamandres.jpeg" alt="Couverture de « Les salamandres », Julien Frey et Adrián Huelva, Drakoo"></p>
<p>—
<a href="https://www.drakoo.fr/bd/drakoo/salamandres_les/les_salamandres_-_histoire_complete/9782382331941">Les salamandres</a>. Julien Frey, Adrián Huelva. Drakoo. 19,90€.</p>
<div class="footnotes" role="doc-endnotes">
<hr>
<ol>
<li id="fn:1">
<p>Un brasero si vous préférez.&#160;<a href="#fnref:1" class="footnote-backref" role="doc-backlink">&#x21a9;&#xfe0e;</a></p>
</li>
</ol>
</div>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Synthétique & toxique]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2025-04-21T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-04-21T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>J’aurais pu passer à côté sans le voir, timidement juché sur le comptoir de la librairie, parmi d’autres petits ouvrages que l’on met à la périphérie de nos yeux, juste avant de passer en caisse, comme les chewing-gums au supermarché. Sait-on jamais, vous pourriez craquer et dépenser un peu plus de sous, même si vos mains, du moins les miennes, sont déjà bien chargées de bandes dessinées.</p>
<p>Je ne sais pas ce qui m’a attiré en lui. Peut-être ses couleurs pastel, qui détonnaient parmi les couvertures aguicheuses des capteurs d’attention, celles qui vous disent haut et fort « Prenez-moi ! Achetez-moi ! Ne m’abandonnez pas ! ». Peut-être le joli, doux dessin dont il se drapait, un dessin qui détonnait avec son titre, « Synthétique &amp; toxique ».</p>
<p>Quelque soit la raison, je m’en suis saisi sans même le feuilleter, je l’ai ajouté à la pile déjà importante de mes acquisitions, j’ai réglé le tout et <em>off we go</em>.</p>
<p>Quelque chose en moi sentait que j’allais passer un très agréable moment de lecture en compagnie de Chien Fou, l’autrice, et de ses illustrations. Je ne me trompai pas.</p>
<p>Bien que Chien Fou — une des trois fondatrices de La Fourmi Éditions qui publie cet ouvrage — le qualifie de « roman graphique », terme qui a le chic de m’horripiler au plus haut point,<sup id="fnref:1"><a href="#fn:1" class="footnote-ref" role="doc-noteref">1</a></sup> je passe outre, tellement ses dessins sont beaux et les quelques mots dont elle les habille fort à propos.</p>
<p>Prenez cette phrase page 63 : « Souvent je m’interroge sur ce besoin inhérent à l’être humain de chercher des promesses d’éternité ». Tout un monde, nos existences, nos quêtes, nos moteurs, saisis de si élégante façon, synthétique au possible.</p>
<p>« Synthétique &amp; toxique » est une bulle, suspendue hors du temps, dans laquelle on plonge, happées par les émotions, l’intensité qui la parcourent. On s’y sent bien par la grâce des traits doux et réconfortants de l’autrice, malgré le traumatisme originel vécu par le personnage principal et les infrangibles fruits d’insécurité et de doute qu’il va faire pousser dans sa psyché.</p>
<p>« Synthétique &amp; toxique » est poétique et magnétique.</p>
<p><img src="/images/synthetique-et-toxique.jpeg" alt="Couverture de « Synthétique &amp; toxique », Chien Fou, La Fourmi Éditions"></p>
<p>—
<a href="https://lafourmieditions.fr/produit/synthetique-toxique-livre-seul/">Synthétique &amp; toxique</a>. Chien Fou. La Fourmi Éditions. 18€.</p>
<div class="footnotes" role="doc-endnotes">
<hr>
<ol>
<li id="fn:1">
<p>« Roman graphique » n’est plus ni moins qu’un synonyme de « bande dessinée ». La différence est qu’il cherche à enjoliver un terme bien établi d’un superflu et inutile raffinement, dans le but de vous faire payer plus cher et de lui donner une apparence d’intellectualisme. Il n’y a pas de honte à dire et à lire « une bande dessinée », tout comme il n’y a pas de honte à appeler un chat un chat.&#160;<a href="#fnref:1" class="footnote-backref" role="doc-backlink">&#x21a9;&#xfe0e;</a></p>
</li>
</ol>
</div>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[La Sous-Bois]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2025-04-20T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-04-20T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Omes, fames qui acompagnez nos explorations de ce merveilleus <a href="https://sillon-fictionnel.club/">Sillon fictionnel</a>, pénétrant avec nous sans nule ésitation ses riches et fertiles tères litéraires, loin de la morosité et du cromo ambiant. Je vous sens interdit.</p>
<p>Quelque chose vous gêne. Vous vous sentez une poussée d&rsquo;urticaire à me lire aujourd&rsquo;ui. Peut-être vous demandez vous quèle erbe ai-je bien pu fumer pour comètre tant de fautes d&rsquo;ortografe ?</p>
<p>Ne partez pas s&rsquo;il vous plait. Vous vérez. Tout s&rsquo;expliquera. Un peu de patience. C&rsquo;est tout ce que je vous demande. Vous risquez même d&rsquo;aprendre un truc ou deus.</p>
<p>Je fus come vous. Je me croyais gardien de cète langue que nous chérissons toutes et tous. Un vaillant pourfendeur des abérations et autres impropriétés qui tavellent textes et écrits.</p>
<p>Mais à quoi bon apeler une langue vivante si nous tenons tant à la figer ? La vie n&rsquo;est-èle pas conditionée par le mouvement, le changement, l&rsquo;évolution ?</p>
<p>Vous me lisez depuis six paragrafes. Même si mes fautes vous iritent, un peu, beaucoup, sinon passionément, vous arivez à me lire sans problème aucun. Vous y trouvez même peut-être, sans trop vous l&rsquo;avouer, un certain plaisir. Votre cerveau n’est pas entravé par des éforts de mémoire pour se rapeler de tèles exceptions à la règle, ou pour ignorer des lètres muètes. Alors il cavale le long des lignes tel un fougueus cheval à qui l’on aurait rendu sa liberté.</p>
<p>Ce que vous avez devant les ieus ne constitue pas une ignominie, et encore moins un signe précurseur de ma sénilité à venir. Ce que vous lisez est tout simplement écrit en ortografe rationalisée. Proposée voici bien des anées par l&rsquo;association Érofa (<a href="https://www.erofa.org/qui-sommes-nous/">Études pour une Rationalisation de l&rsquo;Orthographe Française d&rsquo;Aujourd&rsquo;hui</a>), cète ortografe vise à rationaliser, mais aussi à simplifier l&rsquo;écriture et la compréension de notre bèle langue, si vivante.</p>
<p>C&rsquo;est en lisant « La Sous-Bois » de Christophe Ségas que j&rsquo;ai découvert cète ortografe et l&rsquo;existence de l&rsquo;association qui en est à l&rsquo;origine. Tout le livre est écrit en ortografe rationalisée. Pour cela, l&rsquo;auteur a utilisé l&rsquo;<a href="https://orthographe-rationnelle.info/">outil de conversion mis en ligne</a> par Valentin Gatien-Baron, membre de l&rsquo;association. Le même qui a servi à convertir le présent texte.<sup id="fnref:1"><a href="#fn:1" class="footnote-ref" role="doc-noteref">1</a></sup></p>
<p>Au début de ma lecture, je me suis senti désarçoné. Le vieus con en moi, en indigne noble du <a href="https://sillon-fictionnel.club/auteurs/">Sillon</a>, se croyant sachant, pour ne pas dire cacique à deus bales, a voulu prendre le dessus. Manifester son iritation. Crier à la lèse-majesté. Apeler à l&rsquo;autodafé d&rsquo;un aussi bon livre, d&rsquo;un aussi suculent ouvrage, à l&rsquo;édition très soignée. J&rsquo;en profite d&rsquo;ailleurs pour tirer mon chapeau bien bas à l&rsquo;auteur, à Guillaume Mélère - la seule tête qui sillone les merveilleus Monts Métalifères - ainsi qu&rsquo;à Renaud Buénerd. Messieurs, vous nous gratifiez là d&rsquo;un travail d&rsquo;orfèvre.</p>
<p>Certes, la bèle langue est religion. La seule qui vaille d&rsquo;ailleurs au <a href="https://sillon-fictionnel.club/apropos/">Sillon</a>. Mais nous qui aimons tant être surpris. Nous qui aprécions tant en découvrir de nouvèles ramifications et autres branches, nous voilà bien servis.</p>
<p>Qu&rsquo;est-ce donc « La Sous-Bois » ? C’est une machine à écrire (le nom vient de la marque <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Underwood_(machine_%C3%A0_%C3%A9crire)">Underwood</a>), vestige de notre monde dans un Moyen-Âge futur, où l’écriture a failli disparaitre à jamais. Seuls quelques scribes savent encore lire et écrire et peuvent s&rsquo;en servir pour coucher sur papier les actes héroïques, sinon le quotidien des maitres de guère et autres seigneurs qui règnent sur un monde où l&rsquo;organisation tribale domine.</p>
<p>L&rsquo;istoire se situe en l&rsquo;an 380 après Reset, un évènement que l&rsquo;on supose cataclismique, mais qui restera mistérieus tout le long des 220 pages de ce beau roman. L&rsquo;avant Reset, dénomé Istoire-Jadis, est peu conu. Ses traces, au-delà des nombreuses abérations climatiques et génétiques qu&rsquo;il a laissées en éritage, rares.</p>
<p>Perceval est l&rsquo;un de ces scribes. Acheté par Igriega, chef de guère, il lui incombe de consigner le quotidien de la caravane dirigée par ce dernier. La République, la seule qui subsisterait dit-on, a confié à cèle-ci la tâche d’aler quérir d’anciènes semences au-delà des limites des téritoires conus pour mètre fin à la famine qui se répand.</p>
<p>Come vous l&rsquo;aurez saisi, j&rsquo;ai adoré « La Sous-Bois ». Et si le <a href="https://sillon-fictionnel.club/">Sillon</a> disposait d’un pris, en jury monocéphale autoproclamé, je l&rsquo;aurais triplement décerné. À l&rsquo;auteur, à l&rsquo;éditeur, et à l&rsquo;association Érofa. En toute subjectivité sillonesque, cela va de soi.</p>
<p><img src="/images/la-sous-bois.jpeg" alt="Couverture de « La Sous-Bois », Christophe Ségas, Éditions Monts Métallifères"></p>
<p>—
<a href="https://monts-metalliferes.com/la-sous-bois">La Sous-Bois</a>. Christophe Ségas. Monts Métallifères. 17€.</p>
<div class="footnotes" role="doc-endnotes">
<hr>
<ol>
<li id="fn:1">
<p>Veuillez noter que l&rsquo;orthographe rationalisée ne change pas le mot « femme ». Or, dans le livre, « femme » est écrit « fame ». Je n&rsquo;ai pas d&rsquo;explication à cela. Toutefois, pour respecter le choix de l&rsquo;auteur et de son éditeur, j&rsquo;ai changé « femmes » en « fames » au début de ce texte.&#160;<a href="#fnref:1" class="footnote-backref" role="doc-backlink">&#x21a9;&#xfe0e;</a></p>
</li>
</ol>
</div>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Les papillons ne meurent pas de vieillesse]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2025-04-18T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-04-18T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Je me souviens de la première fois où j’ai découvert « Le tueur » de Matz, il y a plusieurs années de cela.</p>
<p>J’avais été captivé par la qualité du scénario du premier tome, si bien écrit et si efficace que j’ai immédiatement emprunté tous les autres volumes à la bibliothèque et les ai dévorés d’une traite ou presque.</p>
<p>Plus tard, j’ai découvert, un peu tardivement, le style graphique unique et saisissant de Frédéric Bézian, associé au talent narratif de Noël Simsolo, dans leur superbe série « Docteur Radar ».</p>
<p>Voici quelques jours, Matz et Bézian ont publié « Les papillons ne meurent pas de vieillesse », une captivante épopée au cœur de l’Amazonie.</p>
<p>Nous suivons Camille Simon, un entomologiste éminent, et sa cousine Géraldine, qui se joignent à Candido sur place pour chercher un papillon qu’on croyait disparu depuis longtemps. Candido a découvert un spécimen égaré bien loin de son habitat naturel.</p>
<p>Cela devrait toutefois être impossible. Les couleurs des papillons variant selon leur contexte géographique, comment peuvent-ils se déplacer si loin de leur biotope d’origine en conservant leurs caractéristiques ?</p>
<p>S’ensuit alors une chasse désespérée pour retrouver le Parides Ascanius Nolentus, avec en toile de fond du crowdfunding, des incendies qui ravagent la forêt, des Indiens poursuivis et déplacés de force, s’ils ne sont pas tués, ainsi qu’un capitalisme court-termiste effréné qui écrase tout sur son passage, sans aucune considération pour nos lendemains.</p>
<p>Malgré une légère baisse de régime vers la fin, cette histoire est captivante, grâce au talent artistique exceptionnel de Bézian, dont les illustrations en noir et blanc, principalement, sont tout simplement remarquables. Les papillons, tels de nos rêves les plus chers et de notre avenir incertain, sont les seuls éléments colorés de cette bande dessinée.</p>
<p>Tels nos rêves et notre avenir, les papillons meurent de nos propres mains, et non de vieillesse, tant que nous persistons dans nos errements.</p>
<p><img src="/images/les-papillons-nmpdv.jpeg" alt="Couverture de &ldquo;Les papillons ne meurent pas de vieillesse&rdquo;, Matz, Frédéric Bézian. Casterman"></p>
<p>—
<a href="https://www.casterman.com/Bande-dessinee/Catalogue/les-papillons-ne-meurent-pas-de-vieillesse/9782203237827">Les papillons ne meurent pas de vieillesse</a>. Matz, Frédéric Bézian. Casterman. 24 €.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Cometa]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2025-04-13T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-04-13T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Je viens de poser Cometa d’Elie Huault, après l’avoir lu pour la seconde fois en moins d’une heure, tellement l’univers représenté dans cet ovni graphique — qualificatif donné à cet ouvrage par Métal Hurlant et qui lui sied à merveille — m’a fasciné.</p>
<p>Je m’apprête à le savourer pour la troisième fois. Mais avant cela, je voulais vous en toucher quelques mots, afin de vous encourager à l’acheter, si vous aimez Mœbius, Druillet et la SF de leur époque bénie.</p>
<p>Dès la première page de Cometa, j’ai senti le profond respect que l’auteur a pour ses illustres prédécesseurs. Ce sentiment ne m’a point quitté jusqu’à la fin.</p>
<p>Le rétromodernisme et l’archéofuturisme qui sous-tendent ce beau et poétique récit muet font remonter par vagues une agréable nostalgie. Je me vois, jeune buveur d’encre, me délectant des œuvres des géants précités et de celles d’Enki Bilal.</p>
<p>On y voit un spationaute dépêché sur une étrange et lointaine planète pour récupérer une balise et les données qu’elle contient. Vêtu d’un morpho-suit, une tenue spatiale qui s’adapte à l’environnement dans lequel évolue son porteur, et muni d’autres technologies dernier cri, il se dirige vers son objectif. Les éléments autour de lui ne cessent de muter.</p>
<p>Après avoir enfin découvert la précieuse balise, il s’apprête à repartir, mais la planète semble déterminée à l’en empêcher…</p>
<p>Au-delà du bel hommage, Elie nous donne là une belle matière à nourrir l’imaginaire, suscitant plus de questions qu’il n’apporte de réponses.</p>
<p><img src="/images/cometa.jpeg" alt="Couverture de Cometa, Elie Huault. Les Humanoïdes Associés"></p>
<p>—
<a href="https://www.humano.com/album/37902">Cometa</a>. Elie Huault. Les Humanoïdes Associés. 19,95 €.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Lire !]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2025-04-06T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-04-06T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Dans le Sillon, le lecteur est sans doute l’élément par excellence qui rassemble tout le monde. Il est seul dans un monde agité. Il se concentre. Il est dans sa lecture. Son monde. Quand on croise un lecteur dans l’espace public, on se retrouve sans un mot. On fait partie de la même famille, même si le lecteur lit <a href="/post/innommable-h/">l’innommable H</a>.</p>
<p>Le lecteur a cette autonomie de sortir du chaos. Il devient le point central. On peut le voir lorsque l’on photographie des lecteurs dans la rue ou dans les lieux publics. C’est ce que fait <a href="https://www.olivier-lebrun.com/">Olivier Le Brun</a> depuis des années, de 1982 à 2022, et qui est rassemblé dans le livre avec l’injonction « LIRE ! ». Ce n’est pas une monographie de son travail, mais plutôt une approche monomaniaque pour capturer l’essence des lecteurs. C’est un livre simple, avec quelques textes d’Isabelle Bremond, Gauthier de Villers, Violaine de Villers, Nicole Legrand, Nadine Plateau, Anne-Marie van den Branden et Bernard Villers.</p>
<p>Tout cela dans une édition couchée et publiée par l’éditeur belge « <a href="https://www.esperluete.be/">Esperluète éditions</a> » pour la somme modique de 28 balles. C’est moins d’un euro par lecteur, ce n’est plus de la promotion, mais des prix cassés pour des instants de liberté culturelle.</p>
<p><img src="/images/lebrun.jpg" alt="LIRE ! Olivier Le Brun"></p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Thomas E. Florin, Autodafé, Comment les livres ont gâché ma vie]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2025-03-30T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-03-30T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Une fois de plus, ma sélection de lecture n’est pas rationnelle. Si je vois un titre comme <strong>“Autodafé, comment les livres ont gâché ma vie”</strong> dans une librairie, mon sang ne fait qu’un tour. Autodafé, putain de merde, il va falloir se mettre en branle et réagir.</p>
<p>Après cette première réaction, ma raison reprend le dessus. Je soupèse le livre et le retourne pour lire la quatrième de couverture. On peut y lire un truc du genre : <strong>“C’est normal, je me suis mis à les haïr&hellip; Autodafé est son premier livre publié.”</strong></p>
<p>Cette phrase finale, “premier livre publié”, c’est une sorte de paradoxe de l’édition. S’il n’est pas encore publié, c’est un manuscrit, non ? Donc pas encore vraiment un livre. Ou alors le livre existe avant même d’être édité ? Bref, mon cerveau tournait à 100 à l’heure.</p>
<p>J’ai foncé vers la caisse pour scanner mon petit bout de plastique. 10 balles pour 96 pages. Donc cette énigme littéraire est plus que raisonnable. Je glisse le bouquin dans ma poche, oui, une taille pratique et efficace pour les lecteurs en vadrouille.</p>
<p>Ma divagation dans cette chronique n’est pas due à une consommation excessive de thé, mais plutôt à cette question : comment faire une chronique de cette lecture ?</p>
<p>Il semble que l’auteur, Thomas E. Florin, a écrit ce livre sur son iPhone pendant un voyage en train (en France, ils disent “Transilien”, chez nous en Belgique, c’est juste un bête train). Ce livre est un peu tout à la fois, mais surtout une ode absurde à l’écriture et à la création artistique dans les banalités du quotidien. L’écriture est efficace. L’auteur ne divague pas, il va droit au but, et c’est rempli de perles comme :</p>
<ul>
<li>
<p><em>“La vérité c’est que tous les écrivains sont des losers. S’ils passent autant de temps chez eux, c’est qu’ils n’ont pas le choix.”</em></p>
</li>
<li>
<p><em>“C’est toujours ce que fait l’humain quand il veut éradiquer quelque chose: il s’en prend aux enfants.”</em></p>
</li>
</ul>
<p>Le livre se termine sur des listes de livres trouvés, et même sur une liste d’œuvres du même auteur… alors qu’il n’a publié qu’un seul bouquin. J’ai aimé, vraiment. L’auteur est peut-être complètement mythomane&hellip; mais n’est-ce pas justement ce qu’on cherche dans la littérature ? Cette dose de chaos qui transforme nos vies en un beau bordel, et l’art qui nous permet de survivre à la banalité.</p>
<p>Donc ouais, achetez ce petit livre à 10 euros. Ça aidera peut-être l’auteur à finir ses autres délires, et à rendre tout ce bordel encore plus artistique.</p>
<p><img src="/images/autodafe.jpeg" alt="Thomas E. Florin, Autodafé"></p>
<p>&ndash;
Thomas E. Florin &ldquo;Autodafé: comment les livres ont gâché ma vie&rdquo;, <a href="https://le-gospel.fr/">Le Gospel</a> (un éditeur mais aussi un magazine), 10 EUR.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[ Max Cooper - 3D/AV Live]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2025-03-15T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-03-15T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p><a href="https://maxcooper.net/">Max Cooper</a> est bien plus que ce que je pensais. C&rsquo;est un artiste-chercheur qui expose ses chemins, ses erreurs et ses errements. On n&rsquo;est pas censé aimer tout dans son répertoire, mais c&rsquo;est précisément là que réside sa cohérence. De prime abord, on ne percevrait pas forcément cette approche dans son travail, et pourtant, il s&rsquo;agit bien d&rsquo;une quête de recherche infinie. Une volonté de comprendre et de visualiser ce qui nous entoure, mais surtout ce qui se passe dans l&rsquo;esprit de Max Cooper. Son œuvre est une introspection. On la perçoit, on la ressent, et on l&rsquo;apprécie d&rsquo;autant plus lorsqu&rsquo;on s&rsquo;y reconnaît. Elle résonne avec notre propre vie, qui, en fin de compte, est une partie intégrante de ce que nous sommes.</p>
<p>Sa performance à la <a href="https://www.philharmonie.lu/en/programme/2024-25/max-cooper-000000e900198943">Philharmonie de Luxembourg</a> met en avant ce travail dans un environnement immersif, avec une double projection. Une toile le protège du public tout en mettant en valeur son travail de visualisation.</p>
<p>On replonge dans les années 90 avec des projections génératives rappelant les fractales ou les systèmes L-System, mais ici, on perçoit clairement l’évolution des techniques et l’usage des algorithmes. Des tree maps aux trajectoires basées sur la suite de Fibonacci, en passant par l’IA générative à la DALL-E, chaque élément trouve sa place. Il ne s’agit pas d’une surutilisation, mais d’un usage maîtrisé et justifié dans le cadre de sa recherche incessante sur la vie.</p>
<p>Je voudrais simplement adresser un message à Max Cooper : continue, encore et encore. Même si le chemin n’est pas le même pour tout le monde, même si chacun ne saisit pas l’ensemble de ton travail, une seule chose compte : avancer. La vie offre une multitude de chemins, et le plus fascinant est sans doute d’en explorer le plus possible.</p>
<p><img src="https://www.philharmonie.lu/media/tepfcjjz/240223-max-cooper_-berlin-credit-sam-cronenberg_dsc7322.jpg?rxy=0.4523809523809524,0.4362039228270025&amp;width=2774&amp;height=1560&amp;quality=80&amp;v=1db1fbc9aa048f0" alt="Max Cooper, Berlin. Photo by Sam Cronenberg"></p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Le Tampographe: Chroniques de la rue du Repos]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2025-03-15T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-03-15T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>On peut se plaindre des réseaux sociaux. On est submergé de contenu peu intéressant, commercial ou diffusé par des pseudo-influenceurs. Mais un jour, j’ai vu un tampon graphique représentant un gros doigt d’honneur. J’ai toujours apprécié la délicatesse d’un tel geste entre amis : une marque d’amitié et une douce touche d’indépendance.</p>
<p>Intrigué, j’ai cherché à en savoir plus et je suis tombé sur le compte « Le Tampographe Sardon » (tampographe.sardon). Il s’agit de l’œuvre d’un artiste (Vincent Sardon), un peu déjanté, qui crée des tampons graphiques depuis longtemps. Sa boutique, située au 4, rue du Repos à Paris, près du Père-Lachaise (non loin du boulevard de Charonne et du boulevard de Ménilmontant), est ouverte le samedi.</p>
<p>Pour couronner le tout, il a publié un livre éponyme, Chroniques de la rue du Repos. Il est difficile de le qualifier : on navigue entre un journal sur son magasin et son travail artistique, et une collection de tampons à la fois vulgaires, méchants, mais toujours d’une rare intelligence.</p>
<p>On ignore s’il est devenu artiste par dépit, par accident ou à la suite d’un parcours mûrement réfléchi et astucieux. Mais, au fond, on s’en moque. Le livre regorge d’anecdotes et on sent qu’il s’agit d’une accumulation de réflexions qui fonctionne bien. C’est un peu à mi-chemin entre le livre d’art, la déconnade et le journal.</p>
<p>Mais je vous conseille d’acheter le livre directement dans sa boutique à Paris. J’avais quelques appréhensions en lisant les messages de Vincent Sardon : je craignais qu’il ne me jette des tampons à la figure, parce qu’il n’en peut plus des touristes.</p>
<p>Rien de tel : il n’était pas là, mais ses deux « esclaves » Pauline et JR (pas celui du street art) tiennent la boutique d’une main de maître. Ils sont compétents et apportent, en plus, une petite touche « fashion » typique de Belleville, qui donne une atmosphère artistique à l’endroit. Mais surtout, je suis désormais l’heureux possesseur d’un doigt d’honneur en tampon graphique !</p>
<p><img src="/images/tampon.jpeg" alt="Le Tampographe Sardon, le livre!"></p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[On Mass Hysteria – Une histoire de la misogynie]]></title>
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            <author>
                        <name>H. Galois</name>
                    </author>
            <published>2025-03-14T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-03-14T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Une exposition de Laia Abril</p>
<p>Jamais je n’avais ressenti si intensément l’impression d’être dans un documentaire, c’est-à-dire dans une représentation de faits authentiques, d’une réalité. Conclusion de sa série d’expositions « Une histoire de la misogynie », la photographe et écrivaine Laia Abril nous plonge dans un phénomène dont j’ignorais tout avant de visiter cette exposition, ce que les hommes ont longtemps appelé les « hystéries de masse ». Ce sont des moments où des groupes de femmes unies, des communautés de femmes ou de jeunes filles se mettent à convulser, s’évanouir, trembler, manifester toute une variété de On Mass Hysteria – Une histoire de la misogynietroubles de façon collective. Sans cause physiologique apparente. Laia Abril présente au mur de nombreux récits circonstanciés ou recensions de presse de ces épisodes de transe collective dans le monde entier, certains datant de plusieurs siècles, d’autres de quelques années. Et les visiteurs sont invités à y mettre les mains, à feuilleter ces récits. Des textes sont projetés, surmontés de photographies d’Abril, dans une obscurité hypnotique. On est au cœur du documentaire, on ne peut l’esquiver. Des jeunes filles d’un pensionnat catholique qui n’arrivent plus à marcher, des ouvrières Cambodgiennes qui s’évanouissent, des jeunes Américaines collectivement envahies de tics… Dès le début de l’exposition, la clé nous est donnée : ces « hystéries de masse » peuvent être interprétées comme un protolangage de résistance aux systèmes d’oppression ou aux traumatismes collectifs. Une forme collective et inconsciente de refus d’une domination. L’exposition donne clairement quelques grandes dominations pesant sur les femmes : religion, exploitation capitaliste, patriarcat, répression policière, toxicité des réseaux sociaux… La photographe ne noie pas son maître-sujet de ses créations. Son regard entier en acquiert une intensité rare. Apothéose, on sort de là en montant un escalier qui donne sur une salle où sont projetées des images de femmes protestant, manifestant, émeutant et des hommes et des flics arrêtant, frappant, tirant sur des femmes. La résistance et la révolte des femmes peuvent les faire s’évanouir collectivement comme affronter l’ordre établi dans la rue. Éblouissant.</p>
<p><img src="/images/Misogynie1.jpeg" alt=""></p>
<p><img src="/images/Misogynie3.jpeg" alt=""></p>
<p><img src="/images/Misogynie4.jpeg" alt=""></p>
<p><img src="/images/Misogynie5.jpeg" alt=""></p>
<p><img src="/images/Misogynie6.jpeg" alt=""></p>
<p><img src="/images/Misogynie7.jpeg" alt=""></p>
<p><img src="/images/Misogynie8.jpeg" alt=""></p>
<p><img src="/images/Misogynie9.jpeg" alt=""></p>
<p><img src="/images/Misogynie10.jpeg" alt=""></p>
<hr>
<p>Une exposition de <a href="https://www.laiaabril.com/">Laia Abril</a>
Du vendredi 17 janvier au dimanche 18 mai 2025
Le BAL
6, impasse de la Défense, Paris 18e</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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        </entry>
    
        
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            <title type="html"><![CDATA[Numéro Deux]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2025-03-13T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-03-13T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Même si je ressemblais à Harry Potter sur mon permis de conduire, je n’ai jamais été un grand fan. Pourtant, après avoir vu l’intervention du comédien principal, Axel Auriant<sup id="fnref:1"><a href="#fn:1" class="footnote-ref" role="doc-noteref">1</a></sup>, dans La Grande Librairie, j’ai été happé par une potentialité sillonesque.</p>
<p>La première chose qui frappe l’œil et l’oreille, c’est la mise en scène de cette pièce. La bande sonore, les jeux de lumière et l’ambiance début 2000 sont bien retranscrits.</p>
<p>Le <a href="https://www.theatretristanbernard.fr/numero-deux/">théâtre Tristan Bernard</a><sup id="fnref:2"><a href="#fn:2" class="footnote-ref" role="doc-noteref">2</a></sup> se prête bien au caractère intimiste et personnel de l’histoire, mais malheureusement, la salle elle-même surjoue avec une atmosphère non rafraîchie, surchauffée et quelque peu viciée. Je vous conseille de prévoir de l’eau ou, pour les plus audacieux, de la vodka française pour se désaltérer durant le spectacle.</p>
<p>Heureusement, le jeu des acteurs nous rafraîchit et fait de belles pirouettes entre les multiples personnalités. On est pleinement plongé dans une comédie dramatique qui nous invite à philosopher sur l’échec personnel.</p>
<p>Ah oui, j&rsquo;oubliais : dans le cadre de cette chronique réalisée entre un train à grande vitesse, un coin de table et lors d&rsquo;une session de terminal textuel vim<sup id="fnref:3"><a href="#fn:3" class="footnote-ref" role="doc-noteref">3</a></sup>, la pièce est l&rsquo;adaptation du roman Numéro Deux de David Foenkinos.
<img src="/images/numero-deux.jpeg" alt=""></p>
<div class="footnotes" role="doc-endnotes">
<hr>
<ol>
<li id="fn:1">
<p>Pour poursuivre cette digression, Axel Auriant est un acteur, un batteur et l&rsquo;auteur du roman Rue de la Gaîté, que votre humble serviteur sillonesque n&rsquo;a pas encore lu.&#160;<a href="#fnref:1" class="footnote-backref" role="doc-backlink">&#x21a9;&#xfe0e;</a></p>
</li>
<li id="fn:2">
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Tristan_Bernard">Tristan Bernard</a>, connu pour son esprit mordant et son goût pour les comédies de mœurs, aurait sans doute apprécié une pièce bien écrite qui mélange drame et humour. Si la mise en scène et le jeu des acteurs sont à la hauteur, il aurait pu être séduit par la richesse des personnalités et la réflexion sur l’échec personnel. Comme il aurait dit, «Il ne faut compter que sur soi-même. Et encore, pas beaucoup.»&#160;<a href="#fnref:2" class="footnote-backref" role="doc-backlink">&#x21a9;&#xfe0e;</a></p>
</li>
<li id="fn:3">
<p>Le Sillon est un repaire de brigands de l&rsquo;informatique, c&rsquo;est-à-dire un terminal équipé de l&rsquo;éditeur de texte Vim, ce qui est la norme.&#160;<a href="#fnref:3" class="footnote-backref" role="doc-backlink">&#x21a9;&#xfe0e;</a></p>
</li>
</ol>
</div>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
                                <category scheme="https://sillon-fictionnel.club/tags/theatre" term="theatre" label="theatre" />
                             
                                <category scheme="https://sillon-fictionnel.club/tags/critique" term="critique" label="critique" />
                             
                                <category scheme="https://sillon-fictionnel.club/tags/paris" term="paris" label="paris" />
                            
                        
                    
                
            
        </entry>
    
        
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            <title type="html"><![CDATA[Invader in Conversation with Hans Ulrich Obrist]]></title>
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                <id>https://sillon-fictionnel.club/post/invader/</id>
            
            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2025-02-22T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-02-22T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Tout le monde n&rsquo;a pas eu la chance de voir l&rsquo;exposition Invader Space
Station, installée dans le parking et l&rsquo;ancien siège historique du
journal Libération, situé rue Béranger à Paris. Il s&rsquo;agissait d&rsquo;une
exposition de 3500 m² répartis sur neuf étages. Je n&rsquo;ai pas pu la
visiter, mais j&rsquo;ai pu découvrir un compte rendu détaillé de ce
parcours. En tant qu&rsquo;accro à la culture, et particulièrement passionné
par le travail d&rsquo;Invader, j&rsquo;ai ressenti une grande frustration.
Heureusement, je suis tombé sur le livre Invader in Conversation with
Hans Ulrich Obrist, qui retrace l&rsquo;œuvre d&rsquo;Invader, en mettant
notamment l&rsquo;accent sur cette exposition ISS.</p>
<p>Le format du livre repose sur une longue interview d’Invader par Hans
Ulrich Obrist, critique d’art renommé qui avait réalisé sa première
exposition dans sa cuisine dans les années 90. Invader y explique
humblement son parcours artistique et son travail sur l’exposition,
tout en abordant également des discussions sur l’autoédition et les
livres. Cette partie me semble être l&rsquo;une des plus intéressantes, car
elle constitue un élément essentiel de son œuvre. Par ailleurs,
l’historique du street art à Paris y est présenté sous le prisme
d’Invader, offrant ainsi une perspective différente de celle d’un
théoricien de l’art.</p>
<p>Le livre est publié par <a href="https://heni.com/publishing/books">Heni Publishing</a>, qui propose souvent des
éditions limitées. Dans ce cas, il s&rsquo;agit d&rsquo;un ouvrage relié, doté
d&rsquo;une mise en page épurée et agrémenté de photos qui complètent
l&rsquo;interview. Une lecture à la fois agréable et fluide pour les
passionnés d&rsquo;art urbain et du travail d&rsquo;<a href="https://www.space-invaders.com">Invader</a>.</p>
<p><img src="/images/invader.jpeg" alt="Invader in Conversation with Hans Ulrich Obrist avec une mention de Gerard Zlotykamien (Zloty)."></p>
<p>La photo du livre, qui s&rsquo;ouvre sur <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9rard_Zlotykamien">Gérard Zlotykamnien</a>, n&rsquo;est pas le fruit du hasard. Cet artiste mériterait amplement une place dans une critique sillonesque.</p>
<hr>
<p><em>Invader in Conversation with Hans Ulrich Obrist</em> (fr/en), 23 EURO, 13,00 x 19,50 cm, Control P/HENI.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
                                <category scheme="https://sillon-fictionnel.club/tags/critique" term="critique" label="critique" />
                             
                                <category scheme="https://sillon-fictionnel.club/tags/essai" term="essai" label="essai" />
                             
                                <category scheme="https://sillon-fictionnel.club/tags/art" term="art" label="art" />
                             
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        </entry>
    
        
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            <title type="html"><![CDATA[Le Backpacker Killer]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2025-02-16T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-02-16T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>On peut toujours trouver ridicule d&rsquo;acheter un livre en se basant sur sa couverture ou sa typographie. Mais c&rsquo;est pourtant ce qui m&rsquo;est arrivé avec <em>Le Backpacker Killer</em> en naviguant dans les rayons d&rsquo;une librairie en Belgique. Elle arbore cette jaquette : un sac à dos au milieu d&rsquo;une route, du sang autour d&rsquo;une sombre forêt, et des yeux rouges qui fixent le tout. Voilà comment je me suis retrouvé à lire cette BD. Sans aucun a priori, juste en tant que lecteur affamé de sang, je me suis jeté sur cette BD. L&rsquo;histoire n&rsquo;est pas une surprise, nous allons suivre les traces d&rsquo;un tueur en série en Australie. Nous allons arpenter cette histoire aux côtés de deux comparses : une détective privée et une journaliste.</p>
<p>Le scénario, écrit par <em>McSkyz</em> et <em>Mina Zampano</em>, soutient efficacement la construction des enquêtes, sans temps morts, et insuffle une belle dynamique à l’histoire. Les illustrations de <em>Nicolas Ghisalberti</em>, d’un style minimaliste en noir et blanc (on pourrait un jour écrire un texte pour le Sillon sur la différence entre la ligne claire et le style minimaliste, mais c’est un autre sujet), sont percutantes pour ce thème. Une exquise lecture pour les amateurs d’enquêtes et de massacreurs en tout genre.</p>
<p>Petite anecdote : cette collection BD Dark Side est éditée par Hachette Pratique, ce qui me semble être un choix étrange… sauf si l’intention est davantage pratique que fictionnelle.</p>
<p><img src="/images/le-backpacker.jpeg" alt=""></p>
<hr>
<p><a href="https://www.hachette.fr/livre/le-backpacker-killer-9782017234685">Le Backpacker Killer</a>, McSkyz, Nicolas Ghisalberti et Mina Zampano. 17.95 € Format: 177 x 248 mm</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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        </entry>
    
        
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            <title type="html"><![CDATA[Publi Fluor - Affaires de Lettres à Bruxelles]]></title>
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                <id>https://sillon-fictionnel.club/post/publi-fluor/</id>
            
            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2025-02-16T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-02-16T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Le groupe de recherche Crickx a publié un travail remarquable et minutieusement documenté sur &ldquo;Publi Fluor&rdquo;, un magasin emblématique où Chrystel Crickx a exercé son talent pendant plus de quarante ans.  Spécialisée dans le lettrage pour les devantures de magasins à Bruxelles, elle a façonné un style unique qui a marqué l&rsquo;identité visuelle de nombreux commerces de la ville.</p>
<p>Au fil des décennies, une nouvelle typographie est née de manière empirique, fruit d&rsquo;une pratique artisanale et d&rsquo;un savoir-faire transmis à travers ses réalisations. Toutefois, lors de la cessation de son activité professionnelle, ce patrimoine typographique risquait de disparaître à jamais. C&rsquo;était sans compter sur <a href="https://speculoos.com/en/">Pierre Huyghebaert</a>, graphiste et typographe, qui, en 2001, a pris l’initiative de sauvegarder cet héritage en rachetant le stock de lettres fluo autocollantes de Christelle Crickx.</p>
<p>Mais ce qui est encore plus fascinant, c’est le travail d&rsquo;archivage et d’investigation mené par le Groupe de recherche Crickx. À travers une documentation approfondie, ils retracent non seulement l’histoire de l’activité de Chrystel Crickx, mais dévoilent aussi les subtilités du dessin des lettres en vinyle, leur usage et leur évolution au fil du temps. Leur travail met en lumière le processus de transformation de cette typographie artisanale en une police libre, <a href="https://git.foo.be/adulau/foundry.crickx">aujourd’hui diffusée</a> sous la licence semi-libre/propriétaire CC4r<sup id="fnref:1"><a href="#fn:1" class="footnote-ref" role="doc-noteref">1</a></sup>.</p>
<p>Au-delà de la simple préservation, cette recherche explore également les transmissions, les adaptations et l’influence de cette esthétique singulière sur le design contemporain, montrant ainsi comment un patrimoine graphique peut continuer à vivre et à inspirer de nouvelles générations.</p>
<p>Le livre est une belle édition multilingue, richement documentée et truffée de détails fascinants pour les passionnés de typographie. Il met également en lumière un travail méticuleux visant à préserver un patrimoine graphique souvent sous-estimé.</p>
<p>Publié par <em>Surfaces Utiles</em>, cet ouvrage est disponible au prix de 37 EUR sur <a href="https://surfaces-utiles.org">surfaces-utiles.org</a>.</p>
<p><img src="/images/publifluor.jpeg" alt="Publi Fluor, le livre.">
<img src="/images/publifluor-vitrine.jpeg" alt="Publi Fluor, la vitrine de la boutique."></p>
<hr>
<p><a href="http://surfaces-utiles.org/publi-fluor-affaires-de-lettres-a-bruxelles-letterzaken-in-brussel-letter-business-in-brussels.html">Publi Fluor.  Affaires de lettre à Bruxelles Letterzaken in Brussel Letter business in Brussels</a>, 7 colors, softcover, swiss binding, 384 pages.</p>
<div class="footnotes" role="doc-endnotes">
<hr>
<ol>
<li id="fn:1">
<p>La licence <a href="https://constantvzw.org/wefts/cc4r.fr.html">CC4r</a> est une licence dérivée de la licence <a href="http://artlibre.org/licence/lal/en/">Art Libre</a>, une licence libre de type &ldquo;copyleft&rdquo; reconnue par la FSF, dont la version 1.3 clarifie son utilisation et sa compatibilité.  La licence CC4r est une licence Art Libre avec une section 0 qui introduit des conditions particulières, notamment cette phrase énigmatique : <em>The invitation to (re-)use the work licenced under CC4r applies as long as the FUTURE AUTHOR is convinced that this does not contribute to oppressive arrangements of power, privilege and difference.</em> Comme mentionné dans la section 5, il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une licence libre. On se retrouve donc avec une licence propriétaire qui semble également restreindre la distribution du travail sous cette licence, sans que les conditions soient clairement définies.  <a href="https://gitlab.constantvzw.org/osp/foundry.crickx/-/commit/094659b376a1ee24b23519c05f887cf5823b640f">Le changement de licence semble assez récent</a>, puisque le travail était auparavant disponible sous la licence SIL 1.1.&#160;<a href="#fnref:1" class="footnote-backref" role="doc-backlink">&#x21a9;&#xfe0e;</a></p>
</li>
</ol>
</div>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
                                <category scheme="https://sillon-fictionnel.club/tags/chronique" term="chronique" label="chronique" />
                             
                                <category scheme="https://sillon-fictionnel.club/tags/livre" term="livre" label="livre" />
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Refuge - Lara Gasparotto]]></title>
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                <id>https://sillon-fictionnel.club/post/refuge/</id>
            
            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2025-02-16T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-02-16T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Il y a de ces photographes qui deviennent nos photographes. On les suit depuis leurs débuts. On semble vivre avec eux à travers chaque monographie ou exposition.</p>
<p>Je me souviens de la première exposition de <a href="https://laragasparotto.com/">Lara Gasparotto</a> à Marchin en 2009. Son travail m’avait touché, mais d’une manière qui ressemble à nos propres rêves. Puis, on observe, du coin de l’œil, l’évolution de son œuvre… Il arrive que l’on se détache. Mais avec Lara, c’est différent. On ne la quitte pas.</p>
<p>Il y a toujours cet attachement au vivant, à nos vies, qui fait qu’elle devient une part de la famille, de notre existence. Chaque nouveau projet est une porte ouverte sur nos émotions.</p>
<p>Dans son dernier livre Refuge, publié aux très belles éditions <a href="https://www.hopperandfuchs.com/">Hopper&amp;Fuchs</a>, on ne peut que se rappeler la beauté du monde. De son insouciance et de sa douceur, quand on était enfant.</p>
<p>Il y a cette très belle photo d’oies dans un jardin. C’est simplement beau. On se sent replonger dans un passé doux et agréable, porté par une brise légère. Même la grisaille de la mer du Nord en devient merveilleuse.</p>
<p>Un paysage en lisière de forêt, rehaussé par un peu de peinture. Comme si nos vies devenaient des souvenirs, renforcés par ces traces.  L’éclat d’un instant : on se retrouve enfant, caressant un lapin, tandis qu’un chat se frotte contre nous.</p>
<p>Je n’ai jamais été deçu par le travail de Lara Gasparotto. Elle fait partie de la famille sans le savoir. <em>Refuge</em> ne fait que le confirmer.</p>
<p>En parlant avec le libraire de <em>Livres Aux Trésors</em>, on ressent ce même attachement au travail de la photographe. Si vous parvenez à connecter les auteurs, les libraires et les <a href="https://sillon-fictionnel.club/les-librairies/">librairies</a> qui enveloppent ce travail artistique, alors vous pouvez retrouver l’humanité de nos vies dans ces instants et affirmer notre appartenance à une civilisation véritablement civilisée.</p>
<p><img src="/images/lara.jpeg" alt="Une photo du livre Lara Gasparotto. Refuge"></p>
<hr>
<p><a href="https://www.hopperandfuchs.com/shop/lg2024-lara-gasparotto-refuge-222#attr=">Lara Gasparotto. Refuge</a>, 240 pages printed on Munken Lynx Hardback with linen cover and black hot foil illustration Edition of 750 copies Published July 2024</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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                                <category scheme="https://sillon-fictionnel.club/tags/art" term="art" label="art" />
                            
                        
                    
                
            
        </entry>
    
        
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            <title type="html"><![CDATA[Et autres manières de finir]]></title>
            <link href="https://sillon-fictionnel.club/post/autres-manieres-de-finir/?utm_source=atom_feed" rel="alternate" type="text/html" />
            
            
                <id>https://sillon-fictionnel.club/post/autres-manieres-de-finir/</id>
            
            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2025-02-09T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-02-09T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Je n’ai jamais vraiment aimé le tennis. Voir deux ou quatre personnes taper sur une balle m’a toujours semblé ennuyeux et lassant. Quand j’ai vu le titre <em>Les Derniers Jours de Roger Federer</em>, je n’ai pas immédiatement sauté sur ce livre. Mais la photographie et le sous-titre <em>Et autres manières de finir</em> m’ont intrigué&hellip; Je l’ai feuilleté, et le format jour après jour, ainsi que les notes de bas de page <sup id="fnref:1"><a href="#fn:1" class="footnote-ref" role="doc-noteref">1</a></sup>, m’ont semblé agréables à lire.</p>
<p>Quel plaisir de lire ces fragments de fin. Comment vivre ou survivre lorsque la vie semble arriver à son terme ?</p>
<p>Geoff Dyer nous offre une plongée chaotique, mais qui tient à un fil, dans les expériences humaines, les références culturelles (l’évocation du film <em>Brève Rencontre</em> de David Lean est une belle perle sur nos vies et nos habitudes),  les citations et les expériences personnelles, comme sa visite du festival Burning Man.</p>
<p>C’est le genre de livre que vous gardez à côté du lit et, lorsque vous êtes sur le point de sombrer,  une petite lecture fragmentaire pour nourrir votre esprit sans devoir retenir des personnages ou une trame narrative.</p>
<p>Je n’aime toujours pas le tennis, mais les références sportives sont accessibles aux lecteurs illettrés du sport. Une belle lecture pour garder la tête haute durant nos vies éphémères.</p>
<p>Je vous invite aussi à visiter les <a href="https://editions-du-sous-sol.com/">Éditions du Sous-Sol</a>, qui apportent également leur pierre à l’édifice de nos vies.</p>
<p><img src="/images/autres-manieres-de-finir.jpg" alt=""></p>
<hr>
<p><a href="https://editions-du-sous-sol.com/publication/derniers-jours-de-roger-federer/">Les Derniers Jours de Roger Federer</a>. Et autres manières de finir auteur Geoff Dyer, traducteur Paul Mathieu, 140 x 210 384 pages 24,90€ 03/05/2024</p>
<div class="footnotes" role="doc-endnotes">
<hr>
<ol>
<li id="fn:1">
<p>Il serait tentant de consacrer une étude, sinon une chronique entière, aux notes de bas de page, ces marges de la pensée où le texte, tel un lettré scrupuleux, s’interroge sur lui-même. On pourrait y voir un art de la digression ou, mieux encore, un instrument de pouvoir du savoir, le territoire où l’auteur murmure à l’oreille du lecteur qu’il en sait plus qu’il ne dit. C’est souvent là que se cache la véritable lecture du texte, celle qui échappe à l’œil pressé et récompense le lecteur Sillonesque.&#160;<a href="#fnref:1" class="footnote-backref" role="doc-backlink">&#x21a9;&#xfe0e;</a></p>
</li>
</ol>
</div>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Ménilmontant]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2025-02-08T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-02-08T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Ménilmontant de <a href="https://www.thomasboivin.com/">Thomas Boivin</a> est bien plus qu’<a href="https://www.thomasboivin.com/Menilmontant">un livre de photographie</a>, c’est une immersion dans Paris, une balade sensible à travers ses rues et ses visages.</p>
<p>Publié chez <a href="https://www.stanleybarker.co.uk/">Stanley Barker</a>, cet ouvrage est une superbe édition qui saisit l’âme du quartier. Chaque page est une échappée, un instant suspendu, comme si l’on tournait la tête en savourant une gorgée de thé à la terrasse de <em>La Cantina</em>, boulevard de Ménilmontant.</p>
<p>C’est simple, beau, juste des instants de vie. Une photographie qui effleure avec justesse notre rapport au quotidien.</p>
<p>Un autre livre publié, par Delpire, <a href="https://www.delpireandco.com/produit/belleville/">Belleville</a> mais qui est malheureusement épuisé. Je lance une bouteille à la mer pour une réédition qui pourrait embellir nos vies de lecteurs sillonnesques.</p>
<p><img src="/images/menilmontant.jpg" alt=""></p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Deux Filles Nues]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2025-02-07T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-02-07T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Otto Mueller est un peintre expressionniste allemand, membre du mouvement Brücke. Son style se caractérise par des formes anguleuses et une approche proche de la gravure sur bois.</p>
<p>Deux femmes à moitié nues est une peinture expressionniste d’Otto Mueller, réalisée vers 1919. L’œuvre représente deux femmes nues<sup id="fnref:1"><a href="#fn:1" class="footnote-ref" role="doc-noteref">1</a></sup> qui nous fixent d’un regard sombre et profond, renforcé par l’absence de détails. Il s’en dégage une certaine intensité, presque inquisiteur, comme si elles nous posaient silencieusement la question : « Mais qu’avez-vous fait ? »</p>
<p>Cette interrogation trouve un écho particulier dans l’adaptation qu’en a faite Luz avec sa bande dessinée <em>Deux Filles Nues</em>, où l’œuvre elle-même devient l’observateur de sa propre création. J’avoue avoir ressenti une légère appréhension en entamant la lecture, mais on se laisse vite happer par l’histoire. L’ambiance évoque le théâtre, avec une plongée à la fois artistique et profondément humaine. Le récit aborde aussi avec justesse la folie nazie et la classification ignoble des œuvres dégénérées. C’est une relecture captivante de l’histoire, avec un regard neuf.</p>
<p>Le dessin, simple mais percutant, rappelle d’une certaine manière l’esthétique du mouvement Brücke.</p>
<p><img src="/images/2-filles-nues.jpg" alt="Zwei weibliche Halbakte"></p>
<hr>
<p><a href="https://search.worldcat.org/title/1460920038?oclcNum=1460920038">Deux filles nues</a>, Luz, Albin Michel. 24,90 EUR</p>
<div class="footnotes" role="doc-endnotes">
<hr>
<ol>
<li id="fn:1">
<p><a href="https://de.wikipedia.org/wiki/Zwei_weibliche_Halbakte">Zwei weibliche Halbakte</a>. Museum Ludwig, Köln. <em>&ldquo;Deux femmes à moitié nues&rdquo;</em> semble être la traduction correcte de cette œuvre, mais on trouve aussi <em>&ldquo;Deux nus féminins&rdquo;</em> dans plusieurs publications. Alors, pourquoi <em>&ldquo;Deux filles nues&rdquo;</em> comme titre pour la BD de Luz ?&#160;<a href="#fnref:1" class="footnote-backref" role="doc-backlink">&#x21a9;&#xfe0e;</a></p>
</li>
</ol>
</div>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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                                <category scheme="https://sillon-fictionnel.club/tags/bd" term="bd" label="bd" />
                            
                        
                    
                
            
        </entry>
    
        
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            <title type="html"><![CDATA[Livres en feu]]></title>
            <link href="https://sillon-fictionnel.club/post/livres-en-feu/?utm_source=atom_feed" rel="alternate" type="text/html" />
            
            
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2025-02-01T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-02-01T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>En 2010<sup id="fnref:1"><a href="#fn:1" class="footnote-ref" role="doc-noteref">1</a></sup>, je lisais <em>Livres en feu</em>, un ensemble fascinant de
Lucien X. Polastron, qui recense sans fin les actes de destruction des
bibliothèques depuis leur création.</p>
<p>Le livre est une collection perturbante et inquiétante pour tout
progressiste et bibliophile. Il recense, sans fin, les actes de bêtise
de l&rsquo;humanité dans son obscurantisme et sa destruction des savoirs. Le
livre est tombé d’une étagère, vu le nombre important de livres
empilés et imbriqués dans un foisonnement sans fin de ma bibliothèque.</p>
<p>Voulait-il me dire quelque chose ? Me signaler que nous sommes tombés
dans un nouvel âge de la destruction des bibliothèques ? Que ces
nouvelles ne sont que le début d’une nouvelle vague de destruction ?</p>
<p>Je crois que c’est encore pire. En 1934, Hitler plaça Alfred Rosenberg
à la tête d’une entreprise sinistre : s’attaquer aux bibliothèques des
opposants, les vider, les soumettre, tout cela au nom d’une propagande
fade et crasseusement inculturelle.</p>
<p>Mais vous allez me dire : « Oh, l’administration Trump n’a rien à voir
avec tout ça. » Mais non, c’est bien pire. Rosenberg agissait de façon
désordonnée. Aujourd’hui, tout est coordonné, exécuté avec méthode et
brandi comme un trophée devant une société tiktokkisée, bercée par la
lumière artificielle des annonceurs, qui siphonnent jusqu’au dernier
souffle de critique des esprits déjà exsangues.</p>
<p><em>Livres en feu</em>, en 2009, était déjà une version révisée. Il est fort
probable qu’une nouvelle révision s’imposera pour comptabiliser les
méfaits de 2025&hellip; à supposer qu’il soit encore possible d’acheter des
livres dans les années à venir.</p>
<p><img src="/images/livres-en-feu.jpeg" alt=""></p>
<p>Ce livre est bordélique, une accumulation foisonnante de faits, mais
sa partie la plus précieuse reste la bibliographie et l’index. Il ne
faut pas le considérer comme un récit à lire d’une traite, mais plutôt
comme une référence singulière et érudite de Monsieur Lucien. J’espère
ne jamais avoir à le tenir entre mes mains au milieu des ruines de nos
sociétés, tremblant d’effroi face à notre impuissance à stopper cette
déferlante fasciste&hellip;</p>
<div class="footnotes" role="doc-endnotes">
<hr>
<ol>
<li id="fn:1">
<p>Il est parfois difficile de déterminer la date à laquelle l&rsquo;on a
lu un livre de sa bibliothèque, mais parfois il y a des indices
précieux au sein du livre. J&rsquo;ai découvert un ancien abonnement de la
SNCB avec les dates d&rsquo;expiration&hellip;&#160;<a href="#fnref:1" class="footnote-backref" role="doc-backlink">&#x21a9;&#xfe0e;</a></p>
</li>
</ol>
</div>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
                                <category scheme="https://sillon-fictionnel.club/tags/critique" term="critique" label="critique" />
                             
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        </entry>
    
        
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            <title type="html"><![CDATA[Cinéma - Jouer avec le feu]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2025-01-26T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-01-26T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Choisir un film, c’est un peu comme jouer à la roulette russe, mais parfois, la sélection se fait grâce à la présence d’un acteur dans une œuvre. Ensuite, il ne reste plus qu’à se laisser emporter par les vagues – ou devrais-je dire les sillons – des images…</p>
<p><em>Jouer avec le feu</em>, un film des sœurs Delphine et Muriel Coulin (oui, il n’y a pas que les frères Dardenne…), est une adaptation libre du livre de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Laurent_Petitmangin">Laurent Petitmangin</a>, <em>Ce qu’il faut de nuit</em> (que je n’ai pas encore lu).</p>
<p>L’histoire se déroule dans la région du Grand Est, entre Metz, Villerupt, Nancy et Hayange. Les cadrages sont serrés, avec une grande ouverture, créant une proximité presque étouffante.</p>
<p>Vincent Lindon incarne un père qui élève seul ses deux fils. L’un d’eux, joué par <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Benjamin_Voisin">Benjamin Voisin</a> – un acteur remarquable, particulièrement dans ce rôle chargé d’ambiguïté –, se rapproche dangereusement de la mouvance néo-nazie et sombre peu à peu dans un discours xénophobe et raciste.</p>
<p><img src="/images/chasing_the_night.jpg" alt="chasing the night one more time by Alexandre Dulaunoy - https://www.flickr.com/photos/adulau/49221743811/"></p>
<p>Le film interroge ce mythe selon lequel éduquer quelqu’un devrait forcément conduire à un résultat prévisible ou systématique… mais ce n’est pas aussi simple. Cette approche apporte une profonde humanité à nos différences et explore l’idée que chacun, à sa manière, poursuit une quête originelle : celle de l’appartenance à un groupe<sup id="fnref:1"><a href="#fn:1" class="footnote-ref" role="doc-noteref">1</a></sup>.</p>
<p>Les réalisatrices illustrent brillamment cette nécessité quasi animale de faire partie d’un groupe – même des pires.</p>
<p>Ce film, rempli de paradoxes, nous offre la performance du jeune acteur <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Arnaud_Rebotini">Arnaud Rebotini</a>, qui apporte une belle et sincère présence à l’amitié. Cependant, le véritable paradoxe ne réside pas dans son jeu, mais dans la bande-son, qui est l’un des aspects les moins aboutis du film. Elle manque de punch et d’envergure, ce qui atténue son impact global.</p>
<p>Ironiquement, Rebotini n’est pas seulement acteur mais aussi un musicien talentueux, reconnu pour ses compositions originales dans des œuvres comme 120 Battements par minute ou Curiosa. S’il avait été en charge de la bande-son, le film aurait sans doute gagné en profondeur sonore et en intensité émotionnelle, renforçant encore davantage l’atmosphère et les thèmes du récit.</p>
<p>&ndash;
<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Jouer_avec_le_feu">Sorti sur les écrans</a> depuis le mercredi 22 janvier 2025.</p>
<p>&ndash;
Photographie <a href="https://www.flickr.com/photos/adulau/49221743811">chasing the night one more time</a> par votre serviteur dévoué.</p>
<div class="footnotes" role="doc-endnotes">
<hr>
<ol>
<li id="fn:1">
<p>Il est assez impressionnant de voir certains commentaires et critiques sur le film qui interprètent l’œuvre comme un acte politique des réalisatrices contre l’extrême droite, voire comme un rejet des électeurs de cette mouvance. Pourtant, il est assez clair que les plateformes proposant ces analyses semblent soumises au diktat de la visibilité sur les réseaux sociaux et à la pression de leurs annonceurs. C’est un peu comme revendiquer que <em>l’art ne doit pas être politique</em>, une formule qui, sous des apparences polies, cache une pensée plus radicale : <em>je brûle les livres de mes ennemis et je ne laisse qu’un seul ouvrage dans la bibliothèque.</em>&#160;<a href="#fnref:1" class="footnote-backref" role="doc-backlink">&#x21a9;&#xfe0e;</a></p>
</li>
</ol>
</div>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Le cauchemar climatisé]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2025-01-26T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-01-26T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Metz regorge de belles librairies, et l’une d’elles est la <em><a href="https://lacourdesgrands.blog/">Librairie La Cour des Grands</a></em>, située rue Taison. On y trouve un petit rayon dédié à la photographie, où se cachent toujours quelques pépites. En parcourant du regard les livres de photographie mis en avant en tête de gondole, je remarque un petit livre rectangulaire, rouge, avec une couverture illustrée d’une photo de rue et portant le titre <em>Le Cauchemar Climatisé</em>. Ma mémoire chaotique me souffle : <em>Tiens, j’ai déjà lu un livre avec ce titre, il y a longtemps.</em> Mes choix de lecture s’appuient souvent sur des ressentis, des connexions, des associations d’idées tronquées ou des repères photographiques.</p>
<p>Quelques jours plus tard, en parcourant ma pile Tsundoku dédiée à la photographie (oui, mes piles sont classées par thématique), je retrouve ce petit livre rouge au titre intriguant. Je me plonge alors dans sa lecture pour découvrir qu’il s’agit d’un livre de photographie de voyage<sup id="fnref:1"><a href="#fn:1" class="footnote-ref" role="doc-noteref">1</a></sup> réalisé par Julien Allouf<sup id="fnref:2"><a href="#fn:2" class="footnote-ref" role="doc-noteref">2</a></sup>, qui retrace le périple d&rsquo;Henry Miller décrit dans son ouvrage Le Cauchemar Climatisé.</p>
<p><img src="/images/cauchemar.jpg" alt="Le cauchemar climatisé - Une traversée américaine, Julien Allouf, Mediapop."></p>
<p>Ce livre se présente véritablement comme un carnet de notes pour un photographe. Il est agréable à parcourir, et l’on voyage pleinement à travers le parcours de Julien Allouf, accompagné par une belle sélection de textes de Neige Sinno, Nicolas Mathieu et, bien entendu, Henry Miller.</p>
<p>&ndash;
Le cauchemar climatisé - Une traversée américaine, Julien Allouf, Mediapop. 25 EURO.</p>
<div class="footnotes" role="doc-endnotes">
<hr>
<ol>
<li id="fn:1">
<p>road-book, un livre qui s&rsquo;apparente à une peinture vivante d’un voyage, une sorte de carnet de bord où se mêlent observations visuelles, impressions fugaces et sentiments soigneusement annotés.&#160;<a href="#fnref:1" class="footnote-backref" role="doc-backlink">&#x21a9;&#xfe0e;</a></p>
</li>
<li id="fn:2">
<p><a href="http://www.letatdeschoses.com/cauchemar-climatise.php?lang=en">Le cauchemar climatisé, An American Crossing</a>&#160;<a href="#fnref:2" class="footnote-backref" role="doc-backlink">&#x21a9;&#xfe0e;</a></p>
</li>
</ol>
</div>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Les navigateurs]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2025-01-26T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-01-26T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Clamart. Région parisienne. Nous sommes rue du Panorama. Max vient d&rsquo;y emménager avec ses parents. Rapidement, il fait la rencontre d&rsquo;Arthur, un aventurier dans l&rsquo;âme, et de Sébastien, fils d&rsquo;éditeur.</p>
<p>Ça clique parfaitement. Les trois gamins sont inséparables. Tellement inséparables qu&rsquo;on leur a donné un surnom à l&rsquo;école : la bande du panorama, en référence donc à la rue qu&rsquo;ils habitent.</p>
<p>Les voilà au lycée. Toujours ensemble. Toujours soudés. Et puis arrive Neige. Ah Neige, magnifique Neige ! Là encore, ça clique et la voilà qui intègre la bande.</p>
<p>Des mois passent. Le bac en poche, Arthur, Max et Sébastien se retrouvent sans Neige, partie de Clamart. Restés sans nouvelles d&rsquo;elle, ils font leur vie, mais ne l&rsquo;oublient pas pour autant.</p>
<p>Sébastien reprend la maison d&rsquo;édition familiale et y engage Max, écrivain à ses heures, pour prendre en charge une revue littéraire. Arthur, quant à lui, enchaîne les plans, jusqu&rsquo;à la galère de trop qui l&rsquo;oblige à tomber dans les bras de l&rsquo;alcool et d&rsquo;autres dépendances.</p>
<p>La soudure entre les trois tient toujours bon. Malgré le passage à l&rsquo;âge adulte, les cailloux qui vous cabossent, et les belles claques qui à jamais vous marquent.</p>
<p>Vingt ans s&rsquo;écoulent. Et voilà Neige qui apparaît sans crier gare. Les trois garçons sont ravis de la revoir et s&rsquo;imaginent déjà redevenir entiers après toutes ces années. Mais ils déchantent vite, car Neige disparaît presque aussitôt, dans des conditions drapées de mystère.</p>
<p>Mais voyez-vous, on y tient à Neige. Et on ne va pas laisser la distance de nouveau s&rsquo;installer. Quoi qu&rsquo;il en coûte, on va la retrouver.</p>
<p>Même si on découvre par hasard une bien étrange fresque symboliste d&rsquo;un obscur disciple d&rsquo;Odilon Redon<sup id="fnref:1"><a href="#fn:1" class="footnote-ref" role="doc-noteref">1</a></sup>, une fresque qui nous fait frôler la folie avant de nous faire lâcher raison.</p>
<p>Même si cette découverte risque d&rsquo;exposer les secrets jalousement gardés par une farouche organisation plurimillénaire.</p>
<p>Tiens bon Neige. On arrive !</p>
<p><img src="/images/les-navigateurs.jpeg" alt="Les Navigateurs : couverture"></p>
<p>« Les Navigateurs » est un bijou narratif dont il est très difficile de s&rsquo;extraire. Serge Lehman et Stéphane de Caneva n&rsquo;ont sont pas à leur coup d&rsquo;essai. Ils ont déjà collaboré sur plusieurs projets notables, dont l&rsquo;excellent « Brigade chimérique, Ultime renaissance », suite du tout aussi bon « Brigade chimérique » que Lehman a fait avec Fabrice Colin et, au dessin, Gess.</p>
<p>Mêlant avec brio plusieurs ingrédients du polar, du fantastique et de l&rsquo;ésotérisme, « Les Navigateurs » est bien plus qu&rsquo;une bande dessinée captivante. C&rsquo;est une ode à l&rsquo;amitié et à l&rsquo;art, un appel à la résistance aux lieux communs, un cri de ralliement sous l&rsquo;étendard de l&rsquo;imaginaire, une invitation à la hardiesse et à l&rsquo;exploration.</p>
<p>Quelle claque !</p>
<p>&ndash;
<a href="https://www.editions-delcourt.fr/bd/album-les-navigateurs">Les Navigateurs</a>. Serge Lehman, Stéphane de Caneva. Delcourt. 26,99 €.</p>
<div class="footnotes" role="doc-endnotes">
<hr>
<ol>
<li id="fn:1">
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Odilon_Redon">https://fr.wikipedia.org/wiki/Odilon_Redon</a>&#160;<a href="#fnref:1" class="footnote-backref" role="doc-backlink">&#x21a9;&#xfe0e;</a></p>
</li>
</ol>
</div>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Shin Zero, tome 1]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2025-01-25T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-01-25T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>« Shin Zero » — une série en trois tomes publiée par Rue de Sèvres dans la collection Label 619, dont le premier volet est paru en ce janvier 2025 — est une œuvre à quatre mains. Celles de Mathieu Bablet au scénario et de Guillaume Singelin au dessin.</p>
<p>Inutile de présenter Bablet et Singelin aux aficionados du 9e art que vous êtes. Si, toutefois, vous vous mélangez les pinceaux après une trop grande quantité de lecture, il vous suffit de relire « Shangri-La » pour reconnaître le grand talent de Bablet, ou encore « Adrastée ». Quant à Singelin, on pouvait voir son « Frontier » mis en avant, il n’y a pas si longtemps, sur les étals de tous les bons libraires<sup id="fnref:1"><a href="#fn:1" class="footnote-ref" role="doc-noteref">1</a></sup>.</p>
<p>Les deux gaillards, imprégnés de culture japonaise comme plusieurs explorateurs du <a href="https://sillon-fictionnel.club/">Sillon</a>, s’associent pour rendre hommage au <em>tokusatsu</em>. Et quel hommage !</p>
<p><img src="/images/shin-zero-t1-1.jpeg" alt="Couverture de Shin Zero, tome 1"></p>
<p><em>Tokusatsu</em> ? Mais oui ! Souvenez-vous de Godzilla, des <em>kaijus</em>, de Bioman, de Goranger, d’Ultraman, des Power Rangers (version américaine des Super Sentai) ou encore de Sailor Moon.</p>
<p>Le mot est une contraction de <em>tokushu satsuei</em>, qui signifie « effets spéciaux ». Ce terme désigne un genre cinématographique né en 1954 avec le premier film Godzilla, réalisé par Ishirō Honda.</p>
<p>La collaboration entre Bablet et Singelin fonctionne à merveille. Tous les codes du genre sont respectés, avec une belle touche de modernité et quelques planches époustouflantes.</p>
<p><img src="/images/shin-zero-t1-2.jpeg" alt="Exemple tronqué d&rsquo;une planche issue de Shin Zero, tome 1"></p>
<p>Dans « Shin Zero », les Sentai, ces héros qui ont sauvé le Japon des <em>kaiju</em>, ces monstres gigantesques dont Godzilla est le plus célèbre représentant, sont relégués au second, voire au troisième plan.</p>
<p>Maintenant que les <em>kaiju</em> ont disparu et qu’il n’y a plus de menace existentielle à combattre, devenir <em>sentai</em> est un aveu de misère. Précarisés, ubérisés, les <em>sentai</em> attendent les missions, généralement peu gratifiantes, pour gagner une bouchée de pain.</p>
<p>Le temps s’écoule et l’horizon de la jeunesse <em>sentai</em> se bouche et s’écroule. Satoshi, l’un des protagonistes de l’histoire, refuse obstinément de croire à la fin de l’ère des héros. Que faire pour redorer leur blason et raviver conscience de leur importance ?</p>
<p>Pour le savoir, foncez toutes affaires cessantes chez votre libraire indépendant pour dévorer ce premier tome très réussi, et attendez comme moi la suite en vous rongeant les ongles.</p>
<p>—
<a href="https://www.editions-ruedesevres.fr/Shin-Zero-T1">Shin Zero, tome 1</a>. Mathieu Bablet, Guillaume Singelin. Label 619, Rue de Sèvres. 13,90 €.</p>
<div class="footnotes" role="doc-endnotes">
<hr>
<ol>
<li id="fn:1">
<p>Voir la chronique commise sur le Sillon par l’ami Alexandre à l’adresse suivante : <a href="https://sillon-fictionnel.club/post/frontier-singelin/">https://sillon-fictionnel.club/post/frontier-singelin/</a>&#160;<a href="#fnref:1" class="footnote-backref" role="doc-backlink">&#x21a9;&#xfe0e;</a></p>
</li>
</ol>
</div>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Au travers du rayon]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2025-01-19T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-01-19T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Jeanne adore le cinéma, à tel point qu’elle fréquente assidûment une salle obscure de quartier, échangeant régulièrement des mots et des titres de films avec Alix, la préposée.</p>
<p>C’est ainsi qu’après avoir visionné « Le Rayon vert »<sup id="fnref:1"><a href="#fn:1" class="footnote-ref" role="doc-noteref">1</a></sup>, elle ne peut cacher sa vive émotion à Alix. Elle croit un des messages forts du film : que l’on parviendrait à lire dans ses propres sentiments, et dans les sentiments des autres, lorsque l’on observe un rayon vert.</p>
<p>Alix lui conseille alors de voir « Fragment d’un soir »<sup id="fnref:2"><a href="#fn:2" class="footnote-ref" role="doc-noteref">2</a></sup>, ce qu’elle s’empresse de faire. Ce visionnage, combiné à la lecture d’un ouvrage (« L’emprise de la fiction »), va bouleverser Jeanne.</p>
<p>Une théorie veut que, l’alignement des étoiles advenu, on puisse rencontrer des personnages de cinéma dans la vraie vie, étendant ainsi sa (morne ?) réalité en créant un pont avec celle de l’œuvre filmique.</p>
<p>Jeanne est habitée par cette idée. D’après elle, « Fragment d’un soir » est LE film qui lui permettra de prouver la théorie. La rencontre avec Mattia, un des personnages principaux, est forcément possible. Forcément.</p>
<p><img src="/images/au-travers-du-rayon.jpeg" alt="Couvertures de Au travers du rayon"></p>
<p>« Au travers du rayon » d’Aude Bertrand est une bande dessinée sensible et intelligente. L’autrice ne donne pas toutes les clés. La grille de lecture n’est pas figée. Ce n’est pas pour me déplaire, car cela me donne l’occasion d’étendre ma propre réalité, thèse centrale de l’ouvrage, grâce à mon imagination.</p>
<p>Et quelle meilleure façon de la nourrir cette imagination — seule porte vers une réalité augmentée, quoi qu’en pensent Zuckerberg et sa vile clique — que l’art ?</p>
<p>Sous l’emprise de la fiction, Jeanne réussira-t-elle à rencontrer Mattia ? Lisez-donc « Au travers du rayon » pour le savoir. Peut-être que cela vous inspirera à mener votre propre quête, à élargir votre cadre, et à donner à l’art la place qui lui revient.</p>
<p>—
<a href="hhttps://www.editions2024.com/livres/au-travers-du-rayon">Au travers du rayon</a>. Aude Bertrand. Éditions 2024. 26 €.</p>
<div class="footnotes" role="doc-endnotes">
<hr>
<ol>
<li id="fn:1">
<p>Ce film, français, existe. Il date de 1986. Éric Rohmer, son réalisateur, s’est inspiré du roman éponyme de Jules Verne. Le titre fait référence à un phénomène optique et atmosphérique par temps clair. En effet, lorsque les conditions sont réunies, le tout dernier rayon visible du soleil, avant que ce dernier ne cède galamment sa place à dame lune, ressemble à un éclair vert.&#160;<a href="#fnref:1" class="footnote-backref" role="doc-backlink">&#x21a9;&#xfe0e;</a></p>
</li>
<li id="fn:2">
<p>J’ai cherché ce titre sur internet, en vain. Je suis resté <a href="https://fr.wiktionary.org/wiki/broucouille#fr">broucouille</a>. Ce serait donc un film fictif. Mais si ce n’était pas le cas, merci de nous le signaler par interaction sur les réseaux dits sociaux. Le Sillon vous remerciera, et moi aussi par le fait même.&#160;<a href="#fnref:2" class="footnote-backref" role="doc-backlink">&#x21a9;&#xfe0e;</a></p>
</li>
</ol>
</div>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Miss.Tic: à la vie à l'amor. Art dans la ville, poétique de la révolte (1985-2022)]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2025-01-19T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-01-19T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Depuis plusieurs années, j’observe les quelques œuvres de Miss.Tic à Arles<sup id="fnref:1"><a href="#fn:1" class="footnote-ref" role="doc-noteref">1</a></sup>. Elles s’effacent peu à peu, disparaissant progressivement de nos regards. J’ai toujours aimé la poésie et les pochoirs de l’artiste, sans jamais vraiment prendre le temps d’explorer davantage son travail.</p>
<p>Lors d’un long trajet de retour d’Arles, j’ai écouté un podcast sur France Inter, <a href="https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-midis-de-culture/miss-tic-a-la-vie-a-l-amor-quand-l-art-urbain-s-expose-6199618">&ldquo;Miss.Tic : à la vie, à l&rsquo;amor&rdquo;, quand l&rsquo;art urbain s&rsquo;expose</a>. Il évoquait une exposition posthume au Palais des Papes et m’a fait réaliser : « Merde, j’aurais dû m’intéresser plus en profondeur à son œuvre ces dernières années. »</p>
<p><img src="/images/misstic.jpeg" alt="Couverture de MissTic -  à la vie, à l&rsquo;amor, quand l&rsquo;art urbain s&rsquo;expose"></p>
<p>Comme souvent, mon cerveau s’est égaré dans d’autres lectures et recherches. Mais le hasard — ou plutôt une fouille obstinée dans les étagères chaotiques d’une Fnac (une réflexion potentielle à part entière pour le Sillon sur le rangement approximatif de ces grandes enseignes) — m’a mené jusqu’au catalogue de l’exposition du Palais des Papes.</p>
<p>Et là, surprise : ce n’est pas vraiment un simple catalogue. C’est bien mieux. Une pépite, remplie d’entretiens, de notes, de copies de vieilles lettres (et même de fax !), et d’une foule de détails fascinants.</p>
<p>L’entretien avec Gérard Zlotykamien est une plongée fascinante dans le travail de Miss.Tic, mais aussi dans celui des pionniers du street-art à Paris. Il partage avec une humilité remarquable son expérience et sa vision en tant qu’artiste. Cette entrevue, à elle seule, justifie l’acquisition de ce livre.</p>
<p>Un autre aspect captivant est la réflexion autour de la typographie utilisée par Miss.Tic. Le texte de <a href="https://www.lorainefurter.net">Loraine Furter</a> est une belle ode à son œuvre. Il m’a fait rêver d’une police de caractères libre et réutilisable qui pourrait immortaliser son style si unique.</p>
<div class="footnotes" role="doc-endnotes">
<hr>
<ol>
<li id="fn:1">
<p>Réalisées en 2010 lors d’une exposition à la galerie Arlatino, dans les rues d’Arles, sur le thème de l’amour (son sujet de prédilection).&#160;<a href="#fnref:1" class="footnote-backref" role="doc-backlink">&#x21a9;&#xfe0e;</a></p>
</li>
</ol>
</div>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Le désastre urbain et la crise de l’art contemporain]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2025-01-18T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-01-18T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>En découvrant le titre <em>“Le désastre urbain et la crise de l’art contemporain”</em>, je me suis interrogé sur le lien entre l’urbanisation et l’art contemporain. Serge Latouche, économiste français engagé dans le mouvement de la décroissance, est un auteur prolifique qui a publié de nombreux textes dans la revue du MAUSS<sup id="fnref:1"><a href="#fn:1" class="footnote-ref" role="doc-noteref">1</a></sup> (<em>Mouvement Anti-Utilitariste en Sciences Sociales</em>). Intrigué, j’ai acheté ce livre sans hésiter.</p>
<p>Cet ouvrage est né à la demande de Marcello Faletra, qui souhaitait explorer la question de la beauté et de l’architecture. Il s’appuie notamment sur les écrits de J. M. G. Le Clézio, et plus précisément sur son roman <em>Les Géants</em>. Ce dernier aborde les thèmes de la surconsommation et dépeint “Hyperpolis”, une ville transformée en supermarché géant.</p>
<p><img src="/images/desastre_urbain.jpg" alt="Le Désastre Urbain et La Crise de l&rsquo;Art Contemporain"></p>
<p>Le chapitre 1, <em>“Hyperpolis: Architecture, Urbanisme et décroissance”</em>, propose une analyse claire et bien structurée. Il explore la transformation des villes au service du consumérisme, marquée par la domination de la voiture et l’essor de la spéculation immobilière. L’exemple de la “bruxellisation” illustre avec pertinence la dégradation des centres urbains, même en temps de paix. Une introduction accessible et équilibrée, qui évite de se perdre dans une complexité inutile.</p>
<p>Le chapitre 2, <em>“La Beauté Sauvera-T-Elle le Monde? Art et décroissance”</em>, réussit l’exploit de transformer un débat sur l’art en une complainte sur la perte du “beau”. Apparemment, tout ce qui est conceptuel ou contemporain, est suspect, et la laideur serait désormais le nec plus ultra de la création artistique. On se croirait plongé dans un remake des querelles de l’abstraction, avec en prime un soupçon de mépris pour tout ce qui dépasse la perspective classique. Le tout, bien sûr, saupoudré d’une bonne dose de nostalgie où l’art avait encore, paraît-il, une “vraie” valeur. Bref, un retour triomphal à “c’était mieux avant”.</p>
<p>Vous pouvez toujours vous procurer le livre auprès des éditions <a href="https://www.editionsbdl.com/"><em>Le Bord de l’Eau</em></a> (éditeur de qualité , ne serait-ce que pour le chapitre 1. Une lecture sélective s’impose donc pour en apprécier pleinement la valeur.</p>
<div class="footnotes" role="doc-endnotes">
<hr>
<ol>
<li id="fn:1">
<p>Une <a href="https://www.revuedumauss.com.fr/">revue interdisciplinaire de grande qualité</a> qui explore des sujets variés, de l’économie à l’anthropologie. Elle offre une réflexion précieuse sur des concepts comme le don dans nos sociétés.&#160;<a href="#fnref:1" class="footnote-backref" role="doc-backlink">&#x21a9;&#xfe0e;</a></p>
</li>
</ol>
</div>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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        </entry>
    
        
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            <title type="html"><![CDATA[La dernière nuit de Mussolini]]></title>
            <link href="https://sillon-fictionnel.club/post/la-derniere-nuit-de-mussolini/?utm_source=atom_feed" rel="alternate" type="text/html" />
            
            
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2025-01-13T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-01-13T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Attiré par la belle couverture tel l’ours par le miel, je n’hésite pas un seul instant à m’emparer d’un exemplaire de « La dernière nuit de Mussolini » de Jean-Charles Chapuzet et de Christophe Girard. Après m’être acquitté de mon dû, je fonce chez moi et me love dans un fauteuil. La dégustation ne peut attendre. Sous lumière tamisée, cela va sans dire.</p>
<p>Les pages et les planches se succédant, je commence à sentir une gêne. Puis un souvenir datant d’une décennie ou presque refait surface.</p>
<p>Je me trouve chez un caviste. De l’épicurisme et du bien-vivre, comme toujours. Mais au lieu d’encre et de bulles, cette fois, je cherche du raisin. Et pas n’importe lequel.</p>
<p>Ne sachant pas quoi choisir, j’erre parmi les quilles sans but précis. Après un temps pouvant s’étendre entre deux minutes et quinze — la mémoire exacte me fait défaut, mais la fourchette devrait vous donner une idée, même si cela n’a aucune importance pour l’histoire — mon œil, ou plutôt mes yeux n’étant pas borgne que je sache rencontrent la belle étiquette d’une Vosne-Romanée et ses formes suaves.</p>
<p>Hop ! Ni une, ni deux, je m’en saisis malgré son prix qui me pique le portefeuille et la conscience. Je rentre chez moi et je m&rsquo;attends à vivre une expérience inoubliable avec quelques autres pratiquants du levé-jeté triés sur le volet.</p>
<p>Mais le désenchantement arrive au galop. Nous humons, nous buvons, mais nous n’y comprenons rien. Pourtant, tout était là pour produire un grand vin. Seulement voilà. On dirait que le vigneron s’est emmêlé les éprouvettes, s’est trompé dans le dosage, le procédé ou les deux à la fois.</p>
<p>« La dernière nuit de Mussolini » c’est un peu pareil. Laissons de côté le dessin passable. Voyez-vous, dans « passable » il y a passe. Et généreux, j’aurais pu faire l’impasse sur le trait de Girard. Je l’aurais même apprécié si le scénario de Chapuzet était à la hauteur du personnage et surtout, surtout à la hauteur de sa dernière nuit.</p>
<p><img src="/images/la-derniere-nuit-de-mussolini.jpeg" alt="Couverture de La dernière nuit de Mussolini"></p>
<p>Mais non. C’est comme cette Vosne-Romanée décevante au possible. L’histoire est décousue. On saute clopin-clopant entre les années. Hop, nous voilà en 45. Hop, on retourne des décennies en arrière. Hop, nous voilà en 43. Euh, attends, Jean-Charles. Nous n’étions pas en 45 ? Si, si, on va y revenir, mais d’abord faisons un autre détour. Et passons par cette venelle avant de… ah attend, il faut absolument que je te montre ça… où on étions-nous… tiens, tu savais que… ah putain, l’embrouille… on parlait de quoi déjà ? De la dernière nuit à Benito… ah, mais oui et son gendre, je dois parler de son gendre… et savais-tu que le Duce avait pour maîtresse machine ? Et qu’il fut démis de ses fonctions et embastillé… ah, mais ça me revient… son gendre…</p>
<p>Sauf si vous êtes amateur de jeux de pistes, doublé d’un relieur hors pair pour enlever les pages de cette bande dessinée une à une pour les rassembler dans un ordre à peu près cohérent, passez votre chemin. Même nous autres, les fous du Sillon, on en perdrait l’esprit, malgré les nombreuses cases qui nous manquent.</p>
<p>Le nouvel obscurantisme est là. Les démons d’hier refont surface sans qu’on n’y trouve rien à redire à part pester dans notre barbe (ou ailleurs si on a la pilosité frugale). Si on ne se dit pas qu’on va porter les fachos drapés dans des oripeaux de prolo au pouvoir, pour retrouver le plein emploi et le pouvoir d’achat. Je ne peux donc que regretter que Chapuzet et Girard passent à côté d’une belle piqûre de rappel sur ce qui nous attend si on ne se bouge pas très sérieusement l’arrière-train.</p>
<p>Sinon hier sera demain.</p>
<p>&ndash;
<a href="https://www.glenat.com/1000-feuilles/la-derniere-nuit-de-mussolini-9782344056158">La dernière nuit de Mussolini</a>. Jean-Christophe Chapuzet, Christophe Girard. Glénat. 21,50 €.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[La Librairie - Les Parages]]></title>
            <link href="https://sillon-fictionnel.club/post/librairie-les-parages/?utm_source=atom_feed" rel="alternate" type="text/html" />
            
            
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2025-01-12T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-01-12T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Il y a de ces librairies. Lorsque vous regardez la vitrine, vous vous
sentez chez vous. Les livres sont là devant vous. Ils sont l’extension
de votre esprit, de vos sentiments et même de votre vie. Vous vous
demandez si ce n’est qu’une impression, un effet mercatique. Mais en
vous approchant de cette vitrine, vous vous retrouvez englouti par une
douce sensation, comme celle d’un confortable fauteuil près d’une
bibliothèque. Cette perception, je l’ai retrouvée à <em>la librairie Les
Parages, 89 rue Sedaine, dans le 11ème à Paris</em>.</p>
<p><img src="/images/les_parages__L1009850_02.jpg" alt="Librairie Les Parages, Paris"></p>
<p>La devanture n’est qu’une immense madeleine de Proust. Des livres
photos japonais, des photographes souvent relégués aux oubliettes qui
retrouvent leur place, des auteurs new-yorkais mêlés à d’autres
œuvres… On comprend d’un coup d’œil qu’il s’agit de libraires lecteurs
et non de simples vendeurs de papier. En farfouillant dans les rayons
dédiés aux livres photos, on découvre une collection unique de livres
photo japonais, des éditions rares en Europe, et une sélection soignée
pour les amateurs.</p>
<p>Lors d’une discussion rapide avec les sympathiques libraires, on
découvre qu’ils importent régulièrement, six fois par an, des livres
photos du Japon. Les Sillonistes se perdent souvent dans les
librairies, et je crois qu’il est temps de les rendre visibles. Cela
devient un acte militant et une mesure prophylactique face à nos
sociétés glissant dangereusement vers l’obscurantisme.</p>
<p>Nous avons donc ajouté <a href="/les-librairies/">une page dédiée aux librairies</a> favorites des
Sillonistes : une liste pour les amoureux de la lecture, les adeptes
du cairn tsundoku, ou simplement les lecteurs éclairés.</p>
<hr>
<ul>
<li>
<p>les parages librairie</p>
</li>
<li>
<p>89 rue sedaine</p>
</li>
<li>
<p>75011 Paris</p>
</li>
<li>
<p>01.48.07.50.66
<a href="https://instagram.com/librairielesparages/">Instagram</a></p>
</li>
</ul>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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                                <category scheme="https://sillon-fictionnel.club/tags/photographie" term="photographie" label="photographie" />
                             
                                <category scheme="https://sillon-fictionnel.club/tags/paris" term="paris" label="paris" />
                            
                        
                    
                
            
        </entry>
    
        
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            <title type="html"><![CDATA[Aux soirs de grande ardeur]]></title>
            <link href="https://sillon-fictionnel.club/post/aux-soirs-de-grande-ardeur/?utm_source=atom_feed" rel="alternate" type="text/html" />
            
            
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2025-01-11T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-01-11T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Dans « Aux soirs de grande ardeur », Nicolas Puzenat laisse sa belle imagination courir le long de l’histoire humaine. Ce conte, dont il régale nos yeux et nourrit notre âme, interprète librement la révolution néolithique. Il prend racine à Miril, une des premières cités construites par l’être humain, entourée de majestueuses forêts.</p>
<p>Nos ancêtres commencent à délaisser la chasse, la cueillette, et le nomadisme qui les accompagnent, au profit de l’agriculture, de la sédentarité. La hiérarchie devient plus pesante. La domination, l’esclavagisme émergent. Les « urbains » regardent de haut les nomades, jugés sauvages et malpropres.</p>
<p><img src="/images/aux-soirs-de-grande-ardeur.jpeg" alt="Couverture de Aux soirs de grande ardeur"></p>
<p>Manakor est servante de Kaal, cuisinier du Rham, suzerain de Miril. Manakor voue un amour profond à son maître. Elle se montre prête à tout ou presque pour s’en attirer l’attention et en gagner le cœur.</p>
<p>Au-delà des remparts de la cité, une fumée s’élève, lointaine. D’abord ignorée, elle se multiplie et se rapproche. L’inquiétude monte.</p>
<p>Que faire ? Le Rham veut, avant tout, protéger ses trésors : meubles, or, joyaux, et le reste. Le juge-mage, la prêtresse, le maître des bois. Chacun y va de son conseil. Une cacophonie des temps anciens qui n’est pas sans rappeler notre époque <a href="https://www.theatlantic.com/magazine/archive/2025/02/trump-populist-conspiracism-autocracy-rfk-jr/681088/">avec son lot de toutologues et son nouvel obscurantisme</a>.</p>
<blockquote>
<p>Parfois, certains hommes se croient si puissants qu’ils deviennent fous. Ils oublient l’intérêt de la communauté, menacent finalement leur propre survie.</p>
</blockquote>
<p>Cela vous rappelle-t-il quelque chose ?</p>
<p>L’air de rien, « Aux soirs de grande ardeur » égrène des réflexions profondes sur notre société moderne et ses errements, semées aux pieds d’une nature exubérante. La langue est élégante, parfois lyrique et poétique. Par exemple, à un moment de l’histoire, une des protagonistes se remémore quelqu’un qui lui importait :</p>
<blockquote>
<p>Pourtant, devant cette liberté nouvelle, je ressens un grand vertige… comme devant l’abîme de ton absence.</p>
</blockquote>
<p>Vous l’aurez compris. Ce bon vieux Miles a fort apprécié cette bande dessinée.
—
<a href="https://www.lelombard.com/bd/aux-soirs-de-grande-ardeur/aux-soirs-de-grande-ardeur">Aux soirs de grande ardeur</a>. Nicolas Puzenat. Le Lombard. 20,45 €.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
                                <category scheme="https://sillon-fictionnel.club/tags/chronique" term="chronique" label="chronique" />
                             
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                                <category scheme="https://sillon-fictionnel.club/tags/bd" term="bd" label="bd" />
                             
                                <category scheme="https://sillon-fictionnel.club/tags/nature" term="nature" label="nature" />
                             
                                <category scheme="https://sillon-fictionnel.club/tags/conte" term="conte" label="conte" />
                             
                                <category scheme="https://sillon-fictionnel.club/tags/societe" term="societe" label="societe" />
                            
                        
                    
                
            
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            <title type="html"><![CDATA[the loop - comédie de Robin Goupil au théâtre des béliers]]></title>
            <link href="https://sillon-fictionnel.club/post/the-loop/?utm_source=atom_feed" rel="alternate" type="text/html" />
            
            
                <id>https://sillon-fictionnel.club/post/the-loop/</id>
            
            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2025-01-11T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-01-11T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<h3 id="avez-vous-déjà-vu-un-bélier-sous-lsd-">
  Avez-vous déjà vu un bélier sous LSD ?
  <a href="#avez-vous-d%c3%a9j%c3%a0-vu-un-b%c3%a9lier-sous-lsd-"><svg xmlns="http://www.w3.org/2000/svg" width="24" height="24" viewBox="0 0 24 24"><path fill="currentColor" d="M10.9 8a4 4 0 0 1 1.352.135a2.511 2.511 0 0 1-.7 4.863a.5.5 0 0 0 0 1a3.508 3.508 0 0 0 2.944-5.2A3.56 3.56 0 0 0 11.434 7H5.59a3.5 3.5 0 0 0-.19 7c.724.041 1.458 0 2.183 0a.5.5 0 0 0 0-1c-1.323 0-2.915.262-3.891-.843A2.522 2.522 0 0 1 5.59 8Z"/><path fill="currentColor" d="M18.41 17a3.5 3.5 0 0 0 .192-6.994c-.724-.041-1.458 0-2.183 0a.5.5 0 0 0 0 1c1.323 0 2.915-.262 3.891.843A2.522 2.522 0 0 1 18.41 16H13.1a4 4 0 0 1-1.352-.135a2.511 2.511 0 0 1 .7-4.863a.5.5 0 0 0 0-1a3.508 3.508 0 0 0-2.944 5.2A3.56 3.56 0 0 0 12.566 17Z"/></svg></a>
</h3>
<p>Le <a href="https://www.theatredesbeliersparisiens.com/">Théâtre des Béliers</a>, niché dans le 18ᵉ arrondissement de Paris, propose des créations théâtrales innovantes qui bousculent les codes et attirent un public curieux de découvertes artistiques. Après le succès retentissant de <em>No Limit</em>, la troupe revient avec <em>The Loop</em><sup id="fnref:1"><a href="#fn:1" class="footnote-ref" role="doc-noteref">1</a></sup>, un spectacle audacieux, écrit par Robin Goupil, mêlant force narrative et un humour surréaliste presque belge.</p>
<p>C&rsquo;est un huis clos déjanté, une sorte de mélange improbable entre l&rsquo;univers onirique de David Lynch, la poésie farfelue de Pierre Perret et l&rsquo;énergie brute de Johnny Hallyday. L&rsquo;histoire, portée par un rythme effréné et des dialogues ciselés, vous fera rire progressivement, jusqu&rsquo;à un crescendo final délirant.</p>
<p>La mise en scène ingénieuse joue habilement avec l&rsquo;espace confiné de la piece, plongeant les spectateurs dans une boucle temporelle intrigante et mystérieuse. Les acteurs, quant à eux, livrent des performances vibrantes, oscillant entre folie douce et moments cinglés.</p>
<p>Si vous aimez les expériences théâtrales hors des sentiers battus, <em>The Loop</em> est un rendez-vous déjanté incontournable.</p>
<p><img src="/images/the-loop.jpg" alt=""></p>
<h3 id="théâtre-des-béliers---confort-du-silloniste">
  Théâtre des Béliers - Confort du Silloniste
  <a href="#th%c3%a9%c3%a2tre-des-b%c3%a9liers---confort-du-silloniste"><svg xmlns="http://www.w3.org/2000/svg" width="24" height="24" viewBox="0 0 24 24"><path fill="currentColor" d="M10.9 8a4 4 0 0 1 1.352.135a2.511 2.511 0 0 1-.7 4.863a.5.5 0 0 0 0 1a3.508 3.508 0 0 0 2.944-5.2A3.56 3.56 0 0 0 11.434 7H5.59a3.5 3.5 0 0 0-.19 7c.724.041 1.458 0 2.183 0a.5.5 0 0 0 0-1c-1.323 0-2.915.262-3.891-.843A2.522 2.522 0 0 1 5.59 8Z"/><path fill="currentColor" d="M18.41 17a3.5 3.5 0 0 0 .192-6.994c-.724-.041-1.458 0-2.183 0a.5.5 0 0 0 0 1c1.323 0 2.915-.262 3.891.843A2.522 2.522 0 0 1 18.41 16H13.1a4 4 0 0 1-1.352-.135a2.511 2.511 0 0 1 .7-4.863a.5.5 0 0 0 0-1a3.508 3.508 0 0 0-2.944 5.2A3.56 3.56 0 0 0 12.566 17Z"/></svg></a>
</h3>
<p>Les banquettes sont bien alignées et offrent suffisamment de place pour les jambes, mais elles peuvent s&rsquo;avérer un peu dures pour le postérieur des Sillonistes. Contrairement à d&rsquo;autres théâtres parisiens, le placement est libre. Il est donc indispensable d&rsquo;arriver à l&rsquo;avance, muni de votre parapluie, doudoune ou coupe-vent, car l&rsquo;attente se fait à l&rsquo;extérieur si un autre spectacle est en cours.</p>
<div class="footnotes" role="doc-endnotes">
<hr>
<ol>
<li id="fn:1">
<p>Pour être en conformité avec la loi Toubon, <em>The Loop</em> signifie &ldquo;la boucle&rdquo;. Bien entendu, cela fait partie intégrante de l&rsquo;histoire, mais nous éviterons de divulgâcher ou espoillier. J&rsquo;ai une petite préférence pour utiliser espoillier, qui est de l&rsquo;ancien français et utilise la même origine latine que spoiler, <em>spoliare</em>.&#160;<a href="#fnref:1" class="footnote-backref" role="doc-backlink">&#x21a9;&#xfe0e;</a></p>
</li>
</ol>
</div>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
                                <category scheme="https://sillon-fictionnel.club/tags/theatre" term="theatre" label="theatre" />
                             
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                                <category scheme="https://sillon-fictionnel.club/tags/paris" term="paris" label="paris" />
                            
                        
                    
                
            
        </entry>
    
        
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            <title type="html"><![CDATA[Gauloises]]></title>
            <link href="https://sillon-fictionnel.club/post/gauloises/?utm_source=atom_feed" rel="alternate" type="text/html" />
            
            
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2025-01-04T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-01-04T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Ciro n’a pas eu d’enfance. Il n’a jamais été facile ce garçon. On dirait même qu’il n’en a pas été un. Il a sauté cette étape comme d’autres une flaque d’eau sur leurs chemins :</p>
<blockquote>
<p>« Tu es né vieux », lui répétait son grand-père. Et lui, c’est sûr, il s’y connaissait.</p>
</blockquote>
<p>C’est un taiseux Ciro. Il n’aime ni discours ni longues tirades. Il ne tolère pas non plus les jérémiades.</p>
<p>Il pourrait passer à côté de vous que vous ne le remarqueriez pas, si ce n’est l’odeur de ses gauloises. Ah ses gauloises. Toujours une vissée au bec. Pour un taiseux, vous me direz, c’est parfait. Nul besoin de justifier son silence avec ça.</p>
<p>Derrière lui, en plus de la fumée de ses gauloises, des cadavres. À la pelle.</p>
<p><img src="/images/gauloises.jpeg" alt="Couverture de Gauloises"></p>
<p>Aldo voulait devenir boxeur. Son idole ? Jack Dempsey. Il en avait la carrure, pas la stature. Encore moins le talent.</p>
<p>Oui, oui, Aldo pouvait faire mal. Mais de là à devenir boxeur, il y avait un infranchissable précipice.</p>
<p>Que faire ? Quitter la Sardaigne. Rejoindre Milan. Et tâcher de se faire un nom dans le milieu.</p>
<p>Il échangea son accent de l’île contre un sourire amer :</p>
<blockquote>
<p>À Bousa, il dansait le tango avec un authentique sens du tragique.</p>
</blockquote>
<p>Les jours passent et les nuits avec. Puis arrive une mission. Ciro s’exécute, comme toujours. Un petit amuseur <em>di merda</em>. Mais qui plaisait au roi de la mala.</p>
<p>C’est ainsi qu’Aldo le Sarde partira à la rencontre de Ciro, le Napolitain. Mais ça ne sera pas pour lui tirer une gauloise.</p>
<p>« Gauloises » est une bande dessinée funestement poétique dans une Italie où fleurit le désespoir, malgré le soleil et les belles gens.</p>
<p>Les protagonistes évoluent dans une atmosphère tendue, éthérée, presque irréelle, aux teintes pastel. Graphiquement, c’est une réussite. Igort nous régale. Certainement inspiré par la grande finesse du scénario d’Andrea Serio.</p>
<p>Une fois terminée, « Gauloises » laisse songeur, un verre de Verdicchio Blanco à la main, alors qu’Ishmael d’Abdullah Ibrahim — dans sa version incluse dans l’album « A Celebration » datant de 2004 — emplit la pièce de sa belle <em>saudade</em>. Semblable, je suppose, à celle que procurerait une gauloise une fois consumée. Car, voyez-vous, si ce bon vieux Miles n’a pas un plaisant défaut, c’est celui de fumer.</p>
<p>—
<a href="https://www.futuropolis.fr/9782754833172/gauloises.html">Gauloises</a>. Andrea Serio, Igort. Futuropolis. 17 €.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
                                <category scheme="https://sillon-fictionnel.club/tags/chronique" term="chronique" label="chronique" />
                             
                                <category scheme="https://sillon-fictionnel.club/tags/recension" term="recension" label="recension" />
                             
                                <category scheme="https://sillon-fictionnel.club/tags/polar" term="polar" label="polar" />
                             
                                <category scheme="https://sillon-fictionnel.club/tags/bd" term="bd" label="bd" />
                             
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                                <category scheme="https://sillon-fictionnel.club/tags/graphisme" term="graphisme" label="graphisme" />
                            
                        
                    
                
            
        </entry>
    
        
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            <title type="html"><![CDATA[AIR]]></title>
            <link href="https://sillon-fictionnel.club/post/air/?utm_source=atom_feed" rel="alternate" type="text/html" />
            
            
                <id>https://sillon-fictionnel.club/post/air/</id>
            
            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2025-01-03T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-01-03T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Il y a de cela des décennies, des météorites se sont écrasées sur le pergélisol. Des bactéries furent ainsi libérées, rendant l’air létal.</p>
<p>Ce cataclysme accéléra aussi le changement climatique. Des tsunamis et d’autres catastrophes naturelles se succédèrent, ce qui inonda une grande partie des terres habitées sur la planète.</p>
<p>L’humanité n’a pas le choix : elle doit porter un masque à oxygène pour respirer à l’extérieur de ses habitations. Un gouvernement mondial émerge, régulant l’approvisionnement en air. À sa tête se trouve un Régent, élu par un comité central et exerçant le rôle de chef suprême.</p>
<p>Pour purifier l’air, l’État lance un vaste projet de construction d’aéronefs destinés à aspirer les miasmes nocifs. Cependant, une série d’attaques terroristes perpétrées par un groupe de rebelles, le Réseau, mettent en péril ces efforts. Selon l’État, ces attaques visent délibérément à détruire les vaisseaux qui devaient contribuer à assainir l’air.</p>
<p>Troy Denen, un membre du comité central, est missionné pour infiltrer le Réseau et découvrir son repaire, afin que l’armée puisse l’anéantir définitivement et mettre un terme à ses ignobles agissements.</p>
<p><img src="/images/air.jpeg" alt="Couvertures de AIR, volumes 1 et 2"></p>
<p>Cependant, les événements ne se déroulent pas comme prévu. Alors que les Reîtres<sup id="fnref:1"><a href="#fn:1" class="footnote-ref" role="doc-noteref">1</a></sup>, ces robots redoutables aux mains de l’État autoritaire, punissent toute dissidence par une mort certaine, l’espion perd pied et foi. La réalité du drame personnel qui a mené à son engagement dans cette mission à haut risque ne correspond pas au rapport qui lui en a été donné…</p>
<p>« AIR », une série en deux volumes, est agréable à lire. Steampunk à souhait avec des clins d’œil à ce cher Jules Verne, le scénario de Philippe Pelaez a su me maintenir en haleine et me faire oublier les défauts du dessin classique de Francis Porcel, qui génèrent ma lecture au début. Des visages, par exemple, sont mal proportionnés.</p>
<p>J’ai retrouvé dans l’AIR comme un parfum d’antan, me rappelant les livres et les bandes dessinées que j’adorais autrefois, y compris sa conclusion très convenue.</p>
<p>Si vous cherchez à passer un moment divertissant dans un univers dystopique sans être regardant sur le dessin, AIR est fait pour vous.</p>
<p>—
<a href="https://www.angle.fr/bd/grand_angle/air/air_-_vol_01_sur_2/9782818993439">AIR, volume 1</a>, <a href="https://www.angle.fr/bd/grand_angle/air/air_-_vol_02_sur_2/9791041103553">AIR, volume 2</a>. Philippe Pelaez, Francis Porcel. Grand Angle. 16,90 € le volume.</p>
<div class="footnotes" role="doc-endnotes">
<hr>
<ol>
<li id="fn:1">
<p>Ce mot, de l’allemand <em>Reiter</em>, désigne <em>un cavalier allemand mercenaire, au service de la France</em>, ou, en langage soutenu, <em>un guerrier violent</em>. Vu le contexte, nous retiendrons la seconde signification du mot.&#160;<a href="#fnref:1" class="footnote-backref" role="doc-backlink">&#x21a9;&#xfe0e;</a></p>
</li>
</ol>
</div>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Revoir Comanche]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2025-01-02T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-01-02T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>« Revoir Comanche » est l’extraordinaire hommage de Romain Renard à <a href="https://www.bedetheque.com/serie-85-BD-Comanche.html">« Comanche »</a>, une série en 15 volets de Greg et Hermann, qui fut publiée de 1972 à 2002.</p>
<p>Red Dust, un vieux pistolero acariâtre, vit reclus dans une petite ville californienne, entouré de ses démons et des fantômes de ceux qu’il fit passer de vie à trépas.</p>
<p>N’attendant plus rien de la vie, il attend la fin. C’est alors que Vivienne, une bibliothécaire, vient attiser sa colère et réveiller des souvenirs qu’il croyait à jamais enfouis.</p>
<p>Enceinte, Vivienne est porteuse de mauvaises nouvelles. Triple 6, le ranch que Red Dust protégeait avec ses compères toutes dents dehors, ne répond plus.</p>
<p>La belle Comanche, sa propriétaire, avait fissuré la dure pierre enveloppant le cœur d’un des plus redoutables porte-flingues que l’Ouest connut à la fin du 18e siècle. Mais alors qu’il aurait pu lui avouer son amour, Red Dust préféra fuir.</p>
<p>Le vieux loup, bien qu’édenté, décide de reprendre la route, accompagné de Vivienne, pour s’assurer que Comanche et son ranch ne sont pas dans de sales draps.</p>
<p><img src="/images/revoir-comanche.jpeg" alt="Couverture de Revoir Comanche, roman graphique de Romain Renard"></p>
<p>S’ensuit un époustouflant road trip en noir en blanc, de la Californie au Wyoming, dessiné de main de maître par un talentueux Renard, dans une Amérique en pleine transformation grâce, sinon à cause de l’or noir.</p>
<p>Même si, tout comme moi, vous n’avez jamais lu le moindre volet de la série originelle dont s’inspire l’auteur, vous ne serez point perdus.</p>
<p>Au contraire, vous serez happés par le don graphique de l’auteur. Un don qui se manifeste par des paysages crépusculaires le long du parcours des personnages. Un don qui rend l’atmosphère lourde et suffocante pour donner lieu à une histoire explosive, où le vernis de la civilisation ne résiste pas longtemps aux accès de violence.</p>
<p>Enfin, pour agrémenter votre lecture, je vous invite à écouter le bel album de trois morceaux créé par l’auteur. Et si cela s’avère trop court, vous pourrez poursuivre l’aventure accompagnés de la liste de lecture qu’il propose. Vous trouverez toutes les informations nécessaires pour préparer votre voyage avec Red Dust et Vivienne en première page de ce roman graphique <a href="http://prix.quaidesbulles.com/2024/10/30/palmares-2024/">qui a conquis le cœur du Festival Quai des Bulles en 2024</a>.</p>
<p>&ndash;
<a href="https://www.lelombard.com/bd/revoir-comanche/revoir-comanche">Revoir Comanche</a>. Romain Renard. Le Lombard. 22,95 €.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Spectres de ma vie]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2025-01-01T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2025-01-01T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Souvent, je croise les publications de cet éditeur <em><a href="https://entremonde.net">entremonde</a></em>, connu pour ses livres et essais qui, au premier abord, semblent obscurs ou difficiles d’accès. Leur approche éditoriale paraît exigeante, presque hermétique, et cela me laisse souvent perplexe. Dans les librairies, je me surprends à feuilleter leurs ouvrages, essayant de deviner si l’un d’eux pourrait captiver mon esprit. Mais l’alchimie ne prend pas : je repose les livres en me disant que, peut-être, je ne suis pas encore prêt à les lire.</p>
<p>Puis, lors d’une escapade à Paris, je découvre la librairie <em><a href="https://www.petite-egypte.fr/">Petite Égypte</a></em>, nichée dans le quartier du Sentier (et non du Sillon, malgré une certaine filiation intellectuelle). Ce lieu dégage une énergie particulière, presque magique, qui évoque une organisation sillonesque, un espace dédié à l’échange des idées et des sensibilités. La librairie héberge également une <a href="https://petite-radio.fr/">Petite Radio</a>, un projet protéiforme en devenir, témoin de la vivacité et de l’imagination des lieux.</p>
<p><img src="/images/petite-egypte.jpg" alt="Photographie de La librairie Petite Egypte"></p>
<p>Dès mon arrivée, je suis accueilli par des libraires chaleureux, à l’humour fin et à la lecture acérée. Leur passion transparaît dans leurs conseils et leurs échanges. Le rangement des rayons est approximatif, désordonné juste ce qu’il faut pour inviter à l’exploration, et la sélection des livres reflète une influence claire de créateurs et d’esprits libres. L’espace, réparti sur deux étages, est pensé pour inciter à la flânerie et à la découverte. L’ambiance, elle, oscille entre intimité et ouverture, un mélange parfait pour s’abandonner à de nouvelles lectures.</p>
<p>Et c’est là que tout bascule : mon regard tombe sur un livre édité par <em>entremonde</em>. Sa couverture, rappelant l’esthétique Pac-Man des années 80, pique immédiatement ma curiosité de vieux nerd nostalgique. Intrigué, je me laisse happer par cette rencontre inattendue entre mon passé ludique et une maison d’édition qui, jusqu’alors, me semblait inaccessible. Finalement, le livre trouve sa place dans mes mains, preuve que, parfois, il suffit d’un détail pour ouvrir une porte que l’on croyait fermée.</p>
<p>Le livre <strong><a href="https://entremonde.net/spectres-de-ma-vie">Spectres de ma vie</a></strong> de <em>Mark Fisher</em>, avec son sous-titre intriguant <em>Écrits sur la dépression, l’hantologie<sup id="fnref:1"><a href="#fn:1" class="footnote-ref" role="doc-noteref">1</a></sup> et les futurs perdus</em>, est la traduction de l’ouvrage original <em>Ghosts of My Life: Writings on Depression, Hauntology and Lost Futures</em>, publié en 2014 chez Zero Books. Cet essai explore avec profondeur les thèmes de la mélancolie, de la mémoire culturelle et des promesses d’avenirs jamais réalisés, tout en s’appuyant sur la théorie de l’hantologie<sup id="fnref1:1"><a href="#fn:1" class="footnote-ref" role="doc-noteref">1</a></sup> pour examiner les traces du passé qui hantent le présent.</p>
<p>Ce livre rappelle <em>La Maison des feuilles</em> de Mark Z. Danielewski, avec son style fragmenté et expérimental. C’est une sorte de compilation de billets de blog, de critiques, et de réflexions tirées de journaux, explorant la musique, la culture et nos sociétés contemporaines. En feuilletant quelques pages, on redécouvre <em>L’Antre de la folie</em><sup id="fnref:2"><a href="#fn:2" class="footnote-ref" role="doc-noteref">2</a></sup> de John Carpenter, les compositions atmosphériques de William Emmanuel Bevan (alias Burial), et d’autres références parfois obscures, mais toujours fascinantes.</p>
<p>Si vous aimez vous perdre dans les méandres des réflexions d’un auteur et critique tourmenté, explorant l’art et, plus particulièrement, la musique, alors ce livre est fait pour vous. Une lecture captivante pour les adeptes du Sillon, mais aussi une belle occasion de souligner l’importance cruciale des librairies dans la découverte de telles œuvres. Ces lieux, véritables carrefours de curiosité et d’inspiration, jouent un rôle essentiel dans la rencontre entre les lecteurs et des ouvrages qui peuvent transformer leur vision du monde.</p>
<div class="footnotes" role="doc-endnotes">
<hr>
<ol>
<li id="fn:1">
<p>L&rsquo;<em><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Hantologie">hantologie</a></em> est une théorie ou un mouvement artistique qui s’appuie sur des matériaux déjà produits pour bâtir quelque chose de nouveau. Cette approche m’a toujours fait penser au mouvement <em>ambient</em>, qui recycle et réinterprète des éléments sonores existants. C’est une sorte de puits inépuisable, un réservoir créatif qui nourrit une production continue, tout en faisant subtilement résonner le passé. Ce processus active régulièrement votre mémoire et stimule votre imagination, jouant sur des traces, qu’elles soient familières ou inconnues, pour éveiller une connexion émotionnelle et intellectuelle toujours renouvelée. Certains pourraient y voir le reflet d’un chaos or brol inspirant, comme celui d’un studio d’artiste en perpétuel mouvement.&#160;<a href="#fnref:1" class="footnote-backref" role="doc-backlink">&#x21a9;&#xfe0e;</a>&#160;<a href="#fnref1:1" class="footnote-backref" role="doc-backlink">&#x21a9;&#xfe0e;</a></p>
</li>
<li id="fn:2">
<p>Un film souvent mal aimé par la critique, <em>L’Antre de la folie</em> est pourtant un véritable hommage à Howard P. Lovecraft. Ce long-métrage explore des thématiques lovecraftiennes emblématiques, telles que la folie, l’indicible et les frontières fragiles entre réalité et fiction. Ces motifs, profondément enracinés dans l’œuvre de Lovecraft, trouvent également un <a href="https://sillon-fictionnel.club/post/le-dernier-jour-de-hpl/">écho récurrent au sein du Sillon</a>, où ils nourrissent une réflexion sur la peur, l’inconnu et la création artistique.&#160;<a href="#fnref:2" class="footnote-backref" role="doc-backlink">&#x21a9;&#xfe0e;</a></p>
</li>
</ol>
</div>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Le Déviant, vol. 1]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy &amp; Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2024-12-30T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-12-30T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p><strong>Avis d’Alexandre</strong></p>
<p>James Tynion IV revient avec une nouvelle histoire percutante.</p>
<p>Cet auteur de comics explore cette fois l’univers d’un tueur en série dans l’Amérique des années 70. Le dessin, sombre et psychologiquement instable, plonge le lecteur dans une atmosphère dérangeante, tandis que les dialogues, ciselés avec soin, renforcent cette tension oppressante.</p>
<p>On retrouve ici une Amérique brute, incapable de se défaire de ses bas instincts. C’est du très bon : malsain à souhait, avec une esthétique graphique qui accentue encore l’aspect troublant. À tel point qu’on se surprend à envisager de se procurer la version originale en anglais pour s’y plonger encore plus vite et plus profondément. Mais, paraît-il, la patience est une qualité essentielle dans le travail lent d’un tueur… il ne me reste donc qu’à attendre.</p>
<p><strong>Avis de Miles</strong></p>
<p>Mon avis est semblable à celui d’Alexandre.</p>
<p>Ses mots saisissent parfaitement le premier tome d’une bande dessinée qui, au-delà des germes d’un mystère déconcertant et d’une violence traumatisante, porte les promesses d’un grand 9e art, à l’instar de l’excellent « The Nice House On The Lake » du même James Tynion IV.</p>
<p>Le dessin de Joshua Hixson, sombre et instable, comme le décrit Alexandre, m’a d’abord décontenancé, jusqu’à ce que je comprenne, après quelques pages, qu’il correspondait parfaitement au scénario. Mon cœur battait vite, mes mains étaient moites, et je n’ai pas pu décrocher du livre avant d’en atteindre la dernière page.</p>
<p>Soudain, un souvenir enfoui a refait surface dans mon esprit. Je me souviens d’avoir regardé le film « The Thing » de John Carpenter en tant qu’enfant, me disant que je devais m’arrêter, partir, que c’était trop pour moi, et pourtant, j’ai continué à le regarder, sachant que cela allait me marquer à jamais.</p>
<p>« Le Déviant » est, à première vue, tout aussi puissant. Cependant, contrairement à « The Thing », il représente une réalité dont on ne peut si facilement se défaire.</p>
<p><img src="/images/le-deviant-vol1.jpeg" alt="Couverture du volume 1 de « Le Déviant »"></p>
<p>—
<a href="https://www.urban-comics.com/le-deviant-un-conte-de-noel-tome-1/">Le Déviant, Volume 1</a>. Tynion IV, Hixson. Urban Comics. 20 €.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Le reich de la lune]]></title>
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            <author>
                        <name>Guillaume Rousse</name>
                    </author>
            <published>2024-12-29T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-12-29T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p><img src="/images/le-reich-de-la-lune.jpg" alt=""></p>
<p>Renate est née et a grandi sur la lune, là où ses grands-parents se sont
refugiés en 1945, à la fin de la Grande Guerre du la Montée de notre Mouvement.
Dans son journal, elle raconte sa jeunesse, et sa fascination pour la terre,
qui l&rsquo;a poussée à devenir <em>Mondjugendunterführerin</em>, afin d&rsquo;enseigner l&rsquo;anglais
et la terrologie aux enfants, et de les préparer à leur retour sur leur planète
d&rsquo;origine, lorsque serait venu le temps de la revanche. Car pour expliquer le
message d&rsquo;amour et d&rsquo;harmonie qu&rsquo;est le national-socialisme aux malheureux
terriens attendant d&rsquo;être délivrés du joug des capitalistes et des bolcheviks,
mieux vaut parler le même language qu&rsquo;eux.</p>
<p>En 2018, un vaisseau d&rsquo;exploration se pose sur la lune. Les intrus sont vite
neutralisés, et la découverte d&rsquo;un téléphone portable dans leur affaire offre
enfin la perspective de finaliser l&rsquo;arme ultime, le <em>Götterdämmerung</em>, en
préparation depuis des décennies. Une mission d&rsquo;infiltration est donc envoyée
sur terre, afin de s&rsquo;emparer des précieuses capacités de calcul. Et pour mener
cette mission à bien, il y a l&rsquo;<em>Informationstechnikoberfürher</em> Klaus Adler, qui
rêve de devenir Fürher à la place du Fürher, l&rsquo;astronaute survivant James
Washington, qui était bien un peu noir à l&rsquo;origine, mais qui a été blanchi et
nazifié pour l&rsquo;occasion, notre héroïne, montée clandestinement à bord parce
que la place de la future femme du futur chef, c&rsquo;est plutôt de rester à la
maison, et deux-trois SS supplémentaires pour compléter. Mais rien ne va se
passer comme prévu, parce que la mondialisation et la révolution numérique sont
passées par là, et qu&rsquo;il va falloir s&rsquo;adapter un peu.</p>
<p>Si l&rsquo;histoire vous rappelle un peu le film <em>Iron Sky</em>, sorti en 2012, c&rsquo;est
parfaitement normal, il s&rsquo;agit bien de l&rsquo;histoire qui a servi de base au
scénario, enrichie et augmentée pour constituer un récit jouissif et déjanté.
Si vous avez aimé les aventures des nazis qui viennent de l&rsquo;espace, vous allez
maintenant pouvoir découvrir que le national-socialisme est soluble dans les
vidéos de chatons&hellip;</p>
<p>—
<a href="https://www.babelio.com/livres/Sinisalo-Le-reich-de-la-lune/1035955">Le reich de la lune</a>. Johanna Sinisalo. Actes sud. 9,90€.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Fort Alamo]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2024-12-27T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-12-27T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Un grand sourire scinde mon visage. Mon humeur se veut légère, chantonnante. Des rayons de soleil s’échappent de mon cœur, malgré la nuit noire et la ville sans âme que j’habite.</p>
<p>Je viens de poser « Fort Alamo », le dernier roman de Fabrice Caro, plus connu sous le sobriquet de Fabcaro. Je l’ai lu quasiment d’une seule traite, tellement je l’ai trouvé jouissif.</p>
<p>Cela fait longtemps que je n’ai pas bu encre aussi savoureuse. Certes, ces temps-ci, je lis bien moins de romans qu’auparavant. Du moins, je les commence, sans les finir. Je les repose après 10, 20 ou 50 pages, parfois par lassitude, d’autres pour aller butiner d’autres fleurs, si ce n’est pas attiré par la facilité, le moindre effort de lire des bandes dessinées et autres romans dits graphiques.</p>
<p>Dès les premières phrases, je sentais que j’avais entre les mains une belle œuvre. Un style limpide, émaillé de poésie, évoquant le Bégaudeau des bons jours, mais aussi l&rsquo;Echenoz.</p>
<p>Cyril est un professeur au caractère plutôt effacé, qui mène une vie rangée, tranquille. Mais comme nombre de ses congénères, il supporte mal les incivilités qui semblent se multiplier.</p>
<p>Un jour, alors qu’il peste en silence contre un malotru qui vient de lui griller la priorité en caisse de supermarché, ce dernier tombe tout à coup au sol et ne bouge plus.</p>
<p>Les incidents de ce type s’enchaînent autour de Cyril. Le courroux silencieux de notre protagoniste semble entraîner la mort instantanée d’autrui. Corrélation ? Causalité ? Les deux à la fois ma bonne dame ?</p>
<p>Qui sait ? Sauf peut-être Cyril, qui, les pages défilant, se convainc qu’il possède un superpouvoir, digne d’un Hulk des temps modernes, capable de provoquer l’AVC du con ou de la connasse qui l’emmerde, qui se torche avec les règles de bienséance, plutôt que de lui défoncer la gueule avec un barrage de poings-enclumes, comme aurait pu le faire un Bruce Banner énervé.</p>
<p>Mais ce pouvoir incontrôlable risque de ruiner la soirée de Noël qui se profile chez son frère. Car Corrine, sa belle-sœur, l’irrite au plus haut point…</p>
<p>Blagues dosées comme il faut, tombant toujours ou presque à pic, espacées de quelques pages à peine. Des paroles, ici et là, qui ne ratent pas leur cible, commes celles-ci : « Sartre avait en partie raison, il n’avait simplement pas pu aller au bout de son raisonnement : l’enfer c’est les autres avec du réseau. » (Page 73)</p>
<p>L’air de rien, Fabcaro critique notre époque, nous rappelle l’importance du vivre-ensemble qui s’en va à tire d’ailes, et nous invite à l’apaisement quand nous nous irritons face aux incivilités d’autrui, leur trouvant des excuses quand cela est possible. Il me rappelle en cela le célèbre discours « This Is Water » de David Foster Wallace.</p>
<p>Mais Fabcaro ne tombe pas dans le panneau de la surgentillesse aveugle, de la brebis qui se fait dévorer par les loups, ses traits accueillant cela comme une bonne nouvelle.</p>
<p>Prenez par exemple l’analyse fine de Gilles, collègue de Cyril, page 121 :</p>
<blockquote>
<p>Ah oui le fameux <em>On est tous le con d’un autre</em>… Je supporte pas cette théorie. C’est les vrais cons qui l’ont inventée pour se dédouaner et pour que rien ne bouge. Le vivre-ensemble, c’est pas subjectif, c’est factuel : si tu passes ton temps à faire des trucs de gros con qui nuisent aux autres, tu es un gros con, point final, y a zéro relativité là-dedans. L’incivilité est une valeur absolue, mesurable, objective, la relativiser c’est la légitimer.</p>
</blockquote>
<p>Tout est dit. Et pour finir cette recension, laissons infuser cette phrase du précédemment cité David Foster Wallace, extraite de « Infinite Jest » : « <em>Try to learn to let what is unfair teach you.</em> » (Essayez d’apprendre à laisser ce qui est injuste vous instruire)</p>
<p><img src="/images/fort-alamo.jpeg" alt="Couverture de Fort Alamo, roman de Fabrice Caro"></p>
<p>—
<a href="https://www.gallimard.fr/catalogue/fort-alamo/9782073085153">Fort Alamo</a>. Fabrice Caro. Collection Sygne, Gallimard. 19,50 €.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[L'escamoteur]]></title>
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            <author>
                        <name>Guillaume Rousse</name>
                    </author>
            <published>2024-12-26T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-12-26T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p><img src="/images/l-escamoteur.jpg" alt=""></p>
<p>Philippe Colin, vous connaissez forcément, c&rsquo;est lui qui sévissait sur France
Inter avec son compère Xavier Mauduit, dans une émission complétement foutraque
et déjantée. Aujourd&rsquo;hui, il fait dans l&rsquo;écriture, avec un roman paru cette
année, <em>Le barman du Ritz</em>, mais aussi et surtout dans la bande dessinée
historique. Avec son compère Sébastien Goethal au dessin, ils en sont
maintenant au 3e essai, avec tout d&rsquo;abord <em>Le voyage de Marcel Grob</em>,
consacré à l&rsquo;histoire d&rsquo;un malgré nous alsacien au sein de la Waffen SS, puis
<em>La patrie des frères Werner</em>, consacrés à deux frangins footballeurs
qui émargent à la Stasi, et maintenant <em>L&rsquo;escamoteur</em>, qui tourne autour
de l&rsquo;histoire d&rsquo;<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Action_directe">Action Directe</a>.</p>
<p>Le prisme de l&rsquo;histoire, c&rsquo;est la figure de Gabriel Chahine, un honorable
correspondant infiltré par les <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Direction_centrale_des_Renseignements_g%C3%A9n%C3%A9raux">Renseignements Généraux</a>
chez les militants d&rsquo;extrême-gauche. Un personnage complexe, trouble et
fascinant, à la fois dandy charmeur et mythomane auprès de ses petits
camarades, mais aussi un chrétien libanais réfugié en France, collaborant
volontairement avec le pouvoir, sans qu&rsquo;on puisse vraiment saisir si c&rsquo;est
juste par intérêt ou par choix idéologique sincère. Jouant sur la soif de
reconnaissances militants d&rsquo;AD sur la scène internationale, il ira jusqu&rsquo;à
monter de toute pièce un rendez-vous avec
<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ilich_Ram%C3%ADrez_S%C3%A1nchez">Carlos</a> (pas le
chanteur, l&rsquo;autre), afin de discuter d&rsquo;un attentat contre le barrage
d&rsquo;Assuan&hellip; Plus c&rsquo;est gros, et plus ça passe, et la souricière fonctionne,
puisqu&rsquo;elle aboutit à la première capture de J.M. Rouillan et de N. Ménigon.</p>
<p>Arrive alors 1981, et la victoire de la gauche à l&rsquo;élection présidentielle. Le
pouvoir socialiste, soucieux de se démarquer, cherche à gouverner autrement (au
début, au moins), et privilégie alors l&rsquo;ouverture sur la répression. Mais
surtout, les nouveaux dirigeants se méfient énormément de la fidélité des
troupes, et redoutent la ré-édition du <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Coup_d%27%C3%89tat_de_1973_au_Chili">coup d&rsquo;état de 73 au Chili</a>, après la victoire d&rsquo;Alliende. Ils entament alors l&rsquo;épuration des forces de polices, et en particulier de la police politique que
constitue les RG, tandis que les négociations s&rsquo;engagent avec les militants
emprisonnés, avec pour ambition claire de monter un <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Service_d%27action_civique">SAC</a> de gauche, afin de
lutter contre la subversion d&rsquo;extrème-doite. Si cette stratégie d&rsquo;apaisement
fonctionne en partie, certains militants abandonnant l&rsquo;action clandestine, les
plus radicaux, libérés « grâce aux porcs auxquels les élections ont permis de
récupérer la belle couleur rose qui leur est naturelle… » reprennent bientôt la
lutte armée. Chahine, dont le nom a vraisembablement été balancé lors des négociations, est l&rsquo;une des premières victimes, puisque l&rsquo;indicateur est
abattu chez lui le 11 février 1982. L&rsquo;arroseur arrosé, en quelque sorte&hellip;</p>
<p>Les auteurs l&rsquo;avouent eux-mêmes sous forme d&rsquo;aparté, une partie de leur
motivation vient de la collision entre les faits et leur propre histoire
personnelle. L&rsquo;un d&rsquo;eux, par exemple, dédie l&rsquo;ouvrage à une amie de ses parents<sup id="fnref:1"><a href="#fn:1" class="footnote-ref" role="doc-noteref">1</a></sup>
ayant un jour hébergé des militants clandestins. Pour un certain nombre de
lecteurs, l&rsquo;évocation de lieux et de personnes fera le même effet: il
ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une fiction, mais d&rsquo;histoire contemporaine, et il est fort
possible d&rsquo;en avoir croisé certains.</p>
<p>—</p>
<ul>
<li><a href="https://www.babelio.com/livres/Goethals-Le-voyage-de-Marcel-Grob/1071833">Le voyage de Marcel Grob</a>.  Sébastien Goethals &amp; Phillipe Colin. Éditions Futuropolis. 24€.</li>
<li><a href="https://www.babelio.com/livres/Goethals-La-patrie-des-freres-Werner/1235792">La patrie des frères Werner</a> Sébastien Goethals &amp; Phillipe Colin. Éditions Futuropolis. 23€.</li>
<li><a href="https://www.babelio.com/livres/Goethals-Lescamoteur/1666558">L&rsquo;escamoteur</a>.  Sébastien Goethals &amp; Phillipe Colin. Éditions Futuropolis. 26€.</li>
</ul>
<div class="footnotes" role="doc-endnotes">
<hr>
<ol>
<li id="fn:1">
<p>Tout le monde n&rsquo;a pas eu la chance d&rsquo;avoir des parents gauchistes&#160;<a href="#fnref:1" class="footnote-backref" role="doc-backlink">&#x21a9;&#xfe0e;</a></p>
</li>
</ol>
</div>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[The Summer Hikaru Died]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2024-12-26T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-12-26T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>« The Summer Hikaru Died » est une série de mangas en cours de publication chez Pika Édition, écrite et illustrée par Mokumokuren. Les quatre premiers volumes sont très prometteurs.</p>
<p>En plus de son dessin agréable et de son utilisation judicieuse de l’ombre et du noir pour renforcer l’intensité de certaines scènes, Mokumokuren a créé un scénario solide et assez original à mon goût.</p>
<p>La série se concentre sur l’histoire d’Hikaru, un adolescent, qui disparaît pendant une semaine dans une montagne voisine avant de réapparaître sain et sauf.</p>
<p>Cependant, les habitants du village considèrent ce mont comme dangereux. Il est réputé être le domaine d’une divinité colérique et vengeresse, en plus d’être infesté de créatures étranges appelées « souillures ».</p>
<p>Yoshiki, le meilleur ami d’Hikaru, comprend rapidement que quelque chose ne va pas. Son ami a changé, et il n’est plus le même qu’avant. On pourrait même croire qu’il n’est plus tout à fait humain.</p>
<p>Non loin de là, une médium sent que l’esprit de la montagne a disparu. Puis, des souillures, attirées par quelque chose d’inconnu, commencent à descendre vers le village, causant divers incidents.</p>
<p>Une société secrète, qui veille sur la région, fait alors appel à un homme. Bien qu’il semble nonchalant, il s’avère être un redoutable enquêteur, capable de percer le mystère de nombreux évènements paranormaux.</p>
<p>Au fil des volumes, certains pans du mystère se révèlent au grand jour, tandis que d’autres se manifestent, rajoutant à l’attrait de l’histoire. Les lectrices et lecteurs qui aiment l’univers manga, les histoires empreintes de paranormal et d’ésotérisme, et qui gardent une certaine nostalgie de Twin Peaks apprécieront.</p>
<p><img src="/images/the-summer-hikaru-died.jpeg" alt=""></p>
<p>—
<a href="https://www.pika.fr/livres-series-summer-hikaru-died/">The Summer Hikaru Died</a>. Makumokuren. Pika Édition. Quatre tomes parus. 7,70 € le tome.</p>
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            <title type="html"><![CDATA[Tokyo, ces jours-ci - tome 1]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2024-12-25T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-12-25T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Quinquagénaire, Shiozawa, qui occupait le poste d’éditeur de mangas depuis 30 ans, a démissionné. Une décision soudaine enfantée par un manque de motivation, une envie de tourner la page.</p>
<p>Cependant, trois décennies passées à exercer le même métier ont laissé leur marque sur Shiozawa. Bien qu’il apprécie la présence de son moineau de Java, aux riches et profondes conversations, bien que l’époque soit dominée par la fadasse et la rentabilité, Shiozawa n’est pas disposé à abandonner le manga.</p>
<p>Sillonnant les rues de Tokyo, il part à la rencontre de mangakas qui lui firent confiance, avec qui il s’est lié d’amitié, ou dont il apprécie le travail.</p>
<p>Peu à peu, sa flamme pour le genre renaît et un projet commence à se dessiner.</p>
<p>« Tokyo, ces jours-ci » est la nouvelle série récemment traduite en français du génial Taiyô Matsumoto, au trait inimitable et à la clairvoyance rare. « Amer Béton », « Ping Pong » et « Number 5 », productions du même Matsumoto, font partie de mes mangas préférés.</p>
<p>« Tokyo, ces jours-ci » est une série en trois volumes. J’ai beaucoup aimé le premier, sorti le 14 novembre.</p>
<p>J’ai ressenti une profonde satisfaction en flânant avec Shiozawa, explorant les rues d’une ville chère à mon cœur, où j’ai passé plusieurs mois. Les personnages m’ont touché. Et chose assez inhabituelle, j’ai passé de longs moments à détailler certains visages ou des scènes de vie.</p>
<p>Vous l’aurez compris : ce premier tome est très réussi. J’ai hâte de lire la suite !</p>
<p><img src="/images/tokyo-ces-jours-ci-tome1.jpeg" alt=""></p>
<p>—
<a href="https://www.kana.fr/produit/tokyo-higoro-t1/">Tokyo, ces jours-ci, tome 1</a>. Taiyô Matsumoto. Kana. 12,95 €.</p>
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            <title type="html"><![CDATA[Arca ou la nouvelle Éden]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2024-12-22T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-12-22T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>« Arca, ou la Nouvelle Éden » de Van Jensen et Jesse Lonergan est une délicieuse bande dessinée d’anticipation postapocalyptique.</p>
<p>Cela commence de manière assez classique pour du post-apo. L’humanité, cette entité virale qui se nourrit de guerre, de conflit et de déséquilibre climatique, a atteint la fin de son existence.</p>
<p>Alors que tout semble perdu, un groupe d’individus fortunés crée Arca, une arche contemporaine, et y embarque avec d’autres, moins privilégiés. Destination Eden, une planète accueillante qui permettra aux survivants de faire renaître l’humanité et de lui donner une nouvelle chance.</p>
<p>Au sein du vaisseau, les riches sont appelés « citoyens ». Ils dominent sans partage la hiérarchie sociale, censée assurer la tranquillité et le bien-être. Les enfants, appelés « pionniers », servent les moindres caprices des adultes jusqu’à leur 18e anniversaire. Ils accèdent ensuite au statut envié de citoyens. Pendant ce temps, les « assistants » veillent à maintenir l’ordre, condition essentielle au succès d’Arca.</p>
<p>Effie, une pionnière qui s’occupe de Graves, le chef de l’arche, s’apprête à entrer dans l’âge adulte. Cela devrait la réconforter, mais c’est tout le contraire qui se produit. Elle découvre des informations troublantes qui la font douter de la véritable nature d’Arca. Lentement, elle ose braver les interdits et le danger pour percer les intentions des citoyens et le destin qu’ils réservent à sa caste.</p>
<p>Dans cette pièce captivante, un drame spatial à la fin épique, on redécouvre la brutalité des puissants actuels, ainsi que leur utilisation sans vergogne d’autrui pour renforcer leur emprise. Car la seule, l’unique religion est le contrôle.</p>
<p><img src="/images/arca-nouvelle_eden.jpeg" alt="Couverture d&rsquo;Arca, ou la Nouvelle Éden"></p>
<p>—
<a href="https://www.lisez.com/ebook/arca-ou-la-nouvelle-eden/9791032408926">Arca, ou la Nouvelle Éden</a>. Jensen, Lonergan. 404 Éditions. 22 €.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Du Rififi à Ménilmontant]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2024-11-10T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-11-10T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>J&rsquo;ai toujours été fasciné par l&rsquo;œuvre de Tardi, notamment pour sa capacité à donner vie à des femmes fortes et à capturer l&rsquo;âme de Paris avec un réalisme saisissant. Je n&rsquo;avais jamais plongé dans l&rsquo;univers de Nestor Burma auparavant et j&rsquo;ai été agréablement surpris avec <em>Du Rififi à Ménilmontant</em> de Tardi d&rsquo;après les personnages de Léo Malet. Si le scénario n&rsquo;est pas le point fort de cette histoire, l&rsquo;atmosphère parisienne y est délicieusement rendue. Les flâneries dans les rues, les pauses dans les bistrots, les recoins obscurs de la ville, tout y est pour plonger le lecteur dans le Paris populaire et authentique. Le trait réaliste de Tardi, tout en finesse, contribue à créer une ambiance à la fois chaleureuse et inquiétante. Impossible de se perdre dans les méandres du vingtième arrondissement après avoir lu cette BD.</p>
<p><img src="/images/tardi.jpeg" alt="La couverture de Rififi à Ménilmontant!"></p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Gremlins]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2024-11-10T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-11-10T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Le premier film d’horreur que j’ai vu au cinéma avec ma mère et ma grand-mère, c’était Gremlins. J’ai sans doute été influencé toute ma vie par ce film et son scénario sans même le savoir. Je viens de comprendre pourquoi je n’aime pas les films de Noël trop sirupeux en lisant Gremlins, petite tératogonie<sup id="fnref:1"><a href="#fn:1" class="footnote-ref" role="doc-noteref">1</a></sup> de l’ère Reagan d’Antonio Dominguez Leiva et Sébastien Hubier, publié aux <a href="https://www.editions-du-murmure.fr/">éditions Le Murmure</a> dans la charmante collection Borderline. Un petit livre qui oscille entre l’essai social et la critique cinématographique, offrant une lecture amusante, enrichissante et passionnante. Tout cela pour seulement 9 euros, mais sans la figurine de Gizmo…</p>
<p><img src="/images/gremlins.jpeg" alt="La couverture de Gremlins Antonio Dominguez Leiva et Sébastien Hubier"></p>
<div class="footnotes" role="doc-endnotes">
<hr>
<ol>
<li id="fn:1">
<p><em>tératogonie</em> peut désigner la génération ou la production d’organismes présentant des malformations ou des anomalies. Les Mogwais (état initial des créatures) subissent une métamorphose en Gremlins (état final), ce qui pourrait être interprété comme la production d&rsquo;êtres aux caractéristiques anormales et malveillantes par rapport à leur état d&rsquo;origine. Cependant, dans ce livre, j&rsquo;ai l&rsquo;impression que cela relève davantage d&rsquo;une figure de style (pour simplifier et créer un titre qui arrache pour ce petit ouvrage) plutôt que d&rsquo;une approche scientifique de la modification biologique d&rsquo;un organisme.&#160;<a href="#fnref:1" class="footnote-backref" role="doc-backlink">&#x21a9;&#xfe0e;</a></p>
</li>
</ol>
</div>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Only Lovers Left Alive]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2024-11-10T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-11-10T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>On m&rsquo;avait présenté ce livre comme l&rsquo;Orange mécanique oublié de la même époque, un chef-d&rsquo;œuvre dont on ne ressortirait pas indemne. Eh bien, il faut croire qu&rsquo;on se remet finalement très bien des déceptions.</p>
<p>Ce n&rsquo;est rien de plus qu&rsquo;un roman pseudo post-apocalyptique rédigé par un prof de lycée des sixties, qui a visiblement passé trop de temps à fantasmer sur l&rsquo;adolescence ou, pire encore, sur certaines élèves qui assistaient à ses cours. L&rsquo;innovation littéraire? On repassera. On y retrouve les clichés habituels sur l&rsquo;adolescence, saupoudrés de réflexions sur le pouvoir et la violence, comme si l&rsquo;auteur tentait de rivaliser avec une émission de radio libre mal écrite.</p>
<p>Le passé militaire de l’auteur transparaît à chaque page, non pas comme une source d’inspiration mais plutôt comme un écho lancinant de ses propres stigmates, recyclés à l’infini. Et que dire de la tentative de fin écologiste? Une note positive qui ferait sourire même les écolos les plus convaincus du Sillon (dont je fais partie, et croyez-moi, on a le sens de l&rsquo;humour).</p>
<p>La seule réelle qualité du livre, c’est l’ouverture sur le suicide d’un professeur, un présage ironique et presque trop bien inspiré de l’auteur lui-même.</p>
<p><img src="/images/only_lovers.jpg" alt="La couverture de Only Lovers Left Alive"></p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[La brume l'emportera]]></title>
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            <author>
                        <name>Emilien</name>
                    </author>
            <published>2024-10-14T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-10-14T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Je suis tombé sur <em>La brume l&rsquo;emportera</em> de Stéphane Arnier par hasard en fouillant dans les nouveautés SF/fantasy il y a quelques mois, à la recherche d&rsquo;auteurs français, pour changer de Bordage, Genefort et autres Damasio.</p>
<p>Le projet promet une aventure épique, sorte de &ldquo;buddy book&rdquo; où l&rsquo;on suit deux personnages &ldquo;que tout oppose&rdquo; (formule fourre-tout surexploitée) alors que le monde est lentement recouvert d&rsquo;une brume qui dissout tout ce qu&rsquo;elle touche.</p>
<p><img src="https://mnemos.com/wp-content/uploads/2024/01/C1-La-Brume-lemportera-2024-OK-736x1024.jpg" alt=""></p>
<p>Les premiers chapitres sont très accrocheurs. On y découvre Keb Gris-de-Pierre, un ancien paysan qui fuit la brume et finit par rencontrer Maramazoe, une guerrière expérimentée qui l&rsquo;embarque de force dans une quête pour dissiper la fameuse brume. Les chapitres suivants souffrent de quelques longueurs et sont plutôt contemplatifs. Par contre, en arrivant dans la deuxième moitié, quelle claque ! On est pris par l&rsquo;intrigue, les enjeux et le côté humain des personnages, pour un final qui tient en haleine.</p>
<p>Le style de Stéphane Arnier est tout en subtilité et s&rsquo;offre même quelques scènes d&rsquo;action très visuelles. Le thème principal est le passé et comment nos échecs et regrets définissent celui que l&rsquo;on est aujourd&rsquo;hui. J&rsquo;ai récemment parcouru <a href="https://stephanearnier.com/">le blog de l&rsquo;auteur</a> et je le conseille à ceux qui s&rsquo;intéressent aux techniques de narration et de dramaturgie.</p>
<p>Musique pour se mettre dans l&rsquo;ambiance : <a href="https://www.youtube.com/watch?v=dLC9CHxNHHU">Gojira - MAGMA</a></p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Yellowface]]></title>
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            <author>
                        <name>Emilien</name>
                    </author>
            <published>2024-10-01T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-10-01T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Yellowface de Rebecca F.Kuang commence par une liste&hellip;</p>
<p><img src="https://i.harperapps.com/hcuk/covers/9780008532772/x450.JPG" alt=""></p>
<p>&hellip; une drôle de liste&hellip;</p>
<p><img src="/images/liste.jpg" alt=""></p>
<p>Est-ce de la prévention, pour se prémunir de piéger les lecteurs sensibles ? Une technique marketing pour attirer les lecteurs insensibilisés par les œuvres d&rsquo;Irvine Welsh ou de Bret Easton Ellis ?</p>
<p>Ou tout simplement c&rsquo;est l&rsquo;air du temps : même dans les webtoons coréens, on te prévient quand un chapitre va contenir de la bagarre&hellip;</p>
<p>Bon, et sinon cette liste, elle est honnête ?</p>
<p>Alors&hellip; oui, mais ! On est loin d&rsquo;un <em>Filth</em> ou d&rsquo;un <em>American Psycho</em>. Même si Rebecca F. Kuang propose la même approche que Welsh dans sa narration en plaçant le lecteur dans les pensées foireuses d&rsquo;un personnage à la morale douteuse, ça reste soft dans la décadence. On suit en effet les aventures de June Hayward, autrice sans grand succès, qui vole l&rsquo;œuvre d&rsquo;une collègue morte dans un accident improbable. Et de ce vol découle une spirale de justifications foireuses pour légitimer son acte. Surtout que la collègue en question est d&rsquo;origine asiatique et que l&rsquo;œuvre volée parle des immigrés chinois exploités par la France pendant la Première Guerre mondiale&hellip;</p>
<p>L&rsquo;autrice expose avec brio les problématiques du milieu de l&rsquo;édition américaine, et l&rsquo;humour est particulièrement présent. Je retiens particulièrement un passage délicieux où le personnage principal, aidée de son éditrice, charcute des passages entiers de l&rsquo;œuvre volée parce que les personnages chinois ont des noms trop compliqués, ou quand un autre personnage propose l&rsquo;emploi d&rsquo;un &ldquo;sensitivity writer&rdquo;, provoquant l&rsquo;ire de la gredine principale.</p>
<p>Le style est fluide et il est difficile de s&rsquo;arrêter une fois commencé. On réfléchit aux problématiques d&rsquo;appropriation culturelle, de marketing de la diversité et de l&rsquo;intérêt d&rsquo;utiliser TOR pour troller les gens sur Internet. Ça donne envie de découvrir ses autres publications.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Naître sans cesse]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2024-09-22T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-09-22T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Avoir entre les mains le journal d&rsquo;un photographe, c&rsquo;est souvent comme disposer d&rsquo;une carte ou d&rsquo;un guide pour mieux comprendre son travail.
Ici, Naître sans cesse, le journal du photographe Jean-Christian Bourcart, nous plonge dans ses activités photographiques.
Je connaissais déjà un peu son travail et j&rsquo;avais toujours voulu connaître ses techniques pour photographier dans des milieux difficiles ou peu enclins à laisser un photographe travailler.</p>
<p>Il décrit avec clarté son travail à Camden (États-Unis) et la manière dont il se fait régulièrement racketter. C&rsquo;est un récit fascinant qui montre bien son acharnement à explorer les côtés les plus sombres de la société. Ce journal révèle une étrange alternance entre sa vie personnelle, ses amours, sa sexualité, et sa quête de capturer en images des réalités que l&rsquo;on préfère souvent ignorer.</p>
<p>L&rsquo;écriture est simple et efficace, sans fioritures littéraires ni superflu. C&rsquo;est un journal brut, écrit avec une honnêteté désarmante, comme on pourrait le rédiger sur un coin de table. Ce journal de photographe permet de mieux comprendre son travail. J&rsquo;aurais cependant aimé voir quelques images de son processus artistique, qui semble relégué ailleurs dans son esprit, et non présent dans ces pages. Cela reste un livre captivant, surtout si vous vous intéressez à la photographie et à son milieu artistique.</p>
<p><img src="/images/naitre.jpeg" alt=""></p>
<p>L&rsquo;éditeur est <a href="https://editions-lecailler.com/">les Éditions l&rsquo;écailler</a>, qui publie autre chose que des polars. La typographie est lisible et agréable. Quelques extraits de ce journal avaient été publiés auparavant dans <em>Sinon la mort te gagnait</em>, <em>Camden</em> et <em>L&rsquo;oiseau noir à droite dans ma tête</em>, mais je n&rsquo;ai pas comparé avec cette édition du journal. C&rsquo;est un travail que je laisse aux lecteurs&hellip;</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Les furtifs]]></title>
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            <author>
                        <name>H. Galois</name>
                    </author>
            <published>2024-09-21T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-09-21T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p><em>Un livre d’Alain Damasio</em></p>
<p>Cet été a eu lieu ma troisième tentative. Par deux fois j’avais essayé, sans succès. Finir ses livres relevait d’une marche tortueuse contre vents et furvents, comme celle qu’endurent les protagonistes de la « Horde du Contrevent ».</p>
<p>En général, je n’ai pas d’états d’âme à suspendre une lecture, à me séparer d’un auteur ou d’une autrice. Mais là, ça me faisait de la peine. C’est que Damasio, de ce que j’en sais, a tout pour m’être aimable. Il écrit des pures fictions, à contre-courant de l’air du temps biopic et auto-fictionnel qui m’exaspère souvent ; il mêle roman et philosophie, sociologie, c’est-à-dire qu’il donne à penser notre monde, et pas uniquement des histoires pour nous divertir ; je me sens assez proche de nombre de ses idées et conceptions politiques ; il a des réflexions très intéressantes sur les technologies - le pouvoir qu’elles donnent et la puissance qu’elles amoindrissent -, la liberté et l’oppression ; il a une créativité admirable, enviable, illustrée par sa magistrale idée de trouver dans la typographie un nouveau mode d’expression, c’est-à-dire de transmettre du sens dans la forme des lettres et des mots ; des amis de confiance aiment ses livres, me les recommandent, me les offrent et me demandent si j’ai aimé… Tout me le rend aimable.</p>
<p>Ses livres comportent nombre de pépites, de passages très réussis, de belles images, formules et idées (comme, pour n’en citer qu’une, ses « émeutes prometteuses », p. 269). Mais.</p>
<p>Mais quelque chose bloquait. Alors j’ai repris, « Les furtifs », avec calme et application. Peu à peu, le malaise s’est à nouveau installé. Cette fois, j’ai pris des notes, pour comprendre.</p>
<p>Qu’est-ce qui fait qu’un texte ne me va pas, au point d’avoir du mal à le lire ? Je me suis demandé si j’étais un bon lecteur. Pourquoi suis-je incapable de passer outre mes dérangements ? Je me suis demandé si je n’étais pas trop sensible… mais à quoi ? Au style ? (probablement pas, parce que je suis capable de lire de la très mauvaise prose). À une musique, une diction ? À la familiarité d’un univers ? Faut-il que je sois en terrain connu pour aimer ? Une certaine orthodoxie de l’écriture ? Je n’en savais rien. Peu à peu, mes notes ont dessiné quelques pistes.</p>
<p><img src="/images/LesFurtifs.jpeg" alt=""></p>
<p>Les néologismes, mots imaginés, détournés, mots d’argot inventés sont omniprésents. Même les prénoms semblent tous inventés, ressemblent à des pseudonymes. Damasio cherche ainsi à créer une ambiance, un monde. Mais dans mon cas, ça n’a pas pris. Au contraire même, leur multiplication me gênait, comme s’il s’agissait de sous-titres m’expliquant de façon triviale le monde que je lisais.</p>
<p>Les univers de Damasio me semblent aussi liés au monde des jeux vidéos, par les situations, les séquences, les noms et le vocabulaire, une certaine difficulté à percevoir les sentiments et sensations des personnages. Les références et codes de la fantasy sont aussi évidents. Ces univers m’étant absolument étrangers, peut-être y a-t-il là une raison qui m’éloigne de son écriture. Mais à vrai dire je n’en suis pas certain parce que, par définition, je ne sais pas identifier avec certitude les caractéristiques des univers de gamers, à peine mieux ceux de la fantasy (il y a souvent de la magie et des dragons ?).</p>
<p>Autre difficulté, les longueurs. Je finis à nouveau, au cours de cette troisième lecture, par trouver qu’il y a simplement trop de mots. Certains passages me semblent trop longs (comme certaines chasses aux furtifs). Un ami m’a parlé des nouvelles de Damasio, dont certaines contiendraient en gestation ses romans, précisant qu’elles envoyaient, parce qu’elles vont à l’essentiel.</p>
<p>Je me suis aussi demandé si cette écriture n’était pas taillée pour jeunes et adolescents : utilisation d’argot très contemporain, une certaine romantisation de la rébellion (dont les péripéties perdent de ce fait en force et réalisme), un peu de surnaturel, prénoms forcés qui sonnent comme des pseudos de plateformes en ligne (p. 272).</p>
<p>L’adolescence, c’est la transition. Les mondes de Damasio sont en transition, ils bougent, sont parcourus, mis en cause. Mais je ne suis pas parvenu à y croire. Je n’ai pas cru aux bestioles, je n’ai pas cru les prénoms, peu cru les mots inventés, les modes d’action de la résistance, les réunions clandestines dans les yourtes et la répression ne m’ont pas convaincu…</p>
<p>Mais alors, si sa langue et sa narration ne marchent pas avec moi… aurais-je vieilli ? Je me suis sérieusement posé la question. Mais la relecture de certaines vieilles notes m’a convaincu qu’à vingt ans, je n’aurais pas passé la vingtième page. Cette fois je suis arrivé à la 364e page. Mais je n’ai pas réussi à lire les 324 pages restantes. Et je le regrette.</p>
<p>Plusieurs personnes m’ont dit que « La Horde du Contrevent » était magistrale, mais qu’ils avaient eu du mal avec « Les furtifs ». J’avais tenté, aussi, de lire la « Horde », sans plus de succès, échec à deux reprises. Alors j’en ai (re)lu des pages et des passages. J’y ai hélas vu les mêmes éléments qui m’ont éloigné des « Furtifs ». Il y a moins de néologismes, mais la structure de son écriture reste similaire. Et donc mes difficultés.</p>
<p>Peut-être une autre clé se niche-t-elle dans une interview de l’auteur que je me souviens d’avoir entendue, où, à la question « que lisez-vous ?», Damasio répond (à peu près) : « de la philosophie, de la sociologie ». « Pas de romans ? » lui demande-t-on. « Non » (ou presque). Peut-être que je n’arrive pas à lire les livres d’un auteur qui n’est pas un lecteur de fiction. Peut-être que ce qui me manque chez lui est l’empathie d’un auteur qui prend soin de ses lecteurs, qui les prend par la main sans les bringuebaler rudement. Peut-être que j’aime les auteurs qui nous écrivent comme un conteur me regarderait autour d’un feu en me racontant l’histoire d’un roitelet réputé plus malin que les autres qui erre d’est en ouest sur la Méditerranée et met dix ans à renter chez lui. Pendant longtemps, la littérature fut orale, dite ou lue à haute voix ; beaucoup de textes contemporains n’y survivraient pas.</p>
<p>Enfin, un dernier aspect me frappe, sans prétendre en tirer quelque conclusion objective: je suis un lecteur relativement lent. Je connais des lectrices et lecteurs lents, comme moi, et d’autres très rapides, capables d’avaler des pavés en quelques jours quand je mets des semaines. J’ai remarqué qu’en général ces lecteurs sont capables d’apprécier des styles et types de narration très différents et éclectiques, alors que les « lents », comme moi, sont plus difficiles et monogames. Il me semble que celles et ceux qui aiment Damasio, autour de moi, sont des lecteurs véloces.
Finalement, il en est des livres comme des humains que l’on croise, parfois, contre toute attente, on n’est pas fait l’un pour l’autre.</p>
<hr>
<p>Les furtifs
Alain Damasio
La Volte, 688 p.
2019</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Trop chaud]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2024-09-15T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-09-15T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p><a href="https://www.flickr.com/photos/adulau/53908203566/"><img src="/images/53908203566_4f7ed06e00_c.jpg" alt="homecoming"></a></p>
<p>Une goutte de sueur perlait sur mon visage. Elle coulait le long de mon cou pour atterrir finalement sur mon t-shirt détrempé. Il faisait toujours chaud et lourd à cette époque de l&rsquo;année. Mais cela n&rsquo;enlevait rien au plaisir annuel que représentait cette escapade de dix jours à <a href="https://www.rencontres-arles.com/">Arles</a>. Une bulle de liberté photographique. Je marchais vers la <a href="https://www.luma.org/fr/arles.html">Fondation Luma</a>. Il était dix heures trente du matin, avec cette vilaine impression que la matinée n&rsquo;avait jamais été fraîche. Je voyais l&rsquo;air conditionné de la Fondation Luma comme une oasis dans un désert. Il n&rsquo;y avait pas beaucoup de monde. L&rsquo;art photographique ne peut rivaliser avec une piscine lors d&rsquo;une canicule. Sauf pour ceux qui espèrent, un peu perdus, que l&rsquo;art résoudra les changements climatiques. &ldquo;Perdu&rdquo; est sûrement le meilleur adjectif pour décrire ma vie. Rien de tel que de se perdre dans une exposition pour se sentir un peu moins perdu.</p>
<p>La fondation était une architecture pompeuse à la Frank Gehry, mais elle attirait le regard comme une belle affiche ou un menu plein de promesses. Le vent froid à l&rsquo;ouverture des portes d&rsquo;entrée me réconcilia instantanément avec l&rsquo;architecture. Plongeant dans la carte des Rencontres d&rsquo;Arles, une stagiaire à l&rsquo;accueil me sauta dessus pour m&rsquo;expliquer les différentes offres tarifaires. Sorti de ma torpeur entre le chaud et le froid, j&rsquo;expliquai mon simple désir de voir l&rsquo;exposition du photographe américain Lee Friedlander pour les Rencontres. Elle fut déçue, mais m&rsquo;indiqua que c&rsquo;était en bas, à ma droite. Frank Gehry a tout fait pour perdre le visiteur avec son œuvre architecturale. Mais miraculeusement, après avoir traversé un escalier, un toboggan, des toilettes et une salle d&rsquo;exposition fermée pour installation, j&rsquo;arrivai enfin devant la salle tant désirée.</p>
<p>Les photographies de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Lee_Friedlander_(photographe)">Lee Friedlander</a>, avec <a href="https://www.rencontres-arles.com/en/expositions/view/1569/lee-friedlander-framed-by-joel-coen">la sélection de Joel Coen</a>, offraient une vision disjointe de l&rsquo;œuvre du photographe, couvrant une carrière de soixante ans. La température de mon corps semblait bien vouloir rejoindre une valeur acceptable. Les photographies étaient belles, sûrement parce qu&rsquo;elles avaient toutes des ruptures graphiques. Briser la continuité, la monotonie d&rsquo;une image, c&rsquo;est la capacité d&rsquo;un artiste à rompre avec l&rsquo;ennui de la réalité. J&rsquo;ai toujours aimé cela. Une vision artistique de la vie qui m&rsquo;a toujours semblé importante : rompre avec la monotonie du monde. Même si aller chaque année à Arles semblait être devenu une habitude malsaine.</p>
<p>La scénographie était épurée et efficace, mais la sélection, ainsi que la salle, étaient petites par rapport au travail de Friedlander. Juste avant de sortir, j&rsquo;aperçus une femme en robe rouge qui regardait avec intensité une photographie de rue. Ses cheveux roux, bouclés, et son cou luisant de sueur cachaient partiellement le cadre, créant ainsi une nouvelle œuvre. Comme j&rsquo;avais mon Leica en bandoulière, je pris une photo à la sauvette, comme à mon habitude. L&rsquo;obturateur du Leica M11 fit son vilain petit bruit, semblable à la fermeture d&rsquo;une porte coulissante dans une maison japonaise. Dans le silence de la salle, elle se retourna et me regarda droit dans les yeux. J&rsquo;avais déjà fait glisser mon appareil dans mon dos. Elle me fixa plusieurs secondes. Il y a des regards qui disent tout. Tout de nos vies, de nos peurs, de nos rêves et de nos singularités. Je ne pouvais détacher mon attention de la profondeur verte de ses yeux.</p>
<p>Elle ouvrit lentement la bouche, avec un léger sourire qui semblait révéler une intelligence hors du commun. Elle me dit : « Vous ne trouvez pas que les photographies avec une rupture graphique sont les plus intéressantes ? Un peu comme <a href="https://www.saulleiterfoundation.org/">Saul Leiter</a>… » et je terminai la phrase : « &hellip;avec les rideaux dans les cafés de New York, montrant les détails des scènes de la rue. »</p>
<p>Il y eut ce moment de grâce entre l&rsquo;étonnement, la familiarité et une amitié étincelante.</p>
<h3 id="épilogue">
  épilogue
  <a href="#%c3%a9pilogue"><svg xmlns="http://www.w3.org/2000/svg" width="24" height="24" viewBox="0 0 24 24"><path fill="currentColor" d="M10.9 8a4 4 0 0 1 1.352.135a2.511 2.511 0 0 1-.7 4.863a.5.5 0 0 0 0 1a3.508 3.508 0 0 0 2.944-5.2A3.56 3.56 0 0 0 11.434 7H5.59a3.5 3.5 0 0 0-.19 7c.724.041 1.458 0 2.183 0a.5.5 0 0 0 0-1c-1.323 0-2.915.262-3.891-.843A2.522 2.522 0 0 1 5.59 8Z"/><path fill="currentColor" d="M18.41 17a3.5 3.5 0 0 0 .192-6.994c-.724-.041-1.458 0-2.183 0a.5.5 0 0 0 0 1c1.323 0 2.915-.262 3.891.843A2.522 2.522 0 0 1 18.41 16H13.1a4 4 0 0 1-1.352-.135a2.511 2.511 0 0 1 .7-4.863a.5.5 0 0 0 0-1a3.508 3.508 0 0 0-2.944 5.2A3.56 3.56 0 0 0 12.566 17Z"/></svg></a>
</h3>
<p>Je m&rsquo;étais lancé dans l&rsquo;idée de faire une revue détaillée des Rencontres d&rsquo;Arles, cette grande célébration annuelle de la photographie que je ne manque rarement. Je comptais partager mes impressions sur les expositions, l&rsquo;architecture imposante de la Fondation Luma, et bien sûr, sur les artistes qui m&rsquo;avaient marqué cette année. Cependant, au fil de l&rsquo;écriture, les souvenirs de chaleur étouffante, de rencontres inattendues et de moments d&rsquo;introspection se sont entremêlés. Le récit a finalement pris une autre direction. Ce qui devait être un compte rendu s&rsquo;est peu à peu transformé en une sorte de nouvelle, où les photographies et les lieux sont devenus les décors d&rsquo;une expérience personnelle plus intime et inattendue.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Idéal]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2024-08-24T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-08-24T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Elle, pianiste. D’exception. Lui, fils. D’architecte de renom.</p>
<p>Elle, française. Lui, japonais.</p>
<p>Nul ne sait comment ils se rencontrèrent puis décidèrent de lier leurs vies.</p>
<p>Nous les trouvons dans une luxueuse maison, en 2160. À l’île de Kino. Seule du Japon à rejeter les androïdes qui pullulent ailleurs : concierges, entités à tout faire, caissiers et tous ces emplois jugés subalternes, peu valorisants.</p>
<p>L’île de Kino, où l’on peut encore se baigner dans l’eau non polluée, préservée des errements de l’humanité. Où l’on peut encore pêcher sans complément de synthèse ni équipement de protection contre les agressions de l’environnement, juste réaction aux nôtres.</p>
<p>Un écrin où le temps semble s’être arrêté, aux imprenables points de vue.</p>
<p>La vie aurait pu être si douce entre Hélène et Edo si le temps n’avait pas fait son œuvre, étiolant le désir.</p>
<p>La vie aurait pu être heureuse, s’il n’y avait pas eu l’accident.</p>
<p>La vie aurait pu être parfaite si des relents de <em>sakoku</em> — 鎖国, la fermeture de l’Archipel à l’ère des Tokugawa — n’avaient pas refait surface dans le discours du gouvernement.</p>
<p>Que faire pour raviver la flamme ? Pour colmater peines et contrariétés ? Pour retrouver cette vie idéale, en laissant derrière soi ces regrets qui gangrènent l’âme ?</p>
<p>Hélène réfléchit, Hélène agit. Sauf que son plan ne va pas se dérouler sans accrocs, tandis que le Japon traverse une réelle crise identitaire, face à la perte — perçue — de sa culture, de son originalité, de ses valeurs et de son savoir-vivre, infecté par un Occident jugé décadent, en déperdition.</p>
<p>« Idéal » de Baptiste Chaubard et de Thomas Hayman est une bande dessinée d’anticipation fort agréable à lire. Elle s’ouvre par une succession de planches sans texte, d’estampes lynchiennes, plongeant le lecteur dans un entre-deux étoffé de mystères et de non-dits.</p>
<p><img src="/images/ideal.jpeg" alt=""></p>
<p>« Idéal » questionne la condition humaine, invite à la réflexion sur le privilège, l’amour sur fond de repli sur soi-même, comme seule réponse à la complexité grandissante du monde.</p>
<p>« Idéal » nous invite à voir au-delà du mélodrame que peut être la vie, pour en apprécier chaque petit bonheur à sa juste valeur.</p>
<p>–
<a href="https://editions-sarbacane.com/bd/ideal">Idéal</a>. Baptiste Chaubard, Thomas Hayman. Sarbacane. 28€.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Stacy]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2024-08-24T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-08-24T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Gianni, écrivain, de gauche, a du mal à vivre de son art malgré son succès, d’estime.</p>
<p>Que faire ? Écrire des scénarios, comme tant d’autres artistes, en espérant qu’ils trouvent grâce aux yeux de Netflix.</p>
<p>Le voici appelé à rejoindre une équipe se constituant dans ce but précis.</p>
<p>Certes, on attend de lui créativité et originalité, mais contraintes. Par le formatage. Par l’air du temps. Et un impératif : ne pas (trop) bousculer le public et sa sensibilité par des saillies incontrôlées, des sorties de route qui déchaîneraient cris d’orfraie et philippiques sur les réseaux sociaux. Car, comme chacun le sait, peu importe le fond tant qu’on évite le bad buzz telle la peste bubonique.</p>
<p>Tout débute sous les meilleurs auspices jusqu’à ce que Gianni dise trois pauvres mots, oui, trois, qui lui feront vivre l’enfer et une longue traversée du désert.</p>
<p>Trois pauvres mots qui vont susciter l’ire de ses congénères et d’artistes condamnant ouvertement ses propos. Ses prétendus amis, soi-disant ouverts et tolérants, le renient et vont même jusqu’à le lyncher par leurs microposts et autres pensées pressées et compressées.</p>
<p>Gianni, le pestiféré, est atteint de ce qui semble être un trouble de la personnalité, à moins qu’il n’ait un peu trop incorporé des traits d’esprits tordus — des tueurs en série — qu’il dut étudier en profondeur pour les besoins de son travail. Il rumine, se met à rêver de vengeance sans passer à l’acte. Il prend son mal en patience, tente de s’expliquer — sans succès.</p>
<p>Des mois s’écoulent. Et voilà qu’une seconde chance lui est offerte. Il réintègre son équipe, au plus bas de l’échelle. Ayant appris de son erreur, il met un masque. Comme les autres. Il pèse ses mots, lisse sa langue, soigne son image et l’ego de ses prétendus amis.</p>
<p>Il réussit à faire oublier ses pauvres mots et à regagner la confiance de ses collègues. Cependant, son trouble s’accentue, aidé en cela par Démon, un homme dont on sait si peu au début, à part que de probité il n’est guère doté.</p>
<p>Désormais pleinement réintégré dans son milieu ouaté d’intellectuels hors sol, Gianni passera-t-il outre les quolibets et l’opprobre dont il fit injustement l’objet ?</p>
<p><img src="/images/stacy.jpeg" alt=""></p>
<p>Gipi réalise avec « Stacy », son dernier roman graphique, un tour de force, rajoutant ainsi une importante pierre à l’édifice du 9e art. Une pierre qui parle merveilleusement bien de notre époque, de ses excès, des tensions qui la, qui nous parcourent. De nos doutes, de nos peurs, de nos trahisons, de notre médiocrité.</p>
<p>Ses personnages sont particulièrement recherchés. La plongée qu’il nous offre dans la psyché de Gianni est un vrai bijou narratif. Les pistes qu’il ouvre, ici et là, montrent un profond respect pour l’imagination de ses lecteurs. Excellent thriller psychologique à tiroirs, « Stacy » la fait travailler comme il se doit, contrairement à une série Netflix qui, telle la malbouffe, consisterait en un fricot pour lequel nous n’aurions besoin ni de mordant ni de chicot pour la digérer.</p>
<p>—
<a href="https://www.futuropolis.fr/9782754845649/stacy.html">Stacy</a>. Gipi. Futuropolis. 25€.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Dédales]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2024-08-11T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-08-11T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Je me suis délecté du dernier volet de « Dédales », la trilogie de Charles Burns même s’il est un peu en deçà des deux premiers.</p>
<p>C’est une histoire d’amour inassouvie et de non-dits.</p>
<p>Amour de soi-même, de son art et d’une femme.</p>
<p>C’est une histoire que nous avons toutes et tous vécue, d’une manière ou d’une autre.</p>
<p>Une histoire de tout ce que nous avons envie de dire, d’accomplir, mais que nous taisons. Toutes ces émotions qui nous nourrissent, nous transpercent et nous traversent.</p>
<p>C’est enfin une histoire des fractures et blessures que nous colmatons.</p>
<p>En refusant de voir. Nos erreurs. Nos échecs. Notre égoïsme et nos mesquineries. Et en se rassurant comme on peut. Quitte à vivre dans le déni. Quitte à se faire des films.</p>
<p><img src="/images/dedales.jpeg" alt=""></p>
<p>—
<a href="https://www.cornelius-boutique.com/product/dedales-3">Dédales 3</a>. Charles Burns. 25,50 €.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Kaya]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2024-08-11T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-08-11T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Les extraterrestres ont quasiment décimé l’humanité avant de la soumettre.</p>
<p>Les survivants sont réduits à l’esclavage.</p>
<p>Ceux qui viennent des étoiles leur ont promis qu’une fois toutes les matières premières et les minerais extraits de cette Terre à l’écosystème chamboulé, ils les installeront sur une autre planète, transformée en paradis grâce à leur technologie.</p>
<p>Mais on se doute bien que les promesses n’engagent que celles et ceux qui les reçoivent.</p>
<p>Des fuyards tentent de rallier « le sud » où il ferait bon vivre. Pourchassés par leurs semblables à la solde des extraterrestres, quand ils ne le sont pas par des bêtes mutantes aux longs crocs, les fugitifs essaient de survivre pour atteindre cette liberté tant rêvée…</p>
<p>« Kaya » est une assez sympathique bande dessinée, accompagnée d’une bande-son. Au bout de quelques pages de lecture, on change de rythme et de morceau. Expérience de lecture-audition intéressante et agréable. Toutefois, il est dommage que le scénario n’ait pas été mieux ficelé.</p>
<p>En effet, la quête du « sud » soulève d’intéressantes interrogations auxquelles les auteurs ne répondent jamais, s&rsquo;arrêtant en chemin en nous laissant sur notre faim.</p>
<p><img src="/images/kaya.jpeg" alt="">
—
<a href="https://www.glenat.com/hors-collection-glenat-bd/kaya-9782344060377">Kaya</a>. Paola Barbato, Linda Cavallini, Lorenzo Lanfranconi et Emanuele Tenderini. Glénat. 18,50 €.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Monica]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2024-08-11T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-08-11T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Je viens de finir « Monica », le dernier roman graphique de Daniel Clowes. J’ai adoré. Je dirais qu’il est aussi bon que « Patience » et « Le rayon de la mort ».</p>
<p>C’est un excellent trip sous acide qui respecte notre intelligence et notre sensibilité de lectrices et lecteurs. Qui nous laisse la place d’imaginer, de créer les réponses qui viendraient à nous manquer. À moins d’accepter la vie telle qu’elle est : chaotique, fragile, et lacunaire.</p>
<p>Un trip où l’on suit la vie de Monica, le personnage principal, et de ses géniteurs, réels ou supposés.</p>
<p>Chemin faisant, on traverse l’Amérique, ses époques et ses tendances. La guerre du ‘nam, les hippies et les psychotropes, le paranormal et d’étranges cultes aux mœurs hasardeuses. Jusqu’à la guerre civile qui se profile, en réponse au schisme qui fracture la société américaine — toujours prompte à exporter ses progrès et ses tares — en deux.</p>
<p><img src="/images/monica.jpeg" alt=""></p>
<p>Monica vit mille vies, d’un extrême à l’autre de l’échelle sociale. Monica connaît l’amour et le dégoût de soi. Elle règne sur un empire ou se perd dans son désarroi. Elle largue les amarres, une fois, deux fois, autant de fois qu’il le faudra pour reconstruire son histoire hachurée, tavelée de trous et de suppositions.</p>
<p>Car c’est du salut de son âme qu’il s’agit. De son besoin, comme nous toutes et tous, de nous sentir complets, entiers, pas fragmentés.</p>
<p>Au bord de sa quête et de sa vie, Monica a une salvatrice illumination. Elle réalise que nous sommes tous irrémédiablement imparfaits, capables de tout. Quelle chance alors de se connaître soi-même !</p>
<p>—
<a href="https://www.fantagraphics.com/products/monica">Monica</a>. Daniel Clowes. Jonathan Cape, Penguin Random House Group. Édition américaine publiée par Fantagraphics. 30 $.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Werewolf Jones & Sons - Deluxe Summer Fun Annual]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2024-08-11T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-08-11T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>« Werewolf Jones &amp; Sons Deluxe Summer Fun Annual » est à se craquer du slip. Littéralement parlant. Tellement c’est nawak et fendard.</p>
<p>Alors là niveau sillon, ça y va et ça en défonce plus d’un ! Délire garanti. Âmes sensibles, s’abstenir.</p>
<p>Putain qu’est-ce que ça fait du bien de voir de telles œuvres toujours publiées en cette puritaine Amérique. Je suppute que « Werewolf Jones &amp; Sons Deluxe Summer Fun Annual » doit être interdit de vente dans plein d’états. Ce n’est pas possible autrement.</p>
<p><img src="/images/werewolf-jones-2.jpeg" alt="">
<img src="/images/werewolf-jones-1.jpeg" alt="">
<img src="/images/werewolf-jones-3.jpeg" alt=""></p>
<p>—
<a href="https://www.fantagraphics.com/products/werewolf-jones-and-sons-deluxe-summer-fun-annual">Werewolf Jones &amp; Sons Deluxe Summer Fun Annual</a>. Simon Hanselmann, Josh Pettinger. Fantagraphics. 19,99 $.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Incognita Incognita ou le plaisir de trouver ce qu’on ne cherchait pas de Mark Forsyth]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2024-07-30T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-07-30T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Mark Forsyth commence par une citation de Donald Rumsfeld (oui, le conseiller de l’administration Bush junior) pour nous inviter à réfléchir sur la complexité de découvrir ce que l&rsquo;on ne sait pas que l&rsquo;on ignore. Ce livre résume quelques techniques pour dénicher des livres que l&rsquo;on n&rsquo;aurait jamais envisagé de lire. C&rsquo;est surtout un pamphlet en faveur des librairies et des livres. Pour 5,50 euros, vous avez droit à deux citations du renseignement militaire américain qui vous guideront vers l’amour de l’inconnu en lecture.</p>
<p>Après cette lecture, on a envie de se plonger dans la collection « <a href="https://www.editionsdusonneur.com/la-petite-collection/">La Petite Collection</a> » des <a href="https://www.editionsdusonneur.com/">éditions du Sonneur</a>.</p>
<p><img src="/images/incognita.jpeg" alt="Incognita Incognita ou le plaisir de trouver ce qu’on ne cherchait pas de Mark Forsyth"></p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Chronique - Vallée du silicium]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2024-07-21T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-07-21T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Oui, ici c&rsquo;est le Sillon Fictionnel, mais notre sillon est proche du dioxyde de silicium. Nous sommes les enfants des premiers transistors, des langages informatiques, du logiciel libre et même des modems 2400 baud. Alors, quand on voit en rayonnage un livre nommé &ldquo;La Vallée du Silicium&rdquo;, on ne peut que se ruer dessus.</p>
<p>On ne peut pas toujours aimer Alain Damasio, mais j&rsquo;apprécie son travail chaotique, brouillon et parfois parcellaire. Il y a souvent dans ses œuvres des moments d&rsquo;une grande lucidité ou d&rsquo;une clarté intemporelle.</p>
<p>Ce livre est une sorte de journal de son roadtrip dans la Silicon Valley avec une touche fictionnelle (qui, à mon avis, n&rsquo;est pas la partie la plus intéressante de cet ouvrage).</p>
<p>Au début de la lecture, j&rsquo;ai ressenti une petite frayeur dans les quarante premières pages. Ce passage sert cependant de rappel ou de cadrage destiné aux lecteurs peu technophiles et peu familiers des dédales des technologies. L&rsquo;auteur prend soin de poser les bases nécessaires pour que chacun puisse suivre son propos sans se sentir perdu.</p>
<p>Mais plus on s&rsquo;enfonce dans le récit, plus on comprend le cheminement de pensée de l&rsquo;auteur. Il met en lumière nos nouveaux fleurons technologiques, soulignant qu&rsquo;ils ne sont en réalité que des extensions destinées à devenir nos propres bureaucrates. Au lieu de nous libérer, ces innovations nous transforment en prolongements humains des produits et services censés nous aider ou simplifier notre vie. Vous êtes maintenant votre propre guichetier bancaire, votre agent de voyage et même le contrôleur des réseaux sociaux.</p>
<p>L&rsquo;auteur critique ainsi la manière dont la technologie, bien que promettant de faciliter notre existence, finit par nous imposer de nouvelles formes de travail et de responsabilité. En devenant des opérateurs de ces systèmes, nous nous trouvons chargés de tâches que certaines institutions ou entreprises prenaient autrefois en charge pour nous. Cette réflexion amène à se questionner sur l&rsquo;impact réel de ces avancées sur notre quotidien et notre autonomie.</p>
<p>Et arrive le moment &ldquo;voilà on y arrive&rdquo;. Cela fait <a href="https://www.foo.be/goodiff/GooDiff-FreeSoftwareAgainstLegalGrayGoo.pdf">vingt ans</a> qu&rsquo;Ivan Illich est devenu un philosophe influent pour la communauté du logiciel libre, aux côtés d&rsquo;André Gorz, Jacques Ellul, et même, dans une certaine mesure, Theodore Kaczinski. Dans <em>La reconstruction conviviale</em>, Illich nous explique le rapport toxique entre l&rsquo;outil et l&rsquo;homme. En 1973, Illich avait déjà décrit les problématiques que nous vivons actuellement avec l&rsquo;omniprésence, mais surtout l&rsquo;omnidépendance de nos vies à quelques consortiums technologiques.</p>
<blockquote>
<p>Une société conviviale est une société qui donne à l&rsquo;homme la possibilité d&rsquo;exercer l&rsquo;action la plus autonome et la plus créative, à l&rsquo;aide d&rsquo;outils moins contrôlables par autrui.</p>
<p><em>— La reconstruction conviviale (1973), Ivan Illich</em></p>
</blockquote>
<p>Une autre référence dans le livre de Damasio est Peter Sloterdijk. Ce philosophe aborde avec finesse les hyper-complexités de nos sociétés et leur impact sur notre humanisme social.</p>
<p>Le livre &ldquo;Vallée du silicium&rdquo; ouvre les portes d&rsquo;un monde autrefois réservé à quelques initiés à un plus grand public. Cette démarche artistique est à saluer, et la lecture de Damasio est vivement recommandée. Ensuite, je conseille de découvrir ou redécouvrir Ivan Illich, en particulier &ldquo;La Convivialité&rdquo;, <a href="https://www.fayard.fr/livre/oeuvres-completes-tome-1-9782213616292/">disponible chez Fayard</a> dans les <em>Œuvres complètes, tome 1</em>.</p>
<p>Ensuite, plongez-vous dans les œuvres de Peter Sloterdijk, André Gorz, Jacques Ellul, et même relisez Lewis Mumford avec <em>Le Mythe de la machine</em>. Vous pouvez également explorer quelques passages de <em>Industrial Society and Its Future</em>, notamment la section 112.</p>
<p>Merci à Alain Damasio de rendre accessible une vision alternative du monde et de reconfigurer le câblage d&rsquo;un transistor, ce qui pourrait finalement transformer l&rsquo;avenir de nos sociétés humaines. Que cette lecture vous inspire à explorer davantage ces penseurs et à découvrir les profondeurs fascinantes de leurs réflexions. Chaque livre est une nouvelle porte vers une compréhension plus riche de notre monde et de ses possibles transformations. Il n&rsquo;est pas impossible que <a href="https://sillon-fictionnel.club/apropos/">ce site</a> fasse partie de ces transformations nécessaires.</p>
<p><a href="https://www.seuil.com/ouvrage/vallee-du-silicium-alain-damasio/9782021558746">Vallée du silicium, Alain Damasio. Albertine, Seuil</a></p>
<p><a href="https://www.librairie-gallimard.com/livre/9782910386474-le-mythe-de-la-machine-technique-et-developpement-humain-1966-lewis-mumford/">Lewis Mumford, Le Mythe de la machine. Technique et développement humain (1966), (Tome I)</a></p>
<p><img src="/images/damasio.jpg" alt="Valée du silicium + autre bibliographie"></p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Energon Universe (reboot)]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2024-07-14T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-07-14T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>J’ai des souvenirs très vivaces de moi, enfant, avec mes parents, sortant d’un magasin, heureux comme tout, avec un Autobot. Mon premier et mon dernier.</p>
<p>Comme nombre d’enfants de ma génération, les Transformers ont laissé leur indélébile marque en moi. Je me rappelle de ces moments, les yeux arrimés au poste, lorsque c’était l’heure de la série animée (G1 à l’époque).</p>
<p>Et voilà que Robert Kirkman (The Walking Dead) se lance dans un reboot de l’univers Energon.</p>
<p>S’occupant du scénario de la nouvelle série Void Rivals (un tome paru), il confie les Transformers (idem) au génial Daniel Warren Johnson (aka DWJ, auteur de l’excellent Do a Power Bomb!).</p>
<p><img src="/images/energon-universe-reboot.jpeg" alt=""></p>
<p>Dans Void Rivals, dessiné par Lorenzo de Felici (derrière un autre bijou : Kroma), Agorriens et Zertoniens sont en guerre les uns contre les autres depuis des siècles alors qu’ils partagent un espace commun : l’anneau sacré. Deux pilotes ennemis se retrouvent dans l’obligation de coopérer pour survivre. Jetfire (Skyfire dans G1), un des Autobots les plus emblématiques (le seul capable de voler), fait son apparition (brève), laissant présager un rapprochement avec Cybertron et les Transformers dans les prochains tomes.</p>
<p>Du côté de DWJ (qui fait aussi le dessin), on retrouve Optimus Prime, Ratchet, Bumblebee, Cliffjumper et d’autres Autobots inertes, en piteux état sur terre. Après l’intervention salutaire de Jetfire, les voilà repartis pour un tour. Mais Jetfire commet une gaffe monumentale. Sans le vouloir, il attire les Decepticons guidés par un Skyscream complètement fou qui veut éradiquer les Autobots une bonne fois pour toutes.</p>
<p>Mené tambour battant, ce premier tome de Transformers ne laisse pas de répit au lecteur. La violence des Decepticons y est inouïe et les Autobots essaient tant bien que mal de tenir tout en défendant les frêles humains qu’ils découvrent sur cette étrange planète qui les a vus se crasher.</p>
<p>L’enfant en moi est ravi. Void Rivals est pour l’instant au-dessus de Transformers mais les deux valent le largement le coup.</p>
<p>De plus, L’Energon Universe va s’étendre à la franchise G.I. Joe (Duke, Scarlett, Cobra Commander…). Que du bonheur !</p>
<p>—
<a href="https://www.urban-comics.com/void-rivals-tome-1/">Void Rivals, tome 1</a>. Robert Kirkman, Lorenzo de Felici. Urban Comics. 18 €.
<a href="https://www.urban-comics.com/transformers-tome-1/">Transformers, tome 1</a>. Daniel Warren Johnson. Urban Comics. 18 €.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Something is Killing the Children]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2024-07-14T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-07-14T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>« Something is Killing the Children » est une excellente série comics.</p>
<p>Le superbe scénario de James Tynion IV (The House on the Lake) et le détectable coup de crayon de Werther Dell’edera en font une des meilleures que j’ai lues.</p>
<p>Je viens de dévorer le tome 7 et je dois prendre mon mal en patience en attendant la suite.</p>
<p>Le pitch : les enfants, par leurs peurs, leurs cauchemars, l’excès de stress, matérialisent des monstres que seuls eux peuvent voir.</p>
<p>Ces hideuses créatures appartiennent à plusieurs espèces et sous-espèces, à la physionomie et capacité différentes. Mais leur but reste le même. Dévorer les petits chérubins et ainsi gagner en force. Et plus ils se gavent plus les adultes peuvent en pressentir la présence, secouant leurs tripes jusqu’à la révulsion.</p>
<p>Un ordre millénaire composé de plusieurs loges veille au grain. Dotant ses chasseurs de la capacité, malgré leur âge, de voir les bêtes, il pourchasse ses dernières sauvant les vies des enfants menacés.</p>
<p>Mais tout n’est pas rose. L’ordre semble ces derniers temps plus inquiet de faire passer les horribles meurtres pour des accidents que de sauver des vies. Les relations publiques semblent primer sur tout le reste.</p>
<p>Certains chasseurs sont eux-mêmes monstrueux, en cela que ce qui les motive dans la traque et la mise sous couvert des faits est le sang. S’il faut trancher la gorge d’innocents, c’est encore mieux.</p>
<p>Mais voilà qu’Erica, une chasseuse hors pair, se révolte et fait bande à part. Devant sauver des vies tout en sauvant la sienne des griffes des créatures et celles de l’ordre, elle ne peut compter que sur elle-même et sur une poignée d’alliés pour tenir…</p>
<p>Intriguant, émouvant, parfois horrifiant, « Something is Killing the Children » est tout bonnement époustouflant.</p>
<p><img src="/images/something-is-killing-the-children.jpeg" alt=""></p>
<p>—
<a href="https://www.urban-comics.com/something-is-killing-the-children-serie/">Something is Killing the Children</a>, série, 7 tomes parus. James Tynion IV, Werther Dell’edera. Urban Comics.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Chronique - L’espace commence ainsi]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2024-06-23T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-06-23T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Il y a des jours comme ça. Votre marqueur explose lors d’une lecture. Est-ce un hasard ? Une tache sur le mot &ldquo;page&rdquo;. Tout cela en lisant &ldquo;L’espace commence ainsi&rdquo; de François Bon. Un livre dans la collection Perec 53 (53 livres de 53 pages par 53 artistes). Il y a sûrement 53 coulures sur ce livre. J’ai défini mon espace. Délimiter nos vies, nos cadres, nos perceptions, nos territoires… en fait, Perec serait fier de moi. Partir d’un espace et délimiter son univers. Il l’a fait. François Bon nous rappelle les pérégrinations de Perec. On ne sait toujours pas où on est. Mais ce n’est pas grave, c’est juste notre géographie. Le texte n’est qu’une structure, une ébauche éclatée, mais tout cela pour exister.</p>
<p><img src="/images/tache.jpeg" alt=""></p>
<p><a href="https://www.loeilebloui.fr/catalogue/lespace-commence-ainsi-francois-bon/">L’espace commence ainsi, François Bon</a></p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Chronique - Libertés d'écoute - Le son, véhicule de la relation]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2024-06-02T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-06-02T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Je ne sais pas pour vous, mais lorsque j&rsquo;écoute une émission à la radio, mon oreille est souvent plus attentive aux détails qui soutiennent un discours ou une explication. Par exemple, il arrive que dans les films, un son soit en inadéquation avec son environnement. Cette dissonance permet au spectateur de mieux se concentrer sur une scène. C&rsquo;est un sujet qui m&rsquo;a toujours passionné, mais je n&rsquo;avais jamais trouvé de livre sur la création des objets sonores. Il existe des ouvrages techniques pour les créateurs sonores, mais <em>Libertés d&rsquo;écoute - Le son, véhicule de la relation</em> de <a href="https://deshays.net/">Daniel Deshays</a> est un livre qui traite du silence et du son pour soutenir des créations artistiques.</p>
<p>Chaque chapitre est une compilation linéaire d&rsquo;écrits accumulés sur plusieurs années. Dense, détaillé et approfondi, ce livre se compose de notes de recherche. Ce n&rsquo;est pas le genre de lecture facile que l&rsquo;on peut lire confortablement dans son lit (bien sûr, vous êtes libre de choisir votre façon de lire). Ce livre a vraiment étanché ma soif de connaissances sur le son et l&rsquo;écoute. Donc, si ce sujet vous intéresse, n&rsquo;hésitez pas à le découvrir.</p>
<p>Une petite note positive sur la qualité de l&rsquo;impression, du papier, de la typographie et de la mise en page réalisés par les éditions MF.</p>
<p><img src="/images/son.jpg" alt=""></p>
<p><a href="https://www.editions-mf.com/produit/134/9782378040710/libertes-d-ecoute">Libertés d&rsquo;écoute Le son, véhicule de la relation de Daniel Deshays (auteur) Maison d&rsquo;édition : éditions MF Collection : Répercussions novembre 2023</a></p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Chronique - Voyages sans bagages - Tove Jansson]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2024-05-26T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-05-26T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Une petite découverte littéraire lors de la foire du livre à Bruxelles, au stand du Québec qui regorge de belles perles littéraires. &ldquo;Voyages sans bagages&rdquo; de <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Tove_Jansson">Tove Jansson</a> est un recueil de nouvelles pleines de sagesse. Des lectures qui peuvent nous faire penser à ces instants de vie entre deux situations, cette perte de repères lors d’un voyage, d’un décalage horaire ou lorsque l’on contemple intensément un paysage. Je ne connaissais pas Tove Jansson, mais cette approche humaniste et empreinte de réalités simples me fait chavirer dans d’autres pensées… Nos vies sont pleines de bagages, mais ici on les laisse de côté et on se laisse porter à la dérive.</p>
<p><img src="/images/voayge-sans-bagage.jpg" alt="Couverture du voyages sans bagages"></p>
<p>PS : Une <a href="https://lapeuplade.com/archives/livres/voyages-sans-bagages">belle édition</a> chez <a href="https://lapeuplade.com/">La Peuplade</a>, avec une photographie d’Ada Hamza qui ne fait qu’embellir le voyage.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Chronique - Le gourmet solitaire]]></title>
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            <author>
                        <name>Serge Tellene</name>
                    </author>
            <published>2024-05-11T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-05-11T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Le gourmet solitaire (孤独のグルメ, kodoku no gurume)
Jirō Taniguchi, d&rsquo;après un personnage de Masayuki Kusumi.</p>
<p>Je ne sais pas ce qu&rsquo;il en est pour vous, mais la bonne chère est l&rsquo;une de mes plus grandes joies dans l&rsquo;existence. Je n&rsquo;aurai pas la prétention de me dire gourmet - en revanche, je suis certainement, évidemment, indubitablement gourmand. Et voilà un livre qui n&rsquo;en finit pas de me faire saliver. C&rsquo;est un cadeau qu&rsquo;on m&rsquo;a fait il y a plusieurs mois, et c&rsquo;est comme un plat préféré : je n&rsquo;ai de cesse d&rsquo;y retourner.</p>
<p><img src="/images/gourmet.jpeg" alt="Couverture du gourmet solitaire"></p>
<p>Au gré de ses pérégrinations professionnelles (essentiellement à Tōkyō), le personnage visite différents quartiers, va de redécouvertes en découvertes et mesure au passage, occasionnellement, la marche du temps à l&rsquo;aune des changements qu&rsquo;il constate (tiens, cet établissement a disparu&hellip;). Il a, pour être honnête, une bien meilleure mémoire que moi : je ne pense pas être capable de me remémorer l&rsquo;abricot sec d&rsquo;une boîte bento mangée dans un train il y a dix ans - lui, si.</p>
<p>Je me délecte de ce manga essentiellement centré sur la puissance évocatrice de (re)découvertes culinaires, qui ne sont qu&rsquo;un prétexte pour nous faire profiter des pensées et des sensations du personnage principal : les aliments en tranches accompagnent les tranches de vie qu&rsquo;il analyse et médite en notre compagnie muette et affamée. Car il n&rsquo;y a pas que les plats à savourer dans ce livre qui se lit dans le bon sens (de la droite vers la gauche, bien entendu) : les lieux et les personnages hauts en couleurs sont à croquer et truffés de détails.</p>
<p>Les dessins sont clairs, nets, anguleux, francs - je dirais rudes, implacables, sans concession. Les traits sont saillants, les expressions terriblement justes. On n&rsquo;y croit pas : on y est, on en est. Je me régale, pour tout vous dire, et c&rsquo;est comme un bon repas : je l&rsquo;ai feuilleté, je me suis resservi, je m&rsquo;en suis repu, je l&rsquo;ai posé, je le reprendrai immanquablement.</p>
<p>Voulez-vous goûter ? Ah, vous connaissez déjà ? Comment ? Vous êtes des habitués ? Dans ce cas, vous en reprendrez bien un peu, même si cela fait 15 ans ?</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Slasher]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2024-05-06T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-05-06T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>C’est une histoire d’amour pas comme les autres.</p>
<p>Une histoire d’amour à distance.</p>
<p>D’un côté, Christine. De l’autre Joshua.</p>
<p>Ils se rencontrent sur le net, comme bon nombre de nos contemporains, préférant ces cordons ombilicaux que sont les <em>smartphones</em> pour approcher l’autre et tâter le terrain.</p>
<p>Mais contrairement à tant d’autres (vraiment ?), cette relation est malsaine au possible. Christine visionne les vidéos de Joshua en train de s’entailler le corps à coups de couteau et là, là est l’orgasme, le crush, la jouissance et, paraît-il, l’amour.</p>
<p>Christine est prête à tout pour son Joshua. À sortir des rails que la vie semble avoir tracé pour elle. À s’accepter forte. À punir tous ces idiots de mâles qui ne pensent qu’à la chevaucher, ne comprenant pas que seul Joshua importe.</p>
<p>Ah Joshua. Retenu prisonnier par sa frappadingue de mère qui, se cachant derrière Dieu et l’église, transforme en véritable alchimiste de la perversité sa rancœur et ses échecs en gifles et coups de poing portés comme ça vient sur le corps frêle de son rejeton.</p>
<p>Tiens bon Joshua. Ta Christine arrive pour te sauver. Tiens bon !</p>
<p><img src="/images/slasher.jpeg" alt=""></p>
<p>Malgré le mal-être qu’il a fait naître en moi tandis que j’en dévorais les pages, « Slasher » de Charles Forsman se révèle une excellente critique de la perversité, de l’immoralité et de la malaisante dégénérescence des mœurs de la société américaine, vues du prisme d’un auteur qui porte en lui les semences de la culture <em><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/White_trash">White Trash</a></em>.</p>
<p>Il faut dépasser la grande violence, le sadisme de « Slasher » qui ne sont pour moi qu’un prétexte pour afficher des tares au grand jour et faire apparaître l’humain dans toutes ses contradictions. Forsman est un orfèvre en matière de personnages. Les siens, du moins celles et ceux qui importent pour cette histoire, possèdent une profondeur et une complexité rares.</p>
<p>Une lecture surprenante jusqu’au bout, dont il faudrait méditer chaque case ou presque si vous avez l’estomac bien accroché.</p>
<p>—
<a href="https://employe-du-moi.org/Slasher">Slasher</a>. Charles Forsman. L’employé du moi. 18 € pour la version papier.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Retour sur un départ manqué]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2024-05-04T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-05-04T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Philippe Stella, écrivain qui n’écrit plus, contemple la retraite et la panne de sa Twingo qui ne veut plus démarrer.</p>
<p>Le voilà ratant l’heure du début des cours qu’il donne aux Beaux-Arts de Nantes. Il tente de démarrer l’engin. Mais celui-ci ne veut rien savoir. Alors en attendant le garagiste, il met la pellicule de sa vie sous les projecteurs de sa mémoire.</p>
<p>Son œuvre, par laquelle il décrivit en long, en large, et en travers Grand-Lieu, qui l’a vu naître, rencontrer Françoise, donner vie à Théo, perdre Françoise, et continuer à avancer, brinquebalant, cahotant.</p>
<p>Sa Twingo, qui perdit ses couleurs un temps éclatantes en avalant les mêmes routes et la mutation des paysages autour de ce lac à proximité de Nantes.</p>
<p>Son fils qui « n’a jamais paru choisir ses tenues, c’est plutôt comme si les vêtements lui neigeaient dessus et qu’alors, il attendait leur fonte jusqu’à la prochaine chute » (page 42).</p>
<p>Le chagrin du monde, à une époque ou même « les mannequins, aujourd’hui, te paraissent moins insouciants » (page 64).</p>
<p>Gregory Buchert nous sert avec « Retour sur un départ manqué » un roman court, mais exquis à tout point de vue.</p>
<p><img src="/images/retour-sur-un-depart-manque.jpeg" alt=""></p>
<p>Alors que je dégustais chaque ligne ou presque, que je relisais des passages entiers, que je dénichais zeugmes et autres belles pépites, je voyais les yeux emplis d’intelligence et de malice de ce génial auteur, pendant qu’il couchait ses lignes et nos sourdes peurs de la déliquescence linguistique.</p>
<p>Quel régal !</p>
<p>—
<a href="https://www.jocaseria.fr/Livres/Fiche%20livre/retoursurundepartmanque.html">Retour sur un départ manqué</a>. Gregory Buchert. 14,50 €.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Night Club]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2024-05-01T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-05-01T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Il est 4 heures du matin. Définitivement trop tôt pour se réveiller. J’ai beau tourner et me retourner, le sommeil ne revient pas. Que faire donc à cette heure indue à part lire. Et que lire.</p>
<p>Mon choix s’arrête assez naturellement sur « Night club », au regard du parallèle avec ma nuit qui a commencé sous les meilleurs auspices avant de se retrouver tronquée par on ne sait quel sort.</p>
<p><img src="/images/night-club-1.jpeg" alt=""></p>
<p>À l’heure où j’écris ces lignes, ce comics est la dernière création traduite en français de l’écossais Mark Millar — celui-là même qui est derrière de grands succès commerciaux tels que Civil War, Kick-Ass ou The Ultimates — avec l’espagnol Juanan Ramírez au dessin.</p>
<p>« Night club » suit un trio de lycéens liés par une solide amitié. Comme nombre de jeunes de leur âge, ils se cherchent. On ne peut pas dire qu’ils soient vraiment passionnés par les études. C’est alors qu’ils s’essayent à l’audace, se filmant dans l’acte en espérant attirer vues et suiveurs, afin de monétiser leurs « exploits » sur les réseaux dits sociaux.</p>
<p>Mais leur carrière n’a pas encore démarré qu’elle s’arrête abruptement à cause d’un accident qui aurait pu être fatal pour l’un d’eux sans l’intervention salutaire d’un… vampire.</p>
<p>Ce dernier cherche à monter une petite armée pour l’aider dans sa quête de justice. Il apprend au garçon qu’il a mordu à maîtriser ses nouveaux pouvoirs, mais aussi à en comprendre les limites. Millar en profite pour nous rappeler quelques « règles » concernant les vampires. Au cas où l’on aurait oublié.</p>
<p>Le garçon, tout excité par ses nouveaux pouvoirs, propose à ses deux comparses de les mordre, ce qu’ils acceptent. Et voici notre trio tout puissant et affublé de masques de lucha libre redressant les torts, petits et grands, en vrais petits justiciers, sans oublier qu’ils vivent sous la bannière du libéralisme à l’américaine. C’est donc sous le sobriquet de « Night Club » qu’ils se font une « fame » sur YouTube et font enfin décoller la carrière monétisable dont ils rêvaient.</p>
<p>Jusqu’au jour où ils foirent leur coup en s’attaquant à un trop gros morceau, provoquant une catastrophe que les médias ne manquent pas de couvrir. Et c’est ainsi qu’ils se font remarquer par ceux-là même contre lequel le vampire qui sauva le garçon à l’origine du « Night Club » cherche à lever une armée.</p>
<p>Millar fait dans le facile pour ce comics réalisé pour Netflix. C’est du consommable de son époque, à la Netflix, avec juste la petite dose de critique de la société américaine, mais pas de quoi provoquer une révolution non plus. Simple, efficace, et facile à digérer, avant de passer à autre chose.</p>
<p>Le dessin et la mise en couleur de Ramírez ne vont pas vous surprendre non plus par leur originalité. Ceci dit, je les ai trouvés plaisants, soutenant comme il faut le scénario.</p>
<p><img src="/images/night-club-2.jpeg" alt=""></p>
<p>Si vous cherchez un comics qui repose vos cellules grises sans trop en tuer au passage, avec les bons d’un côté et les méchants de l’autre, « Night club » est fait pour vous. Il pourrait même vous aider à retrouver le sommeil sans vous assommer, si jamais votre nuit se trouvait écourtée sans que vous n’ayez rien demandé.</p>
<p>PS Alors qu’il se lit comme un one-shot, il ne s’agirait que du 1er tome de ce qui s’annonce comme une série, bien que rien de tel n’est indiqué sur la couverture.</p>
<p>&ndash;
<a href="https://www.panini.fr/shp_fra_fr/night-club-t01-fnicl001-fr02.html">Night Club, tome 1</a>. Millar, Ramírez. Panini Comics. 22€.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Mon oncle d'Australie]]></title>
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            <author>
                        <name>H. Galois</name>
                    </author>
            <published>2024-04-30T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-04-30T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p><em>Un livre de François Garde</em></p>
<p>« Que serait une famille sans secret de famille » (p. 159)</p>
<p>Dénouer un secret de famille si profondément enfoui dans une lignée qu’il ne se révèle que fortuitement, ça peut faire un bon livre. L’oncle du grand-père de François Garde est parti en Australie, en 1900, ou plutôt… a été exilé, banni, ce qui est aussi partir, l’envie en moins.</p>
<p>Pourquoi ? Personne ne le sait. Comment, on ne peut que l’imaginer. Qu’est-il devenu ? C’est l’histoire d’un roman. C’est une vie dans le blanc des cartes, et nous y avons déjà rencontré François Garde (« La Baleine dans tous ses états » et « Ce qu’il advint du sauvage blanc ») flânant en de lointaines latitudes. Le propre père du narrateur – ce dernier aura la délicatesse d’attendre sa disparition avant de publier son livre – confiait avoir souvent rêvé à son oncle d’Australie. Pourtant, dans cette famille aisée, par les choses et par la culture, une telle disparition est extraordinaire : « Les nantis restent chez eux. Les gens heureux ne prennent pas l’amer chemin de l’exil » (p. 27). Par dépit, et n’ayant aucune bonne source, le romancier sort du bois et y laisse, pour un temps, la réalité familiale. Alors le livre commence par ce geste de démiurge – que j’ai souvent eu – de compléter la réalité en l’écrivant, en inventant des pans inconnus d’une histoire, d’une biographie. Il m’est même arrivé d’avoir l’impulsion de réécrire la fin d’un roman que j’avais trouvé trop triste (affreuse tentation heureusement avortée, qui m’avait par exemple saisi à la fin de « Pour qui sonne le glas », de Hemingway ; j’étais adolescent, je rencontrais un grand écrivain). Alors nous voilà partis pour l’Australie où débarque le jeune Marcel qui « doit oublier son goût méditerranéen pour les propos percutants et sonores, cesser de trop vouloir convaincre, accepter de s’excuser à tout instant et à tout propos, maîtriser l’art de la litote et l’inachèvement. Nul n’apprécie les démonstrations brillantes et les paradoxes amusants qui faisaient, à Vaucluse, le sel des conversations. Ici, l’énoncé de banalités manifeste non la balourdise, mais l’appartenance à la communauté. Celui qui profère une évidence s’abaisse et atteste ainsi de son humilité. L’éloquence n’est plus une vertu, mais une impudeur, voire un aveu de faiblesse. Aux antipodes, le silence est une rhétorique » (p. 88). Il y découvre « une vérité cruelle, réitérée soir et matin : l’exil n’est que le nom vindicatif de l’absence » (p. 115).</p>
<p><img src="/images/MonOncledAustralie.jpeg" alt=""></p>
<p>C’est ainsi que commence cette subtile exploration des frontières entre réalité, mythe et fiction familiale, comme si cette dernière pouvait réparer une injustice, un mensonge, une sentence… on ne sait encore, mais Garde – convoqué par une « autorité sans visage » (p. 144) – nous le dira.</p>
<p>La famille semble de celles pour lesquelles « l’équilibre du monde, ou de la famille, […] revient au même » (p. 131) et on la découvre, au fil des générations, en suivant les questionnements sur la vérité, le moment de la dire, et aussi parfois sur la littérature, son pouvoir : « peut-il y avoir littérature sans au moins une once d’espérance ? » (p. 210) – j’ai dit ailleurs ce que je pense de l’espoir et de l’espérance, je suis tenté de penser que non, elle ne peut pas.</p>
<p>Avant que de conclure, je dois dire que le titre, l’oncle d’Australie, évoque en moi une agréable sensation de familiarité, un écho avec le titre d’un livre de Luis Sepúlveda, fauché par le Covid-19 en avril 2020, « Le Neveu d’Amérique ». Cette autre histoire épique et haute en couleur d’un chemin d’exil à travers l’Amérique cravatée par les dictatures, conclue par de lointaines retrouvailles familiales. C’est un petit livre que j’ai lu et relu lorsqu’il m’est arrivé de n’être pas au mieux et qui a ce pouvoir magique de toujours me remettre d’aplomb. Alors forcément, le titre du livre de Garde m’a mis en bonne disposition.
« Nul ne peut négocier avec le temps souverain » (p. 141) nous dit François Garde, mais c’est pourtant bien ce qu’il fait. Il construit, surtout. Un monument, un cénotaphe (monument élevé à la gloire d’un mort qui a été enterré ailleurs ou n’a pas reçu de sépulture) à son aïeul oublié, un beau livre à un inconnu, rétablir le familier.</p>
<hr>
<p>Mon oncle d’Australie<br>
François Garde<br>
Grasset, 238 p.<br>
2024</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Horizons obliques]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2024-04-28T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-04-28T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Cela fait une éternité que je n’ai pas lu une bande dessinée deux fois de suite. Happé par l’univers qu’elle dépeint, l’histoire, les couleurs et moult autres détails.</p>
<p>« Horizons obliques » de Richard Blake est une œuvre impressionnante. A tout point de vue. D’autant plus qu’il s’agit de la première bande dessinée de ce peintre new-yorkais, nourri aux œuvres de François Schuiten et d’autres grands noms du 9e art de ce côté-ci de l’Atlantique.</p>
<p><img src="/images/horizons-obliques-1.jpeg" alt=""></p>
<p>Nous sommes en 2040. L’humanité découvre une dimension parallèle, faite de continents et paysages qui se forment et se déforment, procédant d’un mouvement, semble-t-il, éternel de construction-déconstruction.</p>
<p>L’exploration peut commencer, même si la mission est de prime abord impossible. Car comment cartographier l’instabilité, la fuite, l’irruption. Comment cerner les contours d’une image mouvante.</p>
<p>On lance d’abord des drones chargés d’IA. On accumule les données, on simule et on calcule. Puis vient le moment d’envoyer des téméraires. Un couple de cartographes se porte volontaires. Tout se passe bien jusqu’à ce que le contact soit rompu. Leur jeune enfant, une fille, laissée derrière, perçoit grâce à son don de clairvoyance que ses géniteurs sont toujours vivants.</p>
<p>Une mission de sauvetage s’organise. Elle va nécessiter plusieurs années de préparation durant laquelle on va tenter quelque chose de tout à fait inédit. Coupler l’esprit de l’enfant à celui d’une IA dotée d’un corps. Solidifier le lien entre les deux entités jusqu’à ce que le regard de l’un devienne celui de l’autre. Puis envoyer l’IA, guidée par l’humaine, à travers le portail liant notre monde avec La Passerelle ; ainsi fut nommée cette autre dimension.</p>
<p>Dès les premières pages, on ressent vivement l’influence des « Cités obscures » du duo Schuiten-Peeters — des pièces magistrales dans le monde du 9e art — sur « Hexagon Bridge », titre original sous lequel est paru « Horizons obliques ».</p>
<p>Cette influence s’étend non seulement à l’architecture, magistrale, mais aussi à l’atmosphère si prenante, si étrange qui enveloppe ces horizons obliques dans lesquels on aimerait se perdre à tout jamais.</p>
<p><img src="/images/horizons-obliques-2.jpeg" alt=""></p>
<p>Blake fait preuve d’une grande retenue qui est à saluer. Contrairement à d’autres auteurs d’ouvrages de science-fiction et d’anticipation, il ne cherche pas à nous en mettre plein la vue. Au contraire. Son minimalisme renforce l’intérêt des lectrices et lecteurs pour La Passerelle, leur donnant l’impression d’être aux côtés de Staden, l’IA susmentionnée, dans sa quête. Les silences, la mise en couleur, l’architecture, rehaussent le scénario et les émotions qui le parcourent. C’est véritablement ingénieux.</p>
<p>L’air de La Passerelle semble chargé de particules lynchiennes. Blake aurait-il aspiré la brume de Twin Peaks pour en arroser ses planches ? Je ne sais pas. Mais mon saisissement est bien là. Jusqu’à la dernière page et ce beau clin d’œil à un autre art qu’Alexandre Dulaunoy, cet autre flibustier de votre sillon, pratique à merveille.</p>
<p>—
<a href="https://www.urban-comics.com/horizons-obliques/">Horizons obliques</a>. Richard Blake. 19,91 €.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Lac Noir]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2024-04-28T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-04-28T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>La poésie n&rsquo;est généralement pas ce qui m&rsquo;attire lorsque je flâne entre les rayonnages d&rsquo;une librairie. Toutefois, se perdre dans une foire du livre à Bruxelles, notamment au stand de Québec Édition, c&rsquo;est un véritable voyage qui brouille les repères. Un livre intitulé “Lac Noir”, orné d&rsquo;une photographie en noir et blanc, a capté mon attention. À l&rsquo;ouverture, des coordonnées géographiques et d&rsquo;autres photos m&rsquo;ont convaincu que ce livre était fait pour moi. Plus tard, j&rsquo;ai remarqué le nom de l&rsquo;éditeur, “La Peuplade Poésie”, discrètement inscrit en bas de la page. Un instant de doute - &ldquo;Oh non, de la poésie&rdquo;…</p>
<p>Mais en réalité, l&rsquo;ouvrage se révèle être un journal personnel agrémenté d&rsquo;une dimension géographique. C&rsquo;est une immersion dans un entrelacs de pensées ancrées dans un territoire, à la fois beau, fluide et percutant. Les textes, bien condensés, me plaisent particulièrement. Finalement, peu importe qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de poésie ou non. C&rsquo;est un choc esthétique qui transporte le lecteur vers de nouveaux horizons&hellip; <a href="https://www.roselinelambert.org/">Roseline Lambert</a>, anthropologue, est une personnalité à suivre dans d&rsquo;autres explorations.</p>
<p><img src="/images/lac-noir.jpg" alt=""></p>
<ul>
<li><a href="https://lapeuplade.com/archives/livres/lac-noir">Lac Noir, Roseline Lambert</a> 144 pages, 978-2-925416-03-6, 23,95$ | 19 €</li>
</ul>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Oli Kellett - Cross Road Blues]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2024-04-27T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-04-27T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>La photographie de rue est un art diversifié ; elle peut se manifester à travers des photographies frontales au flash, à la manière de Bruce Gilden, des clichés pris dans les rues, inspirés par le style de Garry Winogrand, ou encore des sessions de chasse continue pour saisir des scènes de rue animées. Oli Kellett crée des panoramas de photographie de rue qui rappellent le travail de Gregory Crewdson, mais sans l&rsquo;équipe de dix personnes en coulisses. Sa patience est son atout majeur pour obtenir une vue panoramique avec une personne perdue au milieu. On peut constater que sa sélection s&rsquo;étend sur une période assez longue, révélant ainsi la rareté de cet instant parfait.</p>
<p><img src="/images/cross-road-blues.jpeg" alt=""></p>
<ul>
<li><a href="https://www.nazraeli.com/complete-catalogue/oli-kellett-cross-road-blues">OLI KELLETT | Cross Road Blues</a>, Nazraeli Press, Relié, 14 x 11,5 pouces, 68 pages, 28 plaques quadrichromiques.</li>
</ul>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Un astre nommé James]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2024-04-26T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-04-26T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Les lumières s’éteignent partout, sauf là où le public est amené à diriger son attention et son regard durant le temps qui vient.</p>
<p>Le brouhaha cesse, remplacé par un silence parcouru de soubresauts. Un silence dans lequel on peut déjà entendre la clameur qui s’annonce.</p>
<p>Ils montent sur scène, droits, fiers, prêts à tout donner. Ils se mettent en place et ils commencent, sans faire attendre celles et ceux qui sont venus pour les voir.</p>
<p>Dès les premiers instants, des frissons parcoururent l’échine des présents. On sent que nous sommes à un tout autre niveau. En les regardant, j’ai eu la vive impression qu’ils donnaient des bouts d’eux-mêmes, une inénarrable alchimie les connectant entre eux et au public.</p>
<p>Soudain un flash. Je voyais devant moi des passages, réinterprétés certes, de « <a href="https://www.cornelius-boutique.com/product/total-jazz">Total Jazz</a> » de Blutch. Une des meilleures bandes dessinées jamais écrites sur cette terre incroyablement fertile aux mille variétés, et à la géographie éternellement recomposée afin que l’arpenteur jamais ne s’en lasse.</p>
<p>James Brandon Lewis se dresse tel un lion, impressionnant, le regard tourné vers son âme afin d’en extraire la substantifique sève et la souffler à travers son tenor sax qu’il manie avec une inconcevable dextérité. On le sent habité, investi d’une mission céleste, cherchant tel un sage millénaire l’équilibre entre les forces qui parcourent ce monde.</p>
<p>Soutenu par des musiciens hors pair, Aruán Ortiz au piano, Brad Jones à la contrebasse, et Chad Taylor — celui-là même qui sublimait les enregistrements de la très regrettée Jaimie Branch — à la batterie.</p>
<p>Cela fait presque trois décennies que j’explore terre jazz, que j’en essaie d’en cerner les contours, que j’en hume la brise et l’air, que j’en découvre sans cesse de nouveaux recoins. Toutefois, rares sont les fois où mes pas croisèrent ceux de ces géants légendaires en dehors des mausolées et autres cimetières.</p>
<p>Mais hier, l’astre James, accompagné de ses trois satellites, éclaira mon chemin pendant plus d’une heure quarante, jusqu’à l’entrée d’une clairière dans laquelle, <a href="https://songwhip.com/jamesbrandonlewisquartet/transfiguration2024">transfiguré</a>, je me suis senti infiniment bien, tout l’épiderme de mon être en contact avec la chaleur diaphane d’un incommensurable bonheur.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[La petite lumière]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2024-04-23T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-04-23T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Je ne sais pas trop quoi penser de « La petite lumière » d’Antonio Moresco.</p>
<p>C’est lors d’un court passage dans une librairie que je l’ai vu là, sur une table, mis en avant, à côté de livres de Zweig et autres illustres écrivains. Après avoir lu le 4e de couverture, je me suis dit « why not » comme on dit dans le Gâtinais.</p>
<p>J’ai vu un grand sourire s’afficher sur le visage précédemment fermé de la caissière. « J’ai adoré ce livre. Vous allez vous régaler » me dit-elle d’un air enjoué.</p>
<p>Pas vraiment, même si les ingrédients choisis auraient dû aboutir à une belle dégustation.</p>
<p>Un homme s’isole par choix dans les montagnes. Loin du tumulte du monde. Seul habitant d’un hameau, il passe son temps à apprécier le calme, la nature, les ruines qui l’entourent. Il m’a rappelé que cela fait fort longtemps que je n’ai pas vu d’hirondelles. Où sont d’ailleurs ces belles kamikazes ?</p>
<p>Au soleil couchant, il s’assoit sur une vieille chaise en fer en attendant que le voile de l’obscurité enveloppe les cimes qui s’étendent à perte de vue. Puis il se met à remarquer une petite lumière de l’autre côté de la gorge. Elle s’allume le soir venu et brille toute la nuit. Il descend alors au village encore habité où il fait ses courses. Personne ne sait rien. Personne n’a jamais rien remarqué.</p>
<p>Tant bien que mal, il trouve un chemin qui mène à la petite lumière. À une vieille maison en pierre, où vit un enfant, seul. Le mystère de la petite lumière s’épaissit au lieu de s’éclaircir. L’homme va nouer une relation d’amitié avec l’enfant et, peu à peu, il va tenter de comprendre son histoire bien étrange.</p>
<p>Certes, il y a des jolis passages contemplatifs, mélancoliques, ou de prise de conscience du temps qui passe et du peu de choses que nous sommes face à Dame Nature.</p>
<p>Certes, les découvertes de l’homme avec et face à l’enfant ont aiguisé mon appétit de lecteur.</p>
<p>Cependant, je n’ai pas bien saisi la morale, si morale il y a. Ni la fin qui ressemble à une tentative ratée de faire philosophique sans donner les clefs nécessaires à la compréhension. Des passages m’ont aussi rappelé un autre Italien, Erri de Luca, mais sans le lyrisme de ce dernier.</p>
<p>Si jamais vous le lisez et, une fois la dernière page consommée, vous voyez une lumière, quelle que soit sa taille, je serai curieux d’avoir votre avis.</p>
<p><img src="/images/la-petite-lumiere.jpeg" alt=""></p>
<p>—
<a href="https://editions-verdier.fr/livre/la-petite-lumiere-2/">La petite lumière</a>. Antonio Moresco. Verdier (poche). 8,50 €.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[American Parano - Black House Tome 1]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2024-04-14T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-04-14T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Le premier tome d’American Parano - Black House nous emmène à San Francisco.</p>
<p>Nous sommes en 1967. Un effroyable meurtre a eu lieu sur les abords du Golden Gate. Le cadavre, attaché nu à un arbre, est celui d’une étudiante dont le meurtrier décora le ventre avec un signe satanique tracé au couteau.</p>
<p>Ulysses Ford, un flic au bout du rouleau, est dépêché sur les lieux avec Kim Tyler, une bleue fraîchement sortie de l’académie. Ni une ni deux, les voici sur la piste du Baron Yeval, le gourou de « l’Église de Satan ». Yeval est suspecté d’être un manipulateur doublé d’un aigrefin de première.</p>
<p>Les crimes continuent de plus belle alors que Kim s’empêtre dans son passé et se laisse atteindre par Yeval, qui vient titiller son âme afin de la désarçonner. La voici qui perd ses moyens à un moment crucial, ce qui risque de remettre en question le fondement même de toute l’enquête.</p>
<p>Ce premier tome m’a rappelé des bandes dessinées que je lisais durant mon adolescence. Au-delà des bouffées de nostalgie qu’il provoqua en moi, le scénario de Bourhis est on ne peut plus classique, un peu trop même ; le lecteur aguerri au genre voyant de loin les ficelles de la trame. Le dessin de Varela ne fait pas dans l’originalité. Il reste toutefois agréable, avec une touche rétro pour un effet sixties assez réussi.</p>
<p>Si vous cherchez une bande dessinée pour vous rappeler vos lectures d’antan, si vous êtes une jeune lectrice ou un jeune lecteur appréciant un petit polar sans prétention, ce premier tome d’American Parano - Black House est fait pour vous. Il ne vous fera nullement sombrer dans la noirceur ou la dépression. Je ne pense pas cependant qu’il faille encombrer votre bibliothèque avec. Le lire au soleil couchant à votre médiathèque de quartier en écoutant la jolie playlist Spotify concontée par les auteurs suffira amplement.</p>
<p><img src="/images/american-parano-1.jpeg" alt=""></p>
<p>&ndash;
<a href="https://www.dupuis.com/american-parano/bd/american-parano-tome-1-black-house-t1-2/122658">American Parano, Tome 1 - Black House T1/2</a>. Bourhis, Varela. Dupuis. 16,50 €</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Colère noire]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2024-04-14T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-04-14T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>« Colère noire » — une bande dessinée parue en plusieurs volumes au début des années 1990 — a récemment fait l’objet d’une édition intégrale chez Les Humanos.</p>
<p>Pour ce thriller qui est tout sauf cousu de fil blanc, Thierry Smolderen et Philippe Marcelé s’inspirent librement des <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Tueries_du_Brabant">tueries du Brabant wallon</a>, qui défrayèrent la chronique en Belgique et au-delà dans les années 1980.</p>
<p>Cela commence par une journée ensoleillée. Une femme emmène son enfant au supermarché. Tandis qu’une autre flirte librement avec son compagnon, au milieu des rayons chargés de boissons et sous les yeux écarquillés de consommateurs choqués par les libertés que s’accordent les deux tourtereaux.</p>
<p>C’est alors que débarque une bande sauvage arborant masques et armes à feu, faisant chanter ces dernières pour massacrer des innocents. Les deux femmes perdent dans l’ignominie à laquelle s’adonnent les tueurs fous l’une le fruit de ses entrailles, l’autre son amour.</p>
<p>Alors que rien ne les prédestinait à se rencontrer, encore moins à s’unir, c’est dans leur colère et leur soif de veangance que Marielle et Stella vont se retrouver.</p>
<p><img src="/images/colere-noire.jpeg" alt=""></p>
<p>Face à la nonchalance de la police qui mène l’enquête comme on se passerait un reste de blanquette le lendemain d’une fête, les deux femmes vont surmonter leur terrible deuil en traquant les meurtriers.</p>
<p>Le dessin de Marcelé convient parfaitement à cette trépidante aventure menée tambour battant. Son trait me rappelle un je-ne-sais-quoi de Griffo et de José Muñoz. C’est dire combien j’ai aimé ses planches.</p>
<p>Le scénario de Smolderen se distingue par des considérations sociétales et des comportements que je pourrais qualifier d’avant-gardistes pour l’époque. Rappelons-nous que « Colère Noire » date du début de 1990. Et autant que je me souvienne, il était rare dans ces années-là de voir ériger en héroïnes des femmes, farouches et battantes, laissant libre cours à leur fureur et à des tendances dont la société aurait pu s’offusquer. L’érotisme n’est pas non plus en reste. À saluer particulièrement donc.</p>
<p>Conclusion ? Foncez ! « Colère noire » mériterait sans doute le prestigieux prix interfessier de votre sillon, si ledit sillon n’était pas avant tout fictionnel.</p>
<p>&ndash;
<a href="https://www.humano.com/album/37948">Colère noire - intégrale</a>. Smolderen, Marcelé. Les Humanoïdes Associés. 19,99 €</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Le Roi Méduse - 1]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2024-04-14T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-04-14T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Mon enfance fut merveilleuse, enchanteresse. Du moins, c’est le souvenir que j’en garde.</p>
<p>Peut-être ma mémoire me joue-t-elle des tours. Gomme des aspérités, des contrariétés, des petits malheurs vécus. Pour ne garder que le beau, le meilleur… et l’incroyable sourire qui illuminait le visage de feu mon père quand il jouait avec moi.</p>
<p>Il ne se passe pas une journée, une seule depuis que la Camarde le fauchat sans que je ne me souvienne de son visage, de ses yeux luisants d’une intelligence rare, de son odeur si rassurante qui vous apaise et répare vos accrocs en un instant.</p>
<p>À la lecture du <a href="https://www.actes-sud.fr/catalogue/actes-sud-bd/le-roi-meduse-1">synopsis</a>, « Le Roi Méduse » (tome 1) de Brecht Evens aurait du me repousser. Mais c’est tout le contraire qui se produisit. Peut-être est-ce à cause de, ou devrais-je dire grâce à ce petit mot si touchant que l’auteur glissa en mémoire de son géniteur dans une des premières pages de cet imposant ouvrage.</p>
<p>Qu’importe. Ce premier tome du Roi Méduse me conquit très rapidement. C’est tout simplement un chef-d’œuvre. Et je pèse mes mots.</p>
<p>Arthur grandit auprès d’un père foutraque. Complotiste. Psychotique. Savant à moitié fou. Mais à l’incomparable lustre.</p>
<p>Très aimant, il fait vivre le petit garçon dans une maison vide, sans mère (du moins elle n’est jamais évoquée). Lui apprend la peur des autres, mais aussi à faire un pas de côté pour voir les choses différemment. Lui donne les clés pour se défendre. L’aide à expérimenter. Et sait reconnaître son talent naissant d’artiste, le nourrissant de mille manières.</p>
<p>La relation d’Arthur avec son père est fusionnelle, solaire, même si la dépression, la catatonie ne sont jamais loin. Et c’est peut-être ce qui rend cette bande dessinée si touchante.</p>
<p>Grâce à son impressionnant style pictural salué par de nombreux prix, Brecht Evens a su me happer du début à la fin des 288 pages qui constituent ce feu d’artifice. Il m’a tenu en haleine tout du long avec sa débordante imagination. Faisant battre mon cœur à chaque commencement de planche (et quelles planches !) ou presque.</p>
<p><img src="/images/le-roi-meduse-1.jpeg" alt=""></p>
<p>Certains textes me donnèrent le vertige. Faisant travailler mes méninges comme jamais une vidéo YouTube ou une série Netflix ne le feraient. Courts, mais donnant à profondément réfléchir sur la nature et la société humaines.</p>
<p>Je pourrais continuer des heures durant à vous faire part de mes impressions, à vous dire tout le bien que je pense du Roi Méduse. Mais cela ne suffira pas à en décrire toute la richesse, toute la subtilité, et tout ce qu’il ne manquera pas d’éveiller en vous.</p>
<p>Je vous laisse donc poser puis éteindre votre cordon ombilical numérique pour un jour ou une vie. Mettre vos chaussures et aller chez votre libraire indépendant pour en prendre un exemplaire. Avant de vous asseoir sur un banc pour vous ressourcer dans le sillon fertile de cette œuvre magistrale.</p>
<p>&ndash;
<a href="https://www.actes-sud.fr/catalogue/actes-sud-bd/le-roi-meduse-1">Le Roi Méduse - 1</a>. Brecht Evens. Actes Sud. 32€</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Bot-9]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2024-04-13T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-04-13T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Parfois je traîne mes savates dans les rayons jeunesse des librairies du 9e art, afin d’y repérer des choses simples et douces à lire, me rappelant l’enfant que j’étais et que — d’une certaine façon — je reste.</p>
<p>C’est lors d’une de ces virées que je suis tombé sur « Bot-9 », une agréable bande dessinée muette ; sans texte donc.</p>
<p>On y suit la vie trépidante d’un petit poisson qui échappa de justesse à une mort certaine et qu’un scientifique dota d’un corps de robot pour accomplir une mission rocambolesque et dangereuse.</p>
<p>La fin, que l’auteur veut heureuse, aurait pu être cependant plus à l’avantage du petit poisson que des humains. La morale qui s’en dégage est, de mon point de vue, incompatible avec les enjeux d’aujourd’hui et de demain…</p>
<p>Dommage.</p>
<p><img src="/images/bot-9.jpeg" alt=""></p>
<p>–
<a href="https://www.aventuriers-dailleurs.fr/bd/les_aventuriers_d_ailleurs/bot-9/bot-9_-_histoire_complete/9782386040061">Bot-9</a>. Derek Laufman. Aventuriers d&rsquo;ailleurs. 12,90 €</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Qui laisse passer la lumière]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2024-04-13T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-04-13T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Années 1970. Nous suivons les aventures, les joies et les doutes d’une fille seule.</p>
<p>Sa relation avec sa mère est compliquée. Mise au banc à l’école, elle passe son temps isolée la plupart du temps, du monde et des autres, cousant des poupées en chiffon.</p>
<p>Un jour elle croise la route d’un fantôme. Il lui apporte du réconfort et libère sa parole. Pourtant cela ne va pas sans contrepartie…</p>
<p>J’ai beaucoup aimé cette bande dessinée, poétique à souhait. De plus les dessins et les couleurs sont très agréables. Je recommande donc sans hésitation aucune.</p>
<p><img src="/images/qui-laisse-passer-la-lumiere.jpeg" alt=""></p>
<p>–
<a href="https://www.glenat.com/hors-collection-glenat-bd/qui-laisse-passer-la-lumiere-9782344055151">Qui laisse passer la lumière</a>. Rocher, Cognet. Glénat. 15,99 €</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Blue Bacon - Yannick Haenel]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2024-04-01T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-04-01T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Dormir dans un musée, c&rsquo;est un peu un rêve. Être seul avec les œuvres, les regarder sous tous les angles sans avoir d&rsquo;autres visiteurs autour. Mais cela ne reste qu&rsquo;une utopie pour nous, simples prolétaires, pauvres lecteurs, ou visiteurs de musée. Il existe pourtant une solution : la collection <em>Ma Nuit au Musée</em> chez Stock. Je suis tombé sur <em>Blue Bacon</em> de Yannick Haenel, ma première lecture de cette série. Je croyais tomber sur une œuvre pompeuse et ennuyante. Mais en fait, c&rsquo;est tout le contraire.</p>
<p>Bacon et son œuvre m&rsquo;ont toujours semblé plus complexes que ce qu&rsquo;on pouvait lire. On le classe parmi les peintres de la violence, de la chair&hellip; mais non, j&rsquo;ai vu cette peinture <em>Water from a Running Tap</em> qui a sûrement changé ma vision de son œuvre. Ce livre semble faire la même chose, donner une autre perspective et se confondre personnellement avec l&rsquo;œuvre.</p>
<p><img src="/images/water-from-a-running-tap.jpg" alt=""></p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Pancho Villa - La bataille de Zacatecas]]></title>
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            <author>
                        <name>Guillaume Rousse</name>
                    </author>
            <published>2024-04-01T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-04-01T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Paco Ignacio Taibo II est mon auteur mexicain de roman noir favori. En même
temps, c&rsquo;est le seul, donc il faut peut-être relativiser, comme disait
Einstein, en découvrant la physique. Il signe ici le scénario
d&rsquo;une magnifique bande dessinée[1], illustrée par Eko, un dessinateur que je
n&rsquo;avais pas l&rsquo;heur de connaitre jusqu&rsquo;ici.</p>
<p>L&rsquo;histoire narre la bataille de Zacatecas, haut fait de l&rsquo;épopée de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Pancho_Villa">Pancho
Villa</a> lors de la révolution mexicaine. Sur la route de Mexico, la ville de
Zapatecas, transformée en forteresse, avec moult fortifications et pièces
d&rsquo;artillerie, est au main des troupes fédérales. Les insurgés villistes, aux
ordres de Tomas Urbinas, de Maclovio Herrera, de Rodfolfo Fierra, et
d&rsquo;autres dont j&rsquo;ai du mal à retenir les noms, se heurtent aux troupes loyales
au dictateur <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Victoriano_Huerta">Huerta</a>, sous les ordres d&rsquo;autant de généraux aux allégeances
éphémères, dans une bataille qui ressemble autant à une querelle familliale
qu&rsquo;à une tragédie épique. Par chance, peut-être, parce qu&rsquo;ils savent que s&rsquo;ils sont là à s&rsquo;entretuer comme des cons, c&rsquo;est qu&rsquo;ils ont
d&rsquo;excellentes raisons, peut-être aussi, les insurgés vont finir par l&rsquo;emporter.
Non sans dommage pour le narrateur, qui va y laisser des plumes.</p>
<p>Le récit est fidèle au syle habituel de Paco Ignacio Taibo II, qui nous explique
que tout ce qu&rsquo;on dit de Pancho Villa n&rsquo;était pas forcément vrai. Par exemple,
il ne s&rsquo;était pas marié trente fois, mais seulement vingt. Et encore, deux fois
avec Lucita, parce qu&rsquo;il avait oublié qu&rsquo;ils étaient déjà mariés. Le graphisme
est surprenant, avec une illustration unique en noir et blanc pour chaque
double page, ce qui lui donne la dimension saisissante d&rsquo;une chevauchée
fantastique, saisie image par image, jusqu&rsquo;à sa conclusion tragique. Comme si
l&rsquo;Illiade était racontée sous forme de comic strips.</p>
<p>Bref, ne passons pas à coté des choses simples, comme on dit chez les
usurpateurs mexicains, et précipitez-vous sur ce petit bijou.</p>
<p><img src="/images/la_bataille_de_zacatecas.jpeg" alt=""></p>
<p>—
<a href="https://www.babelio.com/livres/Taibo-II-Pancho-Villa--La-bataille-de-Zacatecas/802852">La bataille de Zacatecas</a>. Paco Ignacio Taibo II &amp; Eko. Éditions Nada. 28 €.</p>
<p>[1] on me chuchote dans l&rsquo;oreillette qu&rsquo;à l&rsquo;heure actuelle on dit plutôt roman graphique, mais j&rsquo;ai du mal avec la novlangue managériale.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Frontier - Singelin]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2024-03-24T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-03-24T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>J&rsquo;ai toujours eu un problème avec le manque de réalisme des navettes et autres stations spatiales.</p>
<p>On est gâté dans &ldquo;Frontier&rdquo; de Guillaume Singelin. Le dessin n’est pas conventionnel, peut paraître touffu et écrasé dans la bande. Mais c’est la partie paradoxale, cela apporte une dimension architecturale à l’histoire. Le confinement dans les engins spatiaux, le câblage, le réalisme des détails font que l’on se retrouve avec eux dans cette histoire. &ldquo;Frontier&rdquo; est une dystopie et pour une fois, respecte son étymologie, un mauvais lieu. L’espace est devenu une exploitation minière à grande échelle, maintenue par une entreprise cupide et sans scrupules. Les personnages évoluent dans une situation qui n’est pas sans rappeler nos vies, de l’écologie aux réfugiés, en passant par les quelques conglomérats qui plient nos libertés. Mais ce qui fait étinceler le récit, c’est l’espoir et les collaborations altruistes de ces individus. Une espérance qui va bien au-delà de cette belle bande dessinée…</p>
<p><img src="/images/frontier.jpg" alt=""></p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Harrison Miller - Valleys]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2024-03-23T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-03-23T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Il y a ces paysages où le détail est superflu. Ils forment des ondes, des structures, des plis qui nous sont familiers.</p>
<p>Ce réconfort que l&rsquo;on peut trouver en les voyant, se sentir happé par la profondeur des sillons, des lignes, des traces.
On cherche sans relâche ce qui nous rattache à ce monde. <a href="https://www.harrisonmiller.net/">Harrison Miller</a><sup id="fnref:1"><a href="#fn:1" class="footnote-ref" role="doc-noteref">1</a></sup>, dans son livre &lsquo;<a href="https://www.harrisonmiller.net/valleys-book">Valleys</a>&rsquo;, explore cela avec une simplicité déconcertante et rassurante.</p>
<p>La mise en page, la reliure en bois, le tirage sur un papier mat et l&rsquo;espace donné aux photographies, sont tout simplement beaux et justes. On ne peut qu&rsquo;espérer que d&rsquo;autres éditeurs soient inspirés par une telle réalisation.</p>
<p><img src="/images/valleys-1.jpg" alt=""> <img src="/images/valleys-2.jpg" alt=""></p>
<p>Merci à Regina Maria Anzenberger pour cette découverte.</p>
<div class="footnotes" role="doc-endnotes">
<hr>
<ol>
<li id="fn:1">
<p><a href="https://www.underlifeeditions.com/books-objects-prints/p/valleys-harrison-miller">Valleys | Harrison Miller</a>, &lsquo;underlife&rsquo; editions, Janvier 2024.&#160;<a href="#fnref:1" class="footnote-backref" role="doc-backlink">&#x21a9;&#xfe0e;</a></p>
</li>
</ol>
</div>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Saccades stochastiques]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2024-03-23T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-03-23T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Je me réveille après une bonne nuit de sommeil. Le cerveau encore embrumé, je me saisis du cordon numérique ombilical qui traîne sur ma table de chevet. Je mets mon casque et je m’en vais butiner, allongé, les nouvelles plantes sonores en ce début de printemps dans la soundscape.</p>
<p>Soudain je reçois un <a href="https://signal.org/">Signal</a> d’<a href="https://sillon-fictionnel.club/post/harrison-miller-valleys/">Alexandre Dulaunoy</a>, dont les chroniques et microéssais étoffent le sillon pour notre plus grand bonheur.</p>
<p>On pourrait croire que le message d’Alex est simple, basique, mais ça serait mal le connaître. Tenez, lisez par vous-même : « Tu penses quoi du nouvel album de Jeff Mills ? ».</p>
<p>« Aïe aïe aïe » comme on dit dans le Gâtinais.</p>
<p>Ce bon vieux <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Jeff_Mills">Jeff Mills</a> — grand prêtre de la cathédrale de la techno de Détroit — a en effet annoncé il y a quelques jours « The Trip - Enter The Black Hole », qu’il qualifie d’<a href="https://djmag.com/news/jeff-mills-new-album-cosmic-opera-about-journey-black-hole">opéra cosmique</a>. Rien que ça.</p>
<p>Je me lance donc dans le voyage vers ce trou noir et je commente en saccades stochastiques ce que m’inspire chaque morceau de cet album. Notez que « The Trip » est un projet multidisciplinaire dont le son n’est qu’une partie. N’ayant accès qu’au son, ma chronique se limite à cela. Le son.</p>
<ul>
<li>J’entre dans le trou noir.</li>
<li>Et je suis bloqué. À 32 secondes du début. La musique s’arrête. Mon application de diffusion multimédia en continu refuse de continuer. Dois-je y lire un signe ? Rebrousser chemin ? Avant de me perdre là où toute matière est happée, mâchée, jusqu’à qu’il n’en reste plus rien ?</li>
<li>La lecture reprend.</li>
<li>« Contradiction - The Ātman in Brahman (Silent Shadow Mix) » est une urgence, une palpitation frénétique. C’est une image du monde qui s’emballe. Qui ne sait plus s’arrêter. Un trou noir glouton qui ne sait plus freiner son appétit.</li>
<li>« Beyond the Event Horizon » est un signal d’alarme. Mon corps sécrète de l’adrénaline alors qu’il s’enfonce dans l’exploration du sillon interspatial qui sépare matière et antimatière.</li>
<li>« Time in the Abstract » perturbe mes sens. Mon esprit se perd. La folie n’est pas loin. Je dois m’enfuir, quitter le sillon. Je ne suis pas prêt à vivre là où électrons et positrons se livrent un combat acharné.</li>
<li>« Hole » me fait réaliser que je ne suis pas dans le bon univers. Il est quasiment similaire au mien, mais pas identique. J’en veux pour preuve la voix japonisante distordue, comme si le son ne se propageait pas correctement. Le pitch de cette voix me dérange. Je ressens de l’anxiété, comme si j’avais débarqué dans un monde peuplé de Yokai puissants et malveillants.</li>
<li>« When Time Stops » est une musique d’accompagnement pour une exposition d’œuvres dérangées, pompeusement qualifiées d’avant-garde. Je quitte l’exposition d’un pas accéléré. Je n’ai pas le temps de m’arrêter devant ces croûtes pour bobo en mal de culture.</li>
<li>Je sens Détroit, ses landscapes meurtries, son peuple en désarroi dans « No Escape ». Comme si des souvenirs d’un paradis perdu remontaient en désordre, telles des bulles, pour éclater brusquement à la surface.</li>
<li>« Contradiction - The Ātman in Brahman (Long Radio Mix) » me permet de souffler. Je retrouve la chaleur de l’astre radieux dans l’empire du Soleil levant. Je vise un banc et je m’y assois. Des acteurs de Kabuki se posent à portée de regard et d’oreille. Ils répètent. Ce n’est pas tout à fait ça encore. C’est rough on the edges mais je n’en fais pas un cas. Je suis bien dans le tout imparfait, bigarré, aux arêtes revêches.</li>
<li>« Time Reflective » me sort de ma torpeur et me projette de nouveau dans ce sillon duquel je m’arrachai de justesse. La dopamine est remplacée par l’adrénaline. Des formes indéfinissables viennent vers moi. Je sens une intelligence écrasante sur le point de me submerger. Une poursuite s’engage.</li>
<li>Je leur échappe de justesse et me voilà haletant, « Wandering » dans un recoin étrange et inconnu du sillon. Je profite du répit qui m’est octroyé pour récupérer. Je sens encore Motor City. Pourquoi j’y repense alors que je me targue d’être un homme de demain, là où le passé n’a pas de place.</li>
<li>Ma tête me lance. Mon crâne commence à prendre une forme nouvelle. Ça ne me dit rien qui vaille. Les repères s’enfuirent à tire-d’aile. Les repères s’enfuient à perte de vue. Pour le délire provoqué par « Hole (White Hole Mix) ».</li>
<li>Il faut que je retrouve terre ferme. Et vite. Je puise dans mes réserves et j’accélère dans un « Infinite Redshift » vers la base station. Je m’y enferme de justesse avant que Détroit ne me happe de nouveau vers le souvenir, les jours mornes et sans lendemain. J’active les thrusters et je m’extrais de cet étrange trou noir qui m’a fait vivre des expériences palpitantes, même si je n’ai pas réussi à en apprécier toutes les dimensions.</li>
</ul>
<p>Et voilà cher Alexandre, chronique à la hâte de mon séjour au sein du trou noir. La messe est dite. Je me mets du Laurent Garnier pour redescendre.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Blackbird]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2024-03-17T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-03-17T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Nous sommes en France. Le néo-libéralisme s’étend à tous les domaines, tel un cancer qui métastase.</p>
<p>De jeunes auteurs de bandes dessinées essayent de percer au grand jour grâce à « Blackbird », un fanzine auto-édité qu’ils distribuent par le truchement de librairies indépendantes. En attendant, ils mènent une vie, certes à la petite semaine, mais joyeuse. Skate, potes, débats, dessins et amourettes font leur quotidien.</p>
<p>Puis vient la consécration, mais pour un seul d’entre eux, repéré par une maison d’édition. C’est l’incompréhension, avant les tensions puis les inévitables dissensions.</p>
<p>Au même moment, une loi interdisant l’auto-édition et mettant fin au prix unique du livre est promulguée. Le groupuscule entre en résistance. Le fanzine continue à circuler, tant bien que mal. Et puis c’est le drame suite à un court moment d’irrationalité d’un des membres les plus intransigeants. C’est la traque.</p>
<p>« Blackbird » fut à l’origine un vrai fanzine, lancé en 2008 et imprimé par Pierre Maurel, avant de paraître sous forme de volume joliment relié par L’employé du moi en 2011. À travers le prisme d’artistes précaires, il nous donne à réfléchir sur les affres et les excès du système dominant.</p>
<p><img src="/images/blackbird.jpeg" alt=""></p>
<p>Le prix unique du livre en France, introduit en 1981 par la loi dite Lang (du nom de Jack Lang, ancien ministre de la Culture) est un pilier majeur du monde des lettres. Son abolition serait fortement dommageable à l’éducation et à l’accès à la culture.</p>
<p>De même, l’interdiction de l’auto-édition, sous couvert de protection du peuple contre du contenu subversif et dangereux, serait une atteinte majeure à l’expressivité, à la créativité et à la diversité artistiques.</p>
<p>Il est donc important de développer son esprit critique et être prêt à défendre des acquis primordiaux — pour une société saine et juste — contre le néo-libéralisme et ses communicants, passés maîtres dans l’art de faire passer des vessies pour des lanternes. « Blackbird », une lecture plaisante au dessin en noir et blanc agréable, contribue à ce développement dont je ne peux qu’appuyer l’urgence.</p>
<p>—
<a href="https://employe-du-moi.org/Blackbird">Blackbird</a>. Pierre Maurel. L’employé du moi. 14,90 €.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Groovy Death Trip]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2024-03-17T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-03-17T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Bienvenue dans le monde merveilleux de Josh Simmons ! Ici, point de poésie, de lyrisme, ni de bienveillance. Du trash, du sexe, de la connerie red neck, de l’horreur et du grand, grand n’importe quoi.</p>
<p>Chantres de la pensée woke, passez votre chemin si vous ne voulez pas vous retrouver embastillés après une plongée dans la tête pas très nette de Josh. Car vous risquerez d’être parcouru·e·s par de violents spasmes, qui pourraient vous conduire à brûler toutes les copies existantes et n’ayant jamais existé de « Groovy Death Trip ».</p>
<p>Dans cet épais recueil de courts récits, Josh nous parle d’amour. Vache, très très vache l’amour. D’elfes. Au gourdin proéminent, idéal pour pourfendre n’importe quel sillon, quelle qu’en soit la profondeur. De familles. Tellement dysfonctionnelles que la vôtre vous paraîtra on ne peut plus normale. De la colocation. Et de ses « joies » libératrices de beaux sentiments, tels que la haine et l’envie de meurtre. De l’erreur. Fatale mais tellement humaine.</p>
<p>Si vous avez l’estomac bien accroché et que la pensée subversive vous apporte un peu de piment dans votre vie trop bien rangée de bobo écoresponsable, vous trouverez de quoi vous sustenter avec « Groovy Death Trip ».</p>
<p><img src="/images/groovy-death-trip.jpeg" alt=""></p>
<p>Tous les récits ne sont pas réussis (à vous en donner des haut-le-cœur). De plus, certains peuvent poser question sur la leçon d’immoralité que l’auteur cherche à donner. Malgré cela, l’ensemble se consomme plutôt bien. Avec une bonne rasade de tord-boyau (le rooibos bio ne fera pas l’affaire ce coup-ci) et du LSD histoire d’en rendre la digestion plus aisée.</p>
<p>Bonne chance !</p>
<p>—
<a href="https://www.editionshuber.com/collections/tous-les-livres/products/groovy-death-trip-par-josh-simmons">Groovy Death Trip</a>. Josh Simmons. Huber Editions. 29 €.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[metropolia - Martin Bogren - Atelier EXB]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2024-03-17T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-03-17T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>On pense souvent que la photographie de rue est toujours identique, une activité répétitive offrant une image semblable d&rsquo;un photographe à l&rsquo;autre. En effet, on peut remarquer des similitudes, voire des parallèles, entre les photographes de rue. Cependant, Martin Bogren<sup id="fnref:1"><a href="#fn:1" class="footnote-ref" role="doc-noteref">1</a></sup> nous entraîne dans une série exceptionnelle. Il est dans la rue tout en s&rsquo;en détachant. Il a passé une centaine de jours à New York. On se retrouve plongé dans un rêve photographique. La ville perd de son importance, elle pourrait être n&rsquo;importe quelle métropole. Mais tout cela nous est présenté de manière intime. C&rsquo;est ce qu&rsquo;on ressent en ouvrant les premières pages de « Metropolia », publié aux éditions Atelier EXB, un bel ouvrage au tirage soigné.</p>
<p><img src="/images/metropolia-1.jpg" alt="">
<img src="/images/metropolia-2.png" alt=""></p>
<p>Martin Bogren <a href="https://exb.fr/fr/photo-plasticienne/558-metropolia.html">Metropolia</a>, 96 pages</p>
<div class="footnotes" role="doc-endnotes">
<hr>
<ol>
<li id="fn:1">
<p>Martin Bogren est un photographe suédois basé à Malmö.&#160;<a href="#fnref:1" class="footnote-backref" role="doc-backlink">&#x21a9;&#xfe0e;</a></p>
</li>
</ol>
</div>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Délivrance]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2024-03-15T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-03-15T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Délivrance est une bande dessinée post-apo, scénarisée et dessinée par Kim Gérard. Je fus attiré par le pitch. Seulement voilà. Après un début très prometteur, ça traîne en longueur, ça remplit des pages et des pages de peu ou prou la même chose, avant une fin trop convenue.</p>
<p>C’est comme si vous partiez à l’exploration d’un nouveau territoire, voyant une infinité de chemins devant vous. Mais au fur et à mesure que vous marchez, vous vous rendez compte que vous êtes sur une bande étroite et vous voyez déjà le bout de votre route et la déception à l’horizon.</p>
<p>Quel est donc le pitch me direz-vous ? La Grande Extinction a frappé l’humanité. Jusqu’ici, ceci reste la recette de ce repas qu’on vous sert toutes les semaines à la cantoche, même s’ils lui donnent de nouveaux noms et changent un peu l’assaisonnement pour vous en resservir à gogo.</p>
<p>La Grande Extinction donc. Comme elle est grande, elle a éradiqué un grand nombre d’humains. Ça se tient, ça se tient. Mais là où ça devient intéressant, c’est ce qui arrive aux survivants, celles et ceux qui n’ont pas eu la chance de mourir.</p>
<p>Condamnés à une vie d’errements sans fin — bien chargée en tourments — ils ne peuvent se donner la mort ni se tuer les uns les autres. Pour revivre un peu, ils doivent se mettre sur la tronche de temps à autre. La violence, donc. Après cela, un peu de répit. Puis les tourments reviennent. Mais si l’on se laisse aller au désespoir, si on lâche prise, alors on se transforme en une sorte de zombie, sans souvenirs ni âme, castagnant tout ce qui bouge.</p>
<p>Il existerait cependant une oasis, un éden où l’on peut revivre à peu près normalement avant d’y mourir paisiblement.</p>
<p><img src="/images/delivrance.jpeg" alt=""></p>
<p>Nous suivons Ikar, Graham et Maé. Tourmentés, ils tiennent bon et ont espoir de trouver l’oasis. Leur quête sera toutefois — et bien entendu — semée d’embûches. Et quand ils trouvent enfin l’éden, ou du moins ce qui y ressemble, ce n’est pas tout à fait ce que la légende urbaine vend. Bon niveau urbanisme, vous repasserez vu que la civilisation s’est écroulée, mais, étant en manque de blanquette, je suis à court d’inspiration. Un peu comme Kim Gérard après un début d’histoire qui cartonne.</p>
<p>Niveau dessin, peu à redire. C’est solide et plaisant. La mise en couleurs est au rendez-vous. Il y a aussi une jolie poésie qui donne à respirer dans ce monde de brutes épaisses. C’est juste dommage que le scénario ne suive pas, du moins jusqu’au bout, et ce malgré quelques belles surprises. Je reste vraiment sur ma faim pour le coup.</p>
<p>—
<a href="https://www.glenat.com/hors-collection-glenat-bd/delivrance-9782344048030">Délivrance</a>. Kim Gérard. Glénat. 25 €.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Carcajou]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2024-03-10T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-03-10T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Bienvenue à Sinnergulch, une petite bourgade dont on cherche patiemment le charme, malgré la beauté à couper le souffle des paysages qui l’entourent.</p>
<p>Nous sommes dans la province de l’Alberta, au Canada, en l’an 1895. La ruée vers l’or est passée par là, mais les hommes ont sucé les filons jusqu’à leur substantifique moelle.</p>
<p>Le capitalisme ayant horreur du vide, surtout celui de ses coffres, il s’agit de se diversifier ou, comme la novlangue l’exige, pivoter.</p>
<p>Jay Foxton, hâbleur et beau parleur, tient Sinnergulch — qui veut dire le ravin des pécheurs — par les bourses.</p>
<p>Héritier de son vil père qui avait, en son temps, amassé une jolie fortune, il n’hésite pas à franchir la ligne blanche pour asseoir son empire, avec la complicité du shérif et du maire, pas mécontents d’émarger à ses poches profondes.</p>
<p>Jay est malin. Il a découvert un nouveau type d’or, noir celui-là. Il se met à acquérir des terrains où il installe ses puits pour une bouchée de pain, quitte à tordre la main de leurs propriétaires ; voire plus si manque d’affinité.</p>
<p>Un soir, au Horny Squirrel, le cabaret du coin, il se met en tête de convaincre Gus Carcajou, l’ermite mi-français, mi-nakoda que tout le monde craint, de lui vendre la colline qu’il possède à la sortie de la ville. Elle regorgerait de pétrole, paraît-il.</p>
<p>Tout le monde essaie de lui faire changer d’avis. Il paraît que Gus saurait invoquer Wendigos et autres puissants esprits de la forêt. Ce n’est pas le genre de personnes qui se laisse conter fleurette. Mais Jay est têtu. Jay a un appétit glouton pour les pièces sonnantes et trébuchantes.</p>
<p>C’est enveloppé dans son égo et son manteau qu’il part à la conquête de la colline en plein hiver. Mais cela ne va pas se passer comme il l’avait prévu. Le vieux Gus va vite refroidir ses ardeurs. Mais Jay n’en démord pas et c’est l’escalade…</p>
<p><img src="/images/carcajou.jpeg" alt=""></p>
<p>Ce roman graphique, scénarisé par Boris « ElDiablo » Dolivet, et dessiné par Djilian Deroche — qui s’est associé à Marion Chancerel pour la mise en couleurs — est tout bonnement superbe. Je n’ai pas pu le lâcher avant d’en avoir savouré le final, grandiose !</p>
<p>ElDiablo fait là une belle ode au Canada, son pays d’adoption, et surtout à ses premières nations, trahies et spoliées. Le dessin de Djilian est délectable. Il me rappelle un peu celui de Christophe Blain, notamment dans <a href="https://www.dargaud.com/bd/gus">Gus</a> (rien à voir avec Gus Carcajou). Certaines planches, en pleine page, sont magnifiques. Et  les couleurs sont juste parfaites.</p>
<p>Bref, foncez !</p>
<p>—
<a href="https://editions-sarbacane.com/bd/carcajou">Carcajou</a>. ElDiablo, Djilian Deroche. Sarbacane. 26 €.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Commandant]]></title>
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            <author>
                        <name>H. Galois</name>
                    </author>
            <published>2024-03-09T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-03-09T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p><em>un livre de Sandro Veronesi &amp; Edoardo De Angelis</em></p>
<p>L’ami qui m’a recommandé le livre dont je vais vous parler est un de ceux avec qui je partage le goût suspect des histoires de sous-marins : « J’avais pensé à un Das Boot version spaghetti, j’ai dévoré le livre ».</p>
<p>1940, Atlantique : « Nous sommes des marins, des marins italiens, nous avons deux mille ans de civilisation derrière nous, et nous agissons en conséquence », dit le commandant Salvatore Todaro, en sauvant les marins du cargo Belge (la Belgique était alors neutre) qu’il vient de couler, contrevenant aux ordres explicites de sa hiérarchie qui lui commandait de ne jamais secourir de naufragés.</p>
<p>En 2018, l’amiral Giovanni Pettorino, chef des gardes-côtes italiens, dira que « sauver des vies en mer est une obligation légale et morale » puis citera Todaro en réponse aux injonctions du néofasciste Salvini pour justifier qu’il continuerait à porter secours et assistance aux migrants en détresse.</p>
<p>Le livre nous plonge dans l’ambiance à bord d’un sous-marin de guerre, en chasse, par un style et une qualité littéraire impressionnante – alors que le roman est écrit à quatre mains et que je l’ai lu traduit. Ce qui a peut-être facilité ce petit miracle littéraire est que c’est un roman polyphonique, chaque court chapitre étant le récit, le point de vue de l’un des protagonistes. Et puis il y a sans doute la traduction, que je trouve excellente. Le style qui, en français – je ne sais pas comment c’est en italien, mais je devine le texte original tout aussi excellent – est grandement le fait du traducteur. Outre le style, il parsème les pages de mots étranges, comme tarabêter (embêter, ennuyer), décesser, atouse (?), sampille (?)… qui rendent si bien le parler des divers protagonistes.</p>
<p><img src="/images/Commandant.jpeg" alt=""></p>
<p>« Je sais qu’on devrait voir ces garçons à la peau lisse et au sourire insouciant plonger dans la mer pour pécher des perles alors qu’ils s’embarquent pour faire la guerre, je sais aussi qu’ils ne reviendront pas » (p. 31).</p>
<p>Les terribles risques à bord d’un sous-marin sont malgré tout de « bons moments, quand vous risquez votre vie, parce qu’il y a de la vie » (p. 41).</p>
<p>En attendant de passer Gibraltar pour gagner l’Atlantique – les colonnes d’Hercule, le détroit est tenu par les Anglais – l’attente est interminable, angoissante ; les repas qui pourraient sortir les hommes de la torpeur sont monotones… pour donner au lecteur une idée de la peine qui tenaille les marins, les auteurs alignent quatre pages de mets italiens, dont l’effet est de nous faire ressentir, par contraste, la monotonie de la tambouille du bord.</p>
<p>Les risques, ce sont les torpilles ennemies, les avions qui chassent, les plongées au-delà des limites théoriques du submersible pour y échapper, quand on en vient à dire que « l’art du marin, c’est mourir noyé ». Le sous-marin est un « vaste bazar, merveilleux et putride, c’est l’Italie » d’alors, fasciste. Commandant Le sous-marin est une machine, peut-être la plus symptomatique des machines, celle dans laquelle les hommes entrent tout entier et dont ils deviennent un rouage : « Les machines. Cette guerre est la guerre des machines. Et la paix qui un jour lui succédera sera elle aussi la paix des machines. L’avenir sera l’époque des machines qui aideront les hommes à prospérer, comme à présent elles les aident à se débarrasser des navires ennemis » (p. 123). Mais ces hommes croient encore qu’une « époque merveilleuse les attend ». Ils ne peuvent pas encore savoir ce que les machines font au monde. Il faut dire aussi que pour quiconque connaît la guerre, j’imagine, sa fin ne peut annoncer qu’une vie merveilleuse.</p>
<p>« Faites-les monter » (p. 129), ordonne le commandant Todaro quand il voit les chaloupes des naufragés. « Le crois-tu ? » demandera l’un des naufragés que le sous-marin vient de couler et qui maintenant les sauve, à un camarade : « Oui […] je l’ai regardé dans les yeux et je le crois, croire n’est pas une faute » (p. 147).</p>
<p>C’est un livre qui parle de l’honneur, une notion que l’humanisme doit reconquérir sur les flatulences réactionnaires. Nous devons faire les choses avec honneur. Nous devons revendiquer l’honneur ; conjugué aux principes humanistes, cela fait de beaux sillages de vie.</p>
<p>À des naufragés qui mettront la vie de tous en danger, Todaro inflige une punition qui atteindra leur honneur, des gifles. « L’acte inhumain qui n’a pas été accompli quand la guerre l’ordonnait, n’a pas été accompli non plus quand ces deux renégats l’auraient mérité ». Pourtant, c’est la guerre, et peut-être aurions-nous lancé le même geste que ces deux hommes, pour couler un sous-marin fasciste.</p>
<p>Le commandant d’un convoi anglais à propos du commandant du sous-marin : « Il ne tire pas il n’y a que moi qui tire il n’est pas en guerre il essaie seulement de sauver ces vies c’est-à-dire la chose la plus enthousiasmante qui puisse arriver à un marin et pour ça il a fallu qu’il me fasse confiance il s’y est risqué et maintenant il a besoin que moi aussi je lui fasse confiance et alors je lui fais confiance aussi nom de bois j’arrête moi aussi d’être en guerre parce qu’on ne peut pas faire la guerre tout seul et je lui fais confiance oui et j’ordonne un cessez-le-feu » (p. 182). La confiance suppose l’honneur, ce que l’expression « parole d’honneur » ou « sur mon honneur » traduit dans la culture populaire.</p>
<p>Avant que les marins italiens ne finissent par hisser un drapeau de la flibuste – ce que j’imagine appartenir au roman et non à l’histoire – il y aura un dernier miracle : les Belges à bord font des frites, les Italiens n’en reviennent pas.</p>
<p>Le commandant Todaro, sur le bonheur : « Pour ma part je ne partage pas cette obsession des philosophes pour le bonheur. Qu’est-ce que c’est au fond ? En aucun cas un but, au mieux une récompense. Pour un dur travail » (p. 202). À la question « mais qui êtes-vous donc ? », le commandant italien répondra : « Un marin. Comme vous ».</p>
<p>Et pour expliquer son geste, puisqu’il a dû le faire, il lance une malédiction qui, encore aujourd’hui, condamne beaucoup d’Européens apeurés, de politiciens rances et de technocrates amoraux : « On a toujours agi ainsi en mer, et on agira toujours ainsi. Et ceux qui ne le feront pas seront maudits » (p. 203).</p>
<p>Il paraît qu’un film est en préparation. C’est un grand livre.</p>
<p>PS : En exergue du livre, il y a une citation de Platon : « Il y a trois types d’hommes : les vivants, les morts, et ceux qui vont en mer ». Belle, elle est très probablement apocryphe, la plus approchante de cette époque étant d’Anacharsis, un philosophe du VIe siècle av. J.-C. On lui demandait si les vivants étaient plus nombreux que les morts. Il dit : « Mais d’abord, ceux qui sont sur mer, dans quelle catégorie les rangez-vous ? ». Mais peu importe, elle est belle et Platon est bien lointain.</p>
<hr>
<p>Commandant<br>
Sandro Veronesi &amp; Edoardo De Angelis<br>
Grasset, 215 p.<br>
Traduit par Dominique Vittoz<br>
2023</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[La singularité]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2024-03-08T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-03-08T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Je me sens fatigué. Éreinté. Éteint.</p>
<p>L’humanité et ses errements m’épuisent.</p>
<p>Ère post-moderne, dites-vous ? Arrêtons de faire semblant s’il vous plaît. Qui espérons-nous abuser ? Nous-mêmes ? Ère de l’idiotie, de la médiocrité, de la petitesse d’esprit, et de la course effrénée sans raison aucune.</p>
<p>Envie de tout lâcher. De me terrer en haut d’une montagne pour des jours, des semaines ou des mois. Loin de tout et surtout de l’égocentrisme, du populisme, du racisme, du capitalisme glouton, et de l’insidieuse bureaucratie.</p>
<p>Envie de passer une vie ou du moins ce qu’il m’en reste. À écouter le murmure du vent. À en admirer la cavalcade sur des champs de blé s’étendant à perte de vue. À retrouver mon équilibre interne loin du brouhaha incessant et de la sempiternelle agitation.</p>
<p>Alors que je ruminais, que je laissais mon esprit galoper tel un cheval fou vers cette falaise que je ne connais que trop bien, un sang frais se met à battre dans mes veines. Ma peau retrouve son éclat d’antan. Et un sourire incontrôlable prend place sur ma face.</p>
<p>Quel est donc ce miracle ? La fontaine de Jouvence existerait-elle vraiment ? Oui, oui, oui ! Je l’affirme maintenant haut et fort même s’il faut le vivre pour y croire.</p>
<p><a href="https://www.laseinemusicale.com/spectacles-concerts/thylacine-symphonique/">Thylacine entre en scène</a>. Et quelle scène ! La meilleure qui est pour accueillir ce moment hors du temps. La Seine Musicale, à l’acoustique irréprochable.</p>
<p>J’écoute de la musique depuis aussi longtemps que je m’en souvienne. J’ai eu la chance de naître dans une famille qui ne pouvait s’en passer. Et je comprends pourquoi. La musique, la bonne musique est de l’oxygène à l’état pur, la meilleure médecine qui soit, capable de repriser vos accrocs et de réparer vos cals en un instant, vous faisant oublier le monde et sa pesanteur.</p>
<p>Pourtant, malgré tous ces disques que j’ai dégustés, ce streaming que j’ai fait défilé, ces nombreuses salles de concert que j’ai écumées, je n’ai jamais, ô grand jamais écouté quelque chose de tel.</p>
<p>J’en ressens encore des frissons pendant que j’étale ces lignes ; pâle tentative de vous faire ressentir par les mots ce que j’ai vécu dans la chair.</p>
<p>Je découvre ce qu’est le son, le vrai son, comment il peut vous envelopper, vous faire transcender sans recourir à la moindre substance ou, n’en déplaise à Zuck, au métavers.</p>
<p>Je n’en reviens pas. Comment ai-je pu, après tant d’années d’écoute, d’explorations, en long, en large, et en travers de la soundscape sous toutes ses formes, comment ai-je pu passer à côté de cela ? Quel immense plaisir de vivre cela, de se dire qu’il y a encore tant de choses à découvrir, à expérimenter, à vivre !</p>
<p>Le génie angevin de la musique électronique a frappé un grand coup. Un coup qui marquera à jamais la musique.</p>
<p>L’humain augmenté était face à moi.</p>
<p>Augmenté par ses consoles et ses instruments, par la clameur du public, par son pianiste, un chef d’orchestre et 73 musiciens, mariant à la perfection modernisme et tradition dans le meilleur écrin imaginable ; une prouesse architecturale extrêmement bien pensée qui me rend si fier d’être Français.</p>
<p>Ainsi la singularité tant prêchée par la Silicon Money s’est produite. Sans l’aide d’aucun tech bro.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[microessai - la page cornée]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2024-03-05T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-03-05T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Les livres sont l’extension de nos vies. Ils sont nos soutiens. Ils ne se plaignent jamais. Ils sont disponibles. Ils peuvent nous attendre des années sans broncher sur le rayonnage d’une bibliothèque. On peut même se souvenir de notre passé par les traces laissées. Un billet de train. Quelques notes. Une lettre de rupture que l’on n’a jamais ouverte. Ces coins de page pliés. On peut se souvenir de cette pliure. On avait corné ce livre lentement. Un pli prononcé. Comme les quelques mots échangés avec cette inconnue. En pleine lecture, un « désolé monsieur, je peux vous poser une question ? » qui avait engendré ce geste délicat de plier le coin de la page. Ensuite, ce regard. Une juste intensité. Comme si on se connaissait depuis des années. Une complicité partagée. Elle voulait simplement savoir si je cornais aussi mes livres. Elle en avait la preuve. Ce simple acte de plier devenait le lien unique entre deux personnes dans le chaos du train. Tout tient à de simples détails. Cette vie paradoxale est composée de liens communs assemblés avec l’espoir de chacun. Un éclat dans une vitre et on ne regarde que l’éclat. Le reste n’a plus d’importance. Les livres ne sont que l’épice de nos vies, mais le goût est tout pour notre survie.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Vivonne de Jérôme Leroy]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2024-03-03T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-03-03T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Dans &lsquo;Vivonne&rsquo; de Jérôme Leroy, l&rsquo;espoir est sans aucun doute ce qui nous anime. C&rsquo;est l&rsquo;espoir d&rsquo;une existence améliorée, plus radieuse, plus intense et plus humaine. Nos sociétés, hélas, offrent peu ou pas d&rsquo;espoir, avec des futurs qui semblent n&rsquo;être qu&rsquo;une succession incessante de catastrophes et de crises. Même si nos anticipations nous ont souvent laissés sur notre faim, elles peuvent parfois se révéler justes&hellip;</p>
<p><img src="/images/vivonne.jpg" alt=""></p>
<p>Vivonne pourrait alors être un signe, ou même une part de notre destin. Il est possible de se perdre dans des critiques sur le style ou la structure des chapitres, avec ou sans prologue, mais je pense que cela n&rsquo;est pas essentiel. Ce qu&rsquo;il faut retenir, c&rsquo;est que j&rsquo;ai été intrigué par ce nom, Vivonne, me demandant si l&rsquo;auteur nous menait en bateau. Faisait-il référence à l&rsquo;œuvre de Marcel Proust ? Difficile à dire, mais il y a une continuité dans ce livre d&rsquo;anticipation. Il suggère que la littérature, et plus particulièrement la poésie, pourrait être notre salut, nous ouvrir des portes vers l&rsquo;éternité. C&rsquo;est une perspective séduisante pour nous, lecteurs, tellement captivante que je me suis laissé emporter.</p>
<p>Vous y trouverez sans doute des échos d&rsquo;auteurs tels que <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Bruce_Sterling">Bruce Sterling</a> ou <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Pelot">Pierre Pelot</a>. Le livre regorge de trésors et de références à des instants fugaces, une rivière de madeleines proustiennes au goût de dystopie. Si vous pensez que nous avons déjà touché le fond, prenez une grande inspiration, car la réalité est encore plus profonde que vous ne l&rsquo;imaginez.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Vivian Maier - claire-obscure]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2024-02-25T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-02-25T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>On ignore ce qui nous survit après la mort. C’est un jeu imprévisible, une sorte de roulette russe. On peut sombrer dans l’oubli ou devenir célèbre à notre insu. Ainsi, Vivian Maier est devenue une photographe célèbre post-mortem. Son histoire, bien que teintée de mélancolie, n’est pas tragique. Je me rappelle avoir flâné sur Flickr – une habitude dont je ne me suis <a href="https://www.flickr.com/photos/adulau/">pas encore défaite</a> – et être tombée sur <a href="https://www.flickr.com/groups/94761711@N00/discuss/72157622552378986/">une publication de John Maloof</a> : “I purchased a giant lot of negatives from a small auction house here in Chicago”<sup id="fnref:1"><a href="#fn:1" class="footnote-ref" role="doc-noteref">1</a></sup>. Le reste appartient à l’histoire.</p>
<p><img src="/images/vivian-maier.jpeg" alt=""></p>
<p>Au cœur d’un flot de publications sur Vivian Maier, la bande dessinée “Vivian Maier - Clair-Obscur”, publiée chez Dargaud, se démarque. Œuvre d’<a href="https://commeunplateau.com/">Émilie Plateau</a> et <a href="https://www.instagram.com/marzenasowa_/">Marzena Sowa</a>, elle nous plonge dans les dualités de la vie de photographe de Vivian, partagée entre son travail de nounou et sa passion artistique. En observant ses photos, on ne peut s’empêcher de se demander si elle avait un brin de rébellion. Les autrices parviennent à faire émerger cette facette de sa personnalité, palpable dans ses photographies. C’est une lecture héroïque, offrant une porte d’entrée vers l’univers immortel de Vivian Maier, agrémentée d’une touche d’humour sur le style “fashion” de Miss Maier.</p>
<div class="footnotes" role="doc-endnotes">
<hr>
<ol>
<li id="fn:1">
<p><em>What do I do with this stuff (other than giving it to you)?</em> John Maloof a posté sur Flickr pour demander des conseils sur ce qu&rsquo;il devrait faire avec les négatifs de Vivian Maier. Maloof, qui avait acquis une grande partie de son œuvre, cherchait des suggestions sur la meilleure façon de gérer et de partager ces précieux négatifs. Ce post a attiré l&rsquo;attention sur l&rsquo;œuvre remarquable de Maier et a suscité un intérêt significatif dans le monde de la photographie et auprès du grand public.&#160;<a href="#fnref:1" class="footnote-backref" role="doc-backlink">&#x21a9;&#xfe0e;</a></p>
</li>
</ol>
</div>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Dementia 21 volume 1]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2024-02-24T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-02-24T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Le fait n’est pas nouveau. Depuis de nombreuses années, le Japon est frappé d’un fléau : le fléau « vieux ». La population vieillit et cela devient intenable. Que faire ?</p>
<p>Shintaro Kago nous donne des solutions dans « Dementia 21 », son dernier manga grand format. Combinant un humour plus que limite et un dessin surréaliste, il nous invite à suivre les aventures rocambolesques de Yukie Sakai, une aide-soignante qui a le sens du service chevillé au corps. Débordante de bienveillance et d’énergie, elle essaie de donner à des séniors, attachants et horribles à la fois, l’attention que leurs proches ne leur octroient pas.</p>
<p><img src="/images/dementia21-vol1.jpeg" alt=""></p>
<p>Shintaro s’amuse avec les cases, la géométrie et la perspective pour donner vie à un petit ovni graphique qui traite d’un sujet de fond, le tournant en dérision pour permettre au lecteur de mieux saisir l’ampleur du problème.</p>
<p>Il fut un temps, en France, où, des jeunes se foutaient de la gueule de ces vieux qui clamsaient durant les canicules, relâchant ainsi la pression que le paiement de leurs retraites exerçait sur les finances publiques.</p>
<p>Si vous trouviez ce genre de plaisanterie horrible, attendez-vous à pire, bien pire avec Dementia 21 : gériatrie approximative, dentiers robotisés, chambres entièrement médicalisées où on peut oublier les vieux et le poids qu’ils représentent, l’euthanasie pratiquée comme un jeu de hasard, les rides contagieuses, des routes dédiées aux vieux, des superhéros séniles, et le grand concours national qui permettra aux dix meilleurs vieux de s’assurer une retraite et des soins à vie.</p>
<p>Bienvenue dans le trip sous acides d’un mangaka qui s’est fait connaître par son style éro-trash. Vous n’en ressortirez pas indemne. Et quand vos guiboles commenceront à vous lâcher, n’hésitez pas à faire le saut de l’ange du haut d’une falaise.</p>
<p>—
<a href="https://www.editionshuber.com/collections/huber-editions-1/products/dementia-21-par-shintaro-kago">Dementia 21, volume 1</a>. Shintaro Kago. Huber Editions. 23 €.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Notes sur le sumo]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2024-02-24T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-02-24T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Samedi pluvieux. Samedi maussade. Fatigue et lassitude. Je pourrais passer ma journée à comater. Collé à un écran. Me remplissant le crâne de vacuités et d’inanités.</p>
<p>Lève-toi. Bouge-toi, me dis-je. Je trouve l’énergie de chevaucher mon cycle jusqu’à la librairie.</p>
<p>Un objectif précis. Qui fera l’objet d’une prochaine chronique. Je l’atteins. Rapidement. Pas question de repartir tout de suite. Envie de traîner mes guêtres à travers les rayonnages remplis, les tables jonchées de bandes dessinées. Un temple dédié au 9e art.</p>
<p>C’est là, dans la section « indé » que se trouve le rayon consacré aux Éditions Matière. Celles-là mêmes qui publièrent <a href="https://sillon-fictionnel.club/post/zboing-zboing/">« zboing zboing »</a>. J’y déniche plusieurs pépites dont une, de 2007 : « Notes sur le sumo », de Laurent Bruel et Risto.</p>
<p>Me voilà au chaud, les bras chargés de victuailles riches en cases et bulles.</p>
<p>Je me sers un verre de vin. Un bon petit Corbières de derrière les fagots, accompagné d’un bon pain aux graines, de Comté réserve de chez Marcel Petit, et de « Notes sur le sumo ».</p>
<p>Voyons d’abord le dessin de Risto. Sacré coup de crayon. Et il se meut dans les cases comme bon lui semble. J’aime beaucoup. Quelques planches sont magnifiques. Je pourrais passer des heures à les contempler, à en mémoriser chaque détail.</p>
<p><img src="/images/notes-sur-le-sumo.jpeg" alt=""></p>
<p>Le texte de Bruel me nourrit, m’instruit. J’apprends que le sumo fut un sport « populaire », un sport du peuple auquel s’adonnaient petits et grands. Et quand ils étaient grands, ils étaient du genre vieux et éméché. 45, 50 kilogrammes. Au mieux. Les combats se faisaient à l’extérieur, à même la terre battue. Dans la rue. C’était fête.</p>
<p>Puis le bitume. Plus question de se faire jeter sur un sol à vous en casser les os. Il ne restait plus que des lutteurs professionnels. Qui se mirent à gagner du poids vers le milieu du 20e siècle. De plus en plus. Poussés par le besoin, l’envie de force et de stabilité.</p>
<p>Ainsi donc. Les sumotoris, tels que nous les connaissons, n’ont pas toujours eu cette forme, ce volume.</p>
<p>Bien des aspects changèrent. Ce qui n’a pas changé toutefois, c’est l’engouement du peuple pour les combats. Qui ont désormais lieu dans des espaces dédiés à cela. Hommes, femmes. Attentionnés ou dispersés. Jusqu’à ce qu’un mouvement, une technique commande le silence, la concentration. Et là, le peuple. Uni. Pendant une minute ou même une seconde. Mais qu’importe, car uni. C’est donc possible.</p>
<p>Et pour finir cette chronique, la petite touche qui finit de me combler. Le texte, en français, est traduit dans les marges en japonais. Excellente idée.</p>
<p>–
<a href="https://www.matiere.org/livres/notes-sur-le-sumo/">Notes sur le sumo</a>. Laurent Bruel, Risto. Éditions Matière. 13 €.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[zboing zboing]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2024-02-24T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-02-24T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>« zboing zboing » de Paul Descamps est une bande dessinée originale et déroutante, un hors-piste haut en couleur, qui ne manque point de saveur.</p>
<p>Nous suivons une bande de joyeux drilles, à l’évident glamour, que la musique réunit. Ils baignent dans des notes rock qui leur donnent un je-ne-sais-quoi d’aérien, de léger. Comme si la saleté du monde glissait sur eux, ne trouvant aucun point d’adhérence pour leur courber l’échine et leur faire baisser les yeux.</p>
<p>Les voilà qui accourent au lycée, un tantinet en retard. Depuis quand un rebelle arrive-t-il à temps ? En classe, ils visent les places du fond, comme tout bon cancre qui se respecte. Seulement voilà, les places sont occupées par une autre bande, celle-ci soudée par le jeu de la balle au pied.</p>
<p><img src="/images/zboing-zboing.jpeg" alt=""></p>
<p>C’est la joute. Chacun ses instruments, chacun son rythme. Foisonnement d’attaques et contre-attaques, illustrées avec brio par un tourbillon de formes et de ruptures graphiques. La couleur s’y mêle et donne le ton.</p>
<p>Qui va gagner ? Quelles en seront les conséquences ? Et que penser de la fin de ce nouveau western ?</p>
<p>—
<a href="https://www.matiere.org/livres/zboing-zboing/">zboing zboing</a>. Paul Descamps. Éditions Matière. 21 €.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[L'amour]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
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            <published>2024-02-22T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-02-22T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Je viens de finir « l’amour », le dernier roman de François Bégaudeau, paru aux éditions « Verticales ».</p>
<p>J’aime beaucoup Bégaudeau. Même quand il fait un peu trop de l’esprit dans ses écrits. Même quand il étale un peu trop son art des lettres et de la formule bien sentie.</p>
<p>Ici, il fait preuve de retenue. Ses phrases sont courtes, ciselées, avec juste la bonne dose de lyrisme, de poésie, et d’humour. Une écriture comme j’aime.</p>
<p>Je n’ai pas senti le temps passer en compagnie de Jeanne et Jacques Moreau, les personnages principaux de ce roman de 89 pages qui retrace leur rencontre dans les années 70 jusqu’à ce que, chacun à son tour, ils passent l’arme à gauche.</p>
<p>Vous ne trouverez ni fait majeur ni bouleversement à vous en faire bouffer tous vos ongles de pied dans cette histoire. Et c’est ce qui en fait la force. À contre-courant des crises de nerfs. Des séances chez le psy pour l’un, pour l’autre, et pour les deux à la fois. Des inextricables problèmes avec la belle-mère, le beau-père, et les enfants.</p>
<p>Il y a des hauts et des bas, des jours heureux et des moments qui le sont moins, de la joie et de la mélancolie dans la vie de ce couple qui se soude au fur et à mesure que le temps fait son œuvre.</p>
<p>Ils en deviennent vite attachants. Jusqu’à me donner l’impression que je les ai connus depuis toujours. Jusqu’à me faire tirer une larme quand l’un, puis l’autre, se fait faucher par la Camarde.</p>
<p>Les personnages de romans sont-ils moins réels que vous et moi ? Pas toujours. Parfois c’est même l’inverse.</p>
<p>—
<a href="http://www.editions-verticales.com/fiche_ouvrage.php?id=481&amp;rubrique=3">L’amour</a>. François Bégaudeau. Verticales. €14,50.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Notre besoin de consolation est impossible à rassasier]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2024-02-20T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-02-20T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Je ne sais quoi penser de « Notre besoin de consolation est impossible à rassasier ».</p>
<p>Ce court texte d’une dizaine de pages de l’écrivain suédois Stig Dagerman date de 1952. Il fut traduit en langue française par Actes Sud, en 1981. Il a été réédité en octobre 2022 et mis en vente pour la somme assez folle de 4,90 €. Les mots, même anciens, de cet écrivain, valent de l’or, me dis-je en réglant, avec hésitation, la somme due au libraire.</p>
<p>Mais ses mots ne traduisent finalement que des maux que beaucoup (tous ?) vivent : les va-et-vient entre espoir et désespoir, notre liberté fugace, imaginaire, la dépression, cette poupée russe qui peut cacher le pire au bout. Bref, le mal-être et le paso doble dans lequel il nous entraîne.</p>
<p>Je m’attendais à quelque chose de poignant, de saisissant. Ce ne fut pas le cas. Certes, il écrit bien. Certes, il sait faire preuve de poésie, de philosophie, avec une bonne dose de nihilisme pour lier le tout. Toutefois, cela manque d’originalité, parfois même de clarté, et certainement de clés nouvelles qui pourront mener le souffreteux consommateur du capitalisme moderne vers la catharsis tant quêtée.</p>
<p>–
<a href="https://www.actes-sud.fr/catalogue/litterature/notre-besoin-de-consolation-est-impossible-rassasier">Notre besoin de consolation est impossible à rassasier</a>. Stig Dagerman. Actes Sud. 4,90 €.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Cauchemar]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2024-02-18T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-02-18T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>France. Notre époque. Une manifestation. Comme tant d’autres.</p>
<p>La voix du peuple s’élève vers le ciel. Elle se fait de plus en plus forte, porte de plus en plus loin, et s’infiltre dans la tombe du Maréchal, à l’île d’Yeu.</p>
<p>Le voilà qu&rsquo;il revient à la vie Pétain. Affreux zombie aux inquiétants pouvoirs, il constate la déchéance de sa France. Il l’aime sa France, quitte à la violer. Il se dirige d’un pas assuré vers le palais présidentiel. Et par un étrange procédé, le voici qui fusionne avec Manu. Pécron est né.</p>
<p>Représentant de la parfaite alliance entre nationalisme réactionnaire et néolibéralisme débridé, Pécron serre les vis de cette France jusqu’à la faire suffoquer. Pour son plus grand bien, bien évidemment. Alors que les bottes brunes pourchassent les métèques, les bougnouls, et autres non-Français, et exécutent le plan global de rémigration annoncé par le Maréchal-Président, des avantages de plus en plus nombreux sont concédés aux plus riches. Pas question d’empêcher le business de tourner rond.</p>
<p>Mais la résistance s’organise, prend le maquis et met à mal les plans de Pécron. Le paso doble qui s’engage entre les deux camps mène à une escalade sans précédent de la répression. Comment sortir de cette spirale infernale ?</p>
<p>Derrière ses allures de fiction délurée, parsemée d’humour et d’hilarité à se faire dessus, « Cauchemar » de Pierre Ferrero n’en secoue pas moins. Et fort.</p>
<p><img src="/images/cauchemar.jpeg" alt=""></p>
<p>L’air de rien, il nous invite à prendre du recul, à voir le glissement qui s’opère. Le grignotage des libertés et la suppression des droits acquis de haute lutte. Par celles et ceux qui nous ont précédés, sans que nous y trouvions à redire. Ou si peu.</p>
<p>L’air de rien, il nous incite à sortir nos têtes de nos nombrils. À nous rendre compte que nous ne sommes rien si nous ne sommes pas ensemble. Qu’isoler c’est mieux régner.</p>
<p>Et une fois la dernière page de cette bande dessinée avalée, on reste pensifs, avec une belle amertume en fond de bouche, mâtinée néanmoins d’espoir. Un espoir qui passe forcément par plus de liens et de liants.</p>
<p>Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé cette œuvre. Mais si vous êtes très à droite de là où je me situe, j’ai bien peur que vous ne cédiez à la folie de l’autodafé.</p>
<p>–
<a href="https://employe-du-moi.org/Cauchemar">Cauchemar</a>. Pierre Ferrero. L’employé du moi. 29 €.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Le dernier jour de Howard Phillips Lovecraft]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2024-02-18T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-02-18T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Je sais que de nombreuses personnes souhaiteraient voir l’œuvre d&rsquo;Howard Phillips Lovecraft sombrer dans l&rsquo;oubli. Elles jugent sa production pitoyable, alambiquée et peu lisible, et dépeignent l&rsquo;auteur comme réactionnaire, raciste et minable. Tout cela résulte simplement d&rsquo;une méconnaissance ou, pire encore, d&rsquo;une ignorance volontaire dans une tentative de faire le &ldquo;bien&rdquo;<sup id="fnref:1"><a href="#fn:1" class="footnote-ref" role="doc-noteref">1</a></sup>.</p>
<p>À l&rsquo;adolescence, <em>L&rsquo;Affaire Charles Dexter Ward</em> fut la première œuvre de Lovecraft qui a croisé mon chemin. Ce n&rsquo;est pas à proprement parler un roman ou une nouvelle ; c&rsquo;est plutôt une introduction ou un guide pour explorer son univers. En s&rsquo;y plongeant davantage, on réalise que l&rsquo;identité de l&rsquo;auteur importe peu ; lorsqu&rsquo;on évoque Lovecraft, il s&rsquo;agit avant tout de création collective. Plus tard, j&rsquo;ai découvert que cette nouvelle n&rsquo;avait jamais été publiée de son vivant. August W. Derleth l&rsquo;a publiée, mais sommes-nous alors en présence d&rsquo;une nouvelle œuvre artistique ? L&rsquo;auteur originel a disparu ; il est mort, devenu cette étoile éphémère ayant permis l&rsquo;émergence d&rsquo;une nouvelle création. Oubliez l&rsquo;auteur et ses quelques mots passés ; plongez-vous dans le résultat collaboratif artistique de centaines d&rsquo;auteurs qui l&rsquo;ont modelé à leur guise.</p>
<p><img src="/images/hpl-1.jpeg" alt="">
<img src="/images/hpl-2.jpeg" alt=""></p>
<p><em>Le dernier jour de Howard Phillips Lovecraft</em>, de Romuald Giulivo et Jakub Rebelka, est vraiment une pièce graphique à ajouter à cet édifice. Le dernier jour n&rsquo;est qu&rsquo;un prétexte pour une plongée dans le chaos artistique de cette œuvre. Une porte pour de nouveaux lecteurs, auteurs et rêveurs.</p>
<p><a href="https://www.lisez.com/ebook/le-dernier-jour-de-howard-phillips-lovecraft/9791032408414">Le dernier jour de Howard Phillips Lovecraft</a> de Romuald Giulivo et Jakub Rebelka, Collection 404 Comics, 404 Editions</p>
<div class="footnotes" role="doc-endnotes">
<hr>
<ol>
<li id="fn:1">
<p><em>Je vous le dis : il faut porter encore en soi un chaos, pour pouvoir mettre au monde une étoile dansante. Je vous le dis : vous portez en vous un chaos.</em> <a href="https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Nietzsche_-_Ainsi_parlait_Zarathoustra_(trad._Albert,_1903).djvu/18"># Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra (trad. Albert, 1903).djvu/18</a>&#160;<a href="#fnref:1" class="footnote-backref" role="doc-backlink">&#x21a9;&#xfe0e;</a></p>
</li>
</ol>
</div>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Starseeds T1]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2024-02-17T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-02-17T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>« Starseeds » de Charles Glaubitz est un objet graphique non identifié. Sur tous les plans.</p>
<p>C’est en parcourant le rayonnage indé de l’excellente librairie parisienne <a href="https://www.canalbd.net/bulles-en-vrac">Bulles en vrac</a> que je suis tombé sur le second volume de cette œuvre. Le premier volume de cette série qui en compte désormais trois n’étant pas disponible à la librairie, j’ai dû me le procurer ailleurs.</p>
<p>C’est le genre d’œuvre qui vous laisse bouche bée une fois dégustée. Vous n’en sortez pas indemne : ou vous adorerez ou vous détesterez.</p>
<p><img src="/images/starseeds-t1-1.jpeg" alt=""></p>
<p>Vous adorerez si vous êtes d’un esprit ouvert, du genre à éprouver du respect et de l’admiration pour celles et ceux qui secouent les codes et les pratiques. Celles et ceux qui ouvrent des pistes et catalysent votre imagination et animent votre réflexion. Vous laissant le droit — pour ne pas dire l’obligation — de trouver vos propres réponses. De comprendre ce qui se cache derrière tel bout de ficelle ou tel indice laissé ici et là, sciemment, pour attiser votre curiosité et activer vos neurones.</p>
<p>Graphiquement, les dessins de cet artiste multimédia pourraient passer pour enfantins. Celles et ceux qui penseraient ainsi se fourvoieraient. C’est une claque. Son trait brut et brutal, rehaussé par le blanc, le noir, la palette de gris, et le jaune, est du genre immersif. Ça vous happe et ça ne vous lâche plus jusqu’à la fin. Rien que pour cela, c’est une réussite totale.</p>
<p><img src="/images/starseeds-t1-2.jpeg" alt=""></p>
<p>Mais ça ne s’arrête pas là : la narration est incroyablement originale. Charles Glaubitz est un créateur de mondes, les dotant d’une physique, d’une philosophie, d’une cosmogonie propres. Je dirais même de pataphysique.</p>
<p>De quoi s’agit-il au juste ? Superficiellement, du combat entre l’ombre et la lumière, entre le mal et le bien. Mais « Starseeds » est bien plus que cela.</p>
<p>La société secrète des Illuminati travaille avec acharnement à l’avènement de la noire obscurité qui leur permettra de régner sur l’univers. Pour cela, ils puisent dans les quatre éléments, aspirant la sève de ce qui fait le tout.</p>
<p>C’est sans compter sur les semences d’étoiles, les <em>starseeds</em>. Cependant, pour devenir un être de lumière, un <em>starseed</em> donc, il faut regarder l’abîme en soi. Et comme l’a dit Nietzsche, à force de la regarder, elle vous regarde à son tour.</p>
<p>De cet affrontement, deux chemins possibles. Sombrer ou renaître à la vie, à l’espoir, apprenant à se libérer de ses peurs, pour aller de l’avant et se réaliser à soi.</p>
<p>Illuminati ou <em>starseeds</em> ? Noirceur ou clarté ? Qui l’emportera ? Et qu’adviendra-t-il ensuite ?</p>
<p>J’ai adoré ce premier tome et j’ai hâte de lire la suite.</p>
<p>–
<a href="https://www.fantagraphics.com/products/starseeds">Starseeds, tome 1</a>. Charles Glaubitz. Édition anglaise. Fantagraphics. $29.99.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Blood Moon]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2024-02-15T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-02-15T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Lune l’enfer. Le satellite transformé en mine gigantesque où hommes et femmes viennent travailler, au détriment de leur santé. Se tuant à la tâche, contre une paie cinq fois plus élevée que sur Terre. Et entre les journées de dur labeur qui semblent s’égrener, l’une copie presque parfaite de l’autre, ils tuent l’ennui et leurs rêves de mets délicats dans l’alcool et les plaisirs sexuels tarifés, mais ô combien artificiels.</p>
<p>Lune l’enfer, mais sans histoire digne d’intérêt. Jusqu’à ce jour où un meurtre, le premier de mémoire de mineur, fut commis. Ben, un policier addict au mauvais whisky et aux cauchemars nocturnes qui le poussent peu à peu dans les bras de l’insomnie, est en charge de l’enquête.</p>
<p>Un meurtre ? Passe encore. Mais un massacre, là on pousse le bouchon un peu trop loin se dit Ben ; surtout pour un premier crime. La victime est dans un horrible état.</p>
<p>Et alors que l’investigation patine dans la semoule, puant le dead end, un second cadavre est trouvé ; tout aussi abominablement trucidé.</p>
<p>Puis tout s’enchaîne avant de s’emballer pour de bon. Dans tous les sens du terme.</p>
<p><img src="/images/blood-moon.jpeg" alt=""></p>
<p>Bones — de son vrai nom Frédéric Bonnelais — nous sert avec « Blood Moon » un bon space polar. Bien rythmé et à l’intrigue solide, il vous maintient en haleine jusqu’à la fin ; une fin surprenante à la cadence bien différente du reste de cet album. Le dessin de Bones est aussi fort agréable et son choix des couleurs pour habiller ce monde de désillusion et d’hémoglobine est à saluer.</p>
<p>Enfin, j’aime beaucoup la couverture de cette bande dessinée que je relirai avec plaisir.</p>
<p>–
<a href="https://www.editions-ruedesevres.fr/Blood-Moon">Blood Moon</a>. Bones. Label 619, Rue de Sèvres. 16,90€</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[le film de notre conscience]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2024-02-15T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-02-15T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Je ne sais pas si cela vous semble normal, mais il m&rsquo;arrive de me promener en ville sans vraiment ressentir que je marche. Je me déplace, mais sans cette nécessité consciente de commander mes jambes. Je marche et observe ce qui m&rsquo;entoure, comme si mon esprit était détaché du reste, tel un simple observateur. J&rsquo;ai l&rsquo;impression de regarder un film dans lequel je serais à la fois acteur et spectateur. C&rsquo;est le spectacle de nos vies, sur lequel nous n&rsquo;avons pas de prise. Une continuité sans fin. Une éternité visuelle qui défile devant nos yeux. Ces moments peuvent durer quelques minutes ou s&rsquo;étendre sur des heures. Les sons, les voix, les bruits, l&rsquo;agitation de la ville ne m&rsquo;atteignent pas. Ils ne sont qu&rsquo;une simple bande sonore accompagnant ces images. J&rsquo;aimerais capturer ces instants pour qu&rsquo;ils deviennent un film, le film de notre conscience.</p>
<p><img src="/images/so_what.jpg" alt=""></p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Space Relic Hunters]]></title>
            <link href="https://sillon-fictionnel.club/post/space-relic-hunters/?utm_source=atom_feed" rel="alternate" type="text/html" />
            
            
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2024-02-15T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-02-15T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Il est probablement inutile de présenter Runberg et Grun aux fans du 9e art. Cela fait longtemps que les deux officient dans l’univers constitué de cases et de bulles.</p>
<p>Le premier, scénariste, a travaillé par exemple avec Serge Pellé pour produire la série de science-fiction « Orbital » (9 tomes) ou plus récemment avec Marcial Toledano pour la série post-apo « Les dominants » (3 tomes).</p>
<p>Quant à Grun, il a notamment travaillé avec Corbeyran dans le cadre de « La conjuration d’Opale » (4 tomes) et Métronom’ (5 tomes).</p>
<p>Ces dernières années, Runberg et Grun ont publié « On Mars », une très bonne série en 3 tomes, un haletant thriller à l’intrigue bien ficelée se déroulant sur la planète rouge, transformée en prison carcérale accueillant la lie de l’humanité dans de viles conditions.</p>
<p>Forts de ce succès, ils remirent le couvert avec « Space Relic Hunters », un one-shot grand format paru aux excellentes éditions DM (Daniel Maghen).</p>
<p><img src="/images/space-relic-hunters.jpeg" alt=""></p>
<p>Voici 200 ans, quatre dieux autoproclamés — dont on dit qu’ils viennent d’une dimension parallèle — mirent fin au système féodal frappé de décrépitude qui dominait la galaxie. Ils établirent une légion à qui ils ordonnèrent de pourchasser toute religion, y compris la non-religion (l’athéisme) pour ériger la leur en foi unique et vraie.</p>
<p>Xia et Little Mercur sont chasseurs de reliques sacrées. Grassement payés par des clients aussi bien humains qu’aliens, ils pratiquent un métier prohibé par le divin quatuor. Car qui dit relique dit religion et qui dit religion, autre que la leur, dit remise en question et potentielle révolte.</p>
<p>Réputés les meilleurs dans leur domaine, ils réussissent pendant des années à échapper à la légion jusqu’à ce qu’ils croisent le chemin d’un client mystérieux qui leur demande de récupérer une relique appartenant à un ordre religieux dont ils n’ont jamais entendu parler. Ça pue le traquenard, le coup fourré. Mais comment résister à l’énorme récompense que ce client offre en échange de l’objet de ses désirs ?</p>
<p>Cet album aurait pu être grandiose si son scénario ne souffrait de quelques faiblesses et ne comportait des ficelles trop évidentes qui en gâchent un peu la lecture.</p>
<p>Le dessin de Grun est classique, mais efficace et assez plaisant. Étonnamment et malgré sa grande expérience, Grun semble avoir du mal avec la perspective et les proportions de certains personnages humains. Je n’ai pas noté ce problème avec les nombreuses espèces extra-terrestres de « Space Relic Hunters ».</p>
<p>En outre, quelques scènes sont trop caricaturales. À titre d’exemple, dans sa tentative d’exprimer de fortes émotions, Grun exagère des expressions faciales ou ajoute à son dessin des éléments pour simuler un mouvement qui sont bien trop visibles.</p>
<p>Je me suis demandé plusieurs fois lors de ma lecture si j’étais le bon public pour cette bande dessinée tellement c’est enfantin, limite bâclé, ici et là ; une question que je ne me suis guère posée avec « On Mars ».</p>
<p>J’ai toutefois passé un assez bon moment. « Space Relic Hunters » m’a rappelé des albums que j’empruntais à la médiathèque, il y a plus d’un quart de siècle. Je me demande si les auteurs n’ont pas fait exprès de donner autant dans le vintage, en clin d’œil à la bonne vieille époque des conquêtes spatiales où l’on ne se posait pas trop de questions tant qu’il y avait de l’action.</p>
<p>–
<a href="https://www.danielmaghen-editions.com/catalogue/space-relic-hunters/">Space Relic Hunters</a>. Runberg, Grun. Éditions Daniel Maghen. 23 €</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Clovd (T1)]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2024-02-14T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-02-14T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>La civilisation thermo-industrielle des superhéros n’est plus. Elle fut détruite il y a fort longtemps par le Clovd, ce brouillard infernal qui englobe le monde dans son étreinte toxique, meurtrière.</p>
<p>La nuit venue, les maraudeurs émergent de leur torpeur. Gare à celles et ceux qui s’attarderaient sur le chemin. La mort sera leur seule récompense.</p>
<p>Pretorius — tel est son nom — ne cesse de passer de vie à trépas. Tué ici par un maraudeur. Là par un consumateur — dont le seul plaisir est de « fragger » ses semblables. Avant de renaître, encore et encore. Car immortel il est. Et quête il a.</p>
<p><img src="/images/clovd-t1.jpeg" alt=""></p>
<p>Vint le jour où il rencontra Isatis, la dame de Birka, une valkyrie, et Xantia, sa fidèle compagnonne. Soldates d’élite d’une colonie nomade, elles risquent leurs vies pour récupérer des livres dont l’époque n’a plus rien à cirer.</p>
<p>Car voyez-vous, le Clovd a tout arraché sur son passage, y compris l’éducation et la dignité de nombre d’humains. Internet n’existe plus. Nombre de technologies ne sont plus utilisables, faute d’énergie adéquate.</p>
<p>Mais peut-être que les livres détiennent les clés d’un passé flou qui permettrait de mettre fin au règne du Clovd. Et peut-être que Pretorius mettra sa quête en suspens, le temps d’écarter le danger qui guette la colonie.</p>
<p>Ce premier tome du « Clovd », par Florent Maudoux, est une réussite, sur tous les plans : dessin, scénario, atmosphère…</p>
<p>Malgré son côté très Mad Max, le « Clovd » laisse entrevoir des lueurs d’espoir pour une humanité en déshérence. Certains personnages sont aussi désarmants qu’attachants, créant un lien de fraternité quasi immédiat avec les lecteurs et lectrices, qui finalement ne demanderaient qu’à lâcher un pouce ou à rejoindre la cause, s’ils avaient encore le sens de l’effort et du sacrifice.</p>
<p>—
<a href="https://www.editions-ruedesevres.fr/Clovd-T1-Le-Corbeau-et-Isatis">Clovd T1 : La Dame de Birka</a>. Florent Maudoux. Label 619. 18,90€</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Le nécromanchien]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2024-02-10T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-02-10T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Contrairement à feu mon père, je n’ai jamais été grand fan des chiens.</p>
<p>J’ai toujours eu un faible pour les chats. Comme ma mère. Que j’imagine flanquée de félins attendant leur part du bon tajine qu’elle cuisine là-haut, dans les cieux.</p>
<p>Ceci dit, certains canidés arrivent à attirer mon attention et mon affection. C’est le cas de chiens de chair et d’os mais aussi de chiens imaginaires.</p>
<p>Dans cette seconde catégorie, nous allons retrouver les classiques Bill, le fidèle compagnon de Boule, Snoopy ou encore l’intrépide Milou. Et plus récemment, le petit chien au bout de bois, qu’arbore la couverture de la bande dessinée « Le nécromanchien » de Matthias Arégui, parue en septembre 2024 aux excellentes éditions strasbourgeoises 2024.</p>
<p>C’est en déambulant le long des allées d’une librairie dédiée au 9e art que je fis la rencontre de ce chien sans nom (il n’est jamais nommé). Son adorable petite bouille m’a fait chaud au cœur et m’a donné envie d’en savoir plus.</p>
<p><img src="/images/le-necromanchien.jpeg" alt=""></p>
<p>Une fois chez moi, je me suis plongé dans la lecture de cette touchante histoire d’un peintre maudit, rongé par le doute, qu’entretient savamment son « ami », un peintre aussi, mais de grand renom.</p>
<p>Croûte que croûte, John Morose procrastine et cherche tous les prétextes du monde pour ne pas se retrouver face à une toile blanche. Et quand, enfin, il trouve le courage d’exprimer son art, cela finit en chromo.</p>
<p>L’arrivée du petit chien au bout de bois dans la vie de John va changer la donne. Le canidé fait ressortir le génie de John du fond du puits dans lequel ce dernier l’avait planqué. Mais une tragédie fait barrage au succès que l’artiste mériterait. La messe n’est pas dite pour autant, car une planche de salut se profile à l’horizon.</p>
<p>J’ai passé un agréable moment avec « Le nécromanchien ». La qualité de l’édition, ainsi que celle du scénario et quelques fulgurances sur l’art et l’espèce humaine ne sont certainement pas étrangères au bien-être que j’ai éprouvé une fois l’ouvrage fermé. C’était comme boire un verre de vin aux notes agréables et changeantes, et qui vous laisse une belle longueur en bouche qui persisterait des jours, et peut-être même des mois.</p>
<p>—
<a href="https://www.editions2024.com/livres/necromanchien">Le nécromanchien</a>. Matthias Arégui. Éditions 2024. 24€.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[La ride]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2024-02-09T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-02-09T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>« Pédaler sans sueur, ce serait voyager sans histoires. Et ça, pas question. Peu importent les épreuves… du moment qu’on les traverse ensemble ». — La ride. Boileau, Pierre.</p>
<p>Les auteurs, des amis de longue date, plaquent Paris du jour au lendemain pour une échappée belle, à vélo, afin de rallier le village bourguignon qui a vu naître l’un d’eux.</p>
<p>Cinq jours de ride (prononcez « raïd »). Galères et joies, petites et grandes, mais aussi de très belles rencontres s’enchaînent, à travers le Morvan et les côtes de Bourgogne — non, pas celles qui se boivent.</p>
<p>Une histoire véridique et touchante, pleine de poésie et de vie, joliment dessinée et mise en couleurs, qui enchantera tout <em>rider</em>, présent ou futur.</p>
<p><img src="/images/la-ride.jpeg" alt="">
—
<a href="https://www.dargaud.com/bd/la-ride-bda5420300">La ride</a>. Simon Boileau, Florent Pierre. Dargaud. 18 €.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Le carcan]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2024-02-09T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-02-09T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Des rires percèrent tel un soleil radieux la brume de ma fatigue.</p>
<p>Las, je ne voulais qu’une chose l’instant d’avant. Me recroqueviller, en ermite, hors des affaires des hommes et des femmes qui n’ont qu’une pensée : l’argent. Pour le pouvoir sinon pour la survie.</p>
<p>Si j’avais pu me cloîtrer dans un village du Haut Atlas loin de l’égotisme, du népotisme, et des esprits étriqués, je l’aurais fait. Cependant, je danse comme les autres. A contrecœur. Mais je danse quand même, traînant mes chaînes et mes boulets.</p>
<p>Un temps, je m’étais cru libre. Un temps, j’avais espéré que la révolte viendrait, face à tant de cruauté, de misère, et d’inconscience. Je pensais que cela aurait fait la tare de la grande balance, pour un siècle ou deux, avant de devoir recommencer.</p>
<p>Puis je me suis penché vers l’histoire, celle des vainqueurs, mais aussi, quand elle fut à portée de main, celle des vaincus. En même temps, j’observais le monde, mon monde, s’enfoncer par l’égrégore des avides impavides et leurs armées de laquais.</p>
<p>Puis j’ai vieilli et avec le peu de dents qui me restaient, je me suis mis à mâcher ma colère afin de la digérer, infectant ainsi chaque fibre, chaque tissu de mon être. Inexorablement se courbaient mon échine et mon dos.</p>
<p>Tandis que je ruminais ma fatigue et mon romantisme, je les vis devant moi. Gais, joyeux, insouciants, débordant de vie et d’énergie. Des non-adultes qui n’ont pas encore revêtu masque et individualisme. Marchant bras dessus bras dessous. Comme ça. En toute spontanéité.</p>
<p>Je sentis un sang nouveau circuler dans mes veines, un sourire se dessiner aux commissures de lèvres trop longtemps tirées par la gravité.</p>
<p>Pourquoi ? Pourquoi n’y arrivons-nous pas ? À faire comme eux. À nous soutenir les uns les autres ? Pourquoi accepter d’être misérables, vénaux, bourrus ? Pourquoi donner la sève de nos vies pour une poignée d’inhumains et faire semblant que tout va bien ?</p>
<p>Quand avons-nous tous bifurqué, nous éloignant de cette belle lumière que nous portions toutes et tous en nous ?</p>
<p>Par quelle formule maléfique nous sommes-nous toutes et tous transmutés ? En lâches.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Correspondance 1951-1954 entre René Char et Nicolas de Staël]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2024-02-08T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-02-08T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Quel plaisir. Lire les lettres entre <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Nicolas_de_Sta%C3%ABl">Nicolas De Staël</a> et <a href="https://www.poetryfoundation.org/poets/rene-char">René Char</a>, est une plongée dans les années raisonnables. Une époque où le temps n’était pas compté, on échange des lettres et on espère avoir une réponse dans le mois si tout va bien. Cette correspondance éclaire nos curiosités sur le processus artistique. J’ai toujours aimé l’oeuvre de Nicolas De Staël. Les couleurs, les formes et les mouvements qui me font ressentir une proximité visuelle. Correspondance de 1951 à 1954 est un de ces ouvrages qui peut sembler trop simple mais est rempli de phrases importantes, de douceurs amicales ou d’appel à l’aide.  J’aurais voulu écrire à Nicolas de Staël&hellip;</p>
<pre tabindex="0"><code>Cher Nicolas,

J’ai vu ton exposition au Musée d’Art Moderne de Paris en 2024. 
L’espace était parfait pour tes oeuvres, on se sentait libre et ces couleurs
nous accompagnaient tout au long de nos pérégrinations.

Ta salade est incroyable et je commence à apprécier le football grâce à tes tableaux.

Tu nous manques.

On t’embrasse.

Alex

PS: Bonjour à René et Françoise si tu les croises ces jours-ci.
</code></pre><p><img src="/images/rene-nicolas.jpeg" alt=""></p>
<p>&ldquo;Correspondance 1951-1954&rdquo; entre René Char et Nicolas de Staël - 140 pages - ISBN 9782361660048 - Edition Des Busclats 23 Septembre 2010. Malheureusement épuisé, l&rsquo;éditeur ne semble plus exister. Ce billet est une bouteille à la mer&hellip; pour une réédition ?</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Friday tomes 1 et 2]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2024-02-08T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-02-08T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Dès les délectables premières pages du tome 1 de « Friday », du célèbre scénariste Ed Brubaker et du non moins célèbre dessinateur Marcos Martin, je fus happé.</p>
<p>C’est comme si « Le Club des cinq » ou « Scooby-doo » s’étaient soudain retrouvés projetés vers l’âge adulte.</p>
<p>Les mystères — disparitions, enlèvements, faits étranges et surréalistes… — que doivent résoudre Friday Fitzhugh et Lance Jones sont un savoureux mélange de contes de la crypte et d’histoires d’horreur fantastique dignes de maître King.</p>
<p>Le duo Brubaker — Martin fonctionne à merveille. La présence de l’illustratrice Muntsa Vincente à leur côté sublime le tout.</p>
<p>Cela se ressent sur chaque planche ou presque de ce qui pourrait bien être le meilleur polar fantastique — en bande dessinée — de ces dernières années.</p>
<p>Alors que le tome 1 met la barre haute, le tome 2 l’élève encore plus. Quelques scènes d’action sont tout bonnement incroyables ! Je les vécus de tout mon être. Bien que lové dans un fauteuil, mon cœur battait au rythme de courses effrénées menées tambour battant par les protagonistes.</p>
<p>À chaque page, j’absorbais les émotions dégagées par Friday et Lance et les faisais miennes. Pendant que je lisais, il aurait pu y avoir une guerre thermonucléaire en bas de la rue que j’aurais pris cela pour de la fiction; la réalité se jouait là, devant mes yeux, à Kings Hill, ville enclavée entre une mer houleuse, colérique, et une forêt obscure où les créatures aux sombres desseins pullulent.</p>
<p>Je ne sais comment je vais faire pour attendre la parution du 3e et dernier tome de cet impressionnant triptyque. Il faudra bien prendre son mal en patience en relisant les deux premiers tomes. Je suis sûr que j’ai raté des éléments clés, surtout après ce qui s’est produit dans le second volet.</p>
<p><img src="/images/friday-t1t2.jpeg" alt=""></p>
<p>Si vous aimez les polars, le fantastique, et les mystères bien ficelés, foncez tête baissée chez votre libraire toutes affaires cessantes ! Vous me remercierez comme d’habitude, avec un sourire, une accolade ou une tablette de chocolat noir de chez Chapon !</p>
<p>–
Friday. Brubaker, Martin, Vicente. Glénat. <a href="https://www.glenat.com/hors-collection-glenat-bd/friday-tome-01-9782344055038">Deux</a> <a href="-glenat-bd/friday-tome-02-9782344055045">tomes</a> parus. 19 € le tome.
–
Chronique écrite en écoutant en boucle Samkela d’Atmos Blaq et Nomvula SA.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Inexistences]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2024-02-07T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-02-07T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>« Nous avons tout oublié. Comment se battre, comment atteindre des hauteurs vertigineuses et sombrer dans des abîmes incomparables. Nous n’aspirons plus à rien. » — Richard Matheson</p>
<p>C’est sur ces mots que s’ouvre « Inexistences », de Christophe Bec, paru ce décembre 2023 aux Éditions Soleil.</p>
<p>Cet album grand format, comme ceux de la grande époque de la bande dessinée, celle de Druillet, Bilal, et de Mœbius, est magistral. Une magnifique ode aux géants de l’anticipation, dans l’ombre desquels marche Bec le magicien. Une ode que je savourais en écoutant une œuvre tout aussi remarquable, et qui se marie parfaitement, tel un divin élixir, avec ce mets de choix : l’album « L(oo)ping » de Rone, enregistré en live avec l’Orchestre National de Lyon.</p>
<p>Mêlant textes littéraires profonds, dessins saisissants à couper le souffle — occupant parfois plusieurs pages — et chapitres de BD superbement ficelés, ce projet de cinq ans immerge les lectrices et les lecteurs dans un monde post-apocalyptique résultant d’une troisième guerre mondiale.</p>
<p>Se départissant de l’amour, de l’harmonie, et de la paix que chacun d’entre nous porte en soi, l’humanité dépeinte dans « Inexistences », qui ressemble étrangement à la nôtre, vécut ses « trente piteuses », exploitant jusqu’à la lie les écosystèmes dans lesquels elle évoluait, ou plutôt régressait.</p>
<p>L’abrutissement, la quête du pouvoir menèrent à la fin de toute civilisation, jetant Terre et les survivants dans un hiver glacial qui n’en finit pas. Dans des paysages arides où le froid menace chaque pas, chaque respiration devient une gageure, chaque jour se ressent comme une vie entière de dur labeur.</p>
<p>Des passages de « Inexistences » me prirent à la gorge telles des scènes de « La route » de Cormac McCarthy, bien que les deux œuvres n’aient de commun que l’apocalypse qui vient. D’autres figèrent mon sang, me rappelant la lecture de « Animal’z » d’Enki Bilal.</p>
<p><img src="/images/inexistences.jpeg" alt=""></p>
<p>Au fil des pages, je ne pouvais m’empêcher de me demander pourquoi l’humanité dépeinte dans ces paysages majestueusement tristes continuait à marcher vers des lendemains fort incertains. Chacune, chacun savait qu’il n’y aurait guère d’après. Alors, à quoi bon s’acharner tant à inexister ?</p>
<p>–
<a href="https://www.editions-soleil.fr/bd/series/serie-inexistences/album-inexistences">Inexistences</a>, Christophe Bec. Éditions Soleil. 29,95 €.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[La vérité, le mensonge, et l’humain tapi entre les deux]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2024-02-07T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-02-07T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Il est une maxime, un commun, que l’on assène, en cacique du savoir : « tout bon mensonge comporte une part de vérité ». Il existe d’autres variations. Mais attardons-nous un peu sur celle-ci. Réfléchissons. Inversons et, en dépositaires du contrepied, osons : « toute vérité comporte une part de mensonge ». Laissons de côté la distinction entre mauvaise et bonne vérité, comme on ne le ferait pas pour le mensonge. Et avançons.</p>
<p>Bien sûr, il serait facile de démontrer que nous avons raison en prenant pour exemple les prétendues vérités entonnées à force litanies par les religieux et leurs disciples. Nous pourrions faire de même pour les proverbes érigés en vérités : « l’avenir appartient à ceux (et celles) qui se lèvent tôt », « un tiens vaut mieux que deux tu l’auras », et ainsi de suite.</p>
<p>Nous serions même capables de démontrer que nous avons raison — que nous disons donc la vérité — pour bien des vérités dites scientifiques, éphémères par essence. Celles-ci peuvent être réfutées grâce aux avancées, elles-mêmes scientifiques. Elles peuvent aussi être affinées, corrigées, car, au moment de leur élaboration, nous ne savions ceci ou cela.</p>
<p>Nous pourrions aller plus loin, en posant ceci : « tout mensonge, bon ou mauvais, conscient ou inconscient, comporte une part de vérité. Et plus cette part est grande, plus le mensonge s’efface au profit de la vérité. Mais bien qu’il puisse tendre vers zéro, le mensonge ne s’effacera jamais totalement ».</p>
<p>Si l’humanité venait à accepter cela, nous nous risquerions à espérer une paix durable, une sérénité globale. Nous nous accepterions pour ce que nous sommes, des êtres faillibles, gouvernés par deux extrêmes. D’une part, nos émotions. De l’autre, le reste. Nous ne chercherions plus alors à élever notre voix par-dessus celle des autres, car ils auraient tort, car ils seraient des menteurs.</p>
<p>Il est surprenant de nous voir évoluer, mais pas dans le sens voulu par Charles Darwin, dans cette ère dite de post-vérité. Une ère où chacun d’entre nous peut inventer la sienne de vérité, avec sa part de mensonge, et essayer de la faire accepter par le plus grand nombre, au détriment d’autres vérités.</p>
<p>Mais arrêtons-nous là et digérons ce que nous venons de produire. Car si nous avancions plus loin, nous risquerions de nous laisser entraîner dans des chemins embourbés. Et en guise de digestif, relisons « <a href="https://etienneklein.fr/1179/">L’avenir de la science</a> » de Nietzsche.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Les os creux, la tête pleine]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2024-02-05T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-02-05T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Armé de ses dix-sept ans et de son fusil, il se dirige vers son lycée. Une tuerie qui s’annonce. Comme tant d’autres. Dans le pays qui s’est érigé en première puissance mondiale. Connerie comprise.</p>
<p>Il en ouvre la porte avec fracas et tire sur la première personne qu’il voit. Mais un quiproquo le sauvera des serres de la justice. Il sera même un temps adulé.</p>
<p>Des années s’écoulent. Le voilà riche, un modèle de l’American Dream. Mais gavé par l’ennui et sa bourgeoise, tellement conne celle-là. Et puis une envie le titille de nouveau. Surprise puis acceptation. Avant de l’accueillir et de lui laisser le champ libre.</p>
<p>Mais cette fois, on ne va pas gueuler pour emmerder le monde. Non. Un murmure suffira.</p>
<p>Encore un coup de maître de Nicolas Pegon, l’auteur du « Feu de Saint Antoine ». Pas d’hilarité cependant. Tout le contraire. Un truc crade, poisseux, un machin post-punk nihiliste qui vous prend aux tripes et vous retourne les boyaux. Avec un volet final grandiose, un chef-d’œuvre de No Future. Et une compo en noir et blanc qui est juste géniale.</p>
<p><img src="/images/les-os-creux-la-tete-pleine.jpeg" alt=""></p>
<p>À lire en écoutant « First Defeat » de Nils Frahm, sans bruit ni chieur autour. Puis à refiler à la première personne qui vous pourrit la vie, vos yeux vissés dans les siens et un sourire naissant à la commissure de vos lèvres.</p>
<p>—
Les os creux, la tête pleine. Nicolas Pegon. Réalistes. 10€.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Chronique - l'Innommable H.]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2024-02-04T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-02-04T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[


<div class="text-center text-muted mb-1">
<center>
<figure >
  <i class="fa-solid fa-ear-listen"></i> 
  <audio controls class="player" preload="">
    <source src="/son/h.wav" type="audio/mpeg">
  </audio>
  
  <figcaption>l&#39;Innommable H. en version acoustique</figcaption>
</figure>
</center>
</div>

<p>Dans les tréfonds de la bibliothèque, où les échos du progrès et de la modernité semblent étouffés sous le poids de l&rsquo;histoire, repose un secret des plus sombres. Les membres du club de lecture chuchotent, les yeux emplis d&rsquo;une terreur mêlée de fascination, à propos de l&rsquo;Innommable H.<sup id="fnref:1"><a href="#fn:1" class="footnote-ref" role="doc-noteref">1</a></sup>, cet énigmatique auteur français contemporain dont les écrits sont imprégnés d&rsquo;un conservatisme ancien et rétrograde, un héritage intellectuel qui défie l&rsquo;ère du temps.</p>
<p>Ses mots, semblables à des reliques d&rsquo;un passé révolu, portent en eux le poids d&rsquo;un ordre immuable, une vision du monde où le changement est non seulement craint mais vigoureusement refusé. Chaque phrase de l&rsquo;Innommable H. est un défi lancé à la modernité, une rébellion silencieuse contre l&rsquo;évolution des mœurs et des pensées.</p>
<p>Au sein du club de lecture, on raconte que l&rsquo;œuvre de l&rsquo;Innommable H. est un tabou, une transgression contre le courant progressiste de notre époque. Pourtant, dans les ombres, quelques membres, muets et secrets, se livrent à une pratique interdite. Ils lisent en cachette les écrits de l&rsquo;Innommable H., ces textes qui devraient rester scellés et oubliés dans les rayonnages. Dans le plus grand des silences, ils partagent entre eux des copies de ses livres, comme des pseudos trésors maudits, des artefacts d&rsquo;un autre âge ou des livres à l&rsquo;<em>index librorum prohibitorum</em><sup id="fnref:2"><a href="#fn:2" class="footnote-ref" role="doc-noteref">2</a></sup>.</p>
<p>Ces lecteurs clandestins, animés par une curiosité morbide ou une nostalgie inavouée pour une époque qu&rsquo;ils n&rsquo;ont jamais connue, se plongent dans les récits de l&rsquo;Innommable H., des histoires qui parlent de sociétés rigides, de traditions inébranlables et de dogmes écrasants. Ils s&rsquo;abandonnent, dans un mélange de répulsion et d&rsquo;attrait, à ces visions d&rsquo;un monde où l&rsquo;autorité inflexible et la crainte du changement règnent en maîtres.</p>
<p>Mais le véritable frisson, murmurent-ils entre eux, ne réside pas seulement dans les mots de l&rsquo;Innommable H., mais dans la résonance troublante de ces idées avec leur propre monde. Car en lisant ces lignes interdites, ils s&rsquo;interrogent : jusqu&rsquo;où peuvent-ils être influencés par cette pensée archaïque ? Ces livres cachés sont-ils de simples vestiges d&rsquo;un passé révolu, ou portent-ils en eux la semence d&rsquo;un retour à des temps que l&rsquo;humanité moderne croyait avoir dépassés ? Un secret terrifiant se cache peut-être dans ces pages, un écho sombre de l&rsquo;Innommable H. qui murmure à l&rsquo;oreille de ceux qui osent s&rsquo;aventurer dans son monde obscur. Ou bien tout cela ne serait-il qu&rsquo;un plaisir malsain et social, une manière de converser sur l&rsquo;Interdit dans les arrières de quelque taverne enfumée, après des conférences en sécurité cybernétique ?</p>
<p><img src="/images/h.jpg" alt="Une représentation imaginaire photographique de l&rsquo;Innommable H"></p>
<div class="footnotes" role="doc-endnotes">
<hr>
<ol>
<li id="fn:1">
<p>Une erreur a été commise en mentionnant l&rsquo;Innommable H. dans la &lsquo;<a href="/post/bodinat-en-attendant-la-fin-du-monde/">Chronique - En attendant la fin du monde - Baudouin de Bodinat</a>&rsquo;. Face à la pression exercée par le club, il m&rsquo;était impossible de passer sous silence ces pratiques obscures et dangereuses qui risquent (et continuent) d&rsquo;infecter notre groupe.&#160;<a href="#fnref:1" class="footnote-backref" role="doc-backlink">&#x21a9;&#xfe0e;</a></p>
</li>
<li id="fn:2">
<p>Un <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Index_librorum_prohibitorum">index inversé</a> des livres à possèder dans sa bibliothèque.&#160;<a href="#fnref:2" class="footnote-backref" role="doc-backlink">&#x21a9;&#xfe0e;</a></p>
</li>
</ol>
</div>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Chronique - Sean Duffy]]></title>
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            <author>
                        <name>Guillaume Rousse</name>
                    </author>
            <published>2024-02-04T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-02-04T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>J&rsquo;ai découvert ce premier livre au hasard d&rsquo;échange de livres
numériques avec des amis. Et j&rsquo;ai dévoré les trois publiés en français à ce
jour dans la foulée.</p>
<p>Ça se passe en Irlande du Nord, plus précisément à Belfast, en plein cœur des
&ldquo;troubles&rdquo;, le joli terme utilisé pour désigner le <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Conflit_nord-irlandais">conflit
nord-irlandais</a>. Le
premier commence en 81, avec la mort de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Bobby_Sands">Bobby
Sands</a>, le dernier au congrès des
tories de Brighton, en 84, où <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Attentat_de_Brighton">l&rsquo;IRA a failli avoir la peau de la dame de
fer</a>. Le héros, Sean Mc
Murphy, est un flic irlandais catholique, en proie à l&rsquo;hostilité du monde
entier: ses collègues et ses voisins, parce qu&rsquo;il est catholique, et tous les
autres catholiques, parce qu&rsquo;il est flic. Qui carbure à la Guiness et au
Jameson en journée pour socialiser, et à la Vodka-citron vert le soir chez lui
pour se détendre, en écoutant une collection de vinyles allant de Lou Reed à
Puccinni. Et qui n&rsquo;oublie pas de regarder sous sa voiture tous les matins, à la
recherche d&rsquo;une éventuelle bombe&hellip;</p>
<p>On y croise tout un tas de célébrités bien réelles, comme <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Gerry_Adams">Gerry
Adams</a>, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_P._Kennedy_III">Joe
Kennedy</a>, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/John_DeLorean">John
Delorean</a> (rappelez-vous de la
voiture de Rendez-vous vers le futur), <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Margaret_Thatcher">Margaret
Thatcher</a>, et d&rsquo;autres
fictifs, mais largement inspirés de personnes réelles comme <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Freddie_Scappaticci">Freddie
Scapattici</a>, qui réussit le
tour de force d&rsquo;être à la fois le n°2 de la sécurité interne de l&rsquo;IRA et une
taupe du MI5.</p>
<p>Bref, c&rsquo;est magnifique. Si vous avez aimé les aventures de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Bernhard_Gunther">Bernhard
Gunther</a>, l&rsquo;ex-flic devenu
détective privé, au cœur du 3e Reich, vous devriez vous régaler.</p>
<p><img src="/images/une_terre_si_froide.jpeg" alt="">
—
Série Sean Duffy:</p>
<ol>
<li>Une terre si froide, Adrian McKinty. Stock, 2013</li>
<li>Dans la rue j&rsquo;entends les sirènes, Adrian McKinty. Stock, 2013</li>
<li>Ne me cherche pas demain, Adrian McKinty. Actes Sud, 2021</li>
</ol>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Le feu de Saint Antoine]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2024-02-04T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-02-04T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>An 1416. Un prêtre rompt le pain et mange le corps du Christ. Pas de bol. Il est frappé d’ergotisme le pauvre et le voilà qui part dans un trip total. Et dans son trip, il retrouve Antoine. Non pas le Saint mais un mec de notre époque qui, en attendant la livraison de son chinois, s’est tapé du LSD.</p>
<p>Les voilà donc qui délirent ensemble malgré les siècles qui les séparent. De vrais philosophes ! Dieu, la vie éternelle, le néant, et puis, bien sûr, le lino. Car sans le lino, c’est la folie assurée.</p>
<p>Jouissif. Bien barré. Une mise en couleurs au top. Et une sacrée compo. En plus il tient dans votre poche de chemise ou votre soutien-gorge au cas où vous voulez vous détendre les zygomatiques discretos pendant une réunion à la con.</p>
<p><img src="/images/le-feu-de-st-antoine.jpeg" alt=""></p>
<p>Laissez donc le feu de Saint Antoine vous nourrir de ses flammes et mettre en cendres la bureaucratie qui vous emprisonne !</p>
<p>—
Le feu de Saint Antoine. Nicolas Pegon. Réalistes. 14€ (cher pour un mini-album mais le délire vaut la peine).</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Astra Nova]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2024-02-03T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-02-03T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Je me suis laissé tenter par « Astra Nova », le dernier album de Lisa Blumen, après le très oubliable « Avant l’oubli », dont bien des libraires et des critiques firent les louanges.</p>
<p>Je m’étais pourtant promis de ne pas mordre de nouveau à l’hameçon de la mise en avant un peu trop appuyée. Mais un je-ne-sais-quoi m’attirait dans le dessin de la couverture et la typo qui l’accompagne.</p>
<p>J’aime bien le dessin de Lisa, là n’est pas le problème avec son précédent opus. Son dessin est tendance dans la BD indé. Le feutre, la mise en couleurs façon peinture aux tons délavés, et tout le reste. L’idée centrale du scénario de « Avant l’oubli » n’est pas un problème non plus. Loin s’en faut. Encore un machin tendance, mêlant catastrophisme, solastalgie et nihilisme. Dans l’air du temps quoi. Sauf que ça s’essouffle assez rapidement et ça devient fadasse. Un bon accompagnement pour un vin naturel dont se passerait bien l’humanité et la salade de quinoa sans gluten ni goût devant laquelle s’extasient tous les commensaux invités á une soirée bobo.</p>
<p>Bon je m’égare. Mon agacement est manifeste. Revenons-en à « Astra Nova ». Et bien, figurez-vous que j’ai bien aimé. Il y a de très jolies planches (au feutre, toujours), poétiques à souhait. Et le scénario est bien ficelé.</p>
<p>Cette fois-ci, Lisa nous invite à suivre les dernières heures sur terre de Nova, une astronaute qui s’apprête à partir en solitaire à des années-lumière pour explorer une lointaine planète sans retour possible. La bureaucratie exige cependant de l’agence spatiale qui l’emploie de lui organiser une fête avec ses amis avant le grand départ.</p>
<p>Sauf que Nova a peu, très peu d’amis. De plus, elle ne les a pas vus depuis un paquet d’années. Elle vit très bien seule. Les retrouvailles s’annoncent donc pour le moins délicates.</p>
<p><img src="/images/astra-nova.jpeg" alt=""></p>
<p>Lisa explore des sujets assez brûlants de notre société moderne et on se laisse porter par le flow au juste tempo de cette histoire jusqu’à la dernière page. Puis, on repose l’œuvre et on ressent au fond de sa bouche un petit goût d’amertume avec un zeste de nostalgie saupoudrée de regrets.</p>
<p>—
<a href="https://employe-du-moi.org/Astra-Nova-Lisa-Blumen">Astra Nova</a>. Lisa Blumen. L’employé du moi. 24€.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[La forteresse volante]]></title>
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            <author>
                        <name>Miles Davos</name>
                    </author>
            <published>2024-02-01T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-02-01T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Vergiate. Lombardie. 13 juin 1933. Un objet volant non identifié apparaît soudain dans la nuit avant de s’écraser brutalement dans un champ. Les vapeurs roses qui s’en dégagent agissent comme un acide, dissolvant jusqu’à l’os les vaches qui paissaient là quelques instants auparavant.</p>
<p>Les pontes de l’Italie fasciste sont rapidement mis au courant. Ils agissent. Et vite. Ils dépêchent une section spéciale sur place pour récupérer l’engin et étouffer dans l’œuf toute rumeur qui viendrait naître dans ce village paumé.</p>
<p>Reste à percer les secrets de l’OVNI. C’est le grand Marconi qui est choisi. Scientifique de premier plan au service du Duce, il pressent la Grande Guerre qui vient. Il voit là une occasion unique de doter la mère patrie d’armes écrasantes, défiant l’imagination. Pour écraser les bolcheviques, les non-interventionnistes, et même l’allié nazi, et assurer ainsi la suprématie de l’empire fasciste pour des siècles et des siècles.</p>
<p>Il avance Marconi. Il avance. Et vite. Les premiers résultats sont plus que prometteurs, mais les cadavres des fouineurs et autres gêneurs s’accumulent. Les camarades fascistes ont la main un peu trop lourde, encouragés en cela par l’inspecteur politique qui ne laisse rien passer.</p>
<p>Il avance Marconi. Il avance. Il comprend comment défier la gravité et inverser le temps, mais les bizarreries et les on-dit s’accumulent. Les êtres venus d’ailleurs retrouvés au bord du vaisseau auraient-ils des congénères qui cherchent à les retrouver ? À moins que des anarchistes, des socialistes ou pire, des Américains, ne cherchent à semer la zizanie pour empêcher l’avènement du nouvel ordre mondial dont rêve Mussolini.</p>
<p>Et pour combler le tout, des histoires familiales qui appesantissent Vergiate comme tant d’autres villages italiens viennent compliquer les choses au-delà du raisonnable.</p>
<p>« La forteresse volante » de Lorenzo Palloni, avec au dessin Miguel Vila, l’auteur de l’excellente bande dessinée « Fleur de lait » — un des mes coups de cœur de 2023 — est fort délectable malgré quelques légères faiblesses scénaristiques. Celles-ci sont toutefois gommées par la maestria dont fait preuve Vila, toujours aussi génial dans sa maîtrise totale du cadrage, de la composition et des ruptures graphiques.</p>
<p>J’ai dégusté cette œuvre comme un bon vin. En prenant mon temps.</p>
<p>Je vous souhaite d’avoir autant de plaisir à la lire qu’elle ne m’en procura. Et si l’électro ne vous désarçonne point trop, mettez en boucle la version remixée par Voltaire de « Tales from the Real World » de Laurent Garnier avant de vous plonger dans cette dystopie.</p>
<p><img src="/images/la-forteresse-volante.jpeg" alt=""></p>
<p>—
<a href="https://editions-sarbacane.com/bd/la-forteresse-volante">La forteresse volante</a>. Lorenzo Palloni, Miguel Vila. Sarbacane. 25€.</p>
]]></content>
            
                 
                    
                 
                    
                         
                        
                            
                             
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            <title type="html"><![CDATA[Review BD - Les Exilés De Mosseheim]]></title>
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                <id>https://sillon-fictionnel.club/post/mosseheim/</id>
            
            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2024-01-22T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-01-22T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Les Exilés De Mosseheim nous plonge dans un univers où se croisent centrale nucléaire, terrorisme, réfugiés et politique complexe (ou incompétente à vous de choisir). Cette bande dessinée, bien que ne s&rsquo;inscrivant pas totalement dans le genre de la dystopie, se présente davantage comme un journal préfigurant une catastrophe imminente.</p>
<p>Le style graphique, avec ses traits rappelant ceux d&rsquo;un dessin un peu scolaire, s&rsquo;harmonise avec le ton grave de l&rsquo;histoire, renforçant ainsi l&rsquo;atmosphère particulière du récit.</p>
<p>Cette BD, captivante par son réalisme et sa pertinence, suscite l&rsquo;intérêt et l&rsquo;anticipation pour le second tome. On espère y découvrir des développements un plus aventureux, tout en conservant l&rsquo;essence qui rend ce premier tome si unique et engageant.</p>
<p><img src="/images/mol-adulau.jpeg" alt=""></p>
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            <title type="html"><![CDATA[Chronique - En attendant la fin du monde - Baudouin de Bodinat]]></title>
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            <author>
                        <name>Alexandre Dulaunoy</name>
                    </author>
            <published>2024-01-21T00:00:00+00:00</published>
            <updated>2024-01-21T00:00:00+00:00</updated>
            
            
            <content type="html"><![CDATA[<p>Baudouin De Bodinat<sup id="fnref:1"><a href="#fn:1" class="footnote-ref" role="doc-noteref">1</a></sup> est un auteur aux facettes multiples. Il est souvent critiqué, un peu à la manière de H. (l&rsquo;innommable de ce groupe), et est perçu comme réactionnaire et ennuyeux pour certains. Cependant, son esprit mordant, sa vision acerbe de nos sociétés, et même son écologisme militant m&rsquo;ont toujours amusé. <em>En attendant la fin du monde</em>, bien que n&rsquo;étant pas son meilleur ouvrage, incite à la réflexion. Les quelques photographies qu&rsquo;il contient évoquent presque le romantisme allemand, et son style d&rsquo;écriture confère une dimension particulière à la froideur du monde.</p>
<p><a href="https://editionsfario.fr/livre/en-attendant-la-fin-du-monde/">En attendant la fin du monde</a> de Baudouin de Bodinat, texte agrémenté de onze photographies de l’auteur dans une belle typographie et reliure. Editions fario.</p>
<p><img src="/images/bodinat-1.jpeg" alt=""> <img src="/images/bodinat-2.jpeg" alt=""></p>
<div class="footnotes" role="doc-endnotes">
<hr>
<ol>
<li id="fn:1">
<p>Baudouin de Bodinat, ce philosophe et essayiste français, est un véritable maître de l&rsquo;incognito ! selon Maxime Catellier, <em>cultive l&rsquo;anonymat comme d&rsquo;autres le plagiat</em>.&#160;<a href="#fnref:1" class="footnote-backref" role="doc-backlink">&#x21a9;&#xfe0e;</a></p>
</li>
</ol>
</div>
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